Le 25 mai 2026, sur BBC Radio 2, Paul McCartney a refermé une émission de dix chansons par le titre le plus célèbre de John Lennon — et par une phrase que la plupart des reprises de presse ont escamotée. Enquête sur une confidence de trente secondes, sur la chanson qu’elle vise, et sur les quarante-cinq ans de silence qui séparent les deux hommes.
Sommaire
I. L’émission : dix cases pour une vie
Un format, et pourquoi McCartney l’a accepté en 2026
Tracks Of My Years est l’un des formats les plus anciens et les plus stables de BBC Radio 2 : un invité choisit dix chansons qui ont accompagné sa vie, et les commente. Le principe est proche de celui de Desert Island Discs sur Radio 4, mais le ton y est plus léger, plus conversationnel, et le dispositif de diffusion plus fragmenté : l’entretien intégral est programmé une fois, puis découpé en séquences quotidiennes insérées dans la matinale de l’animateur.
Depuis mai 2023, cette matinale est celle de Vernon Kay, qui a succédé à Ken Bruce dans la tranche 9 h 30 – midi. Les chiffres communiqués par la BBC au moment de l’annonce donnent la mesure de l’enjeu : environ 6,7 millions d’auditeurs hebdomadaires pour l’émission de Kay (mesure RAJAR du quatrième trimestre 2025), et 12,7 millions pour Radio 2 dans son ensemble, ce qui en fait la station la plus écoutée du Royaume-Uni. Pour un artiste britannique qui sort un disque, c’est le premier levier national, très loin devant n’importe quelle plateforme.
Le calendrier de mai 2026 est celui d’une campagne classique, méthodiquement étagée. Le 16 mai, McCartney clôt la cinquante-et-unième saison de Saturday Night Live à New York. Le 25 mai, l’entretien BBC est diffusé à 18 h sur Radio 2 et BBC Sounds, puis mis en vidéo sur BBC iPlayer à partir de 19 h ; des extraits quotidiens sont programmés du mardi 26 au vendredi 29 mai. Le 27 mai, il enchaîne un direct TikTok et un entretien pour BBC News. Le 29 mai, The Boys Of Dungeon Lane paraît.
Où et comment l’entretien a été enregistré
Détail que les reprises omettent systématiquement : l’entretien n’a pas eu lieu dans un studio de la BBC, mais au 1 Soho Square, siège londonien de MPL Communications — la maison d’édition et la société de gestion que McCartney a fondée au début des années 1970 et qui abrite, entre autres, les catalogues Buddy Holly et Frank Loesser. Autrement dit : Kay s’est déplacé, McCartney a reçu. Ce n’est pas anecdotique. Cela conditionne le ton de l’échange, qui n’a rien d’une promo sous contrainte de minutage et tout d’une conversation dans un bureau.
Kay lui-même a décrit l’expérience sans aucune distance professionnelle, dans un communiqué de la BBC : il raconte s’être retrouvé en transe pendant que McCartney parlait, à se répéter mentalement le nom de son interlocuteur sans plus entendre les mots. Un aveu inhabituel dans la bouche d’un animateur de cette envergure, et qui dit assez ce que représente encore, en 2026, une heure et demie en tête-à-tête avec l’homme.
Les neuf premières cases : une histoire parallèle de la pop d’après-guerre
Voici la liste, dans l’ordre de diffusion :
| # | Interprète | Titre | Année |
|---|---|---|---|
| 1 | Gene Vincent | Be-Bop-a-Lula | 1956 |
| 2 | Chuck Berry | Maybellene | 1955 |
| 3 | Buddy Holly & The Crickets | That’ll Be The Day | 1956 |
| 4 | Elvis Presley | All Shook Up | 1957 |
| 5 | The Kinks | You Really Got Me | 1964 |
| 6 | The Human League | Don’t You Want Me | 1981 |
| 7 | Prince | Kiss | 1986 |
| 8 | Bob Dylan | Mr. Tambourine Man | 1965 |
| 9 | The Beach Boys | God Only Knows | 1966 |
| 10 | John Lennon | Imagine | 1971 |
Quatre titres des années 1950, un des années 1960 britanniques, deux des années 1960 américaines, deux des années 1980, et « Imagine ». La structure est celle d’un récit d’apprentissage : les quatre premières cases sont des chocs d’adolescence, les suivantes des rencontres entre pairs, et la dernière un deuil.
Les anecdotes accrochées à ces choix sont, pour l’essentiel, du McCartney de haute qualité — c’est-à-dire du matériau vérifiable, raconté avec une précision qui n’est pas celle d’un homme qui répète.
Gene Vincent. Premier disque acheté de sa vie, dans le rayon disques d’un magasin Curry’s de Liverpool. McCartney insiste sur un point souvent négligé : ce n’est pas seulement la chanson qui l’a marqué, c’est l’objet — l’étiquette, la pochette, la face B. Il en tire une filiation directe avec l’obsession des Beatles pour la fabrication de leurs propres disques comme objets. Il rappelle que les Blue Caps portaient un nom emprunté au vocabulaire de la marine, ce qu’il n’avait pas compris à l’époque, et que le groupe apparaissait dans The Girl Can’t Help It. Il retrouvera Vincent à Hambourg, dans le même club.
Chuck Berry. McCartney choisit « Maybellene » plutôt que « Sweet Little Sixteen » ou « Johnny B. Goode », et justifie ce choix par la mécanique narrative : une chanson d’amour qui est aussi une course-poursuite en automobile, sujet inouï pour des adolescents britanniques de 1956. Il en tire un aveu rare sur les débuts de son propre travail d’écriture : les premières chansons de Lennon-McCartney étaient, dit-il, des adresses directes aux fans — « Love Me Do », « From Me to You », « Please Please Me » — et il a fallu du temps pour accéder au registre du récit.
Buddy Holly. L’histoire du nom des Beatles en hommage aux Crickets est connue ; la chute l’est moins. McCartney raconte avoir félicité les Crickets, des années plus tard, pour le double sens de leur nom — l’insecte et le sport — pour s’entendre répondre qu’à Lubbock, Texas, personne n’avait jamais entendu parler de cricket. Le double sens n’existait que dans la tête des quatre Liverpuldiens. Il ajoute l’essentiel : Holly était le seul des grands modèles à écrire, chanter et jouer les solos, et c’est ce modèle-là que les Beatles ont voulu imiter.
Elvis Presley. Une anecdote d’une précision presque clinique : un après-midi de fête foraine avec son ami Ian James, une migraine tenace, et la disparition complète de la douleur à la fin de « All Shook Up » passé au retour. McCartney parle d’alchimie. Sur la rencontre de 1965, il confirme ce que les beatlologues savent depuis longtemps — les quatre témoignages divergent sur le déroulé — et tranche avec humour en sa faveur. Il retient surtout qu’Elvis avait une basse à portée de main et qu’ils ont parlé technique.
The Kinks. Le groupe assurait la première partie des Beatles ; McCartney raconte s’être glissé sur le côté de la salle, à Brighton croit-il, pour les regarder sans être vu. De là, il enchaîne sur le mythe des rivalités fabriquées par la presse, et sur l’anecdote du taxi de Charing Cross Road : lui et Lennon aperçoivent Jagger et Richards depuis la rue, montent dans le taxi, apprennent que les Stones cherchent un single, et leur cèdent « I Wanna Be Your Man ». Le détail de la scène — quatre hommes dans un taxi londonien, deux catalogues en train de se croiser — vaut mieux que n’importe quelle thèse sur la camaraderie du Swinging London.
