Buddy Holly

« He made it easy to wear glasses. I was Buddy Holly. » John Lennon 

« Buddy Holly gave you confidence. He was like the boy next door. » Paul McCartney

« Buddy Holly was the start of everything. His music had it all. » Keith Richards

LA BIOGRAPHIE DE BUDDY HOLLY:

UNE ENFANCE BAIGNÉE DANS LA MUSIQUE

Petit dernier d’une famille de quatre enfants, Charles Hardin Holley naît le 7 septembre 1936, de Ella et Lawrence Holley, à Lubbock, Texas. Il est rapidement surnommé Buddy, une appellation coutumière pour le plus jeune garçon d’une famille.

Faire de la musique est l’un des seuls passe-temps d’alors. Ses deux frères, Larry (1925) et Travis (1927), pratiquent le violon, le piano, l’accordéon et la guitare, tandis que sa mère et sa sœur Pat (1929) les accompagnent au chant. Dans ce contexte, Buddy reçoit un violon-jouet à l’âge de 5 ans, et participe avec ses frères à un concours de talents, où il remporte 5 $ pour son interprétation de « River of Memories ».

Après s’être essayé au piano, il choisit la guitare à l’âge de 11 ans, jouant de la country et admirant Hank Williams, Woodie Guthrie ou Jimmy Rodgers. A l’école élémentaire, il fait la connaissance de Bob Montgomery, et les deux garçons se retrouvent bientôt pour jouer ensemble. C’est là aussi qu’il rencontre Jerry Allison, qui deviendra le batteur des Crickets, et Jack Neal, avec lequel il forme un duo, « Buddy and Jack », qui apparaît bientôt dans des spectacles locaux.

En septembre 1952, âgé de 16 ans, il intègre la Lubbock High School. Buddy est alors obligé de porter des lunettes, sa vision étant évaluée à 20/800. Une raison supplémentaire d’être complexé, pour cet adolescent qui rêve d’être estimé, et dont tout le monde est prêt à se moquer…

AUTOUR DE LUBBOCK

L’une des émissions phares de la radio de Lubbock était « The Sunday Party », au cours de laquelle des groupes et chanteurs locaux se produisaient. Hi Pockets Duncan, le disc-jokey, ne tarde pas à découvrir le duo de Buddy et Jack, et il les invite à interprêter quatre titres, le 4 novembre 1953. Le succès est tel que les garçons reviennent à plusieurs reprises, et l’émission est bientôt renommée « The Buddy and Jack’s Sunday Party ». Dès cette époque, Buddy affiche déjà de vrais ambitions : « ce n’est pas que je veuille être sous les feux de la Rampe, ou que je veuille devenir riche : je veux juste que le monde se souvienne du nom de Buddy Holley ».

Bientôt, Buddy et Jack sont rejoints par Bob Montgomery, Larry Welborn et Don Guess, pour former les « Rythm Playboys ». A la fin de 1954, Jack Neal quitte le groupe pour se marier, et se trouve remplacé par Bob Montgomery. Bien qu’ils se produisent avec succès dans de nombreux clubs de la région, ils ne parviennent pas à étendre leur réputation.

Le 2 janvier 1955, Buddy assiste au concert d’Elvis Presley, de passage à Lubbock : cet événement le pousse à se tourner résolument vers le rock’n’roll. Désormais, il le sait, il sera musicien. Le 13 février, pour le retour du King à Lubbock, Buddy et Bob font l’ouverture du show, ainsi que le 3 juin, où cette fois ils peuvent échanger quelques paroles avec la star : Elvis ne cache pas son enthousiasme devant leur musique, et promet d’user de son influence au studio Louisiana Hayride. Très excités, Buddy et Bob décident de s’y rendre quelques jours plus tard, s’attendant à être acceuillis à bras ouverts. Hélas, ils ne purent même pas passer la porte d’entrée…

LES PREMIERS ENREGISTREMENTS

Le 14 octobre 1955, Buddy, Bob et Larry se produisent à Lubbock, pour la venue de Bill Haley and the Comets. Eddie Crandall, un agent de Nashville, se trouve parmi les spectateurs. Très impressionné par Buddy, il réussit à lui obtenir un contrat d’enregistrement avec Decca. Signé le 8 février 1956, le contrat mentionne le nom de Holly, au lieu de Holley, une méprise que Buddy ne corrigera jamais, adoptant même ce pseudonyme.

