John Lennon a admis regretter d’avoir crédité Paul McCartney pour Give Peace a Chance, une chanson qu’il avait créée avec Yoko Ono. Ce choix, issu d’un accord moral adolescent Lennon–McCartney et non d’un contrat légal, reflète les tensions, les rituels du duo et la transition vers sa carrière solo avec Yoko. L’évolution des crédits montre que la paternité musicale peut être fluide et que la musique transcende toujours les noms imprimés.
« Stand By Me », reprise de Ben E. King par John Lennon, incarne un tournant dans la carrière de l’artiste. Sortie en 1975, cette chanson, initialement enregistrée en 1969, reflète l’évolution de Lennon, de l’artiste rebelle à l’homme en quête de paix. Avec des musiciens comme Jesse Ed Davis et Klaus Voormann, il réinvente ce classique, ajoutant une dimension émotionnelle brute. Le single annonce aussi sa retraite musicale avant son retour en 1980. « Stand By Me » reste un symbole de résilience et de transformation pour Lennon.
Il y a des objets qui ne devraient presque rien raconter et qui, pourtant, ouvrent des portes entières. Un simple t-shirt blanc, un panneau de rue, deux mésanges bleues posées là comme un souvenir d’enfance, et voilà tout l’univers de Paul McCartney qui remonte à la surface. Avec le modèle exclusif imaginé par Stella McCartney pour accompagner la sortie de The Boys of Dungeon Lane, on pourrait croire à une nouvelle opération de merchandising autour d’un géant du rock. Ce serait aller un peu vite. Car Dungeon Lane n’est pas Abbey Road, ni Penny Lane, ni Strawberry Field. C’est une géographie plus intime, plus souterraine, un morceau de Liverpool avant la légende, avant les Beatles, avant que le monde entier ne se mette à regarder Paul. Stella, elle, ne rhabille pas ici le mythe à grands coups de couleurs psychédéliques. Elle le ramène au silence d’une rue, au regard d’un enfant, à cette mémoire familiale où Linda n’est jamais très loin. Un objet fragile, commercial bien sûr, mais chargé d’une tendresse étrange : celle d’un père qui revient vers son point d’origine et d’une fille qui transforme ce retour en relique pop.
Il y a des noms que l’on porte comme une lumière, et d’autres comme une maison hantée. Sean Lennon connaît les deux. Fils de John Lennon et de Yoko Ono, il aurait pu passer sa vie à fuir l’héritage Beatles ou à l’exploiter docilement, en gardien bien peigné d’un temple déjà saturé de reliques. Il a choisi une voie plus étrange et plus fragile : vivre avec les fantômes sans leur abandonner toute la maison. Lorsqu’il raconte qu’il a commencé la musique parce que son père lui manquait, tout se remet à sa juste place. La guitare n’est plus un accessoire de légende, mais un passage entre un fils et un absent. Les instruments de John, longtemps touchés puis protégés, deviennent alors plus que des objets sacrés : des corps à préserver, des mémoires à ne pas momifier. Avec Les Claypool et leur nouvel album psychédélique The Great Parrot-Ox and the Golden Egg of Empathy, Sean Lennon poursuit cette conversation oblique avec le passé, l’intelligence artificielle, les guitares, les pédales rares et cette idée simple : l’héritage n’est vivant que si l’on ose encore le faire trembler.
Il y a des histoires qui semblent trop belles pour avoir attendu aussi longtemps dans l’ombre. Paul McCartney a récemment confié avoir découvert, après la mort de Prince, une version de The Long and Winding Road chantée par le Kid de Minneapolis, apparemment captée en répétition, avec cette guitare que l’on imagine déjà prête à fissurer la grande ballade blessée des Beatles. Rien n’est encore fait, bien sûr : il faudrait l’accord des ayants droit, une bande exploitable, et surtout la délicatesse nécessaire pour ne pas transformer ce miracle d’archive en bibelot patrimonial. Mais l’idée suffit à faire trembler toute la mythologie. Car cette chanson n’est pas n’importe quelle chanson : c’est l’un des grands points sensibles de McCartney, ce morceau recouvert par Phil Spector, repris plus tard à nu, et qui revient aujourd’hui vers lui par une route pourpre inattendue. Entre la mélancolie mélodique de Paul et l’électricité mystique de Prince, il y aurait là autre chose qu’un simple duo posthume : une conversation impossible entre deux génies de la pop, deux hommes-orchestres, deux fantômes du XXe siècle parlant encore au présent. À condition de laisser respirer la prise, de ne pas lisser Prince, et de faire confiance à ce que les grandes chansons savent faire mieux que nous : continuer leur chemin.
l y a des disques qui arrivent trop tôt, et Ram fait partie de ceux-là. Quand Paul McCartney le publie en mai 1971, à peine un an après l’implosion officielle des Beatles, le monde n’a pas envie d’entendre un ex-Beatle chanter la campagne écossaise, l’amour conjugal, les enfants, les béliers et les petites joies domestiques. La critique attend de lui une grande déclaration, une revanche, un manifeste. Elle reçoit un album bizarre, libre, brinquebalant, tendre, parfois féroce, où les mélodies les plus lumineuses croisent le nonsense britannique, les orchestrations grandioses, les attaques à peine voilées contre Lennon et une forme de bonheur familial que le rock de l’époque juge presque suspecte.
