APPLE RECORDS · PORTRAIT D’ARTISTE
Mary Hopkin chez Apple Records : Those Were the Days, Goodbye et les albums
Mary Hopkin est l’une des premières signatures majeures d’Apple Records. Sa voix, son goût pour le répertoire folk et la production de Paul McCartney font de « Those Were the Days » un succès international dès 1968. Son parcours chez Apple ne se limite pourtant pas à ce refrain : il comprend des chansons écrites pour elle, deux albums très différents et une relation complexe avec l’image que le marché voulait lui imposer.
De la scène galloise à Apple : une carrière déjà commencée
Née le 3 mai 1950 à Ystradgynlais, au pays de Galles, Mary Hopkin se produit très jeune sur scène et enregistre avant l’aventure Apple, notamment dans sa langue maternelle. L’idée qu’elle aurait été créée de toutes pièces par les Beatles efface donc une formation musicale et des choix personnels antérieurs à 1968.
Sa présence à l’émission télévisée britannique Opportunity Knocks lui apporte une visibilité décisive. Twiggy, frappée par son interprétation, recommande la jeune chanteuse à Paul McCartney. Cette rencontre s’inscrit exactement dans le projet initial d’Apple : les Beatles entendent profiter de leur influence pour défendre des musiciens qu’ils apprécient.
McCartney accompagne les débuts de Hopkin sur le label, mais il faut éviter la confusion entre son rôle de producteur, ses apports comme auteur-compositeur et le répertoire qu’elle interprète. Les succès de l’artiste possèdent plusieurs histoires d’écriture et de transmission, antérieures parfois de plusieurs décennies à la création d’Apple.
1968 : Those Were the Days, un lancement idéal
« Those Were the Days », publié au Royaume-Uni le 30 août 1968 sous la référence APPLE 2, arrive au moment même où les Beatles inaugurent publiquement leur nouvelle maison de disques. McCartney en produit l’enregistrement ; l’arrangement met en valeur une voix claire, une atmosphère mélancolique et une ampleur orchestrale qui distinguent la chanson des productions rock du moment.
Le texte anglais est associé à Eugene Raskin, mais la mélodie plonge dans l’histoire d’une chanson russe antérieure. Présenter « Those Were the Days » comme une composition de McCartney serait donc historiquement erroné. La contribution du Beatle tient à la sélection du titre, à son accompagnement artistique et à sa production.
Le single devient un très grand succès britannique et international. Cette réussite est importante dans la mémoire d’Apple : dès son lancement, le label prouve que la pomme verte peut apparaître sur un disque numéro un qui ne soit pas interprété par les Beatles eux-mêmes.
En face B se trouve « Turn! Turn! Turn! », dont les paroles sont adaptées de l’Ecclésiaste par Pete Seeger. Cette juxtaposition résume une partie de l’identité musicale de Hopkin : un mélange de patrimoine folk, d’accessibilité populaire et de réinterprétation personnelle.
1969 : Goodbye, une composition offerte par Paul McCartney
Après « Those Were the Days », Apple et McCartney cherchent à prolonger la réussite. « Goodbye », publiée en 1969, est cette fois une chanson composée par Paul McCartney et créditée Lennon-McCartney selon l’usage contractuel de l’époque. Son écriture allie l’élégance mélodique du Beatle à l’agilité vocale de Hopkin.
Une démonstration chantée par McCartney témoigne de la manière dont il conçoit la chanson avant son interprétation par la jeune artiste. Pour comparer les versions, il faut distinguer cette démo, l’enregistrement commercial et les éventuelles prises alternatives publiées plus tard.
Le succès du disque renforce l’image publique de Hopkin comme chanteuse de ballades, une étiquette commerciale commode mais réductrice. Son évolution montrera qu’elle souhaite aussi contrôler ses choix de répertoire et s’éloigner d’une formule trop étroite.
Post Card (1969) : un premier album entre folk et tradition populaire
Le premier album Apple de Mary Hopkin, Post Card — souvent écrit Postcard dans les catalogues — paraît en février 1969. Produit par Paul McCartney, il reflète un goût pour les arrangements soignés et les chansons qui ne suivent pas exclusivement les modes du rock psychédélique.
