APPLE RECORDS · AOÛT 1968
Les quatre premiers singles Apple Records de 1968 : Hey Jude et les autres
À la fin d’août 1968, Apple Records affirme son identité grâce à quatre 45 tours très différents : « Hey Jude » des Beatles, « Those Were the Days » de Mary Hopkin, « Sour Milk Sea » de Jackie Lomax et « Thingumybob » par le Black Dyke Mills Band. Cette première vague donne à voir l’ambition du nouveau label : faire cohabiter l’énorme succès populaire du groupe fondateur et des artistes que ses membres souhaitent défendre.
Une opération de lancement, pas seulement quatre disques
Le lancement d’Apple Records se construit comme un événement éditorial et médiatique. À l’été 1968, les Beatles ne se contentent plus d’enregistrer : ils cherchent à présenter au public la nouvelle identité d’une entreprise capable de diffuser leur propre musique et celle d’autres artistes. Les quatre premiers singles forment un manifeste beaucoup plus parlant qu’un communiqué de presse.
Les disques sont également réunis dans le coffret promotionnel Our First Four, conçu pour attirer l’attention des médias et des professionnels. Il faut distinguer cet ensemble de présentation, diffusé à des destinataires sélectionnés, des quatre disques destinés à la vente ordinaire. Le coffret ne représente pas une cinquième sortie musicale autonome.
Les dates de fin août diffèrent selon les pays et parfois selon les catalogues, qui peuvent enregistrer une date d’annonce, d’expédition ou de mise en vente. La référence commerciale et le territoire considéré restent donc indispensables pour dater correctement un exemplaire.
Hey Jude / Revolution : les Beatles donnent le signal
« Hey Jude » et « Revolution » apparaissent en août 1968 sous l’emblème Apple. Au Royaume-Uni, le disque conserve la référence Parlophone R 5722 : détail capital pour l’histoire matérielle du label, puisque la pomme n’implique pas automatiquement l’utilisation de la série APPLE 2, APPLE 3, etc. Aux États-Unis, la publication suit une autre logique de numérotation liée à Capitol.
Écrite principalement par Paul McCartney, « Hey Jude » associe une ballade adressée à un enfant à une longue coda chantée collectivement. « Revolution », composition de John Lennon, présente une face plus électrique du groupe et cristallise les débats de l’époque. Sur un même 45 tours, Apple affiche le poids immense du catalogue des Beatles tout en introduisant son nouveau logo.
La célébrité de ces titres ne doit pas effacer les subtilités de collection : une référence britannique, une référence américaine et une réédition postérieure ne désignent pas un même objet physique, même lorsque les enregistrements sont identiques.
Those Were the Days : Mary Hopkin, la promesse populaire d’Apple
Le deuxième geste d’Apple est de placer une jeune chanteuse galloise au centre de l’actualité. Paul McCartney a été alerté de son talent et produit « Those Were the Days », qui devient l’un des grands succès internationaux de la fin de 1968.
Au Royaume-Uni, le disque porte la référence APPLE 2, avec « Turn! Turn! Turn! » en face B. Sa trajectoire est celle d’une chanson bien antérieure à Apple, transformée par une nouvelle interprétation et par des arrangements qui la rendent immédiatement reconnaissable.
La chanson n’est pas une composition de McCartney. La version anglaise porte la signature d’Eugene Raskin sur une mélodie issue d’une tradition russe plus ancienne. Séparer l’origine de la musique, le texte anglais et la production du disque évite une confusion courante dans les biographies rapides.
Le succès de Mary Hopkin démontre qu’Apple peut fabriquer un événement discographique sans s’appuyer uniquement sur une chanson enregistrée par l’un des quatre Beatles. Son parcours mérite d’être suivi indépendamment de celui du groupe fondateur.
Sour Milk Sea : George Harrison soutient Jackie Lomax
« Sour Milk Sea », interprété par Jackie Lomax et publié sous la référence britannique APPLE 3, illustre une autre forme d’engagement des Beatles : la mise à disposition d’une composition originale au service d’un artiste extérieur.
La chanson est écrite par George Harrison. La production et l’entourage instrumental rassemblent des musiciens proches des Beatles. Elle présente une voix puissante, plus proche de la soul et du rock anglais que de la folk orchestrale de Mary Hopkin.
Sa place parmi les premiers disques du label ne doit pas être jugée uniquement à l’aune des classements : Apple cherche aussi à constituer un catalogue d’interprètes et de personnalités. Jackie Lomax deviendra l’un des exemples les plus révélateurs de la différence entre soutien artistique prestigieux et carrière commerciale durable.
Thingumybob : une fanfare dans la vitrine des Beatles
Le quatrième 45 tours, APPLE 4, associe « Thingumybob » à « Yellow Submarine » dans l’interprétation instrumentale du Black Dyke Mills Band, présenté à l’époque sous une dénomination qui associe également John Foster & Son Ltd.
Cette sortie peut surprendre ceux qui réduisent Apple à une maison de rock. En faisant enregistrer un ensemble de cuivres, le label signale qu’il veut accueillir des traditions musicales britanniques bien au-delà de la pop électrique. Paul McCartney est directement lié au projet « Thingumybob ».
Le disque rappelle aussi l’importance de ne pas attribuer automatiquement un titre aux Beatles dès qu’il figure sur une étiquette Apple. « Yellow Submarine » est bien une chanson du répertoire du groupe, mais l’enregistrement publié ici n’est pas celui des Beatles.
Pourquoi APPLE 1 n’est-il pas la première sortie commerciale ?
La série APPLE à chiffres commence commercialement avec Mary Hopkin. La référence APPLE 1 renvoie à un objet spécial associé à Frank Sinatra, réalisé pour un usage privé : ce n’est pas un premier single disponible en magasin, ni un disque des Beatles.
Cette distinction est indispensable pour éviter les récits trompeurs présentant APPLE 1 comme un 45 tours grand public oublié. Une numérotation peut comporter des références réservées, non commercialisées ou diffusées hors des circuits classiques.
Le lancement de 1968 révèle ainsi plusieurs histoires superposées : l’événement de communication, la distribution nationale, la séquence des références et la vie commerciale des chansons. Pour aller plus loin, la discographie complète Apple Records réunit les séries britanniques et leurs principales exceptions.
Questions fréquentes
Quels sont les quatre premiers singles Apple Records ?
« Hey Jude » des Beatles, « Those Were the Days » de Mary Hopkin, « Sour Milk Sea » de Jackie Lomax et « Thingumybob » du Black Dyke Mills Band.
Pourquoi Hey Jude ne porte-t-il pas le numéro APPLE 1 ?
Au Royaume-Uni, « Hey Jude » conserve la référence R 5722. APPLE 1 correspond à une fabrication privée, et la série commerciale APPLE s’ouvre avec Mary Hopkin, APPLE 2.
Our First Four est-il un album ?
Non. C’est un ensemble promotionnel réunissant les quatre premiers 45 tours et leurs visuels, qui n’équivaut pas à un album studio.
Les quatre disques ont-ils la même référence aux États-Unis ?
Non. La distribution américaine utilise d’autres numéros et ses propres pratiques éditoriales. La correspondance entre éditions demande un contrôle pays par pays.
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