APPLE RECORDS · ARTISTES ET MUSIQUE DÉVOTIONNELLE
Radha Krishna Temple chez Apple Records : George Harrison, les singles et l’album de 1971
Radha Krishna Temple (London) occupe une place remarquable dans la discographie d’Apple Records : deux 45 tours en 1969 et 1970, puis un album en 1971, tous liés au soutien de George Harrison. Derrière les chansons « Hare Krishna Mantra » et « Govinda » se rencontrent la démarche spirituelle du Beatle, la tradition musicale du chant collectif et l’ambition initiale d’un label ouvert à des genres que l’industrie populaire publiait rarement.
George Harrison et la rencontre avec le mouvement Hare Krishna
À la fin des années 1960, l’intérêt de George Harrison pour la philosophie indienne, la méditation et les pratiques dévotionnelles s’approfondit. Son parcours ne se limite plus à la découverte du sitar et aux voyages effectués avec les Beatles. À Londres, il rencontre des membres du mouvement de conscience de Krishna, notamment des disciples d’A. C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada, et voit dans leur chant collectif une pratique qui mérite d’être entendue au-delà de son cercle religieux.
Le nom figurant sur les disques est Radha Krishna Temple (London), parfois transcrit Radha Krsna Temple. Il désigne un ensemble de fidèles pratiquant le kirtan, une forme de chant dévotionnel collectif. Il ne s’agit ni d’un groupe rock construit pour accompagner Harrison, ni de musiciens interprétant des compositions des Beatles sous un nom d’emprunt.
Le soutien de Harrison intervient alors qu’Apple Records accueille des artistes d’horizons très différents. Cette publication prend ainsi place aux côtés de la soul de Billy Preston, des chansons de Mary Hopkin, du jazz du Modern Jazz Quartet et des œuvres contemporaines de John Tavener. L’existence de ce catalogue diversifié est une clé pour comprendre les ambitions du label.
1969 : Hare Krishna Mantra, une publication inattendue
Le 45 tours « Hare Krishna Mantra » / « Prayer to the Spiritual Masters » paraît au Royaume-Uni en 1969 sous la référence APPLE 15. Produit par George Harrison, il présente un chant collectif accompagné d’instruments qui inscrivent le disque dans la tradition dévotionnelle plutôt que dans les codes habituels de la pop radiophonique.
Cette publication surprend d’autant plus qu’Apple utilise la même identité graphique pour des productions aussi éloignées que les Beatles, des auteurs folk et un groupe religieux. L’étiquette à la pomme verte ne préjuge donc pas du genre musical. Elle signale d’abord une décision éditoriale et un réseau de fabrication et de distribution.
Le disque attire l’attention en Grande-Bretagne et permet au mouvement Hare Krishna de gagner un public sensiblement plus large. Il serait néanmoins trompeur de le décrire comme « un single de George Harrison » : le Beatle en est le producteur et le principal soutien artistique, mais l’interprète crédité reste Radha Krishna Temple (London).
Pour les collectionneurs, le premier pressage et les exemplaires accompagnés d’un feuillet d’instructions de chant ne doivent pas être confondus avec des rééditions reprenant ultérieurement le même enregistrement. La référence APPLE 15 est un point de départ, non une preuve suffisante d’authenticité.
1970 : Govinda et Govinda Jai Jai
Au printemps 1970, Radha Krishna Temple poursuit son aventure discographique avec « Govinda » / « Govinda Jai Jai », publié au Royaume-Uni sous la référence APPLE 25. Harrison reste associé à la production et l’enregistrement s’appuie sur le chant collectif, mais les morceaux ne reproduisent pas exactement le dispositif musical du premier single.
« Govinda » présente une invocation et une progression de voix qui tendent vers la célébration. « Govinda Jai Jai » adopte une démarche plus répétitive et participative. Ces pièces témoignent d’un répertoire que l’on ne peut comprendre uniquement avec les critères d’une chanson anglaise à couplets et refrain : répétition, timbre et engagement du groupe y jouent un rôle central.
Le 45 tours porte une pochette et des références susceptibles de varier selon les marchés. Un exemplaire américain n’est pas automatiquement interchangeable avec l’édition britannique, même lorsque les deux utilisent l’identité graphique Apple.
Il faut également distinguer la version de « Govinda » publiée sur le single de sa présence sur le LP de 1971 : le montage et la durée peuvent différer, ce qui mérite un relevé précis dans toute discographie.
