APPLE RECORDS · JAZZ · 1969
Space du Modern Jazz Quartet : jazz, Aranjuez et Apple Records en 1969
Le Modern Jazz Quartet publie un deuxième album sur Apple après Under the Jasmin Tree. Space, référence britannique SAPCOR 10, réunit cinq pièces qui prolongent l’équilibre entre écriture et improvisation du quartet. Le disque comprend notamment deux compositions aux titres spatiaux de John Lewis et une adaptation de l’Adagio du Concierto de Aranjuez de Joaquín Rodrigo.
Une deuxième publication Apple pour un groupe de jazz déjà reconnu
Le Modern Jazz Quartet fait figure d’exception dans le catalogue Apple de la fin des années 1960. Le groupe ne vient pas du milieu pop britannique, mais d’une tradition de jazz de chambre américaine construite depuis de longues années. John Lewis, Milt Jackson, Percy Heath et Connie Kay ont développé une identité fondée sur la précision des ensembles et la liberté de l’improvisation.
Après Under the Jasmin Tree en 1968, Apple publie Space l’année suivante. Le titre semble entrer en résonance avec l’imaginaire spatial de l’époque, mais il ne transforme pas le disque en œuvre de rock psychédélique. La musique demeure celle du quartet, attentive aux couleurs de chaque instrument et aux formes écrites.
Il serait erroné d’attribuer ces enregistrements à des séances des Beatles, ou de considérer la présence de la pomme comme une indication d’intervention de George Martin. Apple est ici le label de publication, tandis que le quartet assure l’interprétation et John Lewis une grande partie de la conception musicale.
Lewis, Jackson, Heath et Kay : quatre timbres complémentaires
John Lewis tient le piano et organise les développements musicaux. Milt Jackson apporte la sonorité particulière du vibraphone, dont les résonances peuvent prolonger ou contredire une ligne de clavier. Percy Heath tient la contrebasse et Connie Kay assure les percussions avec un jeu dont la finesse compte davantage que la puissance brute.
Leur association se caractérise par une manière de ménager des espaces. L’absence de voix n’est pas un manque à combler par une mélodie pop : les solistes échangent les fonctions de thème, contrechant et accompagnement, construisant des contrastes à l’intérieur de chaque pièce.
Le disque est produit par John Lewis, avec une supervision liée à Peter Asher dans le contexte d’Apple. La séparation des rôles évite de créditer Asher comme compositeur des œuvres du quartet ou de réduire Lewis à un pianiste interprète.
Les cinq morceaux de Space et leur répartition
La face A comprend « Visitor from Venus », « Visitor from Mars » et « Here’s That Rainy Day (Carnival of Flanders) ». La face B propose « Dilemma » et « Adagio from Concierto de Aranjuez ».
« Visitor from Venus » et « Visitor from Mars » sont des compositions de John Lewis. Leur succession ouvre l’album sur un ensemble cohérent qui joue sur la couleur sonore et les déplacements de matière musicale. Le programme ne cherche pas à raconter littéralement une mission spatiale : le lien des titres sert surtout de cadre imaginaire à deux pièces instrumentales.
« Here’s That Rainy Day » renvoie au standard de Jimmy Van Heusen et Johnny Burke, adapté ici au langage du quartet. « Dilemma » est associé au compositeur Miljenko Prohaska. Le dernier morceau s’appuie sur la célèbre musique de Joaquín Rodrigo.
Il faut conserver ces cinq titres dans les notices d’édition. Une réédition ou une anthologie peut inclure un enregistrement supplémentaire, mais cela n’autorise pas à modifier la configuration du LP commercial d’origine.
L’Adagio d’Aranjuez : un pont entre musique classique et jazz
Le Concierto de Aranjuez de Joaquín Rodrigo occupe une place importante dans l’histoire des adaptations musicales du XXe siècle. Son mouvement lent a inspiré plusieurs musiciens de jazz, notamment après les recherches de Miles Davis et Gil Evans sur des formes orchestrales venues d’Espagne.
Le Modern Jazz Quartet aborde cette matière à travers ses propres équilibres instrumentaux. La mélodie prend une couleur particulière lorsqu’elle est portée par le piano, le vibraphone et la section rythmique, sans avoir besoin de reproduire littéralement l’orchestration originale.
Une notice de collection doit attribuer le thème à Rodrigo et distinguer son adaptation jazz de la composition initiale. Le nom du quartet comme interprète et celui de John Lewis comme producteur ne remplacent pas le crédit de l’auteur de l’œuvre classique.
1969 : un album de son temps sans adopter les codes de la pop
Les séances sont associées à l’année 1969 et l’environnement professionnel du groupe. La musique utilise une prise de son destinée à préserver les nuances et les silences, essentiels au style du quartet. Ce choix contraste avec plusieurs productions Apple où les effets, les guitares et les voix multipliées occupent le premier plan.
Pour le public britannique d’Apple, le disque représente une invitation à découvrir un jazz qui ne repose pas sur le swing spectaculaire. La rigueur des formes et la finesse des interactions peuvent surprendre des auditeurs venus des singles des Beatles.
Cette distance stylistique constitue la singularité du disque. Elle confirme que les fondateurs du label ont accepté de donner une place à des artistes déjà accomplis, dont la musique ne répond pas nécessairement aux mêmes objectifs commerciaux que Badfinger ou Mary Hopkin.
SAPCOR 10 et STAO-3360 : éditions britannique et américaine
L’édition britannique est référencée SAPCOR 10. Le pressage américain porte STAO-3360. Les deux numéros doivent être conservés distinctement, même lorsque le programme des cinq titres est identique.
Les pochettes, le graphisme et les mentions juridiques varient selon les pays. La peinture utilisée pour la couverture et les photographies intérieures font partie de l’identité de cette édition. Des rééditions numériques ou CD peuvent modifier la présentation de ces éléments.
Le collectionneur examinera surtout les étiquettes, les matrices et les références complètes. Les différences de typographie ne prouvent pas un nouveau mixage ; il faut éviter de tirer une conclusion sonore d’un détail purement imprimé.
Pour écouter le chapitre précédent du quartet chez Apple, voir Under the Jasmin Tree. Le catalogue des albums replace les deux disques dans l’ensemble des sorties Apple.
Questions fréquentes
Combien de morceaux contient Space ?
Cinq pièces, réparties sur deux faces.
Quel est le numéro britannique ?
SAPCOR 10.
Quel est le numéro américain ?
STAO-3360.
Qui produit le disque ?
John Lewis, pianiste et directeur artistique du quartet.
Le disque comprend-il l’Adagio du Concierto de Aranjuez ?
Oui, dans une interprétation jazz de la composition de Joaquín Rodrigo.












