APPLE RECORDS · ALBUMS · 1968

Wonderwall Music de George Harrison : premier album Apple Records, SAPCOR 1

En novembre 1968, George Harrison signe le premier album commercialisé par Apple Records. Wonderwall Music accompagne le film de Joe Massot et associe musique classique indienne, instruments occidentaux, rock de studio et miniatures instrumentales. Avec la référence britannique SAPCOR 1, ce disque ouvre un catalogue très éloigné de la simple succession des singles des Beatles.

1967–1968 : un film de Joe Massot et un projet inattendu pour Harrison

Joe Massot réalise Wonderwall, long métrage mêlant rêverie, observation et esthétique psychédélique. George Harrison est chargé d’en composer ou d’en organiser la musique. L’occasion lui permet de travailler sur un projet autonome à une période où les Beatles ont déjà ouvert plusieurs voies expérimentales dans leur musique, mais où leurs albums continuent d’être des œuvres collectives.

Le guitariste décide de mettre en avant la musique classique indienne dont il approfondit alors la connaissance. Il ne se contente pas de placer un sitar à côté d’un groupe de rock : plusieurs séquences reposent sur des instruments, des modes et des approches rythmiques issus de traditions musicales différentes. Des passages occidentaux complètent cette matière pour accompagner les changements de scènes et les climats du film.

Ce travail de bande originale impose aussi une contrainte de durée. Nombre de plages correspondent à de brèves séquences destinées à une image ; elles n’ont pas la structure couplet-refrain d’un single. L’album doit donc être lu comme une succession de vignettes sonores dont l’agencement constitue lui-même un choix de composition.

Londres et Bombay : un laboratoire d’instruments

Une partie des enregistrements est réalisée à Londres avec des musiciens liés à la scène beat, notamment The Remo Four, tandis que d’autres séances ont lieu en Inde. Harrison collabore avec des instrumentistes capables de jouer une grande variété d’instruments traditionnels. La diversité de ces timbres explique le passage rapide entre percussions, vents, cordes et guitares électriques.

Les sessions se déroulent principalement à la fin de 1967 et au début de 1968. Pour une chronologie exacte, il faut distinguer la fixation des bandes, l’utilisation de certains passages dans le film et la parution du LP. Les séances ne se réduisent pas à la date imprimée sur une pochette.

Le travail de Harrison est celui d’un concepteur musical, d’un arrangeur et d’un producteur de textures sonores. Les interprètes présents sur chaque passage ne sont pas nécessairement les mêmes. L’attribution globale de toutes les plages aux Beatles serait donc incorrecte.

Il est également utile de distinguer ce projet des grands albums de musique indienne que Harrison soutiendra ensuite. Wonderwall Music demeure une bande originale hybride et non l’enregistrement intégral d’un concert de Ravi Shankar.

Les 19 plages du LP original de 1968

Le programme du microsillon comporte 19 pièces. Face A : « Microbes », « Red Lady Too », « Tabla and Pakavaj », « In the Park », « Drilling a Home », « Guru Vandana », « Greasy Legs », « Ski-ing », « Gat Kirwani » et « Dream Scene ».

Face B : « Party Seacombe », « Love Scene », « Crying », « Cowboy Music », « Fantasy Sequins », « On the Bed », « Glass Box », « Wonderwall to Be Here » et « Singing Om ». Les titres donnent parfois l’impression d’une histoire, mais leur fonction d’origine est principalement liée aux séquences du film.

Les variations de longueur et l’opposition des timbres construisent le caractère du disque. « Ski-ing » emploie une énergie de guitare électrique, tandis que « Tabla and Pakavaj » et « Gat Kirwani » conduisent vers d’autres pratiques instrumentales. La succession fait entendre une curiosité musicale plutôt qu’une démonstration de virtuosité d’un seul musicien.

Les rééditions de 2014 ajoutent notamment « In the First Place » des Remo Four, « Almost Shankara » et une prise alternative de « The Inner Light ». Ces bonus éclairent les séances mais ne font pas partie des 19 pistes du LP original.

SAPCOR 1 : un numéro fondateur, mais deux circuits internationaux

L’album paraît au Royaume-Uni le 1er novembre 1968 avec la référence SAPCOR 1. Aux États-Unis, la publication intervient en décembre sous le numéro ST-3350. Cette différence illustre immédiatement la coexistence de la marque Apple et de références distribuées par des partenaires locaux.

Une édition britannique ne se reconnaît pas à la seule photographie de la pomme : elle doit être identifiée par son numéro, ses matrices, ses crédits et sa pochette. Certaines rééditions reprennent les images anciennes tout en modifiant les informations de fabrication et le master sonore.

Cette première référence doit être placée à côté d’Two Virgins, SAPCOR 2, et des premiers albums de James Taylor et du Modern Jazz Quartet. Elle confirme qu’Apple Records ne s’est pas limitée aux albums pop commerciaux.

Une œuvre personnelle avant All Things Must Pass

Wonderwall Music paraît avant la séparation officielle des Beatles et bien avant la reconnaissance de All Things Must Pass comme premier grand album de chansons de Harrison après le groupe. Il serait donc inexact de le décrire comme une curiosité solo publiée seulement après 1970.

Sa place est importante pour comprendre l’évolution de son rapport à la musique indienne et son intérêt pour les rencontres entre traditions. Le disque demande une écoute différente de celle d’un album rock classique, mais possède une cohérence propre : chaque courte pièce ajoute une couleur à l’ensemble.

Le catalogue SAPCOR et l’étude de l’étiquette Apple britannique permettent de poursuivre l’analyse du support original.

Questions fréquentes

Quel est le premier album Apple Records ?

Wonderwall Music de George Harrison, publié au Royaume-Uni en novembre 1968 sous SAPCOR 1.

Combien de titres comporte l’album original ?

Dix-neuf plages instrumentales réparties sur deux faces.

S’agit-il d’un album des Beatles ?

Non. C’est un projet de George Harrison pour un film, avec divers musiciens invités.

Quelle est la référence américaine ?

ST-3350.

Les bonus de 2014 étaient-ils sur le premier LP ?

Non. Ils documentent les sessions mais sont absents de la configuration de 1968.

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