The Human League. McCartney assume le décrochage chronologique et le choix comme un geste délibéré vers le présent. Il livre au passage la meilleure formule de l’émission en qualifiant le titre de « Sweet Caroline de son époque » — c’est-à-dire une chanson dont la fonction sociale a dépassé le contenu.
Prince. Sur « Kiss », l’analyse est celle d’un producteur : un disque où il n’y a presque rien, et où la simplicité ne sonne pas simplement mais superbement. Puis vient le scoop de l’émission, celui qui a fait le tour de la presse spécialisée dès le lendemain : un photographe personnel de Prince lui a fait parvenir un enregistrement de répétition inédit de « The Long and Winding Road » par Prince, et McCartney envisage de demander l’autorisation d’en faire quelque chose.
Bob Dylan. Le récit de Desert Trip, en 2016 : convoqué sous une immense tente vide, McCartney s’entend dire par Dylan qu’il est une star, et ne sait pas quoi répondre. Il admet une intimidation persistante, et rappelle que c’est Harrison, via les Traveling Wilburys, qui a réellement connu Dylan.
The Beach Boys. La séquence la plus émue avant la dernière. McCartney redit la dette de Sgt. Pepper envers Pet Sounds, raconte s’être étranglé en répétant « God Only Knows » avec Brian Wilson pour un gala caritatif, et livre une scène inédite pour beaucoup : chez Derek Taylor, à Los Angeles, Wilson débarque avec des lunettes noires, demande la permission de les garder, et fait écouter « Good Vibrations ».
Ce que McCartney n’a pas choisi
Il n’a retenu aucun titre de son propre catalogue — ni Beatles, ni Wings, ni solo. Pour un format promotionnel destiné à vendre un album, c’est une décision contre-intuitive, et elle est frappante. Les invités de Tracks Of My Years s’autorisent presque toujours une ou deux entrées personnelles.
Il n’a retenu, non plus, aucune chanson de George Harrison — et il s’en excuse explicitement au moment de justifier son dixième choix, en signalant que Harrison en a « d’incroyables ». Cette parenthèse d’une seconde et demie est l’une des choses les plus intéressantes de l’émission : elle indique que la dixième case a été disputée, dans sa tête, entre deux morts.
II. La dixième chanson
Ce qui a réellement été dit
Kay annonce le dernier titre et pose la question la plus simple possible : pourquoi celui-là ?
La réponse de McCartney tient en une soixantaine de secondes et suit une courbe très nette, en cinq temps.
- La justification par l’excellence. C’est une des grandes chansons de John. Il y en a beaucoup ; il a fallu réduire pour le format ; George aussi en a de superbes.
- La justification par l’usage. Il la dit magique, et ajoute immédiatement que beaucoup d’autres le pensent aussi, et que c’est une chanson que les gens aiment chanter. Ce n’est pas un jugement esthétique, c’est un constat sociologique.
- La justification par la mémoire. Ayant tellement travaillé avec Lennon, dit-il, il peut le voir l’écrire, et le voir jouer cette partie de piano.
- Le retournement. Vient alors la phrase : c’est une belle vision de ce que le monde pourrait être, mais quand il l’entend, un coin de sa tête pense que cela n’arrivera pas. Il enchaîne aussitôt sur un contrepoint interrogatif — et pourtant, quelle chance ce serait, si toutes ces choses arrivaient.
- La réparation. « But never mind. » Un beau rêve, une belle ambition. Beaucoup de gens aiment y penser, dit-il, surtout avec tout ce qui se passe en ce moment. Ce serait beau que les choses ressemblent davantage à cela. C’est une grande chanson.
Puis Kay le remercie, et l’émission se termine.
Le montage, ou comment une confidence devient un titre
C’est ici qu’un travail de vérification s’impose, parce que la version de cette séquence qui a circulé en août 2026 dans la presse anglo-saxonne — et qui sert de base à beaucoup de reprises — n’est pas exactement la séquence diffusée.
Premièrement, le calendrier. L’entretien a été diffusé le 25 mai 2026. Les articles qui ont relancé le sujet sont datés de début août. Rien de scandaleux : c’est le régime normal des sites musicaux, qui réexploitent des matériaux disponibles. Mais il faut le dire clairement, parce que la formulation employée (« quand McCartney est apparu dans Tracks Of My Years ») laisse croire à une actualité chaude, et parce que plusieurs relais francophones ont ensuite daté l’entretien de juillet ou d’août.
Deuxièmement, la coupe. Entre « cela n’arrivera pas » et « never mind », le transcript intégral contient une phrase de contrepoids — l’évocation de la chance que ce serait, si tout cela advenait — qui disparaît de la version courte. Or c’est précisément cette phrase qui empêche la déclaration de basculer dans le cynisme. Sans elle, on obtient une figure en deux temps : c’est beau / c’est fichu. Avec elle, on obtient une figure en trois temps : c’est beau / c’est fichu / et pourtant. Ce n’est pas la même déclaration.
Troisièmement, la dernière phrase. Le fragment « ce serait beau que les choses ressemblent davantage à cela » est présenté, dans les reprises, comme une déclaration séparée, introduite par un nouveau verbe déclaratif (« a dit McCartney à la BBC »). Elle appartient en réalité à la même réponse continue, prononcée d’une traite. Le procédé donne l’impression d’une conversation en plusieurs relances, alors qu’il s’agit d’un seul bloc.
Quatrièmement, l’interprétation. L’expression « en haussant les épaules », qui figure dans plusieurs reprises, est une glose du rédacteur : elle n’est pas dans l’audio, elle n’est pas décrite par la BBC, et elle oriente considérablement la lecture. On peut tout aussi bien entendre, dans le « but never mind », un homme qui coupe court à sa propre mélancolie devant un micro — ce qui est exactement l’inverse d’un haussement d’épaules.
Rien de tout cela ne change le fond. McCartney a bel et bien dit qu’il ne croit pas que le monde d’« Imagine » adviendra. Mais l’ordre des propositions, dans une déclaration de soixante secondes, est la matière même de son sens.
« Je peux le voir l’écrire »
La phrase la plus singulière de la séquence n’est pas celle qui a fait les titres. C’est celle-ci : ayant tellement travaillé avec lui, je peux en quelque sorte le voir l’écrire, le voir faire cette partie de piano.
Elle décrit une compétence particulière, et McCartney est probablement le seul être vivant à la posséder à ce degré. De 1957 à 1969, il a passé plus d’heures que quiconque à regarder John Lennon fabriquer des chansons — au piano de Mendips, sur le lit de Wimpole Street, dans les studios d’Abbey Road, dans les chambres d’hôtel de la tournée. Il connaît la posture, la façon de chercher un accord, le moment où la main gauche trouve le mouvement.
Or « Imagine » est une chanson qu’il n’a pas vue naître. Elle a été écrite au printemps 1971, à Tittenhurst Park, au moment exact où les deux hommes ne se parlaient plus. McCartney décrit donc une scène à laquelle il n’a pas assisté, en s’appuyant sur douze ans d’observation d’un homme au travail. C’est une reconstitution, et il le dit lui-même : je peux en quelque sorte le voir.
Il se trouve que cette scène a été filmée. On y reviendra.
III. Ce que McCartney reconstitue : la fabrique d’« Imagine »
Grapefruit, « Cloud Piece », et la dette
Le point de départ de la chanson n’est pas une mélodie, c’est un procédé formel : l’injonction imaginative.
En 1964, Yoko Ono publie Grapefruit, recueil de courtes « instructions » conceptuelles. Beaucoup commencent par un impératif — imagine ceci, imagine cela. L’une d’elles, « Cloud Piece », datée du printemps 1963, propose d’imaginer les nuages en train de goutter et de creuser un trou dans le jardin pour les recueillir.