Larry Holley se souvient encore du désir de bien faire de son petit frère : « Buddy est venu me voir et m’a dit : « Larry, je sais très bien que je ne pourrai m’en sortir que si je m’achète une guitare et des habits décents ». Je lui ai alors demandé de combien il avait besoin, en pensant qu’il allait me demander quelque chose comme 50 $, et c’est alors qu’il me proposa : « Que dirais-tu si je t’empruntais 1000 $ ? » ».

Accompagné de Sonny Curtis, Don Guess, et de sa Fender Stratocaster achetée pour 400 $, Buddy prend pour la première fois le chemin des studios. A son arrivée, la déception est grande lorsqu’Owen Bradley, le producteur, juge que Sonny et Don ne sont pas au niveau requis pour des musiciens d’accompagnement. Il leur adjoint deux musiciens de studio condescendants, l’un à la guitare rythmique, l’autre à la batterie. Pour finir, Bradley refuse de voir Buddy jouer et chanter simultanément, ce qui n’était pas dans les méthodes classiques d’enregistrement. Buddy doit donc se résigner à laisser sa guitare à Sonny.

Durant les trois sessions organisées par Decca, Buddy enregistre un total de onze chansons, sans vraiment avoir le choix des titres, et en suivant les instructions de Bradley. Ces faits, ajoutés à une très mauvaise promotion des 45 t, et à des relations toujours plus tendues entre Buddy et Paul Cohen, le directeur de Decca, contribueront à faire de ces sessions, un échec relatif. Cohen finira par déclarer que « Buddy n’a pas la voix qu’il faut pour percer le milieu du spectacle, et qu’il est le musicien le moins talentueux qu’il a jamais entendu. » Sans réelle surprise, Buddy apprend que son contrat n’est pas renouvelé en janvier 1957. Il a alors 20 ans.

LE PREMIER SUCCÈS

Comprenant que ses sessions de Nashville n’aboutiront jamais sur le succès tant escompté, Buddy se tourne vers Norman Petty, un producteur de Clovis, qui avait connu un certain succès, quelques années auparavant, avec son fameux « Norman Petty Trio ». « Bien-sûr, c’était tout à fait différent de ce que j’avais connu auparavant, raconte Norman Petty. Et rencontrer quelqu’un de si authentique était rafraîchissant. Buddy n’était pas le plus beau gars du monde, il n’avait pas la plus belle voix non plus, mais il était lui-même ».

Conscient du potentiel de Buddy, Norman Petty décide de lui donner sa chance. Le 24 février 1957, Buddy enregistre « That’ll Be The Day » et « I’m Looking For Someone To Love ». Une version antérieure de « That’ll Be The Day » ayant été enregistrée chez Decca, Buddy ne peut espérer sortir la même chanson sous un nouveau label. Norman Petty propose alors de vendre le titre au nom d’un groupe.

Aidé de Jerry Allison, le batteur, et de Niki Sullivan, à la guitare rythmique, Buddy parcourut une encyclopédie : en référence aux Spiders, l’un de ses groupes de R&B préférés, ils pensèrent d’abord s’appeler les Beetles (les Scarabées), mais Jerry protesta, arguant qu’il s’agissait « d’une petite bête noire sur laquelle on marche ». Finalement, leur choix s’arrêta sur les Crickets.

Bientôt rejoints par Joe B. Mauldin, le contre-bassiste, Buddy, Niki et Jerry forment avec lui le premier véritable groupe de rock’n’roll : tous s’investiront dans la composition, la production et l’interprétation de leurs propres chansons, du studio jusque sur scène.

Après bien des difficultés, Norman Petty parvient à obtenir la diffusion, sous le label Brunswick, du 45t « That’ll Be The Day » / « I’m Looking For Someone To Love ». Les raisons du succès tardif de « That’ll Be The Day » sont difficilement explicables. Mais la chanson finit par connaître un réel succès auprès des disc-jokey, et à la fin juin, les ventes atteignent 50000 exemplaires.

