On a tellement aimé se raconter l’année 1980 comme un retour à la lumière — le Dakota, Bermuda, la Hit Factory, le sourire retrouvé — qu’on en oublie les zones grises. Avec « I Don’t Wanna Face It », John Lennon laisse justement la lumière se fissurer. Trois minutes nerveuses, presque new wave, où le refrain claque comme une porte : pas maintenant, pas ça, pas moi. Écrite dès 1977 dans l’ombre des démos domestiques, réactivée au moment des sessions de Double Fantasy, puis écartée avant de renaître après sa mort sur Milk and Honey, la chanson se plie, se replie, revient hanter les bandes. Derrière la guitare sèche et le groove serré, Lennon se tire un portrait au vitriol : un œil sur l’oubli, l’autre sur le Hall of Fame, prêt à distribuer les coups mais incapable de les encaisser. Ni hymne, ni confession apaisée : un miroir brisé tendu à l’auditeur, où l’ego, la fatigue morale, la compétition et l’autodérision font la loi. Dans cet article, on remonte le fil du morceau, de Bermuda aux choix posthumes de Yoko, pour comprendre pourquoi ce titre “sans place” dit peut-être le plus vrai sur le Lennon tardif : vivant, contradictoire, et toujours sur le point de dérailler.












