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Yoko Ono ressort « It’s Alright (I See Rainbows) » : l’album où Sean réveille sa mère revient enfin en vinyle

Sommaire

Ce que Secretly Canadian met en vente le 18 septembre 2026

L’annonce

Le 5 août 2026, un courriel signé conjointement Secretly Canadian et Chimera Music est parti vers les listes de diffusion des disquaires indépendants et des sites spécialisés. Son contenu tient en une phrase : It’s Alright (I See Rainbows), sixième album solo de Yoko Ono, publié à l’automne 1982, sera remis en vente le vendredi 18 septembre 2026 en versions CD et numérique augmentées, ainsi qu’en vinyle — pour la première fois depuis plus de quarante ans — avec une iconographie enrichie.

Pour un catalogue qui a passé sept ans à l’arrêt complet, la nouvelle vaut davantage qu’une simple ligne de calendrier. Elle signifie que le grand chantier de réédition entamé en 2016, longtemps suspendu, a effectivement repris son cours. Season of Glass est sorti le 17 juillet 2026. It’s Alright suit deux mois plus tard. Restent, sur les onze albums annoncés à l’origine, deux titres non traités : A Story (enregistré en 1974, resté inédit jusqu’en 1997) et Starpeace (1985).

Les formats

L’édition 2026 se décline en quatre objets distincts, sur le modèle exact appliqué à Season of Glass deux mois plus tôt :

  • Vinyle noir, avec la séquence originale de 1982 en dix titres, cinq par face ;
  • Vinyle blanc en quantités limitées, la couleur devenue signature de la collection depuis les premières livraisons de 2016 ;
  • CD augmenté, qui ajoute deux titres à la séquence d’origine ;
  • Numérique augmenté, aligné sur le CD.

Un détail mérite l’attention des collectionneurs, et il n’est pas anodin : dans les premières livraisons du Reissue Project, l’acheteur du vinyle recevait un code de téléchargement donnant accès aux bonus. Ce n’est plus le cas. Sur Season of Glass, les observateurs les plus attentifs de la collection ont constaté que seul le CD embarque le supplément. Autrement dit, l’amateur qui veut à la fois l’objet vinyle et l’intégralité du contenu devra acheter deux fois. C’est un choix éditorial assumé — et une source de frustration légitime.

La séquence

Le disque conserve intégralement l’architecture de 1982, ce qui n’a rien d’évident pour une réédition dite « augmentée ». Face A : « My Man », « Never Say Goodbye », « Spec of Dust », « Loneliness », « Tomorrow May Never Come ». Face B : « It’s Alright », « Wake Up », « Let the Tears Dry », « Dream Love », « I See Rainbows ».

Cette fidélité au découpage originel n’est pas une coquetterie. It’s Alright est l’un des rares albums de deuil dont la structure en deux faces porte le sens. Yoko Ono l’a expliqué elle-même dès 1983 : la face A descend, la face B remonte. Casser cet ordre reviendrait à casser le récit. Les deux bonus sont donc renvoyés en fin de CD, après « I See Rainbows », et n’apparaissent pas du tout sur le vinyle.

Les deux titres supplémentaires

« Forgive Me My Love » et « Dream Love (Live in Budapest) » complètent l’édition CD et numérique. Le premier est une chute de studio dont l’histoire remonte plus loin qu’on ne le croit ; le second est une captation de concert dont le contexte géopolitique est, à lui seul, une histoire. Nous y revenons en détail plus bas.


Trois anomalies dans le dossier de presse

Avant d’aller plus loin, il faut faire un sort à ce que le communiqué contient — et à ce qu’il ne dit pas. Le texte diffusé par le label présente trois points qui, repris en boucle par la presse et par les fiches produit des disquaires, ont installé des approximations qu’il est facile de corriger.

La date fantôme du 28 août

Le paragraphe de présentation diffusé aux revendeurs annonce noir sur blanc que l’album « sortira le 28 août 2026 ». Or toutes les fiches de vente, y compris celles qui reproduisent ce paragraphe mot pour mot, précisent immédiatement en dessous : disponible le vendredi 18 septembre. Le même document se contredit donc à trois lignes d’intervalle, et des dizaines de sites marchands britanniques, irlandais et américains ont publié la contradiction sans la voir.

L’explication la plus vraisemblable est prosaïque : le 28 août correspond probablement à une date de sortie initialement calée puis repoussée, le texte de présentation n’ayant pas été mis à jour lors du glissement. On notera au passage que le même service marketing avait laissé passer, sur la page Bandcamp de Season of Glass, une mention de « 35e anniversaire » là où il fallait lire 45e. Deux coquilles en deux mois sur la même collection : la rigueur documentaire n’est pas le point fort de cette campagne.

Pour le lecteur français, la seule date à retenir est donc le vendredi 18 septembre 2026.

« La première fois en plus de quarante ans » : exact, mais à préciser

La formule du label est juste, et il faut le dire, car elle a été contestée ici ou là. L’album de 1982 n’a effectivement jamais été repressé en vinyle depuis ses tirages d’époque. On lit parfois qu’il aurait été réédité en 2017 dans le cadre du Yoko Ono Reissue Project : c’est une confusion. La deuxième vague du projet, en 2017, concernait Fly, Approximately Infinite Universe et Feeling the Space, tous des disques des années 1970. Les albums des années 1980 appartenaient au troisième groupe, dont un seul élément a vu le jour — le coffret Unfinished Music No. 3: Wedding Album, en 2019 — avant l’arrêt du chantier.