Lennon a reproduit ce texte au dos de la pochette de l’album Imagine. Ce n’est pas un clin d’œil : c’est une citation de source, placée sur l’objet lui-même, en 1971.
En 1980, dans les derniers mois de sa vie, il ira beaucoup plus loin. Auprès de David Sheff pour Playboy, puis dans un entretien à la BBC, il déclare que la chanson aurait dû être créditée Lennon-Ono, parce que le concept et une grande partie du texte viennent d’elle, et il donne la raison de l’omission avec une brutalité désarmante : il n’a pas été assez homme pour lui laisser le crédit, il était trop égoïste et trop peu conscient. Il ajoute une comparaison qui a fait florès : si l’apport avait été celui de Bowie, il aurait signé Lennon-Bowie.
Il faudra trente-sept ans pour que cette volonté soit exécutée. Le 15 juin 2017, lors de son assemblée annuelle à New York, la National Music Publishers Association décerne à « Imagine » son Centennial Song Award — la chanson du siècle. Yoko Ono et Sean Ono Lennon montent chercher le trophée. Le directeur général de la NMPA, David Israelite, diffuse alors l’extrait de l’entretien de 1980 et annonce que le crédit de coautrice sera ajouté. Yoko Ono, alors âgée de 84 ans, en pleurera ; son fils le racontera publiquement.
Une conséquence juridique mérite d’être signalée, parce qu’elle est presque toujours passée sous silence : dans le droit américain, une œuvre entre dans le domaine public soixante-dix ans après la mort de son auteur. Ajouter une coautrice vivante à « Imagine » en 2017 a mécaniquement repoussé cette échéance de soixante-dix ans après la mort de Yoko Ono. Le geste était juste ; il était aussi, accessoirement, l’un des actes de gestion patrimoniale les plus rentables de l’histoire de l’édition musicale.
L’autre source : le livre de prières
Il existe une seconde filiation, moins citée et pourtant documentée par Lennon lui-même : celle d’un livre de « prière positive » que lui avait offert le militant et humoriste américain Dick Gregory. Le principe — formuler l’état désiré comme s’il était déjà advenu — explique la forme grammaticale de la chanson bien mieux que la seule influence conceptuelle de Grapefruit.
C’est là que se joue la différence de nature entre « Imagine » et le reste de la production militante de Lennon en 1971. «. « Imagine » est une prière — sans destinataire divin, mais avec la syntaxe d’une prière. Lennon en avait parfaitement conscience, et c’est ce qui rend sa formule de 1980 si redoutable : la chanson est, dit-il, antireligieuse, antinationaliste, anticonventionnelle et anticapitaliste, mais parce qu’elle est enrobée de sucre, elle est acceptée.
Deux pianos, une légende
Il y a, dans l’imagerie d’« Imagine », un piano blanc à queue dans une pièce entièrement blanche, des rideaux qui s’ouvrent, une lumière laiteuse. C’est l’une des images les plus reproduites du vingtième siècle musical.
Ce n’est pas le piano de la chanson.
L’instrument sur lequel Lennon a composé « Imagine » est un Steinway modèle Z, un droit de production courante, finition noyer, qu’il achète en décembre 1970 et fait livrer à Tittenhurst Park. Le piano blanc, un demi-queue, est l’instrument du film et des photographies — et l’origine de la confusion tient probablement à une publicité parue dans Billboard en 1971, montrant Lennon assis devant lui.
Il y a plus précis encore. Selon les récits de séance, Phil Spector a d’abord tenté d’enregistrer Lennon sur le demi-queue blanc, dans la pièce blanche, avant d’y renoncer pour des raisons d’acoustique. La chanson a donc été gravée au studio, dans l’aile de Tittenhurst aménagée sous le nom d’Ascot Sound Studios — et non dans la pièce que tout le monde a en tête.
Le destin de ce Steinway droit mérite un paragraphe. Vendu par la succession à un collectionneur britannique, exposé au musée The Beatles Story de Liverpool de février à octobre 2000, il est mis aux enchères le 18 octobre 2000 au Hard Rock Café de Londres par la maison Fleetwood Owen — association du batteur Mick Fleetwood et du commissaire-priseur Ted Owen. George Michael et son compagnon Kenny Goss l’emportent pour 1,45 million de livres, alors record mondial pour un objet de mémorabilia musicale. Michael déclare aux journalistes qu’un tel objet n’est pas fait pour dormir dans un coffre. Il l’utilisera sur le morceau-titre de son album Patience (2004), puis le fera voyager comme « objet de paix » — jusqu’au grassy knoll de Dallas, le 22 novembre 2006, pour l’anniversaire de l’assassinat de Kennedy. En octobre 2020, pour ce qui aurait été le quatre-vingtième anniversaire de Lennon, la succession de George Michael le prête à Strawberry Field, à Liverpool, où l’Armée du Salut affecte les recettes de la visite à ses programmes pour jeunes adultes en difficulté d’apprentissage. Julia Baird, demi-sœur de Lennon et présidente d’honneur du lieu, y voit un juste retour.
La séance du 27 mai 1971
L’album Imagine est enregistré en deux temps : deux journées isolées les 11 et 12 février 1971, puis un bloc principal du 24 mai au 5 juillet.
- 23 mai 1971. Lennon grave seul, au piano, une démo d’« Imagine ». Une seule prise. À la console, Phil McDonald — le même ingénieur qui avait travaillé sur nombre de séances Beatles. La bande, étiquetée sommairement, restera non identifiée pendant quarante-cinq ans : c’est l’ingénieur Rob Stevens qui la retrouvera début 2016 dans les archives Lennon, au cours des recherches préparatoires au coffret de 2018, en transférant un huit-pistes d’un pouce dont la boîte ne portait qu’un nom, une date et la mention DEMO. Restaurée par Paul Hicks, elle figure dans Imagine: The Ultimate Collection.
- 27 mai 1971. Septième séance de l’album. Deux titres au programme : « Imagine » et « Oh Yoko! ». Une équipe de tournage de trois personnes est présente, pour un projet au titre de travail Your Show qui deviendra le film Imagine. Producteurs : Lennon, Ono, Spector. Ingénieurs : Phil McDonald et Eddie Klein.
- La chanson est enregistrée en dix prises, la dernière devenant le master. Sur la bande huit-pistes, la piste 1 porte la basse de Klaus Voormann, la piste 2 la batterie d’Alan White, la piste 3 le vibraphone de John Tout, la piste 4 l’harmonium de John Barham, la piste 5 le piano électrique de Nicky Hopkins — ces trois derniers n’apparaissant que sur la prise 1. Autrement dit : l’arrangement s’est dépouillé en cours de séance. La version que le monde connaît est ce qui restait quand on avait tout enlevé.
- 4 juillet 1971. Au Record Plant East de New York, les cordes sont surimposées. Elles sont jouées par un ensemble surnommé The Flux Fiddlers, composé de musiciens issus du Philharmonique de New York, sur un arrangement de Torrie Zito.
Ce que la caméra a filmé
Le film Imagine, tourné pour l’essentiel du 21 au 23 juillet 1971 à Tittenhurst et diffusé en 1972, contient la séquence que McCartney reconstitue mentalement en 2026 : Lennon au piano, jouant la chanson devant Yoko Ono et quelques musiciens. Ce n’est pas la composition — c’est une exécution mise en scène pour la caméra, dans la pièce blanche.