UNE PERSONNALITÉ HORS NORME

Avant même que « That’ll Be The Day » n’atteigne le haut des charts, Norman Petty parie sur le succès du groupe et de son leader. Ainsi, à peine le premier 45t pressé, Buddy Holly et les Crickets ne vont cesser d’enregistrer de nouveaux titres, qui seront autant de futurs classiques.

En offrant à Buddy le choix des arrangements, et le temps nécessaire au travail en studio, Norman Petty allait lui laisser la liberté d’exprimer tout son talent, tout en participant activement à la production. Son rôle n’est pas sans rappeler celui qu’occupera George Martin, cinq ans plus tard, auprès des Beatles.

Il est frappant de découvrir que l’œuvre de Buddy est beaucoup plus personnelle que ne pouvait l’être celle des artistes de l’époque, ce qui explique sa volonté de s’investir à chaque étape de la réalisation de ses chansons. En 1957, ses sentiments sont mitigés. Depuis quelques années, il vivait avec Echo McGuire une relation platonique, mais tout deux s’étaient promis l’un à l’autre, à la sortie du lycée. Pourtant, une fois leur diplôme obtenu, Echo partit étudier à l’université chrétienne d’Abilene, à 1500 km de Lubbock.

Très attachée aux principes religieux, Echo savait pertinemment que Buddy, avec son ambition de devenir musicien, n’était pas fait pour elle. Et Buddy en était bien conscient, sachant très bien que Echo rencontrerait là-bas un autre garçon. Les paroles de ses chansons traduisent ainsi tous les sentiments que l’on peut éprouver à son âge dans pareille situation, entre indifférence, hésitation, certitude et assurance. Il est facile de s’y reconnaître.

A Noël 1957, lorsque Echo revient à Lubbock, accompagnée de Ron Griffith, Buddy comprend qu’il a perdu. Il ne confiera jamais sa peine, pas même à son frère. Mais comme le confie Jerry Coleman, l’un de ses amis deejay, Buddy n’avait pas perdu son temps durant ces années : « Il avait découvert combien le rock’n’roll pouvait effacer ses défauts physiques dans les yeux des filles. Il couchait avec nombre d’entre elles, comme tant d’autres gars de son âge ! ».

LES CRICKETS « AROUND THE WORLD »

Aussitôt le succès confirmé de « That’ll be the day », Buddy Holly et les Crickets ne vont cesser de parcourir l’Amérique toute entière d’abord, le monde ensuite, devant un public toujours plus enthousiaste, même lorsqu’ils jouent dans des salles réservées aux noirs.

De septembre à novembre, ils participent au « Biggest Show Of Stars for 1957 », où sont également présents Chuck Berry, Fats Domino, Paul Anka, les Everly Brothers, Buddy Knox et Eddie Cochran. Dans près de quatre-vingt villes des Etats-Unis et du Canada, Buddy Holly et les Crickets interprètent « That’ll Be The Day », qui atteint la première place du classement pop et R&B.

Face à un succès grandissant, qui n’est pas démenti à la sortie du titre « Peggy Sue », le label Brunswick distribue un album complet à la fin novembre, « The Chirping Crickets ». Pour ne pas présenter de titre « bouche-trou », cette album est considéré par bon nombre comme le « Pepper des années 50 », regroupant douze titres qui resteront comme des classiques des Fifties et du rock’n’roll, indispensables autant qu’indémodables, parmi lesquels « Oh Boy », « Maybe Baby », « Not Fade Away ».

Tout ceci vaut au groupe de passer une première fois au Ed Sullivan Show, le 1er décembre, puis une seconde fois le 26 janvier 1958, pour assurer la promotion de « Oh Boy ». Entre temps, Niki Sullivan aura quitté le groupe, et Buddy aura achevé l’enregistrement des titres de son premier album solo, « Buddy Holly ». Loin d’être semblable au précédent, ce disque est marqué par l’avènement de techniques de studio inédites, avec notamment « Words Of Love ».

