On répète depuis cinquante ans que le premier album des Wings a été bâclé en trois jours. Les relevés de séance disent autre chose : du 24 juillet au 16 octobre 1971, orchestration comprise. Enquête complète sur la méthode empruntée à Dylan, le pseudonyme « Sam Browne », la naissance de Stella qui a donné son nom au groupe, « Dear Friend » adressée à Lennon — et sept idées reçues corrigées, à commencer par les classements, systématiquement inversés.
Harrison a demandé à McCartney de simplifier sa partie ; McCartney a refusé. Cinq ans plus tard, Harrison déclarait publiquement préférer Willie Weeks à la basse. Enquête complète : la chanson qu’il a failli donner à Joe Cocker, les six séances de 1969, la basse réenregistrée à Olympic le 5 mai, la coda de huit minutes coupée — et sept idées reçues corrigées, à commencer par les détails de matériel que rien ne documente.
Une publicité Kellogg’s entendue à la télévision de Kenwood, cinq séances à Abbey Road, six souffleurs de Sounds Incorporated, un solo joué par Paul McCartney et un collage animalier où chaque bête dévore la précédente : le dossier complet du morceau que Lennon appelait un déchet — et que les feuilles de séance contredisent. Sept idées reçues corrigées.
Une phrase empruntée à Jimmie Nicol en 1964, un piano peint, quatre séances en mars 1967, une nuit de LSD sur le toit d’Abbey Road — et, au milieu du refrain le plus joyeux de « Sgt. Pepper », un aveu de violence conjugale que Lennon revendiquera en 1980. Dossier complet, avec six idées reçues corrigées.
Enregistré le 6 novembre 1970 à New York, assemblé au montage à partir de fragments inachevés, publié en single aux seuls États-Unis le 2 août 1971 : « Uncle Albert/Admiral Halsey » devient numéro un du Billboard le 4 septembre 1971. Enquête complète sur la séance, les musiciens recrutés dans une cave du Bronx, l’oncle de Liverpool, l’amiral américain, l’orage prélevé sur une bande de film, le procès d’édition, le massacre critique de 1971 et la réhabilitation.
Base enregistrée en janvier 2012 à AIR Studios, ajouts et mixage quinze mois plus tard à Los Angeles, tous les instruments joués par un seul homme, une cosignature avec Paul Epworth — et une diffusion réservée à la seule édition japonaise de « NEW » pendant douze mois. Enquête complète sur « Struggle » : la séance, l’instrumentarium, l’économie du bonus territorial, la lignée des disques d’homme-orchestre et ce que ce titre révèle de la méthode McCartney.
Douze jours en août-septembre 1968 : pourquoi Ringo Starr a quitté les Beatles, ce que les trois autres ont enregistré sans lui, le télégramme, les fleurs de George Harrison et sa vraie rentrée.
Vingt épisodes datés, sourcés et cités, de 1960 à 2015 — et pas un seul de ceux que tout le monde répète. L’harmonica chapardé à Arnhem qu’on entend sur « Love Me Do », la plaque gravée offerte à tante Mimi, les lunettes rondes nées d’un costume de cinéma, la Phantom V repeinte pour 290 livres et revendue 2,3 millions de dollars, les glands refusés en terre consacrée, le sac de Vienne, l’accident de Golspie, le concert de Toronto répété dans l’avion, la lettre à la Reine, Nutopie et son hymne de silence, l’OVNI daté et signé sur la pochette de Walls and Bridges, cinq ans de procédure d’expulsion, un élevage de holsteins et une guitare disparue pendant un demi-siècle. Avec, en prime, cinq anecdotes célèbres qu’il faudrait cesser de répéter telles quelles.
Le 16 janvier 1980, l’arrestation de Paul McCartney à Narita annule onze dates japonaises et met les Wings en sommeil. Onze mois plus tard, Denny Laine publie « Japanese Tears », album mi-solo mi-archive qui exhume trois inédits des Wings — « I Would Only Smile » (1972), « Send Me the Heart » (Nashville 1974, seule cosignature de McCartney) et « Weep for Love » (1978). Enquête complète : la chronologie exacte de Tokyo, le contrat signé à Cannes pendant la détention, l’économie invisible d’un membre salarié, la fin réelle du groupe en 1981, et douze correctifs factuels.
Il existe, quelque part dans la mémoire d’un homme de quatre-vingt-six ans installé au pied de la Sierra Nevada espagnole puis en Californie, le souvenir d’une feuille de papier. Sur cette feuille, dictée par John Lennon dans une maison géorgienne du Berkshire, figuraient les titres de toutes les chansons des Beatles. En face de chaque titre, il fallait écrire un nom : le sien, ou celui de Paul McCartney. Cette liste n’a jamais été retrouvée.












