APPLE RECORDS · ZAPPLE 02 · MAI 1969

Electronic Sound de George Harrison : le Moog sur ZAPPLE 02 en 1969

Deux longues pièces électroniques, un Moog expérimental et un album très différent de ses chansons : Electronic Sound, publié en 1969, est le deuxième et dernier disque commercial du sous-label Zapple.

Après Wonderwall Music, George Harrison entre sur le terrain électronique

Wonderwall Music, paru en 1968, avait déjà montré Harrison en compositeur de musique instrumentale pour le cinéma. Electronic Sound, publié l’année suivante, abandonne les structures habituelles de la chanson et de la bande originale. Le disque expérimente directement les possibilités d’un synthétiseur Moog et les sons qu’il permet d’obtenir.

Le contexte est important : les instruments de synthèse modulaires ne sont pas encore des claviers courants dans les groupes de rock. Ils exigent de travailler avec des modules, des commandes et des branchements dont les réglages modifient l’oscillation, le timbre et l’enveloppe. L’album restitue cette exploration plutôt qu’un répertoire de thèmes achevés selon les conventions de la pop.

ZAPPLE 02 et ST 3358 : les deux numérotations d’un même album

Electronic Sound paraît en mai 1969 sous la référence britannique ZAPPLE 02. Aux États-Unis, l’édition se retrouve sous le numéro ST 3358, dans un circuit de distribution différent. La maison Apple utilise ici Zapple pour annoncer une ligne expérimentale séparée de ses singles habituels.

L’album accompagne la publication de Life with the Lions, de Lennon et Yoko Ono, qui porte ZAPPLE 01. Ensemble, ces deux disques sont les seules références du sous-label effectivement sorties commercialement. La mention Zapple ne doit donc pas être appliquée indistinctement à toutes les productions d’avant-garde de Lennon, Ono ou Harrison.

Under the Mersey Wall : une pièce sur la première face britannique

Under the Mersey Wall occupe la première face du disque britannique. La pièce développe des séquences de sons électroniques, des changements de hauteur, des textures granuleuses et des effets qui s’accumulent ou s’interrompent. Il ne s’agit pas d’une chanson inachevée à laquelle manqueraient des paroles : la matière sonore constitue le programme.

L’intérêt est également historique. La curiosité de Harrison pour la musique indienne, la musique de film et l’improvisation ne se traduit pas toujours par des mélodies nouvelles. Elle peut conduire à explorer l’instrument lui-même et à traiter ses réactions comme une expérience à partager avec le public.

No Time or Space, Bernie Krause et la prudence nécessaire sur les crédits

La seconde face britannique porte le titre No Time or Space. Cette pièce est liée aux premières explorations de Harrison dans le domaine des synthétiseurs et à ses contacts avec des spécialistes de l’électronique. Le rôle de Bernie Krause, musicien et pionnier de la synthèse sonore, appartient à l’histoire complexe de ce projet et a donné lieu à des discussions concernant les crédits.

Il est donc préférable de distinguer ce qui figure matériellement sur les éditions d’origine, les témoignages ultérieurs et l’attribution artistique du disque publié. Parler de « l’album entièrement joué par Harrison » sans nuance effacerait cette histoire. Les crédits d’un pressage sont des documents à examiner, non des preuves suffisantes de tout ce qui s’est produit lors des sessions.

Une confusion remarquable entre les faces britanniques et américaines

Les éditions britanniques et américaines d’Electronic Sound présentent une difficulté discographique concrète : la version américaine a inversé les pièces par rapport au disque anglais, tout en conservant les titres imprimés sur les étiquettes. Cette erreur a longtemps entraîné des confusions sur l’identification des deux enregistrements.

L’ordre retenu pour l’édition britannique fait commencer l’album par Under the Mersey Wall, suivi de No Time or Space. Pour établir une discographie et comparer des fichiers numériques, il faut donc vérifier ce que contient réellement chaque face. L’inscription d’un titre sur le centre du vinyle peut, exceptionnellement, être trompeuse.

Le Moog de Harrison et Abbey Road

Harrison acquiert un intérêt approfondi pour le Moog. Son instrument, visible dans l’iconographie de l’album, réapparaît dans les travaux des Beatles au cours des sessions de 1969. Plusieurs titres d’Abbey Road emploient des sons de synthétiseur, à une époque où l’instrument reste une nouveauté dans les productions pop internationales.

Electronic Sound ne doit cependant pas être présenté comme une collection de versions préparatoires de ces chansons. Son objectif et son contenu sont différents : il documente le rapport de Harrison à l’instrument et à ses possibilités. La proximité chronologique avec Abbey Road éclaire une curiosité technologique commune, sans transformer les deux projets en un même album.

La pochette : une vision dessinée de l’instrument

Harrison réalise une illustration colorée pour la pochette. Au lieu de reproduire un portrait de vedette rock, elle met en scène l’instrument et son univers. Ce choix correspond à un disque qui ne mise pas sur la reconnaissance immédiate d’un chanteur ou sur un single radiophonique.

L’artwork constitue également un indice pour les collectionneurs. Il faut comparer la fabrication du carton, les mentions de distribution, la qualité d’impression et les étiquettes. La seule ressemblance d’un visuel n’assure pas qu’un exemplaire provient du premier tirage de 1969.

Un disque bref par la durée du label, durable dans l’histoire Apple

Zapple s’interrompt rapidement après ses deux premières publications, mais Electronic Sound demeure un jalon de l’œuvre de Harrison. Son influence ne doit pas être mesurée uniquement à partir des ventes : il donne une forme physique à une expérimentation que peu de labels associés à une superstar auraient osé publier.

Le disque a été réédité dans le cadre du travail patrimonial sur les années Apple de George Harrison. Ces nouvelles éditions ont permis de clarifier la présentation des deux pièces et de documenter leurs conditions de création. Pour l’histoire des Beatles, Electronic Sound montre un artiste prêt à publier ses essais sonores comme une œuvre à part entière.

Questions fréquentes

Quel est le numéro britannique d’Electronic Sound ?

ZAPPLE 02, tandis que le pressage américain est associé à la référence ST 3358.

Combien de pièces figurent sur l’album original ?

Deux : Under the Mersey Wall et No Time or Space, réparties sur les deux faces du vinyle.

Les faces américaines sont-elles identiques à celles du Royaume-Uni ?

Leur identification est compliquée par une inversion des enregistrements sur l’édition américaine d’origine.

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