On sait aujourd’hui à quel point le malentendu fut immense. Derrière sa pochette de gentleman-farmer et ses airs de récréation à deux voix avec Linda, Ram cache l’un des sommets de McCartney : un disque de reconstruction, d’invention et de liberté, enregistré entre New York, Los Angeles et les souvenirs humides du Kintyre. Méprisé en 1971, il est devenu avec le temps une pierre fondatrice de l’indie pop, une matrice pour des générations de musiciens qui y ont reconnu ce que les contemporains n’avaient pas voulu entendre : la beauté étrange d’un artiste refusant de devenir le monument qu’on exigeait de lui.
Il faut toujours se méfier des grandes phrases de John Lennon, surtout lorsqu’elles semblent lâchées comme des vérités définitives au milieu des ruines encore chaudes des Beatles. En 1970, au moment de défendre John Lennon/Plastic Ono Band, Lennon affirme qu’il chante probablement mieux parce qu’il n’a plus Paul McCartney et George Harrison face à lui, ces frères, rivaux et juges intimes qui l’avaient porté autant qu’ils l’avaient parfois inhibé. La formule est brutale, injuste peut-être, mais elle ouvre une question passionnante : que devient une voix lorsqu’elle quitte la plus belle cage du monde ? Sur Plastic Ono Band, Lennon ne chante pas forcément mieux qu’au temps de Twist and Shout, Help!, Strawberry Fields Forever ou Come Together. Il chante autrement. Sans les harmonies protectrices, sans la magie collective, sans la politesse du mythe Beatles. Avec Yoko Ono, Phil Spector, Ringo Starr et Klaus Voormann autour de lui, il trouve un espace où sa gorge peut crier, murmurer, accuser, pleurer, sans demander l’autorisation de sa propre légende. Ce disque n’est pas seulement son grand album solo : c’est le moment où John Lennon cesse de devenir Beatles pour redevenir une voix seule, abîmée, arrogante, enfantine et magnifique.
Il y a chez John Lennon une manière bien à lui de salir les statues avant même que les autres aient eu le temps d’allumer les cierges. En 1980, au moment de raconter la naissance des chansons de Double Fantasy, il ne parle ni de muse, ni de grâce, ni de grand retour prophétique. Il explique simplement qu’il a été « constipé pendant cinq ans » avant de connaître « trois semaines de diarrhée ». Une formule obscène, drôle, presque enfantine, mais qui dit peut-être mieux que n’importe quel commentaire savant ce qui se joue dans ce disque longtemps mal compris. Car Double Fantasy n’est pas seulement l’album du retour de Lennon, ni l’album du couple avec Yoko Ono, ni même ce testament involontaire que l’assassinat du 8 décembre 1980 a figé dans une lumière funèbre. C’est un disque de déblocage, de vie accumulée, de chansons retenues trop longtemps puis expulsées dans l’urgence. Un album imparfait, domestique, parfois trop poli, mais traversé par une audace que l’on a souvent refusé d’entendre : celle d’un ancien Beatle qui ne cherche plus à être dangereux, mais simplement humain.
Il y a chez Paul McCartney une manière très particulière de regarder dans le rétroviseur. Chez d’autres, l’exercice tournerait vite au musée, à la célébration convenue d’une légende qui n’aurait plus grand-chose à prouver. Chez lui, le passé reste une matière vive, presque inflammable, une réserve de sons, de visages et de secousses capables d’éclairer encore le présent. Alors que se profile The Boys of Dungeon Lane, nouvel album annoncé comme un retour vers le Liverpool des origines, McCartney s’est prêté au jeu de l’autoportrait en dix chansons. Non pas dix titres à sa gloire, non pas une parade de classiques signés Beatles ou Wings, mais dix morceaux des autres : Gene Vincent, Chuck Berry, Buddy Holly, Elvis Presley, The Kinks, Bob Dylan, les Beach Boys, The Human League, Prince et, bien sûr, John Lennon. Une simple playlist ? Plutôt une carte intime, où chaque chanson révèle une couche de l’homme et du musicien : le choc du rock’n’roll, la science de la mélodie, l’ouverture poétique, la modernité des années 80, puis l’ombre fraternelle d’Imagine. À travers ces choix, c’est moins la légende McCartney qui parle que l’auditeur émerveillé qu’il n’a jamais cessé d’être.
Il y a quelque chose de presque irréel à voir Paul McCartney continuer d’avancer avec cette obstination tranquille, comme si la chanson restait, à 83 ans, non pas un monument à entretenir mais une pièce encore ouverte, un atelier où l’on peut toujours déplacer un meuble, retrouver un accord, inviter un vieil ami. Avec “Life Can Be Hard”, on aurait tort de croire que l’ancien Beatle se contente d’énoncer une évidence attendue : la vie peut être dure, bien sûr, mais toute la nuance est dans ce “peut”, qui refuse de laisser l’épreuve avaler le reste. Annoncé au cœur de The Boys of Dungeon Lane, album introspectif tourné vers Liverpool, l’enfance, la classe ouvrière et les fidélités anciennes, le morceau semble ramener McCartney vers ce qu’il a toujours su faire de plus précieux : regarder le chagrin sans lui abandonner la lumière. Autour de lui, Ringo Starr revient comme un frère de survivance sur “Home to Us”, Andrew Watt pousse l’icône hors du musée, et l’ombre des Beatles plane sans figer le mouvement. Reste alors cette idée simple, presque bouleversante : Paul n’a jamais nié la douleur, il a seulement passé sa vie à chercher la mélodie capable de lui tenir tête.