La coïncidence est troublante : la scène que McCartney dit pouvoir « voir » existe, en images, et depuis cinquante-quatre ans. Il est très peu probable qu’il ne l’ait jamais vue. Ce qu’il décrit à Vernon Kay n’est donc pas seulement une reconstitution intime ; c’est aussi, peut-être, un souvenir de spectateur — comme des millions d’autres. La différence, c’est que lui sait ce qu’il regarde.
IV. L’album qui contient aussi « How Do You Sleep? »
Le contexte : 1971, l’année où tout se règle par disques interposés
Pour mesurer ce que représente le choix de McCartney en 2026, il faut se souvenir de ce qu’était Imagine pour lui en 1971.
Le 31 décembre 1970, McCartney assigne en justice ses trois anciens partenaires pour obtenir la dissolution du partenariat Beatles & Co. Le 12 mars 1971, la High Court lui donne raison et nomme un administrateur judiciaire. C’est une victoire ; c’est aussi, socialement, un désastre — il passe pour celui qui a tué les Beatles.
En mai 1971 paraît Ram, crédité Paul & Linda McCartney. Lennon y entend des piques. Sur « Too Many People », McCartney admettra plus tard une allusion — il évoquera « une petite pique » adressée à John et Yoko, précisant qu’il n’y avait rien d’autre de dirigé contre eux sur le disque. Lennon, lui, en entendra partout : dans « 3 Legs », dans « Dear Boy », dans « Smile Away », et jusque dans la dernière phrase de « The Back Seat Of My Car ». Au dos de la pochette, une photographie montre deux scarabées en train de s’accoupler.
La riposte est enregistrée fin mai et début juillet, dans les mêmes séances qu’« Imagine », avec les mêmes musiciens. « How Do You Sleep? ». Ringo Starr, présent au studio, aurait demandé qu’on en reste là.
La carte postale au cochon
Les premiers tirages de l’album contenaient une carte postale : Lennon, en pull et col d’écolier, tenant un cochon par les oreilles. C’est un décalque exact de la pochette de Ram, où McCartney tient un bélier par les cornes. La photographie est créditée Peter Fordham.
L’objet est aujourd’hui un item de collection recherché — et il constitue l’un des rares cas, dans l’histoire du disque, où l’attaque contre un confrère est encartée dans l’emballage.
La réponse de McCartney, en 1971 puis après
Interrogé par Record Mirror le 10 novembre 1971, McCartney livre une réponse d’un flegme redoutable : il trouve que la photographie de John avec le cochon est une jolie image. C’est tout. Ni indignation, ni contre-attaque.
Sa vraie réponse est ailleurs. Elle s’appelle « Dear Friend », placée en clôture de Wild Life, l’album de Wings publié en décembre 1971 — une chanson lente, presque désarmée, qui pose une question au lieu d’y répondre. Elle s’appellera aussi « Let Me Roll It » sur Band on the Run (1973), dont le son de guitare et le traitement de la voix empruntent délibérément au vocabulaire lennonien de la période Plastic Ono Band.
Il faut aussi rendre justice à Lennon : dès le milieu des années 1970, il commencera à réviser son propre jugement, expliquant qu’il avait utilisé son ressentiment envers Paul comme matériau, à la manière dont Dylan avait utilisé quelqu’un pour « Like a Rolling Stone », et qu’il ne se promenait pas avec ces pensées en tête en permanence. En 1980, il ira jusqu’à dire que la chanson parlait autant de lui-même.
Pourquoi le choix de 2026 est un geste
Voilà le point. En 2026, invité à désigner dix chansons qui ont accompagné sa vie, Paul McCartney choisit la chanson-titre de l’album qui l’a publiquement humilié, publié à l’apogée de la guerre entre eux.
Il ne choisit pas « Jealous Guy », pourtant plus consensuelle et présente sur le même disque. Il ne choisit pas « Beautiful Boy » ou « Woman », plus tardives et sans passif. Il ne choisit pas « Strawberry Fields Forever » ou « In My Life », qui lui appartiennent aussi. Il choisit cette chanson, sur cet album.
Et il n’en dit pas un mot. Pas une allusion, pas une pique, pas même l’un de ces sous-entendus dont il est coutumier. Le silence, ici, est la déclaration.
V. « Ça n’arrivera pas » : anatomie d’un désenchantement
Lennon le savait déjà
Il serait facile de lire la phrase de McCartney comme le désenchantement d’un vieil homme face à l’idéalisme d’un jeune mort. Ce serait doublement faux.
D’abord parce que Lennon lui-même n’a jamais soutenu que « Imagine » décrivait quelque chose de probable. Sa formule de 1980 — antireligieuse, antinationaliste, anticonventionnelle, anticapitaliste, mais acceptée parce qu’enrobée de sucre — est celle d’un homme parfaitement lucide sur l’écart entre l’énoncé et le monde. Il ajoutait, dans le même mouvement, une anecdote éloquente : une organisation religieuse l’avait sollicité pour utiliser le texte en remplaçant l’idée d’absence de religion par celle d’une religion unique. Il y avait vu la preuve qu’on n’avait rien compris — la substitution détruisait le propos.
Ensuite parce que Lennon a lui-même corrigé la chanson en public. Sur scène, dans les dernières années, il substituait au je me demande si vous en êtes capables du deuxième couplet un je me demande si nous en sommes capables — passage de la deuxième à la première personne du pluriel, audible notamment sur l’album Live in New York City. Ce n’est pas une coquetterie : c’est une réponse anticipée au procès en surplomb qu’on allait lui faire.
Le procès en hypocrisie
Ce procès, il a eu lieu, et il n’est pas près de s’éteindre. Le grief tient en une ligne : un millionnaire installé dans un manoir géorgien classé, au milieu de dizaines d’hectares du Berkshire, demandant au monde d’imaginer un monde sans possessions.
Les pièces à charge sont nombreuses et parfois savoureuses.
- Neil Aspinall. Le biographe Philip Norman rapporte que Lennon se plaignait auprès de son homme de confiance du coût d’entretien de son patrimoine. « Imagine no possessions, John », lui aurait répondu Aspinall. Réponse de Lennon : ce n’est qu’une fichue chanson.
- Elvis Costello. Sur « The Other Side of Summer » (1991), il glisse une ligne devenue proverbiale, demandant si ce n’était pas un millionnaire qui avait dit d’imaginer l’absence de possessions.
- Elton John. Ami proche, et grand collectionneur lui-même, il improvisait devant Lennon une parodie sur le thème des six appartements, dont l’un servirait à ranger les manteaux de fourrure.
Aucun de ces trois n’était un adversaire. Ils étaient tous, à des degrés divers, des intimes. Ce qui indique que la contradiction était perçue, et acceptée comme telle, dans le cercle même de l’auteur.
Il faut ajouter une note grave. L’assassin de Lennon a explicitement invoqué cette contradiction pour justifier son geste. Il n’y a rien à en tirer sinon ceci : la chanson a été retournée contre son auteur avant même d’être devenue son épitaphe, et il n’existe aucune lecture innocente d’« Imagine » après le 8 décembre 1980.
Le paradoxe temporel de McCartney
Reste la donnée la plus vertigineuse, et elle est arithmétique.
John Lennon est né le 9 octobre 1940 et mort le 8 décembre 1980 : il a vécu quarante ans, un mois et vingt-neuf jours.
Le 8 décembre 2020, jour du quarantième anniversaire de sa mort, Paul McCartney a franchi un seuil dont peu de gens ont mesuré la portée : il avait alors passé, sans John, une durée égale à la vie entière de John.
