APPLE RECORDS · MUSIQUE CONTEMPORAINE · 1970

The Whale de John Tavener : le disque Apple de 1970 et la London Sinfonietta

Avec The Whale, Apple Records publie en 1970 une œuvre contemporaine qui tranche radicalement avec la pop des Beatles. L’album SAPCOR 15 enregistre une composition de John Tavener fondée sur l’histoire biblique de Jonas et de la baleine. La London Sinfonietta, son chef David Atherton et des voix parlées ou chantées donnent vie à une pièce mêlant texte, orchestration et effets sonores. Ringo Starr et John Lennon soutiennent son arrivée chez Apple.

Tavener et la musique contemporaine avant la découverte du grand public

John Tavener compose The Whale en 1966, dans une période où les compositeurs britanniques explorent de nouvelles relations entre théâtre, voix, instrumentation et sons enregistrés. L’œuvre ne ressemble pas aux pièces chorales spirituelles plus dépouillées avec lesquelles son nom sera associé plus tard.

Le sujet s’inspire du récit biblique de Jonas et du grand poisson. Au lieu d’en proposer une illustration musicale linéaire, Tavener construit une fantaisie dramatique, traversée de citations, d’interventions vocales, de sons insolites et de changements brusques de texture.

Le projet attire la London Sinfonietta, nouvel ensemble consacré aux œuvres contemporaines. La pièce est commandée pour son concert inaugural, ce qui lui donne une place importante dans l’histoire de la formation avant même la publication du disque Apple.

La première représentation à Londres en janvier 1968

The Whale est créée le 24 janvier 1968 au Queen Elizabeth Hall de Londres, sous la direction de David Atherton, lors du concert inaugural de la London Sinfonietta. Cette date précède de plus de deux ans sa publication discographique chez Apple.

Une nouvelle interprétation a lieu aux Proms en 1969, ce qui contribue à faire connaître l’œuvre dans un cercle musical plus large. Ces concerts ne doivent pas être confondus avec l’enregistrement commercial de 1970 : l’histoire de la composition comporte successivement une création, d’autres représentations et une fixation destinée au disque.

Les auditeurs qui découvrent la pièce sur un CD récent peuvent être surpris par le caractère théâtral de son écriture. Il s’agit pourtant d’une ambition présente dès le projet initial, et non d’un ajout réalisé pour exploiter le nom des Beatles.

Lennon et Ringo Starr : des soutiens, pas des auteurs de l’œuvre

Le rapprochement entre Tavener et Apple se réalise grâce à l’intérêt de John Lennon et de Ringo Starr pour la musique du compositeur. Le contexte est celui d’une entreprise qui affirme vouloir donner une chance à des créateurs dont le travail ne correspond pas nécessairement aux critères de la pop commerciale.

Ringo suit les répétitions et les séances de l’œuvre. Il participe même à une intervention sonore au moyen d’un porte-voix dans le passage « Melodrama and Pantomime ». Cette anecdote mérite d’être conservée dans l’histoire des collaborations des Beatles, sans la transformer en une participation instrumentale de Starr à toute l’orchestre.

Lennon apporte également un soutien au projet. Il serait toutefois inexact de l’indiquer comme compositeur ou producteur de l’ensemble du LP. Tavener écrit la pièce, David Atherton dirige l’exécution et Apple assure sa publication sous sa propre étiquette.

Cette distinction entre soutien artistique et crédit musical est importante, car l’extrême rareté de certaines œuvres Apple conduit parfois à multiplier les attributions imprécises aux membres des Beatles.

Les huit épisodes de The Whale et la division du vinyle

L’œuvre se déploie en huit sections : « Documentary », « Melodrama and Pantomime », « Invocation », « The Storm », « The Swallowing », « The Prayer », « In the Belly » et « The Vomiting ». Leurs titres ne représentent pas huit chansons indépendantes, mais les étapes d’une composition dramatique continue.

Le LP d’origine présente cette œuvre sur deux faces, souvent repérées comme « The Whale » et « The Whale (Concluded) ». Les rééditions numériques peuvent découper chaque épisode en piste distincte, ce qui facilite la navigation mais ne reflète pas exactement la disposition des premières étiquettes.

Le premier épisode utilise une voix documentaire. D’autres sections recourent à des interventions parlées, des chants et une percussion très présente. Le texte biblique est ainsi traité comme une matière sonore qui s’intègre à la composition instrumentale.

Pour une discographie de niveau encyclopédique, il faut conserver les deux niveaux de découpage : la structure de l’œuvre en huit épisodes et l’objet commercial de 1970 réparti en deux faces.

David Atherton, les voix solistes et la London Sinfonietta

La direction musicale est assurée par David Atherton. L’enregistrement réunit la London Sinfonietta et son chœur, avec notamment la mezzo-soprano Anna Reynolds, le baryton Raimund Herincx et le récitant Alvar Lidell.

L’interprétation demande une grande précision malgré l’apparence parfois chaotique des effets sonores. Les parties de percussion, d’orgue et de bande participent au caractère théâtral de l’ensemble. La partition possède une écriture exigeante, qui ne peut être assimilée à une improvisation collective libre.

La voix de récitant joue un rôle décisif dans l’ouverture documentaire de la pièce. Elle oppose une description presque scientifique de l’animal à l’imaginaire religieux et dramatique qui envahit ensuite la composition.

Le disque est ainsi une véritable production de musique contemporaine, et non une curiosité enregistrée à la hâte pour bénéficier du prestige publicitaire d’Apple.

SAPCOR 15 : publication britannique en 1970

Le microsillon est publié au Royaume-Uni en 1970 sous la référence SAPCOR 15. Les éditions américaines portent un numéro lié à la distribution de Capitol. La différence des références reflète la stratégie internationale du label, non l’existence d’œuvres séparées.

Le programme commercial est court pour un LP, puisqu’il contient une composition d’environ une demi-heure. Cette durée peut surprendre à côté des albums de pop contemporains, mais elle correspond à la forme musicale fixée dans l’enregistrement.

Le disque sera réédité ultérieurement, notamment sous une autre étiquette associée à Ringo, puis en CD. Les nouvelles éditions ajoutent souvent le découpage par épisodes et des informations de livret. Il faut toujours distinguer le pressage Apple de 1970 des reproductions ou transferts plus tardifs.

The Whale, Celtic Requiem et les limites de la classification rock

La présence de The Whale dans le catalogue d’un label fondé par les Beatles montre que l’ambition d’Apple pouvait véritablement sortir du cadre du rock. La musique ne recherche ni le single ni la chanson facile à diffuser, mais une expérience d’écoute exigeante.

Le chapitre suivant de Tavener chez Apple, Celtic Requiem, prolonge cette ouverture avec chœurs et texte religieux. Les deux disques seront rapprochés dans certaines rééditions, mais leurs références et leurs années de parution doivent rester distinctes.

Le lecteur peut poursuivre avec le portrait de John Tavener, Celtic Requiem et le catalogue des LP Apple.

Questions fréquentes

Quelle est l’année de sortie de The Whale chez Apple ?

1970.

Quelle est sa référence britannique ?

SAPCOR 15.

Qui dirige l’enregistrement ?

David Atherton à la tête de la London Sinfonietta.

Ringo Starr a-t-il participé au disque ?

Il soutient les sessions et intervient dans un passage parlé au porte-voix, sans être le compositeur de l’œuvre.

The Whale est-il un album de huit chansons ?

Non. C’est une composition unique en huit épisodes, publiée sur les deux faces d’un LP.

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