APPLE RECORDS · PORTRAITS D’ARTISTES

Jackie Lomax chez Apple Records : Sour Milk Sea, George Harrison et Is This What You Want?

Jackie Lomax est l’une des premières signatures d’Apple Records, mais son histoire commence dans le Liverpool des clubs et des groupes de rhythm and blues. Soutenu par George Harrison, il enregistre en 1968 un premier 45 tours Apple qui réunit un nombre impressionnant de musiciens associés aux Beatles. Son album de 1969 et ses singles ultérieurs révèlent une voix personnelle, longtemps éclipsée par la célébrité des instrumentistes qui l’entourent.

De Liverpool à Apple : un chanteur déjà expérimenté

Né le 10 mai 1944 à Wallasey, près de Liverpool, Jackie Lomax se forme dans les clubs de la Mersey et participe à l’effervescence musicale britannique bien avant le lancement du label des Beatles. Il chante et joue avec les Undertakers, formation qui développe un répertoire très marqué par le rhythm and blues américain.

Cette histoire est importante pour comprendre l’artiste. Lomax possède une voix puissante, parfois rugueuse, et une manière d’aborder les chansons proche de la soul. Il ne cherche pas à se transformer en double de John Lennon ou de Paul McCartney ; son admiration pour la musique noire américaine lui donne un tempérament différent de celui des auteurs-compositeurs folk recrutés à la même période.

Avant Apple, Lomax passe également par l’expérience de la Lomax Alliance et tente de construire sa carrière entre les scènes britannique et américaine. Sa proximité avec le milieu de Liverpool favorise les rencontres, mais ne dispense pas d’expliquer le travail déjà accompli sous d’autres noms et pour d’autres maisons de disques.

L’intérêt porté par George Harrison à Lomax relève donc du choix d’un interprète aguerri, non de la découverte miraculeuse d’un débutant.

Sour Milk Sea (1968) : la chanson de George Harrison offerte à Lomax

Le premier single Apple de Jackie Lomax est « Sour Milk Sea » / « The Eagle Laughs at You », paru à la fin d’août 1968 et numéroté APPLE 3 au Royaume-Uni. La face A est écrite par George Harrison ; la face B permet d’entendre une composition de Lomax. Ce partage des crédits révèle d’emblée les deux ambitions du disque : bénéficier du réseau des Beatles et présenter l’identité d’un auteur-interprète.

« Sour Milk Sea » mêle une écriture de Harrison aux accents spirituels et une instrumentation profondément rock. Les séances rassemblent Harrison, Paul McCartney, Ringo Starr, Eric Clapton et Nicky Hopkins, notamment. La présence de ces noms explique la place particulière de ce disque dans la collection des amateurs des Beatles.

Il est toutefois essentiel de ne pas le présenter comme un enregistrement des Beatles sous pseudonyme. John Lennon ne figure pas parmi les participants habituellement crédités, et le disque est officiellement interprété par Jackie Lomax. C’est sa voix qui porte la chanson ; la participation de musiciens renommés ne remplace pas l’identité de l’artiste principal.

La chanson appartient aux premières sorties d’Apple : elle paraît dans le même mouvement que « Hey Jude », « Those Were the Days » et « Thingumybob ». Le dossier consacré aux quatre premiers 45 tours Apple permet de comparer ces publications sans mélanger leurs références nationales.

Is This What You Want? (1969) : un album à plusieurs visages

Le premier album Apple de Lomax, Is This What You Want?, paraît au printemps 1969. On le rencontre au Royaume-Uni sous les références APCOR 6 en mono et SAPCOR 6 en stéréo. L’existence de deux configurations rend indispensable le relevé précis de l’étiquette et des matrices lorsqu’on veut identifier un pressage.

George Harrison assure la production d’une grande partie du projet. Les séances ont lieu en plusieurs périodes et font intervenir des musiciens des scènes de Londres et de Los Angeles. Cet assemblage explique la diversité de sonorités : guitares franches, sections rythmiques souples, claviers soul et passages proches de la ballade.

Le programme britannique original comprend notamment « Speak to Me », « Is This What You Want? », « How Can You Say Goodbye », « Sunset », « Sour Milk Sea », « Fall Inside Your Eyes », « Little Yellow Pills », « Take My Word », « The Eagle Laughs at You », « Baby You’re a Lover », « You’ve Got Me Thinking » et « I Just Don’t Know ».

Cette suite de titres donne une idée plus juste du répertoire de Lomax que le seul single écrit par Harrison. On y entend un chanteur capable de passer d’un phrasé soul nerveux à des moments plus intimes. La cohérence du disque est celle d’un interprète de rock et de rhythm and blues, non celle d’une compilation de chutes de studio des Beatles.

Les versions américaines et les rééditions ultérieures ne sont pas toujours identiques. Un programme publié sur CD des décennies plus tard, enrichi de singles et de morceaux supplémentaires, ne doit pas être cité comme s’il s’agissait de la première édition de 1969.