En août 2026, ce compteur affiche plus de quarante-cinq ans. McCartney a désormais vécu davantage d’années après la mort de Lennon que Lennon n’a vécu d’années tout court — et l’écart s’accroît de trois cent soixante-cinq jours par an.
Ce n’est pas un jeu de chiffres. C’est le cadre exact dans lequel il faut entendre la phrase de mai 2026. L’homme qui dit « ça n’arrivera pas » ne commente pas une chanson vieille de cinquante-cinq ans depuis le présent : il la commente depuis un point du temps que son auteur n’a jamais atteint, ni de près ni de loin. Lennon est mort à quarante ans, dans un monde d’avant le sida, d’avant la chute du mur, d’avant l’internet, d’avant tout. McCartney, lui, a vu la suite. Toute la suite.
Et une précision d’état civil, puisque les reprises de presse s’en sont approchées sans y arriver : McCartney avait 83 ans au moment de l’enregistrement et de la diffusion de l’émission ; il a eu 84 ans le 18 juin 2026.
« Surtout avec tout ce qui se passe en ce moment »
Un dernier fragment mérite l’attention, parce qu’il est le seul de toute l’émission où McCartney fait allusion à l’actualité : il dit que beaucoup de gens aiment penser à ce genre de réalité, surtout avec tout ce qui se passe en ce moment.
Il ne précise rien. C’est parfaitement dans sa manière : depuis « Give Ireland Back to the Irish » en 1972 — interdit d’antenne par la BBC, Radio Luxembourg et l’ITA — McCartney a construit une doctrine publique de la réserve politique, à l’exact opposé de celle de Lennon. La formule non spécifiée est une signature.
Mais elle indique quelque chose. La phrase « ça n’arrivera pas » n’est pas un jugement sur la chanson. C’est un bulletin météo sur le monde.
VI. La chanson qu’il ne chante pas
Un refus documenté
Paul McCartney n’a jamais interprété « Imagine » en concert. Ce n’est pas un oubli : il s’en est expliqué.
La déclaration la plus citée, reprise par de nombreux médias sans que la source primaire soit toujours identifiée avec certitude, tient à peu près ceci : il n’y a aucune honte à reprendre les chansons de John, et il avait même envisagé un grand hommage ; mais lorsque tout le monde s’est mis à lui suggérer « Imagine », il s’est dit que Diana Ross la chantait, que tout le monde la chantait, et il a abandonné l’idée.
Réserve de sourçage : ce propos circule largement en anglais, mais nous n’avons pas pu remonter à l’entretien d’origine avec certitude. Nous le donnons donc pour ce qu’il est — une citation solidement établie dans la littérature secondaire, dont l’occurrence première reste à documenter.
Le raisonnement, en tout cas, est cohérent avec tout ce qu’on sait de lui. « Imagine » est devenue une chanson de cérémonie — le répertoire des ouvertures olympiques, des réveillons, des minutes de recueillement. La reprendre, c’est entrer dans une file d’attente. McCartney n’entre pas dans les files d’attente.
Ce qu’il chante à la place
L’inverse est vrai : depuis quarante ans, il n’a cessé de fabriquer ses propres façons de faire monter Lennon sur scène, toutes personnelles, aucune célébrationnelle.
- « Here Today » (Tug of War, 1982). Une lettre à un mort, écrite au conditionnel, qu’il joue seul à la guitare acoustique. C’est son « Imagine » à lui : une chanson sur ce qui n’arrivera pas.
- « I’ve Got a Feeling ». Depuis la reprise de la tournée Got Back, le 28 avril 2022 à la Spokane Arena, il chante les deux premières minutes seul, avant que la voix et l’image de Lennon, extraites du concert sur le toit du 30 janvier 1969 et isolées pour le documentaire de Peter Jackson, ne surgissent sur l’écran. Le duo est technique, mais l’effet est autre chose.
- « Now and Then ». La dernière chanson des Beatles, publiée en novembre 2023, est entrée au répertoire de scène ; il l’a jouée pour la première fois en Amérique du Sud, et son émotion visible lors des dates britanniques a beaucoup circulé.
- « Help! », remise au programme le 26 septembre 2025 au Santa Barbara Bowl, après trente-cinq ans d’absence — soit depuis 1990. C’est une chanson de Lennon, sur Lennon, chantée par McCartney à quatre-vingt-trois ans.
- « Give Peace a Chance », dédiée à Lennon lors du concert de Tel-Aviv en 2008, où il avait laissé le public chanter seul le refrain.
Il y a une logique là-dedans. McCartney ne reprend pas le monument ; il ravive le compagnon. Et lorsque, le 16 mai 2026, il clôt la saison 51 de Saturday Night Live, c’est encore le même principe : « Days We Left Behind », « Band on the Run », « Coming Up » à l’antenne, puis, après le générique et hors diffusion, « Help! » — avec l’animateur Will Ferrell à la cloche à vache, en clin d’œil à son propre sketch culte — et « Drive My Car ». Chad Smith, des Red Hot Chili Peppers, à la batterie ; Ingrid Michaelson aux chœurs.
VII. Vie posthume d’un hymne
Le parcours en classements
Le trajet commercial d’« Imagine » est l’un des plus étranges du répertoire rock, et il contredit frontalement l’intuition.
| Période | Marché | Fait |
|---|---|---|
| 11 oct. 1971 | États-Unis | Single Apple, face B « It’s So Hard ». N°3 au Billboard Hot 100, n°2 au Cash Box, n°1 au Record World |
| 1971-1975 | Royaume-Uni | Aucune sortie en single |
| 24 oct. 1975 | Royaume-Uni | Sortie tardive (Apple R 6009) pour accompagner la compilation Shaved Fish. Entrée le 1er nov., n°6, 11 semaines |
| 27 déc. 1980 | Royaume-Uni | Réentrée après l’assassinat, sans réédition ni promotion : plus de 300 000 commandes dès le 20 décembre |
| Janv. 1981 | Royaume-Uni | N°1 pendant 4 semaines (relevés des 10, 17, 24 et 31 janvier), 13 semaines au total. Passe le million d’exemplaires |
| 1981 | Royaume-Uni | Délogé de la première place par « Woman », du même auteur |
| 1988 | Royaume-Uni | Réédition liée au documentaire Imagine: John Lennon. N°45 |
| 25 déc. 1999 | Royaume-Uni | Réédition de fin de millénaire. N°3, environ 280 000 exemplaires en deux semaines |
| Cumul | Royaume-Uni | Environ 1,6 million d’exemplaires physiques — meilleure vente solo de Lennon |
Trois enseignements se dégagent de ce tableau.
Premièrement, la chanson la plus célèbre de John Lennon n’est pas sortie en single dans son propre pays pendant quatre ans. Elle a existé, au Royaume-Uni, uniquement comme plage d’album. Sa légende ne s’est donc pas construite sur les ondes commerciales, mais par capillarité.
Deuxièmement, son premier numéro un britannique est posthume et non provoqué. Aucune campagne, aucune réédition : ce sont les commandes du public, après le 8 décembre 1980, qui ont propulsé un disque de 1975 en tête des ventes.
Troisièmement, la trajectoire critique s’est inversée. Rolling Stone classait « Imagine » troisième chanson de tous les temps en 2004 ; dans la refonte de 2021, elle figure au dix-neuvième rang. Seize places perdues en dix-sept ans, dans un classement où les Beatles ont globalement progressé. Le monument s’érode — non pas comme œuvre, mais comme évidence.
