APPLE RECORDS · HISTOIRE DU CATALOGUE · 1969
Apple Records en 1969 : les nouvelles signatures, Zapple et les Beatles en studio
L’année 1969 transforme Apple Records en laboratoire discographique : succès du groupe, sorties de nouveaux artistes, enregistrements à Savile Row et expériences de Zapple. Le catalogue se diversifie alors même que l’entreprise commence à traverser des difficultés de direction.
Apple au moment où les Beatles cessent de tourner
En 1969, Apple Records existe depuis quelques mois seulement. La maison publie les enregistrements d’un groupe célèbre dont les rapports internes deviennent plus fragiles, tout en promettant une carrière à des musiciens qui n’ont pas encore rencontré le grand public. La situation est paradoxale : la marque bénéficie d’une publicité mondiale, mais ses employés doivent construire les métiers d’un label au moment où les quatre propriétaires n’ont plus nécessairement les mêmes priorités.
Le siège du 3 Savile Row symbolise cette période. On y trouve des bureaux et un sous-sol destiné aux enregistrements ; les artistes, les responsables de presse et les musiciens y circulent dans une même maison. La présence du groupe dans le bâtiment donne l’impression d’un centre musical autonome. Dans la pratique, EMI conserve un rôle industriel majeur, et les premières installations du studio doivent être adaptées aux besoins concrets des séances.
Les Beatles, le toit et trois grands disques de 1969
Les répétitions du projet Get Back commencent aux studios de Twickenham puis se poursuivent au siège d’Apple à partir du 22 janvier. Le 30 janvier, les Beatles jouent sur le toit avec Billy Preston, enregistrant un événement destiné à devenir l’une des séquences les plus connues de leur histoire. Le concert et les enregistrements filmés ne signifient pas que tous les titres commercialisés dans l’année ont été créés à Apple Studios : une part essentielle du travail des Beatles reste liée aux studios EMI.
Au printemps, « Get Back » paraît en single ; la mention « The Beatles with Billy Preston » matérialise l’importance du claviériste. « The Ballad of John and Yoko » et, plus tard, « Something » / « Come Together » montrent la succession rapide de projets différents. En septembre, l’album Abbey Road confirme qu’Apple est devenu l’étiquette visible de la musique des Beatles, même lorsque les séances ont lieu dans les studios EMI.
Billy Preston : quand un invité devient artiste Apple
Les Beatles connaissent Billy Preston depuis les années de Hambourg. Sa contribution aux séances de janvier 1969 est particulièrement appréciée par George Harrison, qui soutient ensuite son activité au sein du label. Apple publie « That’s the Way God Planned It », à la fois single et album, avec un son qui mêle gospel, soul et rock. La production de Harrison s’inscrit dans une volonté de faire connaître Preston à un public plus large.
Preston représente l’une des grandes réussites artistiques d’Apple : un musicien professionnel possédant déjà une expérience considérable obtient une plateforme internationale grâce à la proximité avec les Beatles. Son œuvre n’en est pas pour autant un simple prolongement de la leur. Les claviers, la voix et les arrangements conservent un langage musical enraciné dans la soul et la tradition des églises américaines.
Mary Hopkin et l’album Post Card
Après le succès de « Those Were the Days », Mary Hopkin publie Post Card, un album produit par Paul McCartney. Son répertoire associe chansons traditionnelles, interprétations de standards et compositions contemporaines. Le disque illustre une autre ambition d’Apple : permettre à une chanteuse d’enregistrer un album construit plutôt que de se limiter à la répétition d’un premier tube.
Le single « Goodbye », écrit par McCartney, prolonge le succès de Hopkin au printemps 1969. La présence directe d’un Beatle à l’écriture et à la production ne doit cependant pas conduire à confondre les carrières. Les enregistrements sont publiés sous le nom de Mary Hopkin, et l’étude de ses disques exige de tenir compte de son interprétation, de ses choix ultérieurs et de son propre regard sur l’expérience Apple.