Le 27 février, Buddy Holly et les Crickets arrivent en Angleterre pour une tournée qui va durer un mois. Nul n’étant prophète en son pays, c’est bien ici qu’ils sont les plus populaires, le LP « The Chirping Crickets » atteignant la 5ème place des charts, alors qu’il n’apparaissait pas dans le classement américain, malgré d’excellentes critiques. La tournée part de Londres, où ils apparaissent notamment dans l’émission « Sunday Night at the London Palladium », et se déplace dans toute l’Angleterre. Petit événement dans la tournée, le passage de Buddy à Liverpool, au Philharmonic Hall, le 20 mars 1958. Malheureusement pour eux, John Lennon et Paul McCartney ne purent s’offrir le billet pour assister au concert, et durent se contenter des commentaires de leurs amis, plus fortunés.

A leur retour, Buddy et ses amis poursuivent les tournées à travers l’Amérique, tout en s’accordant des pauses en studio. Désormais, ils n’enregistreront plus que des titres qui sortiront en 45t, notamment « Take Your Time », « Wishing », « It’s So Easy » et « Heartbeat », lesquels ne rencontreront pas toujours le succès escompté.

BUDDY HOLLY SANS LES CRICKETS

Le 19 juin, Buddy est de retour à New-York pour sa seconde session aux studios Decca du Pythian Temple Building, où il enregistre deux reprises, « Now We’re One » et « Early In The Morning ». Comme à leur habitude lorsqu’ils passaient à New-York, les Crickets allèrent saluer Murray Deutsch, un personnage influent de la scène musicale, grâce auquel le label Coral s’était décidé à lancer « That’ll be the day » un an plus tôt.

La réceptionniste qui les attendait était une certaine Maria Elena Santiago, une jeune portoricaine âgée de 25 ans. Buddy l’invite à dîner pour le soir même, et fou amoureux, la demande en mariage, un vœux qui s’exaucera le 15 août suivant. Maria Elena se souvient du soir de leur rencontre : « Il était très drôle et joyeux dans sa façon de parler. Mais quand il m’a parlé de sa musique et de ses intentions, il est devenu très sérieux. Il m’a dit qu’il ne faisait pas de la musique juste pour lui, mais qu’il voulait que tout le monde soit capable de l’apprécier, qu’il avait bien l’intention d’être le meilleur dans le show-business, et que rien n’allait l’arrêter ».

Mais la nouvelle situation maritale de Buddy n’est pas du goût de tout le monde, à commencer par Norman Petty. Après une dernière session à New-York, en octobre, où Buddy enregistre son célèbre « True Love Ways », les relations se tendent entre le producteur et Buddy. Après avoir rencontré nombre de gens sur New-York, notre ami s’aperçoit que Petty a une main-mise sur tout ce qui concerne les Crickets, à commencer par leurs revenus, et qu’il se borne à limiter la publicité du groupe, bridant leur potentiel commercial. Après que Buddy ait emménagé à New-York, et ne cache plus son ambition d’y travailler en toute indépendance, Petty comprend qu’il a perdu de son influence sur lui. De leur côté, Jerry et Joe se sentent délaissés par leur ami, qui s’est résolument tourné vers son épouse.

Le producteur dresse alors un plan machiavélique : il parvient sans mal à convaincre Jerry et Joe de rester à Lubbock, leur promettant une superbe carrière sans Buddy, pour lequel il prévoit un désastre artistique. Pire, à l’issu d’une discussion houleuse, et alors que Buddy réclame l’argent qui lui est dû, Petty le lui refuse en lançant cette phrase terrible : « Tu seras mort avant de voir un seul penny de ces royalties ! ».

Peu après cet épisode, Buddy confiera à un avocat le règlement de cette affaire. Mais il ne sera pas parvenu à convaincre ses deux amis, Jerry et Joe, de le suivre à New-York. Comme en témoigne Maria Elena, cette épreuve fut durement ressentie par notre ami : « Buddy était anéanti. Il les considérait comme des frères, et il savait que Norman leur mentait. Quand nous sommes rentrés à la maison ce soir là, Buddy a pleuré toutes les larmes de son corps. »

LIVING IN NEW YORK

la déception d’avoir été délaissé par ses amis s’ajoute celle de ne pas voir ses chansons remporter un succès pourtant mérité : « It’s So Easy » et « Heartbeat » ne parviennent pas à se hisser dans les charts. Loin de se décourager, Buddy décide de rester à New-York, jusqu’à obtenir un titre dans le Top Ten, et compose de nouvelles chansons, enregistrant également diverses reprises. Ce sont les fameuses « Apartment Tapes », avec notamment « Crying, Waiting, Hoping », que les Beatles reprendront à leur répertoire de la BBC.