Ce que la période 2017-2019 a apporté à It’s Alright, ce n’est pas un vinyle : c’est une disponibilité numérique. Nuance importante, et qui explique le troisième point.

« Disponible en streaming pour la première fois » : de quoi parle-t-on ?

Le label indique que « Never Say Goodbye » arrive sur les plateformes pour la première fois. La formulation surprend, puisque le titre figure sur un album lui-même accessible en écoute depuis plusieurs années. La lecture la plus cohérente — et nous la donnons comme hypothèse argumentée, non comme fait établi — est que la version disponible jusqu’ici était le remixage réalisé en 1997 pour l’édition Rykodisc, et que ce qui arrive aujourd’hui est le mixage original de 1982, remasterisé en 2026.

Le précédent immédiat conforte cette lecture : lors de la réédition de Season of Glass en juillet, le label avait employé exactement la même formule à propos de « Walking on Thin Ice ». Or ce titre, publié en single en février 1981, ne figurait pas sur la séquence originale de l’album — il n’a donc jamais eu d’existence numérique rattachée à ce disque. Le cas de « Never Say Goodbye » est différent, et l’usage de la même phrase pour deux situations distinctes brouille le message.

Nous invitons donc les collectionneurs à comparer eux-mêmes, à l’oreille, la version mise en ligne en août 2026 et celle qui circulait auparavant. C’est le genre de vérification que la presse musicale ne fait plus, et que le public fait très bien.


« Never Say Goodbye » : le retour d’un single fantôme

Une chanson construite comme un cauchemar dont on sort

De tout l’album, « Never Say Goodbye » est le titre le plus spectaculairement fabriqué. Yoko Ono a raconté, dans les notes de pochette du coffret Onobox publié par Rykodisc en 1992, avoir empilé quatre-vingt-une pistes sur ce seul morceau. Le chiffre est à prendre pour ce qu’il est — un ordre de grandeur donné dix ans après les faits — mais il dit l’essentiel : à une époque où les consoles n’étaient pas encore automatisées, elle et son ingénieur ont dû piloter le mixage à quatre mains, en direct, comme on pilote un avion. Elle a elle-même comparé l’expérience à une séance de 1969 à Abbey Road, où John et elle tendaient physiquement la bande à travers la pièce pour fabriquer un effet de trains qui se croisent.

Le morceau est un objet de studio, donc, mais un objet de studio au service d’une dramaturgie très simple. La chanson intègre un extrait sonore de la voix de John Lennon criant le prénom de sa femme — un fragment prélevé sur Wedding Album, l’album-objet de 1969. Ce cri est immédiatement suivi de la voix de Sean réveillant sa mère. La séquence est limpide : le mort appelle, l’enfant réveille, le cauchemar se dissout.

C’est, en trois secondes de montage, tout le programme de l’album.

Le clip signé Peter Bogdanovich

La vidéo mise en ligne par le label pour accompagner la remasterisation de 2026 est créditée au réalisateur Peter Bogdanovich (1939-2022), auteur de The Last Picture Show et de Paper Moon. Le nom a de quoi surprendre dans un dossier Yoko Ono.

Il y a ici un point de vigilance que nous signalons franchement plutôt que de le passer sous silence. Les bases de données filmographiques recensent bien un objet intitulé Never Say Goodbye AIDS Benefit by Yoko Ono, réalisé par Bogdanovich, avec les acteurs Tate Donovan et Eric Stoltz — mais elles le datent de 1995, et le rattachent non pas à l’album de 1982 mais à la version de la chanson issue de New York Rock, la comédie musicale off-Broadway de Yoko Ono créée en 1994 et dont la bande originale intègre le titre.

Autrement dit : le clip diffusé en 2026 pour vendre un enregistrement de 1982 est, selon toute vraisemblance, un film de 1995 conçu pour une autre version de la même chanson, dans le cadre d’une opération caritative liée à la lutte contre le sida. Cela n’a rien d’un scandale — le recyclage d’archives visuelles est la norme dans les campagnes de réédition — mais cela mérite d’être dit, parce que la présentation actuelle laisse croire à une pièce d’époque.

Nous formulons cette observation avec prudence : nous n’avons pas pu obtenir de confirmation du label sur l’origine exacte des images utilisées en 2026. Si un lecteur dispose d’une information de première main, la rédaction est preneuse.


Yoko Ono en 1982 : deux ans après le Dakota

Ce que « deux ans après » veut dire

Il faut se replacer dans le calendrier réel. John Lennon est assassiné devant l’immeuble du Dakota, sur la 72e rue Ouest, le lundi 8 décembre 1980. Season of Glass sort en juin 1981 : sept mois. L’album est un cri, au sens presque technique du terme — on l’a très tôt rapproché des disques de « primal scream » que le couple avait enregistrés en 1970. Sa pochette montre les lunettes ensanglantées de Lennon, telles qu’elles avaient été rendues à sa veuve par l’hôpital. David Geffen, patron du label, avait supplié qu’on change cette image ; les disquaires avaient menacé de ne pas stocker le disque. Elle n’a pas cédé.

It’s Alright (I See Rainbows) arrive dix-sept mois plus tard. Et c’est là que se loge le malentendu que quarante-quatre ans n’ont pas dissipé.

Le contresens du « disque optimiste »

La lecture paresseuse veut que Season of Glass soit le disque du deuil et It’s Alright celui de la guérison. Cette lecture est fausse, et Yoko Ono a passé des années à l’expliquer.