Signalons enfin les décorations institutionnelles : sélection par BMI parmi les cent chansons les plus jouées du vingtième siècle, trentième rang de la liste des « Songs of the Century » de la RIAA en 1999, Grammy Hall of Fame, et inscription au 500 Songs that Shaped Rock and Roll du Rock and Roll Hall of Fame. Depuis 1985, une portion de Central Park porte le nom de Strawberry Fields, avec une mosaïque au sol où se lit un seul mot.
La chanson des cérémonies
C’est le second destin d’« Imagine », et le plus paradoxal : une chanson explicitement antinationaliste est devenue le répertoire obligé des grands rassemblements nationaux et internationaux.
Le mouvement olympique en a fait un usage quasi rituel : Stevie Wonder à Atlanta en 1996, Peter Gabriel à Turin en 2006, un dispositif vidéo à Londres en 2012, une réécriture orchestrale confiée à Hans Zimmer pour l’ouverture de Tokyo en 2021.
Et, le 26 juillet 2024, l’un des moments les plus commentés de la cérémonie d’ouverture de Paris : sur une barge remontant la Seine, dans la nuit, Juliette Armanet chante « Imagine » accompagnée de Sofiane Pamart à un piano en flammes. La direction artistique de Thomas Jolly avait formulé une commande radicale — noir total, plateau nu, un message d’espoir. Les tenues, signées Clara Daguin en collaboration avec Dior sous la direction stylisme de Daphné Burki, faisaient partie du dispositif visuel.
Cette version française mérite une mention particulière dans nos colonnes, et pas seulement par patriotisme éditorial : c’est l’une des rares interprétations récentes du titre qui ait été officiellement publiée. Le 25 juillet 2025, pour le premier anniversaire de la cérémonie, l’enregistrement d’Armanet et Pamart est sorti sur les plateformes. Patrick Stalder, responsable des cérémonies au Comité international olympique, l’a inscrit dans une continuité assumée et a annoncé la couleur pour Milano Cortina en 2026.
À New York, la chanson accompagne depuis des décennies la descente de la boule de Times Square au passage de la nouvelle année — usage qui a produit, au réveillon 2011-2012, une controverse instructive : l’interprète Cee Lo Green avait modifié un vers pour remplacer l’idée d’absence de religion par celle d’une coexistence des croyances. C’est mot pour mot la substitution que Lennon avait refusée de son vivant.
Le désastre de mars 2020
Il faut enfin mentionner l’épisode qui a durablement abîmé la chanson auprès d’une génération entière : la vidéo collective organisée en mars 2020, aux premiers jours des confinements, dans laquelle des dizaines de célébrités reprenaient un vers chacune depuis leur domicile. L’initiative, conduite par l’actrice Gal Gadot, a suscité un rejet quasi unanime, et pour une raison qui n’est pas seulement esthétique : elle exposait, en quelques minutes, l’exacte contradiction que le procès en hypocrisie reprochait à Lennon depuis 1971 — des gens très riches, dans de très belles maisons, invitant le monde confiné à imaginer l’absence de possessions.
C’est l’un des rares cas où une reprise a fait plus de dégâts à une chanson que n’importe quelle critique.
VIII. Ce que la phrase de McCartney nous dit vraiment
Rassemblons.
Un homme de quatre-vingt-trois ans, dans les bureaux de sa propre société d’édition, choisit comme dernière chanson de sa vie en dix titres celle de l’ami mort qui l’avait publiquement humilié sur le même album. Il en fait l’éloge sans réserve. Puis il ajoute, sans qu’on le lui demande, qu’il ne croit pas que ce monde-là adviendra. Puis il se reprend, dit que ce serait beau, et referme sur un compliment.
Trois lectures sont possibles, et elles ne s’excluent pas.
La lecture pessimiste. McCartney constate un échec historique. Le monde de 2026 n’est pas celui de 1971, et pas dans le sens espéré. La phrase est un bilan.
La lecture professionnelle. McCartney parle en artisan. Il distingue la qualité d’une chanson de la vérité de son énoncé — distinction qu’un auteur de chansons fait mille fois par an, et qui est exactement celle que Lennon avait faite en répondant à Aspinall que ce n’était qu’une fichue chanson. Dans cette lecture, « ça n’arrivera pas » n’est pas un désaveu : c’est la reconnaissance qu’une chanson n’a pas à être un programme pour être bonne.
La lecture intime. C’est peut-être la plus juste. La chanson dit d’imaginer que tout le monde vive en paix ; McCartney a passé quarante-cinq ans à imaginer une chose beaucoup plus modeste et tout aussi impossible — une conversation de plus avec John. « Ça n’arrivera pas » a aussi ce sens-là, et l’on remarquera que dans la même séquence, à propos de Prince, il avait déjà dit à peu près la même chose : ces gens disparaissent, et l’on regrette de ne pas les avoir mieux connus, de ne pas avoir pu leur dire eh, mec, qu’est-ce qui se passe ?
Il l’a dit de Prince, qu’il connaissait peu. On peut supposer qu’il ne se l’autorise pas à propos de John.
Correctifs factuels
Comme à chaque fois, nous signalons les erreurs et approximations rencontrées dans les sources — y compris dans le texte anglais qui a servi de point de départ à cet article.
1. « Il jouait de la guitare sur le toit d’Apple en 1969 » — non, de la basse. Le 30 janvier 1969, sur le toit du 3 Savile Row, McCartney tenait sa Höfner 500/1. La guitare rythmique était celle de Lennon, la solo celle de Harrison. Détail mineur, erreur récurrente.
2. L’entretien n’est pas une actualité d’août 2026. Il a été diffusé le lundi 25 mai 2026. Les articles qui l’ont exhumé début août ne le signalent pas, ce qui a conduit plusieurs relais à le dater à tort.
3. « Autant d’années que John a vécu » : le seuil est franchi depuis plus de cinq ans. L’égalité entre la durée de vie de Lennon (40 ans) et la durée écoulée depuis sa mort a été atteinte le 8 décembre 2020. En août 2026, l’écart est de plus de cinq ans et demi.
4. La citation a été raccourcie. Entre « ça n’arrivera pas » et « never mind », la réponse contient un contrepoids interrogatif — quelle chance ce serait, si tout cela advenait — qui n’apparaît pas dans les reprises. Et la phrase finale sur la beauté d’un monde plus conforme n’est pas une déclaration séparée : elle appartient à la même réponse continue.
5. « En haussant les épaules » est une glose, pas un fait. Aucun élément sonore ou textuel ne documente ce geste.
6. Dix prises, pas trois. Plusieurs synthèses affirment qu’« Imagine » a été bouclée en trois prises. Les relevés de séance donnent dix prises le 27 mai 1971, la dixième étant retenue comme master.
7. Le piano d’« Imagine » n’est pas le piano blanc. La chanson a été composée sur un Steinway modèle Z droit, finition noyer, acheté en décembre 1970. Le demi-queue blanc est l’instrument du film et des photographies. Selon les récits de séance, Spector a d’ailleurs renoncé à enregistrer dans la pièce blanche pour raisons acoustiques.
8. « Maybelline » ou « Maybellene » ? Le communiqué de la BBC orthographie « Maybelline ». Le titre de Chuck Berry, paru chez Chess en 1955, s’écrit « Maybellene ». De même, le communiqué abrège le titre de Dylan en « Tambourine Man » : la chanson s’appelle « Mr. Tambourine Man ».
9. « Une relation tumultueuse à cette époque-là ». Le texte source suggère que la relation Lennon-McCartney était tumultueuse au moment de la mort de Lennon, en 1980. C’est chronologiquement inexact : le conflit ouvert culmine en 1971 ; les deux hommes se sont largement réconciliés à partir du milieu des années 1970, et leurs contacts des années 1976-1980 sont documentés comme cordiaux, quoique espacés.
