APPLE RECORDS · PORTRAITS D’ARTISTES
Billy Preston chez Apple Records : des sessions Get Back à deux albums majeurs
Le parcours de Billy Preston chez Apple Records est exceptionnel : il traverse à la fois la dernière aventure collective des Beatles et la naissance de sa propre carrière sur le label. Organiste, pianiste, chanteur et compositeur américain formé au gospel, il apparaît aux côtés du groupe pendant les séances de janvier 1969 puis publie deux albums sous la pomme verte. Son apport ne se résume pourtant ni au célèbre piano électrique de « Get Back », ni à son association avec George Harrison : il possède déjà une histoire musicale personnelle.
Avant Apple, un musicien aguerri et une amitié ancienne
Né à Houston le 2 septembre 1946, Billy Preston grandit dans un univers où le gospel, le rhythm and blues et la virtuosité des claviers se rencontrent. Très jeune, il accompagne des artistes religieux ou populaires, développe un jeu de Hammond immédiatement identifiable et apprend à jouer dans des situations où l’écoute et l’improvisation comptent autant que la technique. Cette antériorité est essentielle : l’histoire de Preston ne commence pas avec les Beatles.
Ses rencontres avec les musiciens de Liverpool remontent au début des années 1960, lorsque les tournées conduisent différents artistes sur les mêmes scènes en Allemagne. Les retrouvailles de 1969 ont donc une profondeur humaine que l’expression « cinquième Beatle », souvent employée à son sujet, ne suffit pas à expliquer.
Il faut aussi distinguer son travail d’accompagnateur — auprès de plusieurs figures majeures de la musique américaine — de ses propres publications comme interprète. Apple représente un changement d’échelle dans sa visibilité, non une première expérience de studio ou de scène.
Janvier 1969 : un clavier qui transforme les séances des Beatles
Au cours des séances du projet Get Back, les Beatles cherchent à retrouver une manière plus directe de jouer ensemble. Preston rejoint le groupe à Londres et apporte au piano électrique une légèreté rythmique, des accents gospel et des réponses mélodiques qui donnent aux chansons une dimension nouvelle. Son jeu dialogue avec la batterie de Ringo Starr, la basse de Paul McCartney et les guitares de John Lennon et George Harrison.
Sa présence est déterminante sur « Get Back » et « Don’t Let Me Down ». Elle ne signifie cependant pas que Preston a composé ces morceaux : ils restent des compositions signées Lennon-McCartney. Son rôle est celui d’un musicien participant à l’interprétation et à la construction sonore des prises retenues.
Preston prend aussi part au concert sur le toit du 30 janvier 1969, organisé au 3 Savile Row. La scène, devenue emblématique, mérite d’être décrite comme une performance de groupe à cinq musiciens, plutôt que comme une simple apparition d’invité. Les images et les prises publiées sous diverses formes documentent un travail collectif réel.
Les différents montages du film et de l’album Let It Be ne reproduisent pas nécessairement les mêmes prises ni les mêmes ambiances. Pour reconstituer l’activité de Preston en janvier 1969, le disque commercial, les enregistrements de session et le concert sur le toit constituent trois ensembles qu’il convient de ne pas confondre.
Get Back : un crédit rare sur un single des Beatles
Paru au Royaume-Uni le 11 avril 1969, « Get Back » / « Don’t Let Me Down » porte le crédit « The Beatles with Billy Preston ». C’est l’un des faits les plus remarquables de la discographie officielle du groupe : les Beatles choisissent de mentionner nominativement un accompagnateur sur un disque publié pendant leur carrière.
Le 45 tours britannique porte la référence R 5777, même s’il utilise l’identité Apple. Aux États-Unis, le disque porte le numéro 2490. La variation est une conséquence du système de distribution, non la preuve de deux chansons différentes.
Cette mention ne doit pas être transformée en appartenance juridique au groupe : Preston n’est pas devenu un cinquième membre officiel des Beatles. En revanche, son rôle musical est reconnu au niveau le plus visible, celui de l’étiquette et du crédit d’artiste. Pour un collectionneur, cette typographie fait partie intégrante de l’histoire de l’objet.
That’s the Way God Planned It (1969) : gospel, soul et rock chez Apple
George Harrison soutient la signature de Preston et participe à la production de son premier grand projet Apple. Le 45 tours « That’s the Way God Planned It » illustre l’art de Preston de réunir ferveur gospel, voix soul et énergie instrumentale rock sans sacrifier l’une de ces composantes.
L’album That’s the Way God Planned It, publié au Royaume-Uni en août 1969 sous la référence SAPCOR 9, rassemble des compositions personnelles et des titres qui affichent une ampleur inhabituelle pour un simple enregistrement de chanteur-organiste. Harrison intervient dans son élaboration ; plusieurs musiciens de la scène rock britannique et américaine rejoignent les sessions.
