APPLE RECORDS · ALBUM · NOVEMBRE 1970
No Dice de Badfinger : le disque Apple de No Matter What et Without You
Paru en 1970 sur Apple Records, No Dice marque l’affirmation de Badfinger comme groupe capable de composer ses propres grands titres. Avec « No Matter What » et la version originale de « Without You », ce troisième album de l’histoire du groupe — après les publications sous le nom The Iveys — occupe une place centrale dans la naissance du power pop. Le LP britannique porte la référence SAPCOR 16.
De Magic Christian Music à un répertoire pleinement collectif
En 1970, Badfinger commence à s’émanciper de l’image de groupe découvert par les Beatles. « Come and Get It », écrit et produit par Paul McCartney, a apporté une visibilité considérable. Mais les membres de la formation cherchent à affirmer leurs propres qualités de compositeurs et d’interprètes.
Pete Ham, Tom Evans, Joey Molland et Mike Gibbins constituent alors un quartet capable de combiner harmonies vocales, mélodies très structurées et guitares puissantes. Le son d’Apple reste présent, mais l’identité de Badfinger dépasse les comparaisons immédiates avec les Beatles.
No Dice témoigne de cette évolution. L’album ne s’organise pas autour d’un concept narratif ; il rassemble douze chansons qui montrent des personnalités créatives complémentaires. La réussite de certains morceaux ne doit pas faire oublier les contributions plus discrètes du groupe.
Les douze chansons du programme original
Le LP britannique SAPCOR 16 comporte douze titres. Sur la première face : « I Can’t Take It », « I Don’t Mind », « Love Me Do », « Midnight Caller », « No Matter What » et « Without You ». La présence d’un titre intitulé « Love Me Do » ne signifie pas qu’il s’agisse de la chanson des Beatles de 1962 : c’est une composition différente du répertoire de Badfinger.
La seconde face comprend « Blodwyn », « Better Days », « It Had to Be », « Watford John », « Believe Me » et « We’re for the Dark ». Les auteurs varient selon les pistes, confirmant que le disque n’est pas l’œuvre d’un seul compositeur.
Les rééditions en CD peuvent proposer des versions alternatives ou des morceaux enregistrés pendant la même période. Ces éléments documentent la créativité du groupe, mais ne doivent pas être ajoutés sans distinction au programme du 33 tours original.
Pour l’historien, conserver la répartition en deux faces permet aussi d’étudier la manière dont les chansons les plus connues s’inscrivent dans un parcours global. « Without You » arrive à la fin de la première face plutôt que de servir de morceau d’ouverture conçu pour attirer immédiatement le public.
No Matter What : Pete Ham et le succès d’un son direct
« No Matter What » est écrit par Pete Ham. La chanson repose sur un riff de guitare, un refrain lumineux et un jeu de groupe d’une grande cohésion. Elle appartient aux titres qui ont contribué à définir la notion de power pop : mélodie facilement mémorisable et énergie du rock, sans renoncer à l’écriture harmonique.
Le single britannique porte la référence APPLE 31, couplé à « Better Days ». Sa réussite confirme que Badfinger n’a plus besoin d’une composition offerte par McCartney pour obtenir un accueil important. La contribution de l’ancien Beatle à la carrière du groupe reste fondamentale, mais elle ne constitue plus son unique moteur.
La production privilégie des guitares immédiatement présentes et une voix qui demeure claire dans le mixage. Le contraste avec « Come and Get It » est révélateur : les musiciens assument un son plus rock et une écriture dont ils sont directement responsables.
Without You : avant Harry Nilsson et Mariah Carey
« Without You » réunit les contributions de Pete Ham et Tom Evans. L’association de leurs idées donne naissance à une ballade d’une intensité particulière, construite autour d’une mélodie ample et d’un texte de séparation. Sur No Dice, la version de Badfinger reste celle d’un groupe rock, avec une retenue qui diffère des interprétations plus orchestrales des années suivantes.
Harry Nilsson enregistre le titre pour son album Nilsson Schmilsson en 1971, puis le publie en single. Sa version connaît un immense succès international. Mariah Carey contribue à une nouvelle diffusion populaire de la chanson dans les années 1990. Ces interprétations ne doivent pas faire oublier que l’enregistrement original figure sur l’album Apple de Badfinger.
L’histoire du morceau est également une leçon de discographie. Il faut distinguer la composition Ham-Evans, la première publication par Badfinger, les reprises et les droits d’édition. La notoriété de l’interprète qui a le plus vendu ne modifie pas le crédit des auteurs.
Geoff Emerick, Mal Evans et la réalisation sonore
Les séances de No Dice sont réalisées avec l’intervention déterminante de Geoff Emerick et de Mal Evans, deux collaborateurs associés à l’univers des Beatles. Leurs contributions ne doivent pas être attribuées indistinctement à toutes les chansons. Les crédits de production diffèrent selon les titres.
Emerick apporte une expérience du studio et du traitement des guitares, tandis que le réseau d’Apple soutient le groupe dans la réalisation d’un disque plus ambitieux que les premières séances des Iveys. L’album illustre un modèle de production dans lequel l’expertise des techniciens et la personnalité des musiciens ont une importance comparable.
Ni George Harrison ni Paul McCartney ne doivent être présentés comme producteurs de l’ensemble de No Dice. Leur proximité avec le groupe appartient à une histoire plus large, mais la pochette et les crédits de cet album racontent un travail différent.
SAPCOR 16 et SKAO-3367 : deux marchés pour le même album
Le disque paraît au Royaume-Uni en novembre 1970 sous SAPCOR 16 et aux États-Unis sous SKAO-3367. Les matrices, les étiquettes et les indications de fabricant diffèrent. L’album possède une pochette ouvrante dont l’état et les éléments intérieurs doivent être notés lors d’un inventaire.
Un exemplaire portant Apple et la photographie d’origine peut appartenir à une réimpression ; il faut donc examiner le code complet, les inscriptions du sillon de sortie et le pays de fabrication. Les rééditions numériques ont un programme potentiellement enrichi.
Pour poursuivre l’étude, le dossier Badfinger chez Apple Records relie No Dice à Straight Up et Ass. La notice « Come and Get It » explique le lancement commercial qui précède cet album.
Questions fréquentes
Quel numéro porte No Dice en Grande-Bretagne ?
SAPCOR 16, en 1970.
Quelle est la référence américaine ?
SKAO-3367.
Qui écrit No Matter What ?
Pete Ham.
Qui a composé Without You ?
Pete Ham et Tom Evans, membres de Badfinger.
Quels producteurs travaillent sur No Dice ?
Geoff Emerick et Mal Evans interviennent dans les sessions ; les crédits varient selon les pistes.