10. « Imagine » n’est plus signée du seul Lennon. Depuis l’annonce de la NMPA du 15 juin 2017, Yoko Ono est créditée coautrice, conformément à une volonté exprimée par Lennon lui-même en 1980. Écrire aujourd’hui « une chanson de John Lennon » est un raccourci d’usage, pas une mention de crédit exacte.
11. Attention à un lapsus de presse. Au moins un grand titre américain a écrit « Man on the Run » au lieu de « Band on the Run » en rendant compte du passage de McCartney à Saturday Night Live. La confusion est d’autant plus facile que Man on the Run est le titre du documentaire de Morgan Neville sorti en février 2026.
12. Nombre d’apparitions à SNL. McCartney y était pour la cinquième fois en tant qu’invité musical, et pour la neuvième toutes catégories confondues — sa précédente prestation musicale remontait à 2012, soit quatorze ans.
Guide d’écoute : dix vérifications
À faire, si possible, sur le mixage Ultimate Mix de 2020 ou sur un pressage d’époque, casque sur les oreilles.
- Les quatre premières mesures. Piano seul, avant toute entrée rythmique. Écoutez la main gauche : le mouvement descendant est ce que McCartney dit « voir » Lennon faire.
- L’entrée de la basse. Klaus Voormann ne double pas la fondamentale ; il commente. Repérez le moment où la ligne cesse d’accompagner pour dialoguer.
- La batterie d’Alan White. Aucune caisse claire franche avant un long moment. Le disque avance sur une pulsation quasi absente.
- Ce qui manque. Vibraphone, harmonium, piano électrique ont été enregistrés puis abandonnés. Écoutez l’espace qu’ils auraient occupé.
- L’arrivée des cordes. Elles n’entrent pas au début. Datez précisément leur apparition : c’est le moment où la maquette devient un disque destiné aux radios.
- La texture des Flux Fiddlers. Pas de vibrato appuyé, pas d’effet de sirop. L’arrangement de Torrie Zito est étonnamment sec pour 1971.
- La voix. Doublage discret sur certains segments seulement. Cherchez les endroits où elle est nue.
- Le deuxième couplet, version studio contre version scène. Sur les enregistrements live tardifs, Lennon passe de la deuxième à la première personne du pluriel. Comparez.
- La démo du 23 mai 1971 (coffret 2018). Une seule prise, piano-voix. Vous entendrez la chanson avant qu’elle ne devienne un hymne.
- Enchaînez immédiatement sur « How Do You Sleep? », plage 6 du même album. Les deux morceaux ont été gravés à quatre jours d’intervalle, avec les mêmes musiciens. C’est l’expérience d’écoute la plus dérangeante du catalogue solo de Lennon.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| Printemps 1963 | Yoko Ono date « Cloud Piece », qui paraîtra dans Grapefruit |
| 1964 | Publication de Grapefruit |
| 9 oct. 1940 – 8 déc. 1980 | Vie de John Lennon : 40 ans, 1 mois, 29 jours |
| Déc. 1970 | Lennon achète un Steinway modèle Z droit, livré à Tittenhurst Park |
| 31 déc. 1970 | McCartney assigne ses trois anciens partenaires |
| 12 mars 1971 | La High Court lui donne raison |
| 11-12 fév. 1971 | Premières séances de l’album Imagine |
| 17 mai 1971 | Sortie de Ram (Paul & Linda McCartney) |
| 23 mai 1971 | Démo solo d’« Imagine », une prise, ingénieur Phil McDonald |
| 24 mai 1971 | Début du bloc principal des séances à Ascot Sound Studios |
| 26 mai 1971 | Début du travail sur « How Do You Sleep? » |
| 27 mai 1971 | Master d’« Imagine », prise 10 sur 10. Équipe de tournage présente |
| 4 juil. 1971 | Surimpression des cordes au Record Plant East, New York (Flux Fiddlers, arr. Torrie Zito) |
| 5 juil. 1971 | Fin des séances de l’album |
| 21-23 juil. 1971 | Tournage principal du film Imagine à Tittenhurst |
| 9 sept. 1971 | Sortie de l’album aux États-Unis |
| 8 oct. 1971 | Sortie de l’album au Royaume-Uni |
| 11 oct. 1971 | Single « Imagine » aux États-Unis (face B « It’s So Hard ») |
| 10 nov. 1971 | McCartney commente la carte postale au cochon dans Record Mirror |
| Déc. 1971 | Wild Life de Wings, avec « Dear Friend » |
| 30 août 1972 | Concerts One to One au Madison Square Garden |
| 24 oct. 1975 | Première sortie en single au Royaume-Uni (Apple R 6009) |
| 8 déc. 1980 | Assassinat de John Lennon à New York |
| Janv. 1981 | « Imagine » n°1 au Royaume-Uni pendant 4 semaines |
| 1982 | « Here Today », sur Tug of War |
| 1985 | Inauguration de Strawberry Fields à Central Park |
| 1988 | Réédition du single (n°45) et documentaire Imagine: John Lennon |
| 1991 | Elvis Costello, « The Other Side of Summer » |
| 1996 | Stevie Wonder interprète « Imagine » à l’ouverture des Jeux d’Atlanta |
| 25 déc. 1999 | Réédition britannique, n°3 |
| 18 oct. 2000 | George Michael acquiert le Steinway pour 1,45 million de livres |
| 2004 | Rolling Stone classe « Imagine » n°3 des 500 plus grandes chansons |
| 2006 | Peter Gabriel à l’ouverture des Jeux de Turin |
| 15 juin 2017 | La NMPA ajoute Yoko Ono comme coautrice |
| 2018 | Coffret Imagine: The Ultimate Collection, incluant la démo de 1971 |
| Mars 2020 | Vidéo collective controversée pilotée par Gal Gadot |
| Oct. 2020 | Le Steinway prêté à Strawberry Field, Liverpool |
| 8 déc. 2020 | McCartney atteint le seuil symbolique : autant d’années sans John que John n’en a vécu |
| 2021 | Rolling Stone rétrograde la chanson au n°19. Hans Zimmer la réarrange pour Tokyo |
| 28 avril 2022 | Reprise de la tournée Got Back ; duo virtuel sur « I’ve Got a Feeling » |
| Nov. 2023 | Sortie de « Now and Then » |
| 26 juil. 2024 | Juliette Armanet et Sofiane Pamart sur la Seine, cérémonie d’ouverture de Paris 2024 |
| 25 juil. 2025 | Publication officielle de la version Armanet-Pamart |
| 26 sept. 2025 | McCartney rejoue « Help! » au Santa Barbara Bowl, après 35 ans |
| 21 déc. 2025 | Sean Ono Lennon évoque son rôle de gardien de l’héritage sur CBS Sunday Morning |
| 16 mai 2026 | McCartney clôt la saison 51 de Saturday Night Live |
| 25 mai 2026 | Diffusion de Tracks Of My Years sur BBC Radio 2 |
| 29 mai 2026 | Sortie de The Boys Of Dungeon Lane |
| 18 juin 2026 | McCartney fête ses 84 ans |
| Début août 2026 | La séquence « Imagine » est exhumée par la presse musicale anglo-saxonne |
Questions fréquentes
Quand Paul McCartney a-t-il tenu ces propos sur « Imagine » ?
Lors d’une édition spéciale de Tracks Of My Years, enregistrée dans les bureaux de MPL Communications à Londres et diffusée sur BBC Radio 2 le lundi 25 mai 2026 à 18 h, avec reprise en vidéo sur BBC iPlayer à 19 h et extraits quotidiens du 26 au 29 mai.