Les collaborations de studio : qui joue réellement sur les disques ?

La tentation est grande, en présence du nom Apple, d’annoncer « les Beatles réunis » sur chaque chanson. Dans le cas de Lomax, la réalité est plus intéressante et plus précise : certains morceaux bénéficient de contributions de plusieurs Beatles, mais les crédits ne sont pas uniformes d’une séance à l’autre.

Sur « Sour Milk Sea », l’apport de McCartney à la basse, de Starr à la batterie, d’Harrison et de Clapton aux guitares, ainsi que de Nicky Hopkins au piano, explique une grande partie du caractère spectaculaire de l’enregistrement. D’autres titres de l’album mobilisent des musiciens différents.

Le travail de production de Harrison évolue lui-même au cours des séances. On y reconnaît un intérêt pour les voix à forte personnalité et la rencontre entre écriture pop, musique américaine et technique de studio. Lomax représente un terrain idéal pour cette recherche.

Il faut aussi séparer les crédits d’un disque original des indications ajoutées lors de rééditions, parfois plus détaillées parce que les archives de sessions ont été réexaminées.

New Day et How the Web Was Woven : la suite des singles Apple

En 1969, Lomax poursuit son travail sur Apple avec « New Day », associé à « Fall Inside Your Eyes » au Royaume-Uni, sous le numéro APPLE 11. Il s’agit d’une étape différente du lancement de 1968 : Lomax cherche à installer son propre répertoire alors que la direction du label commence à se réorganiser.

Une autre publication, « How the Web Was Woven » avec « Thumbing a Ride », est répertoriée sous le numéro britannique APPLE 23 en 1970. Les dates de prise, les périodes de préparation et les sorties commerciales doivent être distinguées ; une chanson enregistrée en 1969 peut connaître une publication plus tardive.

Ces singles valent davantage que de simples notes de bas de page au succès relatif. Ils documentent un parcours artistique au sein d’Apple, marqué par les expériences de studio et la recherche d’une orientation commerciale capable de rendre justice à la voix de Lomax.

Un disque peu classé n’est pas nécessairement un disque négligeable : les 45 tours de Lomax restent précieux pour comprendre la stratégie d’Apple envers ses artistes hors Beatles.

Après Apple : les voies d’une carrière à part entière

Après son passage chez Apple, Lomax poursuit sa carrière auprès d’autres labels et formations. Ses travaux ultérieurs témoignent de son ancrage dans le rock et le rhythm and blues. Il participe notamment à Badger et enregistre au début des années 1970 des albums éloignés du cadre contractuel des Beatles.

Il faut résister à deux raccourcis fréquents : réduire sa trajectoire à « Sour Milk Sea » ou supposer que tous ses disques bénéficient de l’implication directe de Harrison. Les sessions Apple représentent une période significative, mais limitée, de son activité d’auteur, chanteur et musicien.

Jackie Lomax meurt le 15 septembre 2013. Son histoire reste une entrée privilégiée pour réfléchir aux signatures Apple qui possédaient déjà une expérience importante, sans obtenir pour autant la même exposition publique que les productions des Beatles.

Collectionner Jackie Lomax sur Apple : les bons critères

La présence de la pomme verte, d’un numéro Apple et d’une pochette d’époque fournit un premier jeu d’indices. L’identification complète exige aussi le pays, le type de disque, les mentions du fabricant, les crédits de production et les matrices. Un APPLE 3 britannique et un exemplaire américain ne doivent pas être réunis sous une seule fiche de collection.

Les deux références de l’album Is This What You Want? invitent à préciser le format mono ou stéréo et à ne pas présenter un CD remastérisé avec bonus comme la reproduction stricte du LP d’origine.

Pour suivre les autres références du label, consultez la discographie des 45 tours Apple, les albums APCOR et SAPCOR et les pressages internationaux.

Questions fréquentes

Qui a écrit Sour Milk Sea ?

George Harrison a composé « Sour Milk Sea » pour Jackie Lomax ; le disque paraît en 1968 sous la référence britannique APPLE 3.

Les Beatles jouent-ils tous sur Sour Milk Sea ?

Non. Harrison, McCartney et Ringo Starr participent à l’enregistrement, avec notamment Eric Clapton et Nicky Hopkins ; John Lennon n’est pas crédité sur ce titre.

Quel est l’album de Jackie Lomax sur Apple ?

Is This What You Want? paraît en 1969, avec les références britanniques APCOR 6 (mono) et SAPCOR 6 (stéréo).

Quels autres 45 tours Jackie Lomax publie-t-il chez Apple ?

Parmi les références britanniques figurent « New Day » (APPLE 11) et « How the Web Was Woven » (APPLE 23).

Jackie Lomax a-t-il poursuivi sa carrière après Apple ?

Oui. Il enregistre ensuite pour d’autres maisons de disques et participe à divers groupes, en dehors du catalogue Apple Records.

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