Du groupe The Iveys à Badfinger
Les Iveys, déjà apparus sur Apple avec « Maybe Tomorrow » en 1968, changent de nom en 1969 et deviennent Badfinger. Le développement du groupe constitue un exemple décisif de la difficulté à transformer une signature prometteuse en succès commercial. Plusieurs enregistrements existent avant que leur identité soit stabilisée et qu’un titre capable de toucher le grand public soit retenu.
Paul McCartney propose « Come and Get It », chanson destinée au film The Magic Christian, dans lequel joue Ringo Starr. Il produit la version du groupe, qui paraît au Royaume-Uni en décembre 1969 sous la référence APPLE 20. Cette sortie offre à Badfinger un point d’appui commercial décisif pour la carrière qui suivra. Il faut distinguer la maquette enregistrée par McCartney de la version effectivement publiée par Badfinger : il ne s’agit pas du même disque.
La Radha Krishna Temple et les frontières de la musique populaire
George Harrison s’intéresse profondément à la musique et aux pratiques spirituelles indiennes. Apple publie des enregistrements du Radha Krishna Temple de Londres, dont « Hare Krishna Mantra », qui obtient une diffusion inattendue dans le monde de la pop britannique. La maison peut ainsi faire entrer un répertoire religieux chanté dans des circuits de disques et de radio habituellement consacrés aux chansons populaires.
L’initiative ne relève pas d’une simple curiosité commerciale. Elle accompagne les convictions de Harrison et participe à la volonté d’Apple de publier des musiques qui ne correspondent pas aux usages dominants des grandes compagnies. Une notice sérieuse doit néanmoins distinguer le rôle du producteur, la tradition spirituelle de l’œuvre et l’identité des chanteurs qui interprètent les compositions.
Zapple : deux albums expérimentaux et un programme interrompu
La branche Zapple, développée autour de Barry Miles, est conçue pour les recherches sonores et les enregistrements parlés. Elle ne vise pas les mêmes attentes radiophoniques que les singles de Mary Hopkin ou de Billy Preston. Deux albums seulement sont commercialisés en mai 1969 : Unfinished Music No. 2: Life with the Lions de John Lennon et Yoko Ono, et Electronic Sound de George Harrison. Les disques présentent des matériaux expérimentaux qui demandent une écoute différente des chansons à couplets et refrains.
Le projet d’un disque de lectures de Richard Brautigan, ainsi que d’autres enregistrements parlés, reste sans publication Zapple à l’époque. L’arrêt rapide de l’activité, dans le contexte de la rationalisation administrative engagée par Allen Klein, ne doit pas faire oublier l’originalité de l’idée : proposer un espace de publication aux œuvres qu’un label traditionnel aurait difficilement intégrées à son catalogue ordinaire.
1969 : un catalogue riche et une entreprise déjà fragilisée
Malgré les grands succès des Beatles et de quelques artistes, la société Apple n’est pas exempte de problèmes financiers et administratifs. Les désaccords entre les musiciens sur la gestion, notamment autour d’Allen Klein, contribuent à transformer son organisation. Peter Asher quitte le label et poursuit le travail commencé avec James Taylor aux États-Unis. Le départ d’un responsable artistique ne signifie pas que les albums publiés auparavant perdent leur statut Apple.
Cette année apparaît donc comme un sommet de créativité et le début d’un recentrage. Pour continuer, voir les singles APPLE, APPLES et R, les artistes de 1969, l’histoire de Zapple, les débuts de 1968 et l’équipe du label.
Questions fréquentes
Quel est le numéro du single Come and Get It de Badfinger ?
APPLE 20 au Royaume-Uni, publié en décembre 1969.
Quels albums ont été publiés sur Zapple en 1969 ?
Life with the Lions de John Lennon et Yoko Ono, et Electronic Sound de George Harrison.
Billy Preston jouait-il avec les Beatles en 1969 ?
Oui, notamment pendant les séances Get Back et le concert sur le toit du 30 janvier.