La fin de l’année 1958 apporte à Buddy une excellente nouvelle : Maria Elena est enceinte ! Mais la situation financière du jeune couple ne fait qu’empirer. Norman Petty ayant bloqué ses revenus, Buddy est sans argent, et ne peut faire autrement que de laisser à la tante de Maria Elena, le soin de payer pour tout. Cette situation insupporte Buddy, qui n’en peut plus d’attendre l’improbable déblocage, à court terme, de l’affaire l’opposant au producteur de Clovis.

Buddy doit se résoudre à bouleverser ses plans, et à partir en tournée. L’agence GAC, qui l’avait engagé avec les Crickets pour la « Summer Dance Party » de l’été 1958, lui propose de participer à la « Winter Dance Party ». Il accepte.

Dès lors, Maria Elena ne cessera d’être animée d’un pressentiment : « Dès le début, je n’aimais pas ce nom, « Winter Dance Party ». […] Mais Buddy disait « J’ai besoin de Ramener de l’argent. Je ne vais pas continuer à demander à ta tante de nous en prêter. Il est temps que j’aille travailler, c’est une tournée de seulement trois semaines… ». Avec Buddy, une fois qu’il avait une chose en tête, c’était fini ».

LA WINTER DANCE PARTY

En dépit des efforts de Maria Elena pour retenir Buddy auprès d’elle, il quitte New-York pour commencer la tournée le 23 janvier, au George Devine’s Million Dollar Ballroom, Milwaukee. Il partage l’affiche avec Ritchie Valens (« La Bamba », « Donna »), le Big Bopper (« Chantilly Lace »), Dion and the Belmonts, et Frankie Sardo.

Les conditions dans lesquelles s’effectuent la tournée sont désastreuses : le froid est glacial, la troupe voyage dans un bus qui ne cesse de tomber en panne, les participants tombent malades… Malgré tout, il existe au cours de cette tournée une grande proximité entre les artistes et leur public, composé d’adolescents : l’on peut noter qu’après le show à Eau Claire, le 26 janvier, la troupe et plusieurs de ses fans se rendirent ensemble dans un restaurant, déguster des pizzas !

Le matin du 1er février, le bus tombe en panne au cours d’un parcours de 300 miles, devant mener la « Winter Dance Party » de Duluth à Appleton. Dehors, il fait nuit noire, les ours menacent, la température est de -30°C, le chauffage ne fonctionne plus. A l’intérieur du bus, on brûle du papier pour se réchauffer, ce qui n’empêchera pas Carl Bunch, le batteur, d’être hospitalisé pour des gelures aux pieds…

THE DAY THE MUSIC DIED

Le show d’Appleton annulé, la troupe joue le soir à Green Bay, avant de repartir pour Clear Lake, où le Surf Ballroom doit accueillir la représentation du 2 au soir. Fatigué autant qu’agacé par les dures conditions dans lesquelles il voyage depuis une semaine, Buddy décide d’affretter un avion pour lui et son groupe (Waylon Jennings et Tommy Allsup), afin de gagner Moorhead, la prochaine étape, après le show. Prendre un bain bien chaud, dormir dans un bon lit, préparer le matériel sans précipitation, et téléphoner à Maria Elena : voilà seulement ce à quoi aspire Buddy.

En coulisse, les destins se jouent : le Big Bopper, très enrhumé, obtient facilement de Waylon Jennings qu’il lui cède sa place… Quand à Ritchie Valens, il gagne la sienne en pariant à pile-ou-face avec Tommy Allsup… Apprenant que Waylon préfère le bus à l’avion, Buddy plaisante : « Et bien, j’espère que ton vieux bus gèlera ! ». Sur le même ton, son ami lui répond : « Et bien, j’espère que ton avion s’écrasera ! ».

Après le show, Buddy, Ritchie et le Big Bopper rejoignent l’aéroport, où quelques fans sont venus leur dire aurevoir. Vers une heure du matin, l’avion s’envole pour Fargo, son ombre s’évanouissant dans la nuit glaciale. L’inquiétude ne tarde pourtant pas à gagner Jerry Dwyer, le directeur de la petite société aérienne : les tentatives pour joindre son pilote, Roger Peterson, restent vaines. A 4 heures, toujours sans nouvelle, il se résigne à lancer une alerte générale, pour prévenir de la perte de l’avion.