On y retrouve des titres de Donovan, notamment « Lord of the Reedy River », « Happiness Runs » et « Voyage of the Moon », ainsi que des standards et des chansons venues de traditions différentes. L’album présente une chanteuse capable de passer d’un climat intimiste à une interprétation plus théâtrale sans abandonner sa personnalité.
Pour le discographe, l’existence de rééditions enrichies complique les listes de morceaux : les chansons ajoutées en bonus ne doivent pas être confondues avec le programme du microsillon britannique original. La date de l’album d’époque et celle d’une version remastérisée correspondent à deux objets éditoriaux distincts.
L’esthétique de Post Card montre également pourquoi il serait excessif d’en faire un album « des Beatles » par procuration. McCartney joue un rôle essentiel dans la production, mais la voix, les interprétations et la sensibilité de Hopkin constituent bien le centre artistique du disque.
1970 : Eurovision et changement de trajectoire
En 1970, Mary Hopkin représente le Royaume-Uni au Concours Eurovision de la chanson avec « Knock, Knock Who’s There? » et termine à la deuxième place. Cette exposition télévisée confirme sa notoriété, mais accentue aussi une difficulté : sa carrière est fréquemment racontée à travers les seules décisions de son entourage.
La chanteuse ne souhaite pas nécessairement poursuivre indéfiniment dans cette veine. Pour comprendre cette période, il faut distinguer l’image promotionnelle, les attentes d’un public très large et ses propres préférences musicales.
Le label Apple, déjà confronté à des réorganisations, ne peut pas toujours offrir un cadre artistique stable à tous ses interprètes. L’histoire de Hopkin se situe donc au carrefour de la célébrité, des contraintes de l’industrie et d’une recherche d’autonomie.
Earth Song, Ocean Song (1971) : une voix davantage maîtresse de son univers
Le second album, Earth Song, Ocean Song, paraît en 1971. Produit par Tony Visconti, il s’écarte de la logique du simple prolongement de « Those Were the Days » et privilégie une couleur plus acoustique et contemplative. Les répertoires, arrangements et ambiances forment un ensemble qui mérite une écoute indépendante de la réussite des singles de 1968.
Ce disque est essentiel pour comprendre que la trajectoire de Hopkin n’est pas celle d’une interprète occasionnelle créée par les Beatles. Il révèle un rapport au folk, à la chanson littéraire et à l’intimité de l’enregistrement qui déborde le format de la grande variété orchestrale.
Les collectionneurs doivent contrôler les références Apple selon les pays, les pochettes et les rééditions. Les dates de publication et les mentions de production sont aussi importantes que la présence du logo.
La mémoire de Mary Hopkin chez Apple
Le catalogue Apple de Hopkin est aujourd’hui souvent présenté à travers « Those Were the Days », « Goodbye » et les deux albums. C’est un point de départ, non une biographie complète. Les enregistrements antérieurs à Apple, les versions linguistiques, les apparitions à la télévision et ses travaux ultérieurs exigent des notices séparées.
Pour relier les références, consultez les quatre premiers singles Apple de 1968, les éditions internationales et le guide du collectionneur. Les éditions locales de chansons interprétées dans d’autres langues méritent un contrôle particulier : langue chantée, lieu du pressage et numéro de catalogue ne sont pas nécessairement les mêmes informations.
Questions fréquentes
Qui a découvert Mary Hopkin pour Apple Records ?
Twiggy a conseillé à Paul McCartney d’écouter la chanteuse après l’avoir vue à la télévision. McCartney a ensuite soutenu ses premiers enregistrements Apple.
Those Were the Days est-elle une chanson de Paul McCartney ?
Non. McCartney a produit l’enregistrement de Mary Hopkin, mais n’a pas écrit la chanson.
Quel est le premier album Apple de Mary Hopkin ?
Post Card, publié en 1969 et produit par Paul McCartney.
Quel album suit Post Card ?
Earth Song, Ocean Song en 1971, produit par Tony Visconti.
Mary Hopkin a-t-elle représenté le Royaume-Uni à l’Eurovision ?
Oui, en 1970, avec « Knock, Knock Who’s There? », chanson classée deuxième.
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