APPLE RECORDS · GUIDE DES CATALOGUES
Comprendre les numéros Apple Records : APPLE, Parlophone R, SAPCOR, ZAPPLE et exceptions
Les disques Apple ne constituent pas une seule série numérotée de 1 à l’infini. Les Beatles conservent certains numéros EMI, les artistes du label utilisent la série APPLE, les albums ont des références APCOR ou SAPCOR et les expériences de Zapple disposent d’une numérotation autonome. Les références réservées, les projets abandonnés et les différences internationales expliquent les nombreux « trous » rencontrés par les collectionneurs.
Pourquoi Hey Jude est-il R 5722 et non APPLE 1 ?
En 1968, les Beatles lancent leur entreprise Apple alors que leur contrat discographique britannique reste associé à EMI et à Parlophone. Le nouveau logo peut donc apparaître sur un disque dont la référence commerciale poursuit une numérotation existante. Ainsi « Hey Jude » / « Revolution » est publié en Grande-Bretagne sous R 5722.
Le numéro APPLE 1 est lié à un enregistrement privé de Frank Sinatra destiné à Maureen Starkey ; il ne s’agit pas d’un single destiné au marché ordinaire. La série commerciale des artistes Apple débute, pour les premières sorties, à APPLE 2 avec « Those Were the Days » de Mary Hopkin.
Cette coexistence est la première difficulté du collectionneur : la marque imprimée au centre du vinyle et la référence de catalogue ne décrivent pas la même information. Le premier relève de l’identité éditoriale, la seconde de l’organisation commerciale et industrielle.
La série APPLE 2, APPLE 3, APPLE 4 et ses prolongements
Les premières références britanniques comprennent Mary Hopkin, Jackie Lomax et le Black Dyke Mills Band. Elles sont suivies de publications des Iveys, de Trash, de Billy Preston, de Badfinger ou de formations beaucoup plus inattendues. Le catalogue Apple reflète la variété du recrutement initial, plutôt qu’une séquence de disques consacrés uniquement aux Beatles.
Il faut différencier la référence réservée, le disque fabriqué en très petite quantité et le disque vendu normalement. Le cas APPLE 8 de Brute Force est particulièrement instructif : le disque existe matériellement, mais sa distribution a été fortement entravée.
Un numéro absent d’une liste de ventes n’est donc pas nécessairement un numéro qui n’a jamais existé. À l’inverse, une référence annoncée dans un catalogue ne garantit pas qu’un pressage britannique ait été effectivement distribué.
APPLE 14 et les éditions qui existent ailleurs
Les Iveys enregistrent « Dear Angie » / « No Escaping Your Love ». Un numéro britannique, APPLE 14, est associé à une sortie prévue, mais une publication commerciale britannique ordinaire ne se matérialise pas comme attendu. Des éditions de plusieurs pays européens témoignent pourtant de la circulation réelle du disque.
C’est une différence capitale entre sortie annulée au Royaume-Uni et chanson jamais publiée. Une encyclopédie qui classe simplement APPLE 14 comme « inédit » risque d’effacer les pressages étrangers. L’histoire de la diffusion doit être racontée territoire par territoire.
Le même raisonnement vaut pour l’album Maybe Tomorrow : une publication prévue en Grande-Bretagne peut coexister avec des albums effectivement commercialisés en Allemagne, au Japon et en Italie.
APCOR, SAPCOR et les albums Apple
Les albums britanniques des artistes extérieurs aux Beatles apparaissent dans les séries APCOR et SAPCOR, associées notamment aux versions mono et stéréo. La référence utilisée dépend du disque et de la période ; il ne faut pas en déduire qu’un album possède forcément deux éditions commercialisées.
Des albums comme Is This What You Want? de Jackie Lomax, That’s the Way God Planned It de Billy Preston ou Brother des frères Van Eaton illustrent la diversité de cette numérotation. Certains titres américains utilisent en parallèle les séries propres à Capitol et Apple USA.
Les albums des Beatles eux-mêmes ne s’insèrent pas mécaniquement dans SAPCOR. L’album blanc possède des numéros liés à l’organisation EMI et Apple, tandis que des productions solos ou américaines suivent leurs propres séries. Le catalogue des albums Apple doit donc conserver plusieurs colonnes de références.
ZAPPLE 01 et ZAPPLE 02 : un autre catalogue en 1969
Le sous-label Zapple est créé pour les œuvres expérimentales et les objets sonores éloignés de la chanson populaire. Sa série ne compte que deux albums commercialisés : ZAPPLE 01, Unfinished Music No. 2: Life with the Lions de John Lennon et Yoko Ono, et ZAPPLE 02, Electronic Sound de George Harrison.
Le préfixe ZAPPLE doit être conservé dans les notices : remplacer ces références par SAPCOR ou APPLE reviendrait à effacer la distinction éditoriale qui faisait le sens du projet.
Des rééditions ultérieures peuvent reprendre les mêmes œuvres avec d’autres numéros de catalogue. Pour les collections d’origine, la référence du pressage effectivement étudié doit toujours primer.
Un même disque possède souvent trois numéros ou davantage
En France, les références issues du système EMI et Pathé-Marconi utilisent notamment le préfixe 2C. Aux États-Unis, la distribution par Capitol entraîne d’autres numéros, par exemple 2276 pour « Hey Jude » et 2490 pour « Get Back ». Le nom Apple apparaît pourtant sur les étiquettes de ces différents pays.
Une base de données gagne à prévoir une fiche principale pour l’œuvre et des notices distinctes pour les éditions par territoire. Cette structure évite de mélanger des caractéristiques matérielles incompatibles — matrices britanniques, étiquettes américaines et pochettes françaises — dans une seule description.
Le guide américain et le guide français détaillent ces différences. Ils servent de prolongement à la chronologie des numéros britanniques.
Dix informations à réunir pour classer un disque Apple
Pour chaque pièce, la notice doit relever l’artiste exactement crédité, les titres des deux faces ou le programme du LP, le pays, l’année de première publication locale, le numéro de catalogue, les mentions de fabrication, le type d’étiquette, les matrices et l’éventuelle pochette d’origine. Le statut de diffusion — commercial, promotionnel, retiré, projet — mérite son propre champ.
Le classement peut être chronologique, mais il doit aussi permettre de retrouver rapidement un numéro. Une entrée « APPLE 8 » doit mener au dossier Brute Force, tandis que « R 5722 » renvoie aux Beatles et « ZAPPLE 02 » à George Harrison. Ces renvois évitent d’obliger le lecteur à connaître à l’avance le système de numérotation.
La finalité n’est pas seulement de satisfaire les collectionneurs : une nomenclature précise évite les erreurs d’attribution dans les biographies et permet de comprendre comment Apple Records a réellement fonctionné.
Questions fréquentes
Pourquoi certains singles Apple commencent-ils par R ?
Les Beatles continuent à utiliser des références issues de Parlophone et d’EMI au Royaume-Uni.
APPLE 1 est-il un single commercial ?
Non. Il correspond à un disque privé associé à Frank Sinatra.
Quelle est la différence entre SAPCOR et ZAPPLE ?
SAPCOR est une série d’albums du catalogue Apple ; ZAPPLE identifie la branche expérimentale lancée en 1969.
Pourquoi APPLE 14 est-il difficile à trouver au Royaume-Uni ?
La sortie britannique prévue des Iveys n’a pas connu de commercialisation normale, bien que des éditions étrangères existent.
Le même numéro est-il valable dans tous les pays ?
Non. Les États-Unis, la France et d’autres territoires utilisent leurs propres systèmes de catalogue.












