APPLE RECORDS · JAZZ · 1968
Under the Jasmin Tree : le Modern Jazz Quartet chez Apple Records en 1968
Avec le Modern Jazz Quartet, Apple Records accueille une formation de jazz reconnue bien avant la création du label. Le LP Under the Jasmin Tree, SAPCOR 4, présente quatre compositions de John Lewis enregistrées par le quartet avec Milt Jackson, Percy Heath et Connie Kay. Cette publication tranche avec la pop des jeunes signatures Apple et rappelle que l’ambition artistique de la maison ne se limitait pas au rock.
Le Modern Jazz Quartet n’a pas attendu Apple pour exister
Le Modern Jazz Quartet se distingue depuis les années 1950 par une approche exigeante du jazz de chambre. Le pianiste John Lewis, le vibraphoniste Milt Jackson, le contrebassiste Percy Heath et le batteur Connie Kay forment un ensemble à l’équilibre très particulier. La musique repose sur un dialogue entre improvisation et constructions soigneusement écrites.
Lorsque Apple s’intéresse à leurs enregistrements, les quatre musiciens disposent d’une réputation établie. Il serait donc erroné de présenter le quartet comme une découverte des Beatles au même titre qu’une jeune formation pop. Le label accueille une œuvre d’artistes indépendants qui poursuivent leur propre langage.
Cette présence permet de corriger une image trop étroite d’Apple Records. Derrière les singles lancés en août 1968, la société est capable de publier des pièces longues, sophistiquées et difficiles à ranger dans les catégories habituelles de la variété.
Un enregistrement réalisé avant le lancement commercial d’Apple
Le répertoire d’Under the Jasmin Tree est lié à une séance du 12 décembre 1967 à New York. L’enregistrement précède donc la campagne publique d’Apple Records de l’été 1968. La date de fixation de la musique et celle de sa publication sous une nouvelle étiquette sont deux événements distincts.
John Lewis assure la direction artistique et compose les quatre pièces. Milt Jackson apporte la richesse de son vibraphone, Percy Heath une contrebasse solide et Connie Kay un jeu de batterie qui favorise la précision plutôt que l’effet spectaculaire.
Le résultat sonne comme une conversation entre quatre musiciens très habitués à travailler ensemble. Les passages écrits ne suppriment pas l’improvisation ; ils lui ménagent un espace, souvent au moyen de contrastes dynamiques subtils et de transitions particulièrement maîtrisées.
Quatre compositions réparties sur deux faces
Le disque comprend quatre pièces : « The Blue Necklace », « Three Little Feelings (Parts I, II, III) », « Exposure » et « The Jasmin Tree ». « Three Little Feelings » constitue une suite en trois parties et ne doit pas être considérée comme trois disques ou trois publications séparées.
Ce programme occupe les deux faces du microsillon. Les durées relativement longues de certaines compositions expliquent pourquoi les extraits retenus dans les rééditions modernes doivent être distingués du découpage matériel original.
« The Blue Necklace » présente une écriture claire qui met en évidence la précision des timbres. « Three Little Feelings » développe plusieurs atmosphères dans une forme ample. « Exposure » étend le travail d’ensemble, tandis que « The Jasmin Tree » offre une conclusion plus resserrée, dont le titre donne son identité à l’album.
La diversité des durées et des formes est significative : le disque n’est pas conçu comme une suite de chansons indépendantes susceptibles de devenir des singles radiophoniques. Il s’écoute selon la logique des œuvres instrumentales longues.
Une identité graphique Apple appliquée au jazz
La pochette et sa mise en forme font partie de l’identité de l’album. Le travail graphique associé à Alan Aldridge relie ce disque à l’esthétique visuelle déployée autour d’Apple à la fin des années 1960, sans transformer son contenu musical en produit psychédélique.
Pour le collectionneur, il faut distinguer le graphisme de couverture et la version de l’étiquette. Certaines rééditions reprennent l’illustration originale tout en utilisant d’autres matrices, un autre carton ou un nouvel arrangement des informations juridiques.
Cette dualité entre modernité du graphisme et écriture musicale savante illustre l’ambition des premières productions Apple : placer sous une même marque des univers habituellement séparés dans les rayons des disquaires.
SAPCOR 4 au Royaume-Uni et ST-3353 aux États-Unis
L’édition britannique paraît en décembre 1968 sous le numéro SAPCOR 4. La publication américaine utilise ST-3353 et intervient en 1969. Ces références ne désignent pas deux sessions différentes, mais des éditions commerciales propres à chaque marché.
Les disques circulent aussi dans d’autres pays, notamment au Japon et sur plusieurs marchés européens. Les variantes de pochettes et de numérotations doivent être étudiées localement : le numéro américain ne prouve pas qu’un pressage japonais a été distribué par Capitol dans les mêmes conditions.
Il faut également éviter de confondre l’album avec le second LP du quartet publié chez Apple, Space, référence SAPCOR 10. Les deux œuvres appartiennent à un même chapitre du catalogue, mais possèdent des programmes et des périodes d’enregistrement distincts.
La place d’Under the Jasmin Tree dans l’histoire du label
Les Beatles n’apparaissent pas comme instrumentistes sur ces quatre pièces. Leur rôle est celui des fondateurs de l’entreprise qui accueille le disque, non celui d’un groupe de session. La différence compte autant pour les amateurs de jazz que pour les spécialistes de la discographie des Beatles.
La publication de cet album permet de raconter Apple Records autrement : une structure qui associe l’expérimentation et la chanson populaire, mais qui peut également soutenir une formation de jazz établie. Son influence ne se mesure pas seulement aux classements et aux ventes de singles.
Pour poursuivre, le catalogue SAPCOR et le guide du collectionneur donnent les repères nécessaires à l’identification de l’objet de 1968.
Questions fréquentes
Qui sont les membres du Modern Jazz Quartet ?
John Lewis, Milt Jackson, Percy Heath et Connie Kay pour les enregistrements Apple.
Quel est le numéro britannique du LP ?
SAPCOR 4.
Combien de pièces comprend l’album ?
Quatre, dont la suite en trois parties « Three Little Feelings ».
Qui compose les morceaux ?
John Lewis.
Les Beatles jouent-ils sur l’album ?
Non. Le disque est interprété par le Modern Jazz Quartet, dans le cadre du catalogue Apple Records.