A-t-il dit qu’il n’aimait pas la chanson ?
Non, exactement l’inverse. Il l’a qualifiée de magique, en a fait l’éloge à trois reprises dans la même réponse, et l’a désignée comme l’une des dix chansons de sa vie. Sa réserve porte sur la probabilité que le monde décrit advienne, pas sur la valeur du morceau.
Quelles étaient les dix chansons choisies ?
Gene Vincent « Be-Bop-a-Lula », Chuck Berry « Maybellene », Buddy Holly & The Crickets « That’ll Be The Day », Elvis Presley « All Shook Up », The Kinks « You Really Got Me », The Human League « Don’t You Want Me », Prince « Kiss », Bob Dylan « Mr. Tambourine Man », The Beach Boys « God Only Knows », John Lennon « Imagine ».
Pourquoi n’a-t-il choisi aucune de ses propres chansons ?
Il n’a pas justifié ce choix à l’antenne. Le format l’y autorisait pourtant, et la plupart des invités s’y autorisent au moins une entrée personnelle. C’est une décision remarquable pour une émission de promotion d’album.
Qui a écrit « Imagine » ?
John Lennon, avec Yoko Ono, créditée coautrice depuis le 15 juin 2017 par décision annoncée par la National Music Publishers Association, conformément à un souhait exprimé par Lennon en 1980.
Quand et où la chanson a-t-elle été enregistrée ?
La démo solo le 23 mai 1971 et le master le 27 mai 1971 à Ascot Sound Studios, dans la propriété de Tittenhurst Park (Berkshire). Les cordes ont été ajoutées le 4 juillet 1971 au Record Plant East de New York.
Qui joue sur le disque ?
John Lennon au piano et au chant, Klaus Voormann à la basse, Alan White à la batterie, et l’ensemble de cordes surnommé The Flux Fiddlers sur un arrangement de Torrie Zito. Production Lennon-Ono-Spector, ingénieurs Phil McDonald et Eddie Klein.
Est-ce vrai que « Imagine » figure sur le même album qu’une chanson attaquant McCartney ?
Oui. « How Do You Sleep? » est la sixième plage de l’album Imagine et constitue une attaque directe et nommée contre McCartney. Les premiers tirages étaient accompagnés d’une carte postale montrant Lennon tenant un cochon par les oreilles, parodie de la pochette de Ram.
Paul McCartney a-t-il déjà chanté « Imagine » en concert ?
Non. Il s’en est expliqué : la chanson étant reprise par tout le monde, il a renoncé à un projet d’hommage qui l’aurait mis sur ce terrain. Il privilégie « Here Today », le duo virtuel sur « I’ve Got a Feeling » et, depuis 2023, « Now and Then ».
Quand « Imagine » a-t-elle été numéro un au Royaume-Uni ?
En janvier 1981, pendant quatre semaines, après l’assassinat de Lennon — et sans réédition ni campagne promotionnelle. Le titre n’était même pas sorti en single au Royaume-Uni avant octobre 1975.
Sur quel piano « Imagine » a-t-elle été composée ?
Sur un Steinway modèle Z droit, finition noyer, acheté en décembre 1970 et livré à Tittenhurst. Le célèbre demi-queue blanc appartient à l’iconographie du film, pas à l’histoire de la composition. L’instrument est aujourd’hui exposé à Strawberry Field, à Liverpool, après avoir été acquis par George Michael en 2000.
Qui a interprété « Imagine » à la cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris 2024 ?
Juliette Armanet, accompagnée du pianiste Sofiane Pamart sur un piano en flammes, sur une barge remontant la Seine, le 26 juillet 2024. La version studio a été officiellement publiée le 25 juillet 2025.
Glossaire
Ascot Sound Studios — Studio d’enregistrement aménagé par John Lennon dans sa propriété de Tittenhurst Park, à Sunninghill près d’Ascot (Berkshire). Lieu principal des séances de l’album Imagine.
Carte postale au cochon — Encart photographique inclus dans les premiers tirages de l’album Imagine, montrant Lennon tenant un cochon par les oreilles, en parodie directe de la pochette de Ram.
Cloud Piece — Instruction poétique de Yoko Ono, datée du printemps 1963 et publiée dans Grapefruit, dont Lennon a reproduit le texte au dos de la pochette de l’album Imagine.
Flux Fiddlers — Nom donné à l’ensemble de cordes, composé de musiciens du Philharmonique de New York, qui a enregistré les surimpressions de l’album au Record Plant East le 4 juillet 1971.
Grapefruit — Recueil d’instructions conceptuelles de Yoko Ono publié en 1964, source revendiquée par Lennon pour le concept et une partie du texte d’« Imagine ».
MPL Communications — Société d’édition et de gestion fondée par Paul McCartney, dont le siège londonien se trouve au 1 Soho Square. Lieu d’enregistrement de l’entretien de mai 2026.
NMPA — National Music Publishers Association, organisation professionnelle américaine des éditeurs de musique, à l’origine de l’ajout du crédit de Yoko Ono en 2017.
Steinway modèle Z — Piano droit de série, à finition noyer, acheté par Lennon en décembre 1970 : l’instrument de composition d’« Imagine », à ne pas confondre avec le demi-queue blanc de l’iconographie.
Tittenhurst Park — Propriété géorgienne classée du Berkshire, acquise par Lennon et Ono en 1969, où furent réalisées la dernière séance photo des Beatles et les séances de l’album Imagine.
Tracks Of My Years — Format hebdomadaire de BBC Radio 2 dans lequel un invité choisit et commente dix chansons qui ont marqué sa vie.
Ultimate Collection / Ultimate Mixes — Série de coffrets de rééditions des enregistrements solo de Lennon, supervisée par la succession, comprenant remixages, prises alternatives et documents de séance. Imagine: The Ultimate Collection est paru en 2018.
Your Show — Titre de travail du projet filmé documentant les séances de 1971, devenu le film Imagine (1972).
Sources et bibliographie
Source primaire
- Transcription intégrale de l’entretien de Paul McCartney par Vernon Kay, Tracks Of My Years, BBC Radio 2, diffusion du 25 mai 2026 (enregistré à MPL Communications, Londres).
- Communiqué de la BBC, Sir Paul McCartney joins Vernon Kay on BBC Radio 2 to choose ten songs that have soundtracked his life, 12 mai 2026.
Séances et discographie
- Relevés de séances de l’album Imagine (23 mai, 27 mai, 4 juillet 1971).
- Documentation du coffret Imagine: The Ultimate Collection (2018), notamment le témoignage de l’ingénieur Rob Stevens sur la découverte de la démo du 23 mai 1971.
- Données de classement de l’Official Charts Company (Royaume-Uni) et des palmarès américains de 1971.
Ouvrages de référence
- Mark Lewisohn, pour la méthodologie des relevés de séance.
- Philip Norman, John Lennon: The Life, pour l’anecdote Neil Aspinall.
- Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now.
- Peter Doggett, You Never Give Me Your Money, pour la période 1970-1971.
- David Sheff, All We Are Saying (entretiens Playboy, 1980).
- Keith Badman, The Beatles Diary, pour la chronologie des sorties et des déclarations de presse.
Presse et documents
- Record Mirror, 10 novembre 1971 (réaction de McCartney à la carte postale).
- Communications de la National Music Publishers Association, 15 juin 2017.
- Communications du Comité international olympique, juillet 2025, sur la publication de la version Armanet-Pamart.
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