APPLE RECORDS · SINGLE APPLE 33 · 1971
Ronnie Spector chez Apple Records : Try Some, Buy Some, Tandoori Chicken et George Harrison
En 1971, Ronnie Spector enregistre pour Apple Records « Try Some, Buy Some », une composition de George Harrison coproduite avec Phil Spector. Ce single, accompagné de « Tandoori Chicken », devait contribuer à relancer la carrière d’une voix emblématique des Ronettes. Son histoire réunit une grande chanteuse de la pop américaine, les studios britanniques, la production orchestrale et une bande instrumentale que Harrison réutilisera pour son propre album de 1973.
Avant Apple : Ronnie Spector, la voix des Ronettes
Veronica Bennett, connue sous le nom de Ronnie Spector, s’impose au début des années 1960 comme la voix principale des Ronettes. Le groupe marque l’histoire de la pop avec « Be My Baby », chanson devenue l’un des modèles du son de Phil Spector. Cette célébrité est indispensable pour comprendre le projet Apple : Ronnie n’est pas une interprète débutante recrutée au hasard.
À la fin de la décennie, son parcours se trouve perturbé par des difficultés personnelles et professionnelles. La perspective d’enregistrer de nouvelles chansons avec l’appui de George Harrison et de son mari Phil Spector apparaît comme une occasion de retrouver un public.
Il faut néanmoins éviter de raconter cet épisode comme une simple réussite de sauvetage artistique. Ronnie possède une voix et une identité musicale propres, qui ont précédé sa rencontre avec Apple et survivront largement à cette période.
George Harrison et Phil Spector : un projet d’album abandonné
Après la sortie d’All Things Must Pass, George Harrison et Phil Spector envisagent des enregistrements pour Ronnie. Plusieurs titres sont abordés en studio, dont « Try Some, Buy Some », « Tandoori Chicken », « When Every Song Is Sung » et « You ». L’idée dépasse donc le seul 45 tours, même si aucun album Apple complet ne voit finalement le jour sous son nom.
Les séances se déroulent en février et mars 1971 dans des studios londoniens, notamment EMI et Trident, avec des musiciens proches de Harrison. La production fait appel à des arrangements de cordes et de cuivres, ce qui rapproche le projet de l’esthétique orchestrale développée autour d’All Things Must Pass.
Le rôle du producteur et celui de l’auteur doivent être clairement dissociés. « Try Some, Buy Some » est une composition de Harrison, tandis que le travail de studio est assuré conjointement par Harrison et Phil Spector. Ce dernier n’est pas l’auteur principal de la chanson, pas plus que Ronnie n’en est simplement une voix anonyme ajoutée sur une bande.
Le projet d’album avorté est un cas intéressant de l’histoire Apple : les sessions existent, plusieurs chansons sont travaillées, mais elles ne forment pas pour autant un LP commercial de 1971. Une discographie ne doit pas inventer cet album à partir de titres de séances.
APPLE 33 : Try Some, Buy Some / Tandoori Chicken
Le single paraît au Royaume-Uni le 16 avril 1971 sous la référence APPLE 33, puis aux États-Unis le 19 avril sous la référence Apple 1832. Les deux faces sont « Try Some, Buy Some » et « Tandoori Chicken ». Cette précision est essentielle pour éviter les confusions de catalogue : APPLE 33, et non APPLE 36, désigne le disque britannique.
La face A est une ballade de Harrison dont la mélodie s’épanouit à travers une riche orchestration. La voix de Ronnie y apporte un mélange de puissance, de fragilité et d’ornementation qui ne ressemble pas à la manière dont Harrison interprétera plus tard la chanson.
La face B « Tandoori Chicken » adopte un esprit beaucoup plus léger, presque improvisé. La chanson est associée à George Harrison et Phil Spector et se construit autour d’un thème humoristique. Le contraste avec la grandeur orchestrale de la face A fait de ce 45 tours un objet inattendu dans la carrière de Ronnie.
Malgré son prestigieux entourage, le disque n’obtient pas le succès espéré. Cette réception décevante contribue à l’abandon du projet d’album, mais le single conserve un intérêt artistique et discographique majeur : il documente une rencontre exceptionnelle entre deux traditions de production pop.
La même bande instrumentale réutilisée par George Harrison
Après l’échec commercial du single, Harrison décide de reprendre « Try Some, Buy Some » pour son propre album Living in the Material World (1973). Il ne s’agit pas d’une reprise entièrement réenregistrée de zéro : l’ancien Beatle enregistre de nouveaux éléments vocaux sur une copie de la bande instrumentale issue du travail de 1971.