1971 : The Radha Krsna Temple, album Apple SAPCOR 18
Le disque long format paraît en mai 1971 sous le titre The Radha Krsna Temple. Au Royaume-Uni, l’édition porte la référence SAPCOR 18 ; aux États-Unis, Apple utilise la référence SKAO 3376. L’album compile des enregistrements réalisés dans le cadre du projet soutenu par Harrison depuis 1969 et associe des titres déjà publiés sur 45 tours à d’autres pièces.
Le programme de l’album britannique d’origine comprend sept titres. Face A : « Govinda », « Sri Gurvastakam », « Bhaja Bhakata / Arati » et « Hare Krsna Mantra ». Face B : « Sri Isopanisad », « Bhaja Hunre Mana » et « Govinda Jai Jai ». Les variations de translittération entre Sanskrit, anglais et catalogues de disques rendent indispensables le respect du libellé exact de l’édition étudiée.
Le chant, les instruments traditionnels et les arrangements forment un ensemble cohérent. La présence de John Barham dans l’environnement musical du projet témoigne également des liens entre la pratique indienne et des collaborateurs des Beatles déjà familiers de la musique de Harrison.
Le LP est donc bien davantage qu’une simple collection opportuniste de deux singles. Il réunit un répertoire cohérent et propose au public d’Apple une immersion inhabituelle dans des chants associés à une tradition spirituelle précise.
La publication du 33 tours intervient à un moment où Apple traverse des changements administratifs et contractuels. Elle illustre les engagements artistiques personnels de Harrison, mais ne signifie pas que l’ensemble de l’entreprise discographique se soit réorienté vers la musique dévotionnelle.
Les différentes éditions : ce que disent les références
Le trio APPLE 15, APPLE 25 et SAPCOR 18 constitue le point de départ de la discographie britannique de Radha Krishna Temple chez Apple. Le passage au format LP, puis la fabrication d’éditions destinées aux marchés étrangers, entraînent d’autres numéros. Il serait donc erroné de citer SAPCOR 18 comme une référence internationale valable sans exception.
Les disques originaux peuvent également comporter des éléments imprimés spécifiques : pochette ouvrante, textes de présentation, documents intérieurs et mentions du mouvement religieux. Leur présence ou leur absence doit être documentée sans confondre deux pressages, ni supposer qu’un insert conservé avec un exemplaire était fourni avec toutes les éditions.
Pour identifier un vinyle, on relèvera le numéro imprimé sur l’étiquette, le pays, la matrice du sillon de sortie, les mentions de fabrication, le programme des faces et la description des éléments de pochette. Une photographie du logo Apple, aussi nette soit-elle, ne remplace pas ces informations.
Le guide du collectionneur Apple explique la méthode, tandis que les éditions internationales permettent de comparer les références nationales.
Une page importante de l’histoire du label et de Harrison
Ces disques jouent un rôle singulier dans la carrière de Harrison : il ne se contente pas d’enregistrer lui-même de la musique inspirée de l’Inde. Il met ses ressources de producteur et sa notoriété au service de chanteurs qu’il souhaite faire entendre. Cela éclaire son intérêt pour la musique comme pratique collective, au-delà de la carrière d’une vedette rock.
Pour l’histoire des Beatles, le catalogue Radha Krishna Temple montre qu’Apple ne constituait pas uniquement un moyen de sortir des chansons sous un nouveau logo. C’était aussi, dans ses premières années, une plateforme capable d’accueillir des formes musicales inattendues.
Le travail éditorial gagne ici à distinguer trois choses : le mouvement religieux lui-même, son répertoire musical et les enregistrements commerciaux publiés chez Apple. Cette distinction permet d’aborder le sujet avec précision historique, sans convertir une notice discographique en jugement sur les convictions des participants.
Le dossier peut ensuite être parcouru en relation avec les autres artistes Apple Records et le catalogue des albums.
Questions fréquentes
Radha Krishna Temple était-il un groupe des Beatles ?
Non. Le nom désigne un ensemble de pratiquants du mouvement Hare Krishna à Londres. George Harrison produit et soutient leurs enregistrements Apple.
Quel est le numéro du premier 45 tours Apple du groupe ?
« Hare Krishna Mantra » / « Prayer to the Spiritual Masters » est publié au Royaume-Uni sous le numéro APPLE 15 en 1969.
Qu’est-ce que APPLE 25 ?
La référence britannique du single « Govinda » / « Govinda Jai Jai » publié en 1970.
Quel album paraît chez Apple en 1971 ?
The Radha Krsna Temple, sous le numéro britannique SAPCOR 18 et le numéro américain SKAO 3376.
George Harrison chante-t-il toutes les parties de ces disques ?
Non. Le groupe religieux assure le chant collectif ; le rôle de Harrison est d’abord celui de producteur et de soutien artistique.
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