Jouée devant les Beatles le 14 janvier 1969 et laissée de côté, enregistrée à New York en octobre 1970, orchestrée par le Philharmonique et mixée six semaines en Californie : histoire complète du final de « Ram », du single britannique à trente-neuvième place et de la phrase où John Lennon a cru se reconnaître. Sept idées reçues corrigées.
Enregistré le 6 novembre 1970 à New York, assemblé au montage à partir de fragments inachevés, publié en single aux seuls États-Unis le 2 août 1971 : « Uncle Albert/Admiral Halsey » devient numéro un du Billboard le 4 septembre 1971. Enquête complète sur la séance, les musiciens recrutés dans une cave du Bronx, l’oncle de Liverpool, l’amiral américain, l’orage prélevé sur une bande de film, le procès d’édition, le massacre critique de 1971 et la réhabilitation.
De « Maybe I’m Amazed » à « Find My Way » : vingt chansons commentées, avec dates de séances, classements et correctifs, pour entrer dans la carrière solo de Paul McCartney.
l y a des disques qui arrivent trop tôt, et Ram fait partie de ceux-là. Quand Paul McCartney le publie en mai 1971, à peine un an après l’implosion officielle des Beatles, le monde n’a pas envie d’entendre un ex-Beatle chanter la campagne écossaise, l’amour conjugal, les enfants, les béliers et les petites joies domestiques. La critique attend de lui une grande déclaration, une revanche, un manifeste. Elle reçoit un album bizarre, libre, brinquebalant, tendre, parfois féroce, où les mélodies les plus lumineuses croisent le nonsense britannique, les orchestrations grandioses, les attaques à peine voilées contre Lennon et une forme de bonheur familial que le rock de l’époque juge presque suspecte.
On sait aujourd’hui à quel point le malentendu fut immense. Derrière sa pochette de gentleman-farmer et ses airs de récréation à deux voix avec Linda, Ram cache l’un des sommets de McCartney : un disque de reconstruction, d’invention et de liberté, enregistré entre New York, Los Angeles et les souvenirs humides du Kintyre. Méprisé en 1971, il est devenu avec le temps une pierre fondatrice de l’indie pop, une matrice pour des générations de musiciens qui y ont reconnu ce que les contemporains n’avaient pas voulu entendre : la beauté étrange d’un artiste refusant de devenir le monument qu’on exigeait de lui.
On a longtemps rangé Thrillington dans la catégorie commode des curiosités maccartneyiennes : un disque pour collectionneurs, un canular de studio, une plaisanterie orchestrale signée sous le nom improbable de Percy “Thrills” Thrillington. C’est aller un peu vite, car derrière ce masque de gentleman fictif se cache l’un des gestes les plus passionnants de Paul McCartney dans les années 70. En reprenant Ram sans les voix, sans Linda au micro, sans la présence immédiatement identifiable de Paul, Thrillington ne retire pas l’âme du disque : il en révèle la charpente. Enregistré dès 1971 à Abbey Road avec les arrangements de Richard Hewson, puis publié en 1977 sous pseudonyme, l’album transforme les chansons de Ram en fantômes de music-hall, en miniatures lounge, en génériques de films anglais jamais tournés. Ce qui pouvait passer pour une blague devient alors une démonstration éclatante : McCartney n’est pas seulement un mélodiste prodigieux, il est un metteur en scène, un constructeur de mondes, un homme capable de faire vivre ses chansons sous un autre costume. Et derrière Percy Thrillington, c’est peut-être le vrai Paul que l’on entend le mieux.