La chanson-titre ne se réduit pas à une profession de foi. Sa longue progression révèle la capacité de Preston à faire monter l’intensité d’un morceau par le jeu collectif, les changements de registre et l’improvisation. Elle annonce le mélange de soul et de claviers dynamiques qui fera de lui une figure importante des années 1970.
Il serait inexact d’assimiler le disque à un album de George Harrison ou d’y appliquer indistinctement les crédits instrumentaux des Beatles. La production met en valeur Billy Preston comme artiste principal, avec sa voix, ses compositions et son identité musicale.
Encouraging Words (1970) : une rencontre décisive avec l’écriture de Harrison
Le second album de Preston sur Apple, Encouraging Words, paraît en septembre 1970 sous la référence britannique SAPCOR 14. Coproduit par Preston et Harrison, il associe des compositions originales à des morceaux provenant des répertoires de Harrison et des Beatles.
Preston enregistre notamment « My Sweet Lord » et « All Things Must Pass » de George Harrison, ainsi que « I’ve Got a Feeling », lié aux dernières séances des Beatles. Sa version de « My Sweet Lord » est publiée avant la célèbre interprétation de Harrison sur son triple album solo. Il ne s’agit pourtant pas d’une simple maquette : la voix et les claviers de Preston lui donnent une couleur gospel propre.
« Sing One for the Lord », écrit par Harrison et Preston, cristallise leur collaboration. Les paroles et la musique y deviennent le support d’une spiritualité chantée qui se retrouve sous des formes différentes dans leurs œuvres respectives.
Le disque possède une dynamique interne : des titres rapides côtoient des moments de recueillement. La relecture de chansons déjà associées aux Beatles, ou bientôt célèbres dans le catalogue de Harrison, fonctionne comme un dialogue artistique, pas comme une imitation.
Repères discographiques : les publications Apple de Billy Preston
Le cœur du catalogue Apple de Preston comprend les albums That’s the Way God Planned It (1969, SAPCOR 9) et Encouraging Words (1970, SAPCOR 14). Les 45 tours associés et les pressages internationaux emploient d’autres références, qu’il faut toujours relever sur l’exemplaire concerné.
Une réédition en CD peut reprendre les mêmes illustrations qu’un microsillon mais ajouter des faces B ou des chansons jusque-là absentes de l’album d’origine. Pour établir une discographie historique, il convient de séparer le programme initial des bonus, les dates de première publication et les éditions de catalogue postérieures.
Preston poursuit ensuite une carrière importante hors d’Apple, notamment chez A&M. Les chansons qu’il enregistre après son départ du label ne deviennent pas des disques Apple au seul motif qu’il reste proche de George Harrison. L’identité de l’interprète et l’identité de l’étiquette constituent deux informations distinctes.
Le véritable héritage de Preston dans l’univers des Beatles
Le lien entre Preston et les Beatles se poursuit au-delà de 1969. Sa participation au Concert for Bangladesh de George Harrison en 1971 rappelle la confiance musicale qui unit les artistes et les rapproche au sein d’un même cercle de musiciens.
Pour les amateurs de Beatles, son parcours permet d’observer un phénomène plus large : Apple a parfois offert à des musiciens de premier plan une tribune indépendante de la carrière du groupe fondateur. Pour les passionnés de soul, il constitue l’histoire d’un artiste qui utilise une structure rock britannique pour exprimer des racines américaines profondément ancrées.
Les lecteurs peuvent rapprocher ce portrait de l’histoire des artistes Apple Records, de la discographie des albums et de la méthode d’identification des pressages.
Questions fréquentes
Billy Preston a-t-il été membre officiel des Beatles ?
Non. Il fut un collaborateur majeur, nommément crédité sur le single « Get Back » en 1969, sans devenir un membre officiel du groupe.
Quel est le premier album de Billy Preston publié par Apple Records ?
That’s the Way God Planned It, paru en 1969 sous la référence britannique SAPCOR 9.
Qui produit Encouraging Words ?
L’album de 1970 est coproduit par Billy Preston et George Harrison ; sa référence originale britannique est SAPCOR 14.
Billy Preston a-t-il publié My Sweet Lord avant Harrison ?
Oui. La version de Preston a été publiée sur son album Apple Encouraging Words, avant celle de George Harrison sur All Things Must Pass.
Quels instruments joue-t-il pendant les séances Get Back ?
Il apporte notamment le son du piano électrique qui marque plusieurs enregistrements et le concert sur le toit de janvier 1969.