Ce qu’elle en disait en 1983 est sans ambiguïté : le disque est un journal intime, une manière de dire aux autres qu’ils ont probablement les mêmes émotions qu’elle. Autour du 8 décembre — la date revient dans son propos comme un pivot —, elle se sent lourde, écrasée ; puis vient la face deux, et « c’est bon ». Ce basculement, elle l’attribue explicitement à son fils, qui vient la secouer en lui disant de se réveiller, comme un ange serait entré dans la chambre.

Neuf ans plus tard, dans les notes d’Onobox, elle a précisé quelque chose de bien plus dur, et qui devrait clore le débat : la période d’It’s Alright a été, pour elle, plus difficile que celle de Season of Glass. Sur le premier disque, elle hurlait. Sur le second, il fallait marcher et parler normalement en sachant qu’à l’intérieur, une horloge s’était arrêtée en 1980.

Le sourire de It’s Alright n’est pas un rétablissement. C’est une discipline. La différence est considérable.

Les circonstances matérielles de l’enregistrement

On oublie systématiquement ce détail lorsqu’on parle de ce disque : il a été enregistré par une femme qui se cachait.

Dans les mois qui suivent la mort de Lennon, Yoko Ono et son fils font l’objet de menaces. Des rôdeurs, des courriers, des alertes. La biographe Madeline Bocaro, dont l’ouvrage In Your Mind constitue à ce jour la somme la plus détaillée sur la carrière musicale de l’artiste, rapporte que mère et fils ont dû se réfugier dans des hôtels, dans plusieurs villes et plusieurs pays, ce qui a interrompu à plusieurs reprises le travail en studio.

Yoko Ono a raconté qu’une alerte à la bombe avait entraîné la consigne de ne pas approcher du studio, et que c’est précisément dans une chambre d’hôtel, confinée, qu’elle a écrit la chanson « It’s Alright » — comme une prière. Le titre le plus solaire de l’album a donc été composé dans une pièce d’hôtel par une femme à qui l’on venait d’expliquer que son lieu de travail pouvait exploser.

Elle a fini par y retourner malgré l’avertissement, expliquant simplement qu’elle ne pouvait pas se cacher toute sa vie.


Dans les murs du Hit Factory : fusils de chasse et pistolet à rayons

Le studio et l’équipe

L’album est enregistré et mixé au Hit Factory, à New York — le même studio que Double Fantasy et Season of Glass, ce qui n’est évidemment pas neutre. Le matriçage est confié à Sterling Sound, autre adresse new-yorkaise canonique. À l’ingénierie : Jon Smith, assisté de John Davenport ; Brian McGee en ingénieur associé, assisté de Peter Millius.

Yoko Ono signe les paroles, la musique, les arrangements et la production de la totalité du disque. Sur ce point, la fiche technique est d’une clarté absolue : il n’y a pas de coproducteur, pas d’arrangeur extérieur, pas de directeur artistique. C’est un disque entièrement tenu par une seule personne — ce qui, en 1982, pour une femme de quarante-neuf ans dans l’industrie du disque américaine, n’est pas un détail biographique mais un fait remarquable.

Les musiciens

L’effectif réuni est celui de la scène de session new-yorkaise haut de gamme de l’époque, avec plusieurs vétérans directement issus de l’orbite Lennon :

Poste Musiciens
Chant principal et harmonies Yoko Ono
Claviers, piano, synthétiseurs Paul Griffin, Michael Holmes, Paul Shaffer
Synthétiseurs Pete Cannarozzi
Guitares Elliott Randall, John Tropea
Basse Neil Jason
Batterie Yogi Horton, Allan Schwartzberg
Percussions Rubens Bassini, David A. Friedman, Sammy Figueroa, Roger Squitero
Tabla Badal Roy
Tuba, saxophone baryton Howard Johnson
Chœurs Gordon Grody, Kurt Yahjian, Carlos Alomar

Deux noms méritent d’être soulignés pour le lecteur francophone. Carlos Alomar, aux chœurs, est le guitariste rythmique et directeur musical de David Bowie depuis Young Americans — c’est lui qui a co-écrit « Fame » avec Bowie et Lennon en 1975. Sa présence ici est une passerelle discrète entre deux mondes. Paul Shaffer, aux claviers, deviendra dans les années suivantes le chef d’orchestre de David Letterman, c’est-à-dire l’un des visages les plus familiers de la télévision américaine.

Certaines sources élargissent la liste en y intégrant Hugh McCracken, Steve Love, Tony Levin, Wayne Pedziwiatr et jusqu’à John Lennon lui-même à la guitare. Cette extension provient d’une confusion entre les crédits de l’album et ceux d’un bonus issu des séances de Milk and Honey ajouté à une édition CD ultérieure. Le noyau de 1982 est bien celui du tableau ci-dessus.

La trouvaille : des armes en guise de rythmique

C’est ici que It’s Alright cesse d’être un disque de variété new-yorkaise pour redevenir un disque d’artiste conceptuelle.

Yoko Ono a expliqué avoir voulu, sur cet album, fabriquer des sons nouveaux. Elle a pour cela utilisé des fusils de chasse pour marquer le contretemps. Elle a apporté au studio le pistolet à rayons en plastique de Sean pour en faire une piste rythmique. Un musicien a apporté un tube en plastique — un de ces tuyaux ondulés que l’on fait tourner et qui sifflent — pour produire le vent qui traverse « Let the Tears Dry ». Sean, qui avait six ou sept ans, jouait avec dans le studio.

