Le 12 septembre 2005, Paul McCartney publiait Chaos and Creation in the Backyard, l’un des albums les plus singuliers de sa carrière solo. Produit par Nigel Godrich, recommandé par George Martin, le disque naît d’une collaboration parfois tendue : pour une fois, McCartney accepte qu’un producteur conteste ses choix, écarte son groupe et lui demande de jouer presque tous les instruments. Vingt et un ans plus tard, retour sur les séances, les chansons, les musiciens, les chiffres, les Grammy Awards et les secrets d’un disque devenu une référence de son œuvre tardive.
Le 9 septembre 1971 paraissait « Imagine ». Ce que l’histoire a oublié : l’album a été tourné en même temps qu’il était enregistré. Enquête sur le long métrage réalisé et monté par John Lennon et Yoko Ono — tournage jour par jour, équipe, segments, mutilations vidéo et restauration.
On répète depuis cinquante ans que le premier album des Wings a été bâclé en trois jours. Les relevés de séance disent autre chose : du 24 juillet au 16 octobre 1971, orchestration comprise. Enquête complète sur la méthode empruntée à Dylan, le pseudonyme « Sam Browne », la naissance de Stella qui a donné son nom au groupe, « Dear Friend » adressée à Lennon — et sept idées reçues corrigées, à commencer par les classements, systématiquement inversés.
Jouée devant les Beatles le 14 janvier 1969 et laissée de côté, enregistrée à New York en octobre 1970, orchestrée par le Philharmonique et mixée six semaines en Californie : histoire complète du final de « Ram », du single britannique à trente-neuvième place et de la phrase où John Lennon a cru se reconnaître. Sept idées reçues corrigées.
Enregistré le 6 novembre 1970 à New York, assemblé au montage à partir de fragments inachevés, publié en single aux seuls États-Unis le 2 août 1971 : « Uncle Albert/Admiral Halsey » devient numéro un du Billboard le 4 septembre 1971. Enquête complète sur la séance, les musiciens recrutés dans une cave du Bronx, l’oncle de Liverpool, l’amiral américain, l’orage prélevé sur une bande de film, le procès d’édition, le massacre critique de 1971 et la réhabilitation.
Vingt épisodes datés, sourcés et cités, de 1960 à 2015 — et pas un seul de ceux que tout le monde répète. L’harmonica chapardé à Arnhem qu’on entend sur « Love Me Do », la plaque gravée offerte à tante Mimi, les lunettes rondes nées d’un costume de cinéma, la Phantom V repeinte pour 290 livres et revendue 2,3 millions de dollars, les glands refusés en terre consacrée, le sac de Vienne, l’accident de Golspie, le concert de Toronto répété dans l’avion, la lettre à la Reine, Nutopie et son hymne de silence, l’OVNI daté et signé sur la pochette de Walls and Bridges, cinq ans de procédure d’expulsion, un élevage de holsteins et une guitare disparue pendant un demi-siècle. Avec, en prime, cinq anecdotes célèbres qu’il faudrait cesser de répéter telles quelles.
Il existe, quelque part dans la mémoire d’un homme de quatre-vingt-six ans installé au pied de la Sierra Nevada espagnole puis en Californie, le souvenir d’une feuille de papier. Sur cette feuille, dictée par John Lennon dans une maison géorgienne du Berkshire, figuraient les titres de toutes les chansons des Beatles. En face de chaque […]
Le 10 avril 1970, un communiqué de presse glissé dans les exemplaires promotionnels de l’album McCartney apprend au monde que Paul McCartney ne travaille plus avec les Beatles. La légende retient de cette date une porte qui claque, quatre hommes qui se tournent le dos et vingt-cinq ans de silence jusqu’à l’Anthology. C’est une belle […]
Treize ans de chute, de retrait et de retour : la tournée « Dark Hoarse », le procès My Sweet Lord, le veto de Warner, Gone Troppo, puis Cloud Nine. Chiffres vérifiés et correctifs.
On a beaucoup raconté la Britpop comme une seconde invasion britannique menée par des groupes qui auraient simplement remis les Beatles au goût du jour. L’image est pratique, surtout lorsqu’on pense à Oasis, aux déclarations de Noel Gallagher, à la fascination de Liam pour John Lennon ou aux clins d’œil disséminés dans les chansons. Mais elle devient vite trompeuse dès qu’on écoute vraiment les disques. Car la Britpop n’a jamais été un bloc : Blur regarde aussi vers les Kinks, XTC et le punk, Suede vers Bowie et Roxy Music, Pulp vers le glam, le Velvet Underground et la chronique sociale, tandis que les Boo Radleys, Supergrass, Cast, Kula Shaker ou The Verve prélèvent chacun une pièce différente du puzzle. L’influence des Beatles se joue donc moins dans la copie d’un son que dans une grammaire : la primauté de la mélodie, l’ambition du studio, la capacité à faire évoluer un groupe, l’art du single, l’identité collective et cette idée décisive qu’une formation venue d’une ville industrielle anglaise peut prétendre au centre du monde. Oasis en a récupéré le mythe, Blur la métamorphose, Pulp la permission sociale, les Boo Radleys l’expérimentation. Et c’est peut-être là que la Britpop devient la plus fidèle aux Beatles : non lorsqu’elle les imite, mais lorsqu’elle comprend qu’un grand groupe ne doit jamais cesser de bouger.












