APPLE RECORDS · COULISSES · ZAPPLE · 1969

Barry Miles et Zapple : la grande ambition des disques parlés d’Apple Records

Écrivain, libraire et acteur de la contre-culture londonienne, Barry Miles fut chargé de développer les enregistrements parlés de Zapple. L’arrêt du label en 1969 a laissé une série de projets inédits dont les archives éclairent les ambitions des Beatles.

Un acteur de l’underground avant Apple

Barry Miles participe à la vie de la contre-culture londonienne des années 1960. Cofondateur de la librairie Indica, il contribue à la circulation de livres, de revues et d’idées issues des mouvements artistiques internationaux. Il côtoie les milieux poétiques et expérimentaux et développe une connaissance approfondie des écrivains et performers américains.

Cette expérience attire l’attention de l’entourage des Beatles au moment où Apple recherche de nouvelles formes de publication. Zapple n’a pas vocation à imiter les succès rock du label principal : il doit accueillir des œuvres qui pourraient ne jamais trouver leur place dans les circuits habituels des maisons de disques.

Paul McCartney et l’idée d’un label de création sonore

Miles se voit confier la responsabilité d’une partie du programme Zapple avec l’appui de Paul McCartney, tandis que John Lennon et Yoko Ono soutiennent l’expérimentation. Le projet associe musique électronique et parole enregistrée ; il peut accueillir des lectures de poésie, des récitations, des fragments de performances et des œuvres qui ne correspondent pas au format de la chanson.

Dans ses souvenirs, Miles rattache cette curiosité aux bandes expérimentales enregistrées dans l’environnement londonien des Beatles avant même la naissance officielle du label. L’idée n’est pas de fabriquer des disques de rock étrange, mais de permettre une autre pratique de l’écoute et de l’édition.

Février 1969 : présenter le projet Zapple

Un communiqué de février 1969 présente la création de Zapple comme une nouvelle branche destinée aux expériences sonores et aux enregistrements parlés. Miles envisage une ligne éditoriale largement ouverte, avec des écrivains de la Beat Generation et des voix associées à la poésie contemporaine.

La présence d’une organisation, de collaborateurs et de correspondances montre que Zapple n’était pas une simple plaisanterie imaginée par les Beatles pour accompagner deux albums personnels. C’était un projet éditorial en développement, avec des contrats, des prises de contact et des bandes effectivement enregistrées.

Les voyages américains et les poètes enregistrés

Au début de 1969, Miles voyage aux États-Unis avec des moyens d’enregistrement mobiles pour recueillir les voix d’écrivains et de poètes. Parmi les personnalités sollicitées ou enregistrées figurent Charles Olson, Lawrence Ferlinghetti, Michael McClure et Ken Weaver. Ces projets révèlent la dimension transatlantique de la recherche : un label britannique associé aux Beatles entend publier des figures majeures de la littérature américaine.

Chaque projet possède son statut propre. Des enregistrements existent, mais ils n’ont pas tous atteint le stade du montage définitif ni été proposés au public sous le nom Zapple. L’historien doit distinguer un artiste approché, une bande enregistrée, un album préparé et une publication effectivement diffusée.

Ce que les deux albums sortis ne racontent pas

En mai 1969, les deux seules publications commerciales de Zapple voient le jour : Life with the Lions de Lennon et Ono et Electronic Sound de George Harrison. Ce sont des œuvres expérimentales, mais elles ne correspondent pas aux grands recueils de poésie que Miles avait entrepris de préparer.

Cette dissociation explique pourquoi les seuls numéros ZAPPLE 01 et ZAPPLE 02 ne rendent pas compte de l’ensemble du travail accompli. Le catalogue publié est minuscule ; les ambitions de production sont beaucoup plus vastes.

Richard Brautigan : le troisième numéro qui ne sortira pas

Un disque de l’écrivain américain Richard Brautigan est envisagé pour la suite de la série, sous le numéro ZAPPLE 03. Les enregistrements ne parviennent pas jusqu’à une sortie commerciale sur Zapple avant l’arrêt de l’activité. Ils seront diffusés plus tard dans un autre cadre.

La notice du projet Brautigan rappelle l’importance des dates exactes. Un disque enregistré au temps d’Apple n’est pas nécessairement un disque Apple original, et une sortie sur un label différent n’efface pas l’existence du projet initial.

La fermeture de Zapple à l’ère Allen Klein

L’arrivée d’Allen Klein dans la gestion des affaires des Beatles s’accompagne d’une remise en ordre des dépenses et des activités jugées périphériques. Zapple figure parmi les premières ambitions abandonnées. La fermeture intervient en 1969, avant que les nombreux projets parlés soient commercialisés.

Barry Miles a expliqué par la suite combien cet arrêt avait laissé des enregistrements sans débouché chez Apple. L’histoire permet de mesurer les limites d’un modèle fondé sur la liberté artistique mais dépendant d’une organisation capable de payer, de presser et de distribuer les œuvres.

Des archives qui changent l’histoire du catalogue

Les correspondances et dossiers de Miles, conservés dans des collections d’archives, documentent l’existence de projets que l’on ne retrouverait pas dans les catalogues commerciaux. Ils évoquent notamment des échanges avec Peter Asher et des démarches concernant des écrivains américains.

Le parcours de Barry Miles rappelle qu’une histoire encyclopédique d’Apple Records ne peut se réduire aux disques vendus. Il faut aussi documenter les démarches de production, sans confondre les projets inachevés avec des références publiées. C’est ce qui fait toute la valeur du chapitre Zapple dans l’histoire du label.

Questions fréquentes

Barry Miles dirigeait-il les Beatles ?

Non. Il fut responsable du développement des projets parlés de Zapple, dans l’environnement d’Apple Records.

Combien de disques Zapple sont réellement sortis ?

Deux albums en 1969.

Quels écrivains ont été associés au projet ?

Notamment Charles Olson, Lawrence Ferlinghetti, Michael McClure et Richard Brautigan, avec des degrés d’avancement différents.

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