Ce qui frappe dans son récit, c’est moins l’inventaire que la remarque qui l’accompagne : elle s’attendait, dit-elle, au ricanement habituel des musiciens et des ingénieurs, celui qu’elle avait subi chaque fois qu’elle avait tenté quelque chose d’inhabituel. Cette fois, personne ne s’est moqué. Sa conclusion est l’une des phrases les plus citées de sa carrière : on était en 82, et elle avait l’impression d’être enfin en phase avec le monde.

Il faut mesurer le renversement. En 1970, cette femme se faisait huer. En 1982, elle enregistre des coups de feu comme percussions et l’équipe trouve ça normal — parce qu’entre-temps, le post-punk, la new wave et la musique industrielle ont fait le travail. Le monde ne l’a pas rattrapée par gentillesse : il l’a rattrapée parce qu’elle avait dix ans d’avance.

Reste que le choix de l’arme à feu, sous la plume de la veuve d’un homme abattu de cinq balles vingt mois plus tôt, ne peut évidemment pas se lire comme une simple recherche timbrale.


Les dix chansons, une par une

« My Man »

Ouverture en fausse insouciance. Le morceau tient de la chanson d’amour des années 1950 passée au filtre synthétique de 1982 : syndrums, claviers cristallins, refrain scandé. C’est le titre choisi comme premier single, et l’on comprend pourquoi — c’est le plus immédiatement radiophonique du lot.

L’origine du titre est domestique et émouvante. Yoko Ono a raconté que la chanson s’appelait initialement « My Papa », parce qu’elle désignait John par ce mot quand elle parlait de lui à ses amis japonais, de la même manière que John s’était mis à l’appeler « Mother » après la naissance de Sean. John avait objecté qu’une chanson portait déjà ce titre et proposé « My Old Man ». Ça n’allait pas non plus. Ils avaient ri. La chanson est restée en attente, et c’est au moment de l’enregistrement, deux ans après sa mort, qu’elle est devenue « My Man ».

Une chanson d’amour dont le titre définitif a été arrêté en l’absence de celui qui en discutait le titre provisoire : tout l’album est là.

« Never Say Goodbye »

Traitée plus haut. Sur le plan musical, c’est le sommet de production du disque : une intro dont la parenté avec Talking Heads a souvent été relevée, une nappe d’effets percussifs, une spatialisation très travaillée, et ce montage voix-fantôme / voix-enfant qui constitue le cœur battant de l’album. La presse professionnelle américaine avait salué, dès 1983, l’usage de bruits naturels — abeilles, oiseaux — pour installer une atmosphère à la fois mystique et inquiétante.

« Spec of Dust »

Le titre le plus étrange et, pour beaucoup d’auditeurs, le plus beau. C’est ici qu’intervient le pistolet à rayons de Sean, transformé en élément rythmique. Le texte installe une scène nocturne — insomnie, lit, pensée qui s’échappe vers l’échelle cosmique — et pose une question qui ne se referme pas : pourquoi manquer à ce point quelqu’un qui n’est, à l’échelle de l’univers, qu’un grain de poussière parmi des milliards d’étoiles ?

La réponse implicite est que l’univers n’est pas un décor mais un troisième partenaire dans cette relation. C’est une idée profondément cohérente avec l’œuvre conceptuelle de Yoko Ono depuis Grapefruit (1964) : l’instruction, le ciel, l’échelle, la disproportion assumée entre le geste minuscule et l’espace infini.

Le morceau connaîtra une seconde vie : il est repris dans New York Rock, la comédie musicale de 1994.

« Loneliness »

Le seul titre de l’album qui ne date pas de la période. Il a été écrit en 1974, pour un album alors intitulé A Story que les circonstances ont laissé dans les cartons — il ne paraîtra qu’en 1997. La version de 1974, enregistrée avec le Plastic Ono Super Band, a refait surface en 1992 sur le coffret Onobox.

Réenregistrée en 1982, la chanson devient tout autre chose. Le texte est le plus désespéré du répertoire de son autrice : elle affirme pouvoir endurer à peu près n’importe quoi, sauf la solitude. Yoko Ono avait dit à la journaliste Caroline Coon, en 1974, que la solitude était ce qui l’avait le plus affectée, et que John et elle étaient deux personnes réglées sur l’existence solitaire l’une de l’autre.

Que cette chanson de 1974, écrite pendant la séparation dite du « lost weekend », soit réactivée en 1982 après un veuvage, donne une profondeur de champ vertigineuse au disque. Ce n’est pas la même solitude. C’est le même mot.

« Tomorrow May Never Come »

Titre le plus dansant de la face A, et le plus contradictoire : une mélodie franchement entraînante sur un propos qui tient de l’avertissement funèbre. Hier peut nous marquer à jamais, aujourd’hui peut ne jamais être trouvé, demain peut ne jamais venir : reste l’instant, le vent, le ciel, et le fait d’être tenu tant que les lèvres sont encore tièdes.

La formule finale — l’étreinte pendant que le corps est encore chaud — n’est évidemment pas une image abstraite chez une femme qui a vu son mari mourir. C’est la chanson la plus brutale du disque, déguisée en tube.

Elle sera elle aussi reprise dans New York Rock.

« It’s Alright »

Le pivot. Premier titre de la face B, et donc premier pas de la remontée. La chanson a été écrite dans une chambre d’hôtel, sous protection, après une alerte à la bombe. Yoko Ono l’a explicitement décrite comme une prière plutôt que comme une déclaration.

Son mécanisme est celui du mantra : répéter que tout ira bien jusqu’à ce que ce soit vrai. Elle y réintègre d’ailleurs son mantra fondateur, le « yes » qu’elle avait inscrit au plafond de l’Indica Gallery en 1966 et que John Lennon avait dû grimper à une échelle pour lire à la loupe — le mot qui a littéralement décidé de leur rencontre.

