Le 16 janvier 1980, l’arrestation de Paul McCartney à Narita annule onze dates japonaises et met les Wings en sommeil. Onze mois plus tard, Denny Laine publie « Japanese Tears », album mi-solo mi-archive qui exhume trois inédits des Wings — « I Would Only Smile » (1972), « Send Me the Heart » (Nashville 1974, seule cosignature de McCartney) et « Weep for Love » (1978). Enquête complète : la chronologie exacte de Tokyo, le contrat signé à Cannes pendant la détention, l’économie invisible d’un membre salarié, la fin réelle du groupe en 1981, et douze correctifs factuels.
Films, clips, concerts filmés et documentaires de Paul McCartney depuis 1970 : Rockshow, Broad Street, Rupert, McCartney 3,2,1, Man on the Run. Inventaire complet et correctifs.
De « Maybe I’m Amazed » à « Find My Way » : vingt chansons commentées, avec dates de séances, classements et correctifs, pour entrer dans la carrière solo de Paul McCartney.
« Frozen Jap » a été enregistré en juin 1979, sept mois avant l’arrestation de McCartney à Tokyo. Chronologie exacte des sessions de McCartney II et correctifs.
De « Maybe I’m Amazed » à « Home to Us » avec Ringo Starr : vingt titres solo et Wings, en cinq actes, pour découvrir la carrière post-Beatles de Paul McCartney.
Voir Paul McCartney revenir sur le plateau de Saturday Night Live aurait déjà suffi à réveiller cette petite fièvre que l’on croyait réservée aux grandes apparitions tardives, celles où le rock cesse d’être une histoire ancienne pour redevenir, l’espace de quelques minutes, une affaire de direct, de nerfs et de chansons. Mais la soirée avait son détail de travers, son grain de sable réjouissant : derrière lui, ce n’était pas Abe Laboriel Jr., compagnon de route infatigable depuis plus de vingt ans, mais Chad Smith, le cogneur des Red Hot Chili Peppers, vieux double de Will Ferrell et invité presque trop parfait pour une émission qui a toujours aimé mélanger la mythologie pop et la farce télévisée. Sur le papier, on pouvait craindre le gag de plateau, le clin d’œil un peu lourd, ou la curiosité pour réseaux sociaux. À l’arrivée, c’est tout autre chose qui s’est joué : une petite secousse dans la liturgie maccartneyenne, assez légère pour ne pas inquiéter, assez visible pour raconter beaucoup. Car McCartney, en 2026, n’est pas seulement une légende que l’on vient saluer. Il reste un musicien au travail, capable de défendre une chanson nouvelle, de replonger dans Wings, de ressortir l’étrangeté synthétique de Coming Up et d’accueillir, le temps d’une soirée, un batteur venu d’un autre âge du rock. Une parenthèse mineure, peut-être, mais profondément révélatrice : chez Paul, même les souvenirs continuent de battre.
Il y a chez Paul McCartney tout un continent parallèle que les histoires officielles survolent à peine. On y trouve des faces B, des instrumentaux, des chansons de travers, des curiosités qui semblent d’abord mineures avant de révéler, avec le temps, quelque chose de très profond sur sa manière de créer. “Lunch Box/Odd Sox” appartient à cette géographie secrète. Enregistré en janvier 1975 à La Nouvelle-Orléans pendant les sessions de Venus and Mars, puis ressorti cinq ans plus tard au dos du single “Coming Up”, ce drôle d’objet n’a jamais eu le statut d’un classique. Et pourtant, il dit beaucoup du vrai McCartney post-Beatles : celui qui aime les marges autant que les sommets, les détours autant que les triomphes, les atmosphères autant que les refrains inoubliables. Dans ce petit instrumental souple et bizarre, où le piano avance à pas feutrés pendant que le Moog de Linda installe un halo singulier, on entend un artiste qui joue sans se soucier de démontrer quoi que ce soit. C’est précisément ce qui le rend si précieux. “Lunch Box/Odd Sox” n’est pas un simple fond de tiroir : c’est une anomalie mccartnienne au sens noble, un caillou de travers qui éclaire toute une part de son œuvre.