Il y a chez Paul McCartney une façon bien à lui de disparaître sans jamais vraiment quitter la pièce. Quand Lennon transforme le masque en règlement de comptes et Bowie en théâtre permanent, Paul préfère les fausses identités bricolées avec le sérieux d’une plaisanterie anglaise : des noms improbables, des biographies de poche, des doubles qui lui permettent de respirer à l’écart du vacarme Beatles. Percy “Thrills” Thrillington est sans doute le plus délicieux de ces fantômes. Faux dandy, faux chef d’orchestre, faux mondain sorti d’un salon où le champagne aurait tiédi depuis 1938, il signe pourtant en 1977 un vrai disque : la version instrumentale et orchestrale de RAM, enregistrée dès 1971 à Abbey Road sous l’œil de McCartney et les arrangements de Richard Hewson. Longtemps resté dans l’ombre, Thrillington n’est pas une simple curiosité lounge ni un caprice luxueux. C’est un miroir déformant tendu à l’un des albums les plus étranges, les plus mal compris et les plus féconds de Paul. En retirant sa voix, il révèle la charpente. En inventant Percy, il raconte autre chose de lui-même : l’art de fuir son propre nom pour mieux faire entendre ses chansons.
On résume souvent la relation entre George Martin et Paul McCartney à un seul bloc de légende : les Beatles, Abbey Road, puis le grand silence. Mais l’histoire réelle est plus subtile, et bien plus belle que ce récit trop commode. Car après 1970, Paul n’a jamais complètement cessé de revenir vers celui qui avait si souvent su donner à ses chansons leur juste écrin. Pas par nostalgie, ni pour rejouer le passé, mais parce que George Martin restait l’un des très rares hommes capables de comprendre ce que McCartney cherchait vraiment lorsqu’une mélodie appelait davantage qu’un simple bon enregistrement : une architecture, un souffle, une élégance, une mise en scène. De Ram à Live and Let Die, de Tug of War à Flaming Pie, en passant par Pipes of Peace, Broad Street, Put It There, Calico Skies ou Beautiful Night, se dessine ainsi une seconde vie du tandem Martin-McCartney. Une histoire fragmentée, intermittente, parfois discrète, mais décisive. C’est cette cartographie complète que retrace cet article : celle d’une fidélité sans routine, d’une complicité qui réapparaît chaque fois qu’une chanson de Paul réclame plus de hauteur, plus de clarté, ou simplement ce mélange unique de tact, de science harmonique et de goût qui faisait de George Martin bien plus qu’un ancien producteur.
Dans Uncle Albert/Admiral Halsey, mini-suite surréaliste de Ram (1971), Paul McCartney glisse une image qui intrigue : la butter pie, tarte au beurre. Pour lui, pas de message caché : il choisit des mots incongrus à la Lewis Carroll, pour la couleur et le sourire, et pensait même que cette tarte n’existait pas. Or elle est bien réelle : spécialité du Lancashire (souvent associée à Preston), tourte salée aux pommes de terre, oignons et beurre, devenue symbole populaire jusque dans l’ambiance des matchs de Preston North End à Deepdale. Ce hasard transforme un non-sens pop en passerelle entre culture locale et hit mondial : la chanson, patchwork d’ambiances et d’arrangements, triomphe aux États-Unis et reste l’un des mystères savoureux de l’ère McCartney.
Après la séparation des Beatles, Paul McCartney se réinvente avec l’album Ram, fruit d’une collaboration intime avec Linda. Alliant modernité, tendresse et ironie, l’album oscille entre l’effervescence new-yorkaise et la sérénité écossaise. Ses textes acerbes et ses arrangements audacieux marquent un tournant décisif dans sa carrière solo et ouvrent la voie à l’indie pop, faisant de Ram un manifeste de liberté créative et un héritage incontournable dans l’histoire du rock.
En 1971, Paul McCartney atteint son premier n°1 solo aux États-Unis avec « Uncle Albert/Admiral Halsey », marquant une nouvelle étape artistique après les Beatles. Ce titre audacieux, mêlant fantaisie pop, collage sonore et orchestration signée George Martin, incarne la naissance d’un McCartney post-Beatles ambitieux et créatif. Le succès américain, malgré l’absence de sortie au Royaume-Uni, confirme la puissance d’une chanson-studio où se mêlent narration sonore, nostalgie familiale et satire douce.