Il y a une continuité de dix-huit ans, ici, entre une œuvre conceptuelle de galerie londonienne et une chanson de deuil enregistrée à Manhattan. Peu de gens l’ont relevée.

« Wake Up »

Le titre le plus important pour comprendre l’album, et paradoxalement l’un des moins commentés. Reggae doux, ouverture sur des bruits de baisers, ton maternel : Yoko Ono chante à son fils de six ans, orphelin de père, et par-dessus son épaule au reste du monde.

C’est la mise en musique littérale de l’épisode qu’elle raconte : Sean venant la secouer, « réveille-toi, maman ». Elle en a parlé comme d’un ange entré dans la pièce. Et la suite de la face B déroule exactement la phrase qu’elle en tire : se réveiller, rêver l’amour, laisser sécher les larmes, voir des arcs-en-ciel.

Autrement dit, les quatre derniers titres de l’album — « Wake Up », « Let the Tears Dry », « Dream Love », « I See Rainbows » — ne sont pas quatre chansons juxtaposées. C’est une seule phrase, découpée en quatre plages. L’ordre du disque est l’ordre du réveil. Aucune compilation, aucune playlist ne peut restituer cela : il faut la face B, dans l’ordre, du début à la fin.

C’est l’argument le plus fort en faveur de la réédition vinyle.

« Let the Tears Dry »

Le titre le plus lourd de l’album, et le plus dérangeant sur le plan sonore. Il s’ouvre et se ferme sur des coups de feu.

Ce qui suit est pourtant un gospel de célébration, avec cette gravité mélancolique qu’on associe à « Amazing Grace ». La lecture proposée par Madeline Bocaro est convaincante : ces détonations ne sont pas un effet de choc mais une salve d’honneur, le salut militaire rendu à un soldat tombé. C’est une cérémonie funèbre déguisée en chanson pop.

C’est aussi sur ce titre qu’intervient le tube de plastique tournoyant apporté par un musicien, qui produit le sifflement atmosphérique traversant tout le morceau. La cohabitation, dans un même enregistrement, d’un jouet pour enfant et d’une salve funéraire résume l’album mieux que n’importe quelle chronique.

« Let the Tears Dry » figurera en face B du premier single.

« Dream Love »

Le morceau le plus apaisé du disque, et celui qui deviendra le plus important en concert. Il s’ouvre sur une scène de plage : oiseaux du littoral, ressac. Le propos est celui, constant chez Yoko Ono depuis les années 1960, de la puissance du rêve — rêver ensemble, rêver pour de bon.

La parenté avec « #9 Dream » de John Lennon (1974) est évidente et probablement volontaire : même flottement, même impression de dérive douce, même façon de traiter la voix comme un élément de paysage plutôt que comme un premier plan.

C’est ce titre qui revient dans l’édition 2026, en version scénique, capté à Budapest.

« I See Rainbows »

Clôture. Chanson d’espoir, mais d’un espoir qui refuse deux postures nommément : celle du terroriste et celle du survivaliste. Ni la destruction, ni le repli — la survie collective. Le texte se termine sur l’idée d’un envoi : des arcs-en-ciel, des pensées, adressés à d’autres.

L’origine du titre relève d’une histoire que Yoko Ono a racontée au magazine High Times en mai 1983, et qui est trop belle pour être passée sous silence. Pendant l’écriture de la chanson, dit-elle, elle voyait des arcs-en-ciel. Personne ne savait qu’elle travaillait sur ce thème, hormis l’équipe du studio. Or le courrier qu’elle recevait alors — abondant, et dont elle disait la gratitude — comportait, lui aussi, des arcs-en-ciel. Elle a interprété la coïncidence comme un signal.

Elle ajoutait, dans le même entretien, une phrase qui vaut méthode : pendant cet été-là, sa vie était traversée d’épisodes effrayants et elle se sentait totalement paniquée ; elle a décidé de retourner la situation, de « changer de chaîne », et s’est mise à écrire la liste de ce dont elle était reconnaissante.

Écrire un album pour ne pas sombrer : c’est exactement ce que le disque est.


Les deux bonus : une chute de Double Fantasy et un soir à Budapest

« Forgive Me My Love »

Le premier bonus est une chanson dont la trajectoire éclaire une zone mal connue du travail du couple Lennon-Ono.

« Forgive Me My Love » a été enregistrée une première fois pendant les séances de Double Fantasy, en 1980. Elle n’a pas été retenue. Yoko Ono l’avait écrite pour un projet de comédie musicale que John et elle avaient en tête — un projet qui ne verra jamais le jour sous cette forme, mais dont on peut légitimement penser qu’il a nourri, quatorze ans plus tard, New York Rock.

La chanson refait surface pendant les séances d’It’s Alright en 1982, où elle est de nouveau écartée. Sa première publication officielle intervient en 1992, sur le coffret Onobox de Rykodisc. Son intégration au CD de 2026, en position 11, la rattache donc pour la première fois à un album à part entière.

Elle a connu une vie inattendue en 2016, lorsque le groupe américain Death Cab for Cutie l’a réinterprétée pour Yes, I’m a Witch Too, deuxième volet d’une série d’albums de collaborations et de remixes autour du répertoire de Yoko Ono.

« Dream Love (Live in Budapest) »

Le second bonus est un enregistrement public daté de mars 1986, capté au Hungexpo de Budapest.