Le jour levé, Jerry Dwyer part en reconnaissance aérienne, et découvre la carcasse du Beechcraft à quelques kilomètres à peine de l’aéroport. Arrivées sur place, la police et les ambulances découvrent les corps gelés des quatre occupants. Roger Peterson, 21 ans, est resté prisonnier de l’avion, tandis que ses trois passagers ont été éjectés. Leurs noms resteront liés à jamais : Ritchie Valens, 17 ans, le Bip Bopper, 28 ans, et enfin Buddy Holly, 22 ans. Cruel destin pour celui qui obtint son premier succès en chantant le jour de sa mort…

That’ll be the day when I die…

EPILOGUE

uddy Holly fut inhumé au cimetière de Lubbock, le 7 février 1959, où il repose encore aujourd’hui entouré de ses parents et de son beau-frère. Depuis sa mort, il a vendu plus de 40 millions de disques.

Deux jours après avoir appris la mort de Buddy, Maria Elena, choquée, perdit l’enfant qu’elle portait. Elle n’assista pas à l’enterrement de Buddy, et n’a jamais désiré se rendre sur sa tombe. Elle se remaria à deux reprises, mais ses unions malheureuses se soldèrent par autant de divorces. Elle eut plusieurs enfants, parmi lesquels un fils, qu’elle prénomma Carlos, l’équivalent hispanique de Charles, le prénom de Buddy. Elle vit aujourd’hui au Texas, près de Dallas.

Waylon Jennings mit plusieurs années à se remettre du décès de son ami, et à oublier les dernières paroles qu’il lui avait adressé, par lesquelles il s’était senti responsable de la tragédie. Il quitta la scène pour quelques années, avant d’y revenir pour mener la grande carrière de chanteur country qu’on lui a connu aux Etats-Unis. Il est décédé le 13 février 2002.

La nuit du drame, Jerry Allison et Joe B Mauldin tentèrent de contacter Buddy, pour la première fois depuis leur séparation. Malheureusement, Buddy avait déjà quitté le Surf Ballroom lorsqu’ils lui téléphonèrent. Ils expédièrent un message à Moorhead, mais Buddy n’en prit, hélas, jamais connaissance… Bien que la mort de Buddy n’en paraîsse que plus tragique, il est tentant de croire que leur conversation eut pu aboutir à la reformation des Crickets.

Norman Petty ne parvint jamais à retrouver un artiste aussi brillant que Buddy. Après avoir connu, au début des années 60, quelques succès avec les Fireballs, il devint rapidement la proie de graves difficultés financières. Au début des années 80, il fut frappé par une leucémie, qui l’emporta le 15 août 1984, exactement 36 ans après le mariage de Buddy. Ses derniers mois furent particulièrement emprunts de regrets et de nostalgie, à l’égard du travail qu’il avait réalisé avec Buddy Holly et les Crickets.

Nombre d’artistes ont repris les chansons de Buddy. Parmi eux, les Beatles, les Rolling Stones, Denny Laine, Dick Rivers, et bien-sûr, Paul McCartney, qui racheta les droits du catalogue de Buddy le 1er juillet 1976.

Enfin, les Crickets ont survécu à Buddy Holly, et continuent aujourd’hui de se produire aux Etats-Unis devant un public fidèle, et amateur de bonne musique. Les Crickets se composent aujourd’hui de Sonny Curtis, Joe B Mauldin, Jerry Allison, et Glenn D Hardin.

Joe B Mauldin et Jerry Allison Enfin, les Crickets ont survécu à Buddy Holly, et continuent aujourd’hui de se produire aux Etats-Unis devant un public fidèle, et amateur de bonne musique. Les Crickets se composent aujourd’hui de Sonny Curtis, Joe B Mauldin, Jerry Allison, et Glenn D Hardin.

Parmi les plus talentueux interprètes que les Crickets connurent après Buddy, il y eut l’un de ses fans, David Box, résidant à Lubbock, qui enregistra une excellente version de « Peggy Sue Got Married ». Hélas, il connut un destin tout aussi tragique : le 23 octobre 1964, l’avion qui le Ramenait de Houston s’écrasa. Il avait 21 ans. Les parents de Buddy Holly furent les premiers à se rendre auprès de la famille de David Box. Lawrence Holley leur déclara : « Il vaut mieux que vous le sachiez dès maintenant. Les gens vous diront que le temps effacera votre douleur, mais c’est faux ».

LES SECRETS DE QUELQUES CHANSONS

THAT’LL BE THE DAY

Dans le film « The Searchers », une troupe de cow-boys est à la recherche de deux filles kidnappées par les Indiens. Lorsqu’un des membres demande au personnage de John Wayne s’il est découragé, et prêt à abandonner, celui-ci grogne : « That’ll Be The Day ». Le ton employé par Wayne plut particulièrement à Buddy et à ses amis, et ils reprirent à leur compte cette phrase durant quelques temps. « Un moment après le film, raconte Jerry Allison, Buddy avait un air qui lui trottait dans la tête. Comme il voulait en faire une chanson et cherchait un titre, je lui ai suggéré celui-ci ».

Pour l’introduction, Buddy s’inspire largement de « Blue Monday », de Fats Domino.

I’M LOOKING FOR SOMEONE TO LOVE

Alors qu’il se rend avec son frère Larry au studio de Clovis pour enregistrer, Buddy cherche toujours un dernier couplet à cette chanson. Au croisement de la route et de la voie-ferrée, le « bump-bump » des roues de la voiture rappelle à Larry le rythme avec lequel leur grand-père récitait un dicton, au sens pour le moins obscur : « Drunk man / Streetcar / Foot slip / There you are ». Buddy fut séduit par l’idée de l’utiliser dans sa chanson.

Bien avant l’ère psychédélique, les mots sont ici utilisés pour leur sonorité et leur rythme, sans qu’ils aient un rapport avec le thème de la chanson, ou même un sens entre eux.

WORDS OF LOVE

la technique du double-tracking avait déjà été utilisée par le passé, c’est ici la première fois qu’un seul et même artiste chante les deux pistes vocales. Lorsque le titre sortit, le 5 avril 1957, plusieurs producteurs se demandèrent qui accompagnait Buddy sur cette chanson.

Certains auteurs s’accordent à dire que John Lennon et Paul McCartney étaient, lorsqu’ils chantaient ensemble, l’incarnation du double-tracking de Buddy Holly. La chanson fut d’ailleurs reprise par les Beatles, sous une forme très proche, pour l’album « Beatles For Sale ».

EVERYDAY

Bien que l’on puisse facilement croire que le tempo est assuré par un métronome, c’est bien Jerry Allison qui donne son rythme à la chanson, en tapant simplement ses mains sur son blue-jean ! Une production simpliste mais au combien réussie.

Récemment, cette chanson a été reprise dans le cadre d’une pub pour les cornets de glace Miko.

PEGGY SUE

En hommage à sa petite nièce prénommée Cindy, Buddy avait composé une nouvelle chanson, « Cindy Lou ». Comme il s’entraînait derrière ses fûts, Jerry trouva un roulement de batterie qui leur plut bien, et qu’ils décidèrent d’utiliser pour la nouvelle chanson. Pourtant, Jerry manquait de motivation pour ce titre… Pour donner un peu de pêche à son batteur, Buddy se mit d’accord avec lui pour remplacer le nom de « Cindy Lou » par celui de « Peggy Sue », la petite amie de Jerry !

Le titre tourna si bien qu’il devint le symbole des années 50 ! La surprise fut de taille pour Peggy Sue Gerron, lorsqu’elle entendit son nom sur toutes les radios qu’elle écoutait. Elle se maria à Jerry Allison le 22 juillet 1958, et le jeune couple partagea sa lune de miel avec Buddy et Maria Elena à Acapulco.

Ce mariage fut l’occasion pour Buddy de composer « Peggy Sue Got Married », une chanson dont il a enregistré la maquette le 5 décembre 1958. Sa mort ne lui a pas laissé le temps de dévoiler à Peggy cette nouvelle surprise, mais la chanson a servi de générique au film du même nom.

