APPLE RECORDS · ALBUM · 1973–1974
Ass de Badfinger : le dernier album Apple, SAPCOR 27, et les tensions du groupe
Ass marque la fin de la période Apple Records de Badfinger, alors que le groupe prépare déjà son avenir chez un autre label. Enregistré sur une période mouvementée, publié aux États-Unis en novembre 1973 puis au Royaume-Uni en 1974, l’album réunit dix titres dont « Apple of My Eye » et « Timeless ». Son titre, sa pochette et les difficultés de production témoignent des tensions qui accompagnent la séparation entre les musiciens et l’entreprise des Beatles.
Des attentes considérables et un contrat Apple qui s’achève
Après les succès de No Dice et de Straight Up, Badfinger dispose d’une réputation internationale. Pourtant, les difficultés financières, les décisions de management et les réorganisations d’Apple pèsent lourdement sur les sessions du disque suivant. Le groupe cherche une direction musicale plus ferme tout en préparant son départ vers Warner Bros.
Le titre Ass et la pochette représentant un âne attiré par une carotte donnent au disque une dimension presque satirique. Cette image est souvent interprétée comme une allusion aux promesses faites aux musiciens et aux récompenses toujours repoussées. Elle résume le climat de désillusion, sans suffire à expliquer l’ensemble des problèmes rencontrés.
Il serait inexact de présenter Ass comme un album enregistré après le départ définitif du groupe d’Apple. Les séances s’étalent sur une période durant laquelle les contrats, la production et les projets du groupe évoluent, tandis que la publication est retardée.
Des sessions reprises et plusieurs producteurs
Les premières prises commencent en 1972. Todd Rundgren travaille sur une partie du projet, mais les désaccords et les difficultés de suivi conduisent à des changements. Badfinger tente d’assumer une part de la réalisation, puis Chris Thomas intervient pour contribuer à la forme finale de l’album.
Le résultat reflète ces étapes. Plusieurs chansons possèdent des approches sonores différentes, certaines privilégiant les guitares dures et les rythmes rock, d’autres un travail plus mélodique ou des développements instrumentaux longs.
Les crédits de production ne peuvent être résumés à « George Harrison produit Ass ». Son rôle majeur appartient surtout à la période de Straight Up. Sur Ass, la contribution de Chris Thomas, du groupe et de Rundgren doit être clairement distinguée.
Les éditions d’archives publiées bien après 1973 ont révélé des versions alternatives. Elles permettent de mieux comprendre ces décisions sans changer la configuration du LP commercial d’origine.
Les dix titres du programme original
La première face comprend « Apple of My Eye », « Get Away », « Icicles », « The Winner » et « Blind Owl ». La seconde propose « Constitution », « When I Say », « Cowboy », « I Can Love You » et « Timeless ».
Cette liste originale en dix titres doit être conservée, car les rééditions modernes ajoutent des prises alternatives, des chansons non retenues ou des mixages supplémentaires. Les bonus sont précieux pour la recherche, mais ne doivent pas être confondus avec les deux faces commercialisées dans les années 1970.
Les contributions des membres varient. Pete Ham, Tom Evans, Joey Molland et Mike Gibbins participent à l’écriture collective du groupe, même si les indications imprimées peuvent présenter des crédits simplifiés. Les conflits de droits et de publication expliquent certains écarts entre les étiquettes anciennes et les informations détaillées connues aujourd’hui.
Apple of My Eye : la rupture racontée par Pete Ham
« Apple of My Eye », composé par Pete Ham, possède une signification particulière. La chanson peut être entendue comme un adieu à une maison de disques à laquelle le groupe doit une partie de ses premiers succès, mais avec laquelle les relations se sont détériorées.
Le titre joue naturellement sur le nom Apple. Sa douceur mélodique contraste avec la tension contractuelle de l’époque. C’est l’un des moments où l’histoire industrielle et l’écriture personnelle se rencontrent directement, sans que la chanson devienne un simple communiqué de rupture.
La publication en single prolonge cette dimension. Le disque connaît des références et des dates différentes selon les territoires. Pour la discographie, il faut distinguer le morceau de l’album, ses éventuels mixages et sa commercialisation séparée.
Timeless : le développement instrumental comme horizon
À l’autre extrémité du programme, « Timeless » s’étend sur une durée beaucoup plus longue que la plupart des chansons du groupe. Son développement instrumental met en avant une ambition rock qui ne se réduit pas aux refrains courts des succès précédents.
Ce contraste aide à comprendre la place d’Ass dans la discographie de Badfinger. L’album n’est pas simplement une continuation de « Come and Get It » ou « No Matter What » : il explore d’autres dynamiques et témoigne d’un groupe en quête de liberté.
Les versions alternatives parfois proposées dans les rééditions permettent d’entendre les possibilités envisagées en studio. Pour établir une chronologie, il faut toujours signaler si une version provient du LP de 1973–1974 ou d’un fonds d’archives dévoilé plus tard.
Les éditions Apple : SW-3411 et SAPCOR 27
L’album paraît aux États-Unis le 26 novembre 1973 sous le numéro SW-3411. La publication britannique, retardée, intervient en mars 1974 avec la référence SAPCOR 27. Cette différence explique les divergences rencontrées dans les listes qui donnent « 1973 » ou « 1974 » sans préciser le pays.
La pochette de l’âne et de la carotte est un repère immédiatement identifiable, mais elle ne permet pas à elle seule de dater un disque. Pour distinguer les premiers tirages américains et britanniques, il faut examiner l’étiquette, la bordure de texte, la matrice et le pays de fabrication.
Le programme original de dix titres doit également être vérifié. Une édition CD comportant davantage de pistes ne doit pas être cataloguée comme un 33 tours SAPCOR 27 d’origine.
Le parcours du groupe se poursuit ensuite sur Warner Bros. Il convient de séparer ce nouvel engagement de l’histoire Apple, même lorsque les sessions et les sorties sont très proches dans le temps.
Le dernier chapitre d’une relation artistique majeure
Badfinger est l’une des signatures qui ont le plus contribué à donner une identité musicale à Apple Records au-delà des quatre Beatles. Les succès, les collaborations avec McCartney et Harrison, puis les difficultés rencontrées par le groupe constituent un récit particulièrement dense.
Ass n’en est pas seulement la fin administrative. Ses chansons montrent que les membres cherchent encore à renouveler leur écriture malgré les obstacles. Cette dimension artistique mérite autant d’attention que les problèmes contractuels souvent évoqués dans les biographies.
Pour comparer les différentes étapes, lire Straight Up, No Dice et le parcours complet de Badfinger sur Apple.
Questions fréquentes
Ass est-il le dernier album Badfinger chez Apple ?
Oui. Il marque la fin de la période Apple avant les publications Warner Bros.
Quelle référence porte-t-il au Royaume-Uni ?
SAPCOR 27.
Quand sort-il ?
En novembre 1973 aux États-Unis et en mars 1974 au Royaume-Uni.
Combien de titres comporte le LP original ?
Dix.
Quel morceau fait référence au label dans son titre ?
« Apple of My Eye », composition de Pete Ham.