Il faut ici prévenir le lecteur d’une petite divergence de sources : la date du concert est donnée au 14 mars 1986 par la plupart des références, dont les fiches de l’encyclopédie anglophone et les archives de setlists ; certaines publications, dont le site de Madeline Bocaro, mentionnent le 15 mars. La différence est mince mais elle existe, et il n’y a pas, à notre connaissance, de document tranchant. Nous retenons le 14 mars comme date la mieux étayée, en signalant l’incertitude.

Le morceau retenu n’est pas anodin dans le déroulé du concert : lors de cette tournée, « Dream Love » était systématiquement précédé de « I See Rainbows ». Deux titres de l’album de 1982, consécutifs, au cœur d’un spectacle censé promouvoir un disque de 1985. C’est le signe que ces chansons-là étaient devenues, pour leur autrice, le socle de son répertoire scénique.


Budapest 1986 : chanter derrière le rideau de fer

L’ajout de cette captation hongroise mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle documente l’épisode le plus sous-estimé de la carrière de Yoko Ono.

Une tournée de bonne volonté, autofinancée

En 1986, Yoko Ono part en tournée mondiale pour défendre Starpeace, album paru le 18 février 1985 — le jour de ses cinquante-deux ans. La particularité de cette tournée tient en deux décisions.

Première décision : elle refuse tout parrainage commercial et finance elle-même l’ensemble de l’opération. En 1986, au sommet de l’ère du concert sponsorisé, c’est un choix idéologique coûteux et parfaitement cohérent avec le message de l’album.

Seconde décision : elle oriente l’itinéraire principalement vers les pays d’Europe de l’Est, ceux qu’elle estimait avoir le plus besoin d’un message de paix. Nous sommes en 1986. Le mur de Berlin est debout. La Hongrie est un État du bloc socialiste. Les dates américaines prévues, elles, seront repoussées puis purement et simplement annulées faute de ventes de billets.

Le contraste est saisissant : la veuve de John Lennon ne parvient pas à remplir des salles aux États-Unis, et joue à guichets fermés à Budapest.

Le concert

Le passage hongrois est documenté comme un succès complet. Le programme mêlait les titres de Starpeace (« Hell in Paradise », « Sky People », « I Love All of Me », le morceau-titre), des chansons de It’s Alright (« I See Rainbows », « Dream Love »), et se refermait sur deux reprises que le public attendait évidemment : « Imagine » et « Give Peace a Chance ».

Le groupe qui l’accompagnait à Budapest réunissait Jimmy Rip à la guitare, Leigh Foxx à la basse, Mark Rivera et Phil Ashley aux claviers, Benny Gramm à la batterie et Steve Scales aux percussions.

Deux captations de ce concert avaient déjà été publiées, à la faveur des rééditions Rykodisc de 1997 : une version d’« Imagine » ajoutée en bonus à Starpeace, et une version a cappella de « Now or Never » ajoutée à A Story. La bande de Budapest était donc déjà connue des spécialistes — mais « Dream Love » n’en avait jamais été extrait.

Ce que cela signifie pour la réédition

Sur le plan éditorial, le choix est fin. Plutôt que d’ajouter une démo ou un remixage supplémentaire, le label complète l’album de 1982 par la preuve que ses chansons ont vécu ailleurs qu’en studio : dans une salle d’exposition hongroise, devant un public de l’autre côté du rideau de fer, trois ans et demi avant sa chute.

L’album du réveil personnel devient, pour quatre minutes, un disque politique.


Singles, classements, réception critique

Les dates de sortie : un petit casse-tête

L’un des exercices les plus ingrats du travail discographique consiste à établir la date de parution d’un album de 1982. Pour It’s Alright, les sources ne s’accordent pas :

Source Date indiquée
Encyclopédie anglophone 2 novembre 1982
Site officiel Imagine Peace 1er novembre 1982
Madeline Bocaro, In Your Mind 29 novembre 1982
Fiches discographiques britanniques (jpgr) 16 décembre 1982 (Royaume-Uni)

Ces écarts s’expliquent par la nature même de l’objet : une date de sortie américaine, une date de sortie britannique, une date de mise en fabrication et une date de mise en rayon effective ne coïncident jamais tout à fait, surtout à cette époque. Nous retiendrons donc, pour la clarté : automne 1982, novembre pour les États-Unis, décembre pour le Royaume-Uni, sans prétendre trancher au jour près.

Les singles

« My Man » paraît le 1er novembre 1982 aux États-Unis (Polydor PD 1-6364 pour la référence album ; le 45 tours porte sa propre référence) et le 26 novembre au Royaume-Uni, avec « Let the Tears Dry » en face B. Certains exemplaires américains sont vendus avec un autocollant ovale annonçant le « single à succès », formule d’un optimisme que les faits ne valideront pas.

« Never Say Goodbye » suit le 25 janvier 1983 en 45 tours (avec « Loneliness » en face B, 3’23 et 3’21), puis le 22 février 1983 en maxi 45 tours avec des remixages allongés — 4’27 pour la face A. Le titre obtient un peu de passage en radio, ce qui, dans le contexte, constitue déjà une victoire.

Un détail de discographie mérite d’être signalé aux collectionneurs français : « Never Say Goodbye » a également été utilisé comme face B du maxi britannique de « Borrowed Time », single posthume de John Lennon paru en 1984. Le titre a donc circulé bien au-delà de son album d’origine.

Les classements

It’s Alright (I See Rainbows) atteint la 98e place du classement des albums américains. Il n’entre pas au classement britannique.

