Il y a des entretiens qui s’apparentent à des exercices de promotion, et d’autres qui ressemblent à des confessions. Celui que Julian Lennon a accordé récemment à un podcast européen, à l’occasion de la sortie de son somptueux livre de photographies « Life’s Fragile Moments », appartient sans conteste à la seconde catégorie. Pendant plus d’une heure, le fils aîné de John Lennon — né le 8 avril 1963 à Liverpool, quelques mois avant que la Beatlemania n’emporte tout sur son passage — s’y livre avec une franchise désarmante, un humour très britannique et cette élégance un peu mélancolique qui est devenue sa marque de fabrique. Pour les lecteurs de yellow-sub.net, l’exercice est doublement précieux.
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Choisir quatre chansons pour entrer dans l’œuvre de John Lennon, c’est forcément accepter de laisser quelques monuments sur le bord de la route. On pourrait commencer par Imagine, évidemment, poser Give Peace a Chance comme drapeau blanc, ajouter Jealous Guy pour le remords et Come Together pour rappeler que Lennon savait encore faire ramper le rock avec une élégance venimeuse. Mais ce serait presque trop simple, trop propre, trop commémoratif. Lennon ne se résume pas à une paire de lunettes rondes, à un piano blanc ou à une affiche pacifiste punaisée dans une chambre d’étudiant. Il est plus instable que cela, plus contradictoire, plus passionnant aussi. Pour le comprendre, il faut suivre les fissures : Help!, confession déguisée en tube de Beatlemania ; Strawberry Fields Forever, retour halluciné vers l’enfance ; Working Class Hero, pamphlet nu contre la machine sociale ; Watching the Wheels, dernier manifeste d’un homme qui tente enfin de descendre du manège. Quatre chansons, donc, non comme un palmarès, mais comme une chronologie intime. Quatre portes ouvertes sur un Lennon moins saint que blessé, moins prophète que lucide, moins légende figée qu’homme en lutte permanente avec ses propres reflets.
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John Lennon a admis regretter d’avoir crédité Paul McCartney pour Give Peace a Chance, une chanson qu’il avait créée avec Yoko Ono. Ce choix, issu d’un accord moral adolescent Lennon–McCartney et non d’un contrat légal, reflète les tensions, les rituels du duo et la transition vers sa carrière solo avec Yoko. L’évolution des crédits montre que la paternité musicale peut être fluide et que la musique transcende toujours les noms imprimés.
« Stand By Me », reprise de Ben E. King par John Lennon, incarne un tournant dans la carrière de l’artiste. Sortie en 1975, cette chanson, initialement enregistrée en 1969, reflète l’évolution de Lennon, de l’artiste rebelle à l’homme en quête de paix. Avec des musiciens comme Jesse Ed Davis et Klaus Voormann, il réinvente ce classique, ajoutant une dimension émotionnelle brute. Le single annonce aussi sa retraite musicale avant son retour en 1980. « Stand By Me » reste un symbole de résilience et de transformation pour Lennon.
Il y a des objets qui ne devraient presque rien raconter et qui, pourtant, ouvrent des portes entières. Un simple t-shirt blanc, un panneau de rue, deux mésanges bleues posées là comme un souvenir d’enfance, et voilà tout l’univers de Paul McCartney qui remonte à la surface. Avec le modèle exclusif imaginé par Stella McCartney pour accompagner la sortie de The Boys of Dungeon Lane, on pourrait croire à une nouvelle opération de merchandising autour d’un géant du rock. Ce serait aller un peu vite. Car Dungeon Lane n’est pas Abbey Road, ni Penny Lane, ni Strawberry Field. C’est une géographie plus intime, plus souterraine, un morceau de Liverpool avant la légende, avant les Beatles, avant que le monde entier ne se mette à regarder Paul. Stella, elle, ne rhabille pas ici le mythe à grands coups de couleurs psychédéliques. Elle le ramène au silence d’une rue, au regard d’un enfant, à cette mémoire familiale où Linda n’est jamais très loin. Un objet fragile, commercial bien sûr, mais chargé d’une tendresse étrange : celle d’un père qui revient vers son point d’origine et d’une fille qui transforme ce retour en relique pop.
Il y a des noms que l’on porte comme une lumière, et d’autres comme une maison hantée. Sean Lennon connaît les deux. Fils de John Lennon et de Yoko Ono, il aurait pu passer sa vie à fuir l’héritage Beatles ou à l’exploiter docilement, en gardien bien peigné d’un temple déjà saturé de reliques. Il a choisi une voie plus étrange et plus fragile : vivre avec les fantômes sans leur abandonner toute la maison. Lorsqu’il raconte qu’il a commencé la musique parce que son père lui manquait, tout se remet à sa juste place. La guitare n’est plus un accessoire de légende, mais un passage entre un fils et un absent. Les instruments de John, longtemps touchés puis protégés, deviennent alors plus que des objets sacrés : des corps à préserver, des mémoires à ne pas momifier. Avec Les Claypool et leur nouvel album psychédélique The Great Parrot-Ox and the Golden Egg of Empathy, Sean Lennon poursuit cette conversation oblique avec le passé, l’intelligence artificielle, les guitares, les pédales rares et cette idée simple : l’héritage n’est vivant que si l’on ose encore le faire trembler.