En 1980, Paul McCartney pourrait se contenter de faire tourner la machine Wings et d’empiler des refrains impeccables. Au lieu de ça, il disparaît dans des fermes, loue une Studer 16 pistes, branche les micros en direct et se remet à bricoler comme au lendemain de la fin des Beatles. McCartney II naît de cette fuite : un disque domestique et futuriste, où les synthés, le vari-speed et les boucles deviennent des outils d’écriture, pas des gadgets. « Coming Up » y cligne de l’œil à la new wave en se déguisant en tube, « Temporary Secretary » grimace et annonce un futur absurde, tandis que « Waterfalls » rappelle que la mélodie, chez Paul, survit à toutes les machines. Entre instrumentaux de chambre, zones d’ombre (« Darkroom ») et fantômes de Wings, l’album ressemble à un carnet de laboratoire : imparfait, libre, parfois déroutant, mais étonnamment moderne. Quarante ans plus tard, on comprend mieux ce geste : le moment où McCartney accepte de redevenir un apprenti, de se mettre en danger, et de prouver que “Paul McCartney” n’est pas un rôle, mais une énergie. Plongée piste par piste dans ce manifeste DIY qui n’a jamais cessé de rattraper son époque.
On a tellement aimé se raconter l’année 1980 comme un retour à la lumière — le Dakota, Bermuda, la Hit Factory, le sourire retrouvé — qu’on en oublie les zones grises. Avec « I Don’t Wanna Face It », John Lennon laisse justement la lumière se fissurer. Trois minutes nerveuses, presque new wave, où le refrain claque comme une porte : pas maintenant, pas ça, pas moi. Écrite dès 1977 dans l’ombre des démos domestiques, réactivée au moment des sessions de Double Fantasy, puis écartée avant de renaître après sa mort sur Milk and Honey, la chanson se plie, se replie, revient hanter les bandes. Derrière la guitare sèche et le groove serré, Lennon se tire un portrait au vitriol : un œil sur l’oubli, l’autre sur le Hall of Fame, prêt à distribuer les coups mais incapable de les encaisser. Ni hymne, ni confession apaisée : un miroir brisé tendu à l’auditeur, où l’ego, la fatigue morale, la compétition et l’autodérision font la loi. Dans cet article, on remonte le fil du morceau, de Bermuda aux choix posthumes de Yoko, pour comprendre pourquoi ce titre “sans place” dit peut-être le plus vrai sur le Lennon tardif : vivant, contradictoire, et toujours sur le point de dérailler.
Dans l’ombre des tubes tonitruants de Paul McCartney, il existe des chansons qui ne cherchent pas le triomphe mais l’écho. « Waterfalls », posée au cœur de McCartney II (1980), fait partie de ces confidences : une ballade au pas lent, suspendue sur un piano électrique et quelques nappes de synthés comme un orchestre fantôme. À l’été 1979, l’ex-Beatle s’isole, bricole seul en home studio, et laisse entrer le silence dans sa pop. Le texte, sous ses allures de comptine, glisse un avertissement tendre — « reste près du lac » — né des conseils donnés à ses enfants, mais qui sonne aussi comme la peur douce de perdre l’autre. On remonte la piste jusqu’au cottage du Sussex baptisé… Waterfalls, on éclaire le choix de la retenue musicale (Rhodes liquide, espace vide, voix en apesanteur), on raconte le single sans raz-de-marée américain, et même ce clip surréaliste avec Olaf, l’ours polaire. Longtemps mal comprise, cette perle a fini par être réhabilitée : son minimalisme paraît aujourd’hui étrangement moderne. Une chanson discrète, pourtant essentielle, qui prouve que McCartney peut toucher en murmurant. Et si le vrai trésor de McCartney II se cachait là ?