Il faut mettre ce chiffre en perspective. Season of Glass, l’année précédente, avait atteint la 49e place — le meilleur classement de toute la carrière solo de Yoko Ono. Le second disque perd donc quarante-neuf places. La lecture cynique consisterait à dire que le public avait acheté le disque des lunettes ensanglantées par curiosité morbide et n’est pas revenu pour le disque du réveil.

La lecture plus juste est probablement celle-ci : Season of Glass a bénéficié d’une attention médiatique mondiale liée à l’événement ; It’s Alright, sorti dix-sept mois plus tard, était un disque de Yoko Ono jugé comme tel — et être jugée comme telle, en 1982, en Amérique, signifiait encore être la femme accusée d’avoir séparé les Beatles.

La critique

L’accueil britannique a été notablement plus favorable que l’accueil commercial. Les fiches discographiques d’outre-Manche notent explicitement que le disque a été bien reçu par la presse musicale britannique.

Aux États-Unis, la formule la plus reprise depuis — au point que le label la remet en avant en 2026 — décrit un album aventureux, luxuriant, relevant d’un avant-gardisme engagé et convaincant. La citation est attribuée à Rolling Stone.

Le disque a également été replacé, dans les années suivantes, dans une double filiation : les chœurs des groupes de filles des années 1960 d’un côté, l’expérimentation synthétique des années 1980 de l’autre. C’est un cadrage juste, et il explique pourquoi ce disque, longtemps considéré comme le plus mineur de la série, a été redécouvert par une génération d’auditeurs venus de la pop électronique.


La pochette : le fantôme de Central Park

L’iconographie de It’s Alright prolonge celle de Season of Glass selon un principe de variation.

Le dos de la pochette montre une photographie contemporaine de Yoko et Sean à Central Park — en couleurs. Et sur cette image, en noir et blanc, en transparence, John Lennon, présent comme un fantôme bienveillant qui vient compléter la famille. Sean, sur cette photo, a visiblement grandi depuis la mort de son père : c’est précisément ce que l’image raconte.

Les photographies sont dues à Bob Gruen, photographe attitré du couple depuis les années new-yorkaises.

Deux observations s’imposent.

La première est esthétique. Là où Season of Glass montrait un objet — les lunettes, le sang, la preuve —, It’s Alright montre une présence. On passe de la relique au spectre. C’est exactement le mouvement que le disque opère musicalement.

La seconde est plus troublante, et c’est Madeline Bocaro qui l’a relevée : sur la réédition en CD, l’image transparente de John a disparu. Le fantôme s’est effacé de la pochette. Nul ne sait s’il s’agit d’un choix ou d’un accident de fabrication lié à la réduction du format et à la reprise des fichiers. Mais pour un disque qui parle précisément de la manière dont un mort s’estompe sans jamais s’en aller, la coïncidence est presque insupportable.

La réédition 2026 promet une iconographie « augmentée et enrichie ». C’est un point à vérifier dès réception : le fantôme est-il de retour ?


Les vies successives d’un disque : Ryko, remixes et mixages perdus

L’histoire discographique de It’s Alright est plus compliquée que celle de la plupart des albums de son époque, et cette complication est directement pertinente pour qui achètera la réédition.

1992 : Onobox

Rykodisc publie un coffret rétrospectif en six disques, Onobox, accompagné de notes de pochette rédigées par Yoko Ono elle-même. Ces notes constituent, aujourd’hui encore, la source primaire la plus riche sur les circonstances de fabrication de ses albums — la quasi-totalité des citations que l’on lit partout à propos d’It’s Alright en sont extraites.

Le coffret présente une sélection de titres de l’album de 1982 : c’est la première fois que ces chansons paraissent en CD. C’est également par ce biais que « Forgive Me My Love » est publiée pour la première fois.

L’accueil favorable réservé à Onobox est d’ailleurs ce qui décidera Yoko Ono à réactiver sa carrière musicale — elle n’avait plus publié d’album depuis près de dix ans. Suivront Rising (1995) et une tournée avec le groupe Ima, où son fils tient la guitare.

1997 : la réédition Rykodisc

En 1997, Rykodisc réédite onze albums de Yoko Ono en CD, avec bonus. It’s Alright paraît le 26 août 1997 sous la référence RCD 10422.

Et c’est ici qu’intervient le point technique décisif : cette édition n’utilise pas les mixages de 1982. L’album a été intégralement remixé par Yoko Ono et Rob Stevens, avec un travail d’édition numérique confié à Paul Goodrich.

Les conséquences sont importantes et rarement signalées :

  • Les mixages vinyle d’origine n’ont, à ce jour, jamais été publiés en CD.
  • Sur « Wake Up », la partie vocale du CD Ryko est différente de celle du 33 tours.
  • Deux titres bonus sont ajoutés : une version voix-piano de « Beautiful Boys » — la chanson figurant en version achevée sur Double Fantasy — et une version de « You’re the One » issue des séances de Milk and Honey.

Ce dernier bonus recèle une curiosité pour les oreilles attentives : son ouverture musicale deviendra, des années plus tard, la phrase d’introduction de « It’s Time for Action », sur l’album Blueprint for a Sunrise (2001).

Le même traitement avait été appliqué à Starpeace : la réédition Ryko de 1997 utilise elle aussi de nouveaux mixages, les mixages d’origine n’ayant connu de sortie CD qu’au Japon en 1985.

Ce que cela implique pour l’édition 2026

C’est le point le plus important de cet article pour un collectionneur, et il faut le dire clairement.

