APPLE RECORDS · HISTOIRE DU CATALOGUE · 1968

Apple Records en 1968 : naissance du label, premiers singles et premiers albums

En 1968, Apple Records passe du projet des Beatles à une véritable marque discographique. Quatre singles inauguraux, des artistes extérieurs au groupe et les premiers albums construisent un catalogue plus diversifié que ne le laisse penser la seule renommée de « Hey Jude ».

Ce que les Beatles veulent changer en 1968

Les Beatles connaissent mieux que quiconque les circuits habituels du disque britannique : depuis 1962, ils travaillent dans l’environnement d’EMI et de Parlophone, avec George Martin, des studios professionnels et des règles de publication relativement strictes. Après la mort de Brian Epstein en août 1967, ils cherchent de nouvelles structures pour accompagner leurs projets. Apple Corps réunit plusieurs activités, mais Apple Records doit devenir le moyen de publier leur musique et celle d’artistes qu’ils choisissent personnellement.

Le projet ne signifie pas qu’ils ont rompu leurs contrats de distribution. Le label possède sa propre identité visuelle, ses responsables et son catalogue, mais EMI demeure essentiel à la fabrication et à la mise en vente au Royaume-Uni ; Capitol joue un rôle comparable en Amérique du Nord. Cette double réalité — autonomie artistique revendiquée, infrastructures commerciales existantes — permet de comprendre toute la suite de son histoire. Une pomme sur l’étiquette ne signifie pas qu’une nouvelle usine Apple a pressé le disque.

Le lancement de la fin août : quatre singles, quatre horizons

La première vague de 1968 associe « Hey Jude » / « Revolution » des Beatles, « Those Were the Days » de Mary Hopkin, « Sour Milk Sea » de Jackie Lomax et « Thingumybob » / « Yellow Submarine » du Black Dyke Mills Band. Aux États-Unis, cette campagne débute le 26 août 1968 ; les éditions britanniques s’inscrivent à la fin du mois, autour du 30 août, avec un calendrier propre à chaque référence et à chaque usine. Le cas de « Thingumybob » rappelle qu’un lancement groupé ne signifie pas nécessairement que tous les exemplaires nationaux sont distribués le même jour.

Ce choix constitue un manifeste musical. Le morceau des Beatles peut assurer une forte visibilité commerciale ; Mary Hopkin offre une ballade aux influences anciennes ; Jackie Lomax appartient à l’univers du rock et du rhythm and blues ; le Black Dyke Mills Band incarne une tradition britannique de fanfare. Le label ne se définit donc pas par un genre unique. Il prétend accueillir des créations capables d’exister sous une même marque, sans les faire entrer dans un moule sonore commun.

Les quatre numéros ne relèvent pas d’une seule série

Le 45 tours britannique des Beatles porte la référence R 5722, poursuivant la numérotation EMI utilisée auparavant par Parlophone. Les nouveaux artistes se voient attribuer APPLE 2 pour Mary Hopkin, APPLE 3 pour Jackie Lomax et APPLE 4 pour le Black Dyke Mills Band. Cette coexistence est un renseignement historique, non une anomalie : Apple travaille avec les accords et les procédures de catalogage déjà en place.

Le numéro APPLE 1 suscite quant à lui une attention particulière dans les discographies : il ne correspond pas à une sortie commerciale ordinaire intitulée « Hey Jude ». Apple avait envisagé de faire débuter sa propre série avec les Beatles, mais le disque est finalement publié sur R 5722. Le numéro APPLE 1 reste associé à une édition privée inhabituelle et ne doit pas être ajouté à la liste des quatre 45 tours distribués dans les magasins. Ce distinguo évite de créer artificiellement un cinquième single inaugural.

Hey Jude et Those Were the Days : deux grands succès simultanés

« Hey Jude », longue chanson écrite principalement par Paul McCartney, devient l’un des succès majeurs de la fin des années 1960. Sa coda collective, répétée sur plusieurs minutes, montre qu’un 45 tours très éloigné de la durée habituelle des singles radiophoniques peut séduire le grand public. La face B, « Revolution », présente une orientation rock sensiblement plus agressive ; les deux faces permettent de découvrir une diversité déjà présente au sein du groupe.

« Those Were the Days » permet à Mary Hopkin, repérée après sa participation à une émission télévisée, de rencontrer rapidement un public international. McCartney supervise son premier enregistrement Apple. Ce succès est essentiel : il démontre que le nouveau label ne se contente pas de tirer profit des Beatles pour vendre des disques portant leur nom. Une interprète nouvelle peut exister commercialement à part entière et associer durablement sa carrière à la pomme verte.

Sour Milk Sea et Thingumybob : des productions à l’autre extrémité du catalogue

Jackie Lomax publie « Sour Milk Sea », chanson écrite par George Harrison. Celui-ci soutient le chanteur et rassemble autour de lui des musiciens importants, dont plusieurs anciens ou futurs collaborateurs des Beatles. Le morceau possède une identité rock solide, mais son échec relatif dans les classements contraste avec la réussite immédiate de « Hey Jude ». La proximité artistique avec les Beatles n’assure donc pas automatiquement le succès commercial.

« Thingumybob », composé par McCartney, est confié au Black Dyke Mills Band, formation de cuivres issue du Yorkshire. Il s’agit d’un exemple rare d’une chanson instrumentale originale destinée à un ensemble de brass band au moment où les radios diffusent massivement de la pop. Le verso, « Yellow Submarine », appartient au répertoire des Beatles mais prend une autre forme par son instrumentation. La première campagne Apple met déjà en avant la production, l’arrangement et la transformation d’une composition plutôt que la seule identité de l’auteur.

Des albums très différents dès la première année

Les singles ne constituent qu’une partie du programme. George Harrison publie Wonderwall Music, musique composée pour le film de Joe Massot, tandis que James Taylor enregistre un premier album londonien qui contient notamment « Something in the Way She Moves » et « Carolina in My Mind ». Le Modern Jazz Quartet rejoint également Apple avec Under the Jasmin Tree. Ces œuvres élargissent immédiatement le spectre esthétique du label, du rock et de la chanson au jazz de chambre et à la musique instrumentale.

Les albums demandent une approche différente des 45 tours. Les séries APCOR et SAPCOR, les éditions stéréo et les différences territoriales doivent être étudiées indépendamment des références APPLE réservées à certains singles. Il n’existe pas de succession parfaitement linéaire couvrant tous les supports. Une chronologie de l’enregistrement n’est pas automatiquement la chronologie de la mise en vente, et une première publication britannique peut ne pas coïncider avec la première mise en rayon américaine.

La pomme verte : une identité visuelle et industrielle

La célèbre étiquette naît du travail du graphiste Gene Mahon, de photographies réalisées par Paul Castell et d’une sélection impliquant l’équipe des Beatles. Une pomme Granny Smith entière figure sur l’une des faces, sa moitié coupée sur l’autre. La sobriété du fruit sur fond noir tranche avec les graphismes psychédéliques alors très présents dans la musique populaire. Cette distinction devient un atout de reconnaissance immédiate chez les disquaires.

L’identité commune n’empêche pas les variantes : les textes juridiques, les références et les impressions dépendent de l’usine et du territoire. La valeur d’un exemplaire s’établit donc par une comparaison complète de l’étiquette, du numéro et de la cire morte. Pour poursuivre, voir les quatre premiers 45 tours, les artistes Apple, le guide des pressages et les équipes du label.

Questions fréquentes

Quelle est la première sortie commerciale Apple Records ?

La campagne de la fin août 1968 comprend « Hey Jude » des Beatles, Mary Hopkin, Jackie Lomax et le Black Dyke Mills Band ; les dates exactes diffèrent selon les pays.

Pourquoi Hey Jude ne porte-t-il pas APPLE 1 ?

Le single britannique des Beatles conserve la référence EMI R 5722.

Apple a-t-il édité seulement des disques des Beatles en 1968 ?

Non. Il publie aussi des enregistrements de Mary Hopkin, Jackie Lomax, James Taylor, George Harrison et du Modern Jazz Quartet.

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