I’M GONNA LOVE YOU TOO

Le 3 juillet 1957, lorsque Buddy commence à enregistrer « I’m Gonna Love You Too », il ne se doute peut-être pas qu’un cricket (l’animal) est resté prisonnier de la chambre d’écho du studio.

Bien que très audible sur le master, une fois le dernier accord atténué, le chant du cricket ne fut jamais effacé, et la prise encore moins sacrifiée, la petite bête ayant eu la bonne idée de chanter en rythme avec la chanson. Buddy et ses amis décidèrent donc de l’utiliser comme un clin d’œil à leur nom.

RAVE ON

L’une des marques de fabrique de Buddy était son fameux hiccup, une technique vocale qui consistait à chanter les mots, en les découpant par syllabes. « Rave On » débute sur un « Well » découpé en six syllabes.

John Lennon, qui comptait parmi les nombreux fans de Buddy, a réutilisé l’intro de « Rave On » pour la placer au début de « Dear Yoko », un titre qui figure sur son dernier album, « Double Fantasy ».

RITCHIE VALENS

De son vrai nom Richard Valenzuela, Ritchie Valens est né le 13 mai 1941 à Pacoima, dans la banlieue de Los Angeles. Il apprend la guitare dès l’âge de douze ans. Bien qu’étant gaucher, il se montre assez habile pour jouer comme un droitier. A 16 ans, il rejoint le groupe « The Silhouettes » et en devient leader après le départ du chanteur.

Au mois de mai 1958, Bob Keane, président de Del-Phi Record, permet à Ritchie d’enregistrer ses premiers titres, dont le célèbre « Come On Let’s Go », qui se vendra à 750 000 exemplaires. Suivront « Donna », et « La Bamba », deux chansons qui dépasseront le million de ventes.

Ce succès fulgurant amène Ritchie à se produire sur de nombreuses scènes, ainsi qu’à apparaître à l’écran, dans le film « Go, Johnny Go ! ». Au mois de janvier 1959, il rejoint la « Winter Dance Party », et se lie rapidement d’amitié avec Buddy Holly, dont il est un fervent admirateur.

Ritchie n’avait jamais pris de petit avion avant cette nuit du 3 février 1959. Deux ans plus tôt, deux appareils étaient entrés en collision au-dessus de son école, s’écrasant sur l’établissement, et tuant deux de ses camarades. Traumatisé par cette expérience, il s’était jusqu’alors refusé à emprunter ce genre d’appareil. Son enthousiasme à partager cette expérience inédite avec Buddy devait malheureusement se révéler fatal.

Avec « La Bamba », Ritchie Valens fut le premier chanteur à démocratiser, auprès du grand public, la musique traditionnelle d’Amérique Latine, en lui donnant une dimension moderne et commerciale. Son jeu de guitare sur cette chanson a inspiré aux Beatles leur interprétation de « Twist And Shout ».

THE BIG BOPPER

Né à Sabine Pass, au Texas, le 24 octobre 1930, Jiles Perry Richardson a commencé sa carrière musicale en devenant le deejay de la station de radio locale de Beaumont, KTRM. Il se fait dès lors surnommer « The Big Bopper ».

En mai 1957, il bat un record du monde, en restant devant ses platines durant cinq jours, deux heures et huit minutes, jouant un total de 1821 titres. A la même époque, il compose des chansons, et ne tarde pas à enregistrer le fameux « Chantilly Lace ». Ce sera le troisième titre le plus joué de l’année 1958.

Au cours de la « Winter Dance Party », il tombe malade, et parvient à convaincre Waylon Jennings de lui céder sa place dans l’avion affrété par Buddy Holly.

En 1999, une découverte importante a rendu au Bip Bopper la place qu’on lui devait au Panthéon du rock. Bien avant le premier film promotionnel de la chanson « Travelin’ Man » de Ricky Nelson, en 1961, le Big Bopper, qui comptait s’orienter vers une carrière de producteur, avait déjà réalisé une vidéo pour « Chantilly Lace », en 1958, utilisant même le terme « music video » dans un article paru peu avant sa mort.

Persuadé que l’image et la télévision étaient promis à jouer un grand rôle dans la promotion musicale, il avait dans l’idée de concevoir un Jukebox qui jouerait des vidéos, ancêtres de ce que nous appelons aujourd’hui des clips.

buddy

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