En octobre 1972, des interventions supplémentaires sont effectuées à Apple Studios, tandis que les cordes et cuivres avaient été ajoutés dans le processus de production initial. La circulation de ces bandes révèle une pratique de studio qu’il faut décrire avec précision, plutôt que d’affirmer que les versions de Ronnie et George sont une seule prise vocale.
L’intérêt de la comparaison tient dans la différence d’interprétation. L’environnement instrumental reste très proche, mais la voix et le phrasé modifient l’équilibre affectif de la chanson. Ronnie y apporte des inflexions héritées des Ronettes, tandis que Harrison s’inscrit dans le climat plus introspectif de son album solo.
Il serait trompeur d’affirmer que Harrison a composé le titre après avoir entendu la version de Ronnie : c’est bien sa chanson qui est d’abord proposée à la chanteuse, avant d’intégrer son propre répertoire.
Tandoori Chicken : une face B qui raconte les coulisses d’Apple
La face B offre un contrepoint comique à la production ambitieuse de « Try Some, Buy Some ». Le titre « Tandoori Chicken » témoigne de l’humour de studio de Harrison et de son entourage, tout en s’écartant de la gravité spirituelle souvent associée à ses compositions de l’époque.
La chanson est créditée à Harrison et Phil Spector. Sa fabrication laisse une place importante aux interventions spontanées et aux voix de l’entourage. Pour les historiens, elle montre que les sessions d’Apple pouvaient faire coexister des arrangements sophistiqués et des expériences détendues produites dans le même projet.
Elle ne doit pas être décrite comme une face B de George Harrison, puisque le disque commercial porte bien le nom de Ronnie Spector. Le crédit d’artiste, le crédit d’auteur et l’identité des producteurs sont des informations complémentaires, non substituables.
Identifier les éditions britanniques et américaines
Le premier 45 tours britannique de Ronnie Spector porte la référence APPLE 33. La version américaine est référencée 1832. Les étiquettes, pochettes illustrées, matrices et mentions de fabrication peuvent différer selon le territoire ; il faut donc vérifier l’exemplaire concret avant de le qualifier d’édition originale.
Certaines copies promotionnelles présentent des caractéristiques d’étiquette particulières, dont les mentions de démonstration et les matrices. Ces éléments doivent être lus et rapprochés de la fabrication britannique ou américaine. Un disque de démonstration ne devient pas une nouvelle chanson et ne doit pas être placé dans la discographie comme une sortie indépendante.
Le single constitue aussi un bon exemple des enjeux de réédition : « Try Some, Buy Some » peut réapparaître dans des compilations Apple ou dans des anthologies liées à Harrison. Une réédition ne change pas la date de création ni celle de publication d’origine.
Pour approfondir cette histoire, parcourez la discographie Apple des singles, les éditions nationales et le guide du collectionneur.
Une rencontre rare dans le catalogue Apple
L’histoire de Ronnie Spector chez Apple souligne un aspect parfois sous-estimé de l’activité post-Beatles : Harrison n’aide pas seulement ses amis instrumentistes ; il met aussi ses chansons et son expérience de producteur au service de voix venues d’autres traditions pop.
La courte période Apple de Ronnie ne suffit pas à définir sa carrière, mais elle offre une perspective unique sur les collaborations entre l’univers des Beatles et la culture du « Wall of Sound » américain. Dans une encyclopédie discographique, elle doit occuper sa place propre entre la période Ronettes, les projets avortés et les enregistrements ultérieurs.
L’absence d’album officiel Apple n’est pas un manque qu’il faudrait combler par une supposition. C’est précisément un résultat historique : un single publié, des sessions plus vastes et une chanson dont l’enregistrement instrumental poursuivra sa vie avec un autre interprète.
Questions fréquentes
Quel single Ronnie Spector a-t-elle publié chez Apple Records ?
« Try Some, Buy Some » / « Tandoori Chicken », en avril 1971.
Quel est le numéro britannique du disque ?
APPLE 33. L’édition américaine porte le numéro 1832.
Qui compose Try Some, Buy Some ?
George Harrison.
Qui produit le single de Ronnie Spector ?
George Harrison et Phil Spector.
Harrison réutilise-t-il la bande pour son album solo ?
Oui. Il enregistre sa version à partir du travail instrumental réalisé pour Ronnie, puis publie la chanson sur Living in the Material World en 1973.
Ronnie Spector a-t-elle publié un album chez Apple ?
Non. Un projet d’album est envisagé et plusieurs titres sont travaillés, mais seul le 45 tours sort sous son nom chez Apple.