Si la réédition 2026 est bien, comme le laisse entendre la mention « 2026 Remaster » accolée à « Never Say Goodbye », une remasterisation à partir des bandes de 1982, alors elle rend disponibles pour la première fois depuis quarante-quatre ans les mixages d’origine, que trois générations d’auditeurs n’ont pu entendre qu’en écoutant un exemplaire vinyle d’époque.

Ce serait, discographiquement, la véritable nouvelle de cette réédition — bien davantage que les deux bonus. Nous formulons cela au conditionnel parce que le label ne le précise nulle part explicitement. C’est la première chose à vérifier à l’écoute.


Le Yoko Ono Reissue Project : chronique d’un chantier de dix ans

L’ambition de 2016

En septembre 2016, Secretly Canadian — label indépendant de Bloomington, dans l’Indiana — annonce un partenariat avec Chimera Music, la structure fondée par Sean Ono Lennon, pour rééditer onze albums couvrant la production de Yoko Ono de 1968 à 1985.

Le calendrier est calé sur un anniversaire : les cinquante ans de l’ouverture de l’Indica Gallery à Londres, où John et Yoko se sont rencontrés en novembre 1966.

Le cahier des charges annoncé est exigeant : reconstitution minutieuse des pochettes vinyle d’origine, exploration des archives photographiques inédites, remasterisation intégrale. Et surtout, une promesse : rendre ces disques disponibles en numérique pour la première fois, alors que la seule campagne de rééditions antérieure, celle de Rykodisc dans les années 1990, était exclusivement en CD.

Le projet devait se dérouler en trois groupes :

Groupe Albums Statut
1 Unfinished Music No. 1: Two Virgins (1968), Unfinished Music No. 2: Life With the Lions (1969), Yoko Ono/Plastic Ono Band (1970) Publié le 11 novembre 2016
2 Fly (1971), Approximately Infinite Universe (1973), Feeling the Space (1973), A Story (1974) Publié en 2017, sauf A Story
3 Season of Glass (1981), It’s Alright (I See Rainbows) (1982), Starpeace (1985), Unfinished Music No. 3: Wedding Album (1969) Wedding Album seul en 2019 ; Season of Glass en juillet 2026 ; It’s Alright en septembre 2026

Un détail de fabrication a fait la joie des collectionneurs : sur les albums originellement parus chez Apple, la pastille centrale reproduit non pas une pomme mais un pamplemousse, en hommage au livre d’instructions Grapefruit publié par Yoko Ono en 1964. Le label est même coupé en deux sur la face B, exactement comme les étiquettes Apple d’époque.

L’arrêt

Après le coffret Wedding Album en 2019, plus rien. Sept ans de silence complet. Aucune communication, aucun calendrier révisé, aucune explication publique.

L’hypothèse la plus fréquemment avancée par les observateurs est celle de la concurrence interne : Sean Ono Lennon a consacré ces années aux éditions augmentées du catalogue de son père — le coffret Mind Games en 2024, la supervision audio du documentaire One to One: John & Yoko, puis le vaste chantier Anthology 4 des Beatles fin 2025. Des projets à la fois plus visibles et incomparablement plus rentables.

L’explication est plausible. Elle n’est pas confirmée.

La reprise de 2026

L’annonce du redémarrage tombe le 18 février 2026 — le jour du 93e anniversaire de Yoko Ono. C’est la signature de cette collection : les dates comptent autant que les disques.

Season of Glass sort le 17 juillet. It’s Alright est annoncé trois semaines plus tard pour le 18 septembre. Le rythme s’accélère nettement par rapport à la première phase.

Restent deux albums promis et non livrés : A Story et Starpeace. Si la cadence actuelle se maintient, on peut raisonnablement les espérer en 2027. Le label n’a rien annoncé.


Ce que l’album est devenu : Nilsson, Sean, Death Cab for Cutie

Every Man Has a Woman (1984)

L’histoire de cet album-hommage est bouleversante, et elle place It’s Alright dans une position singulière.

Le projet était une idée de John Lennon : réunir des amis et des musiciens pour enregistrer des reprises des chansons de sa femme, et lui offrir le tout comme cadeau surprise pour son cinquantième anniversaire. Il n’a pas eu le temps de le terminer. L’album sort en 1984, quatre ans après sa mort, chez Polydor.

Il rassemble des versions signées Elvis Costello & The Attractions (« Walking on Thin Ice »), Roberta Flack (« Goodbye Sadness »), Rosanne Cash (« Nobody Sees Me Like You Do »), Eddie Money, Trio, Harry Nilsson — et une version d’« Every Man Has a Woman Who Loves Him » où le mixage de 1980 a été retravaillé pour effacer la voix principale de Yoko et faire remonter celle de John, initialement en harmonie.

Harry Nilsson est celui qui s’est le plus investi dans le répertoire d’It’s Alright : il a enregistré « Never Say Goodbye », « Loneliness », « Dream Love » et « Let the Tears Dry ». Toutes n’ont pas été retenues sur l’album. On mesure l’affection qu’un homme qui avait été le compagnon de dérive de John Lennon pendant le « lost weekend » portait à l’œuvre de Yoko Ono.

Trio — le groupe allemand du « Da Da Da » — reprend « Wake Up ».

Et Sean Lennon, huit ans, chante « It’s Alright ». Sa version se retrouve en face B du 45 tours américain d’« Every Man Has a Woman Who Loves Him », paru le 5 octobre 1984 sous la référence Polydor 881 387-7.

Le fils qui, à six ans, avait réveillé sa mère et déclenché l’écriture de la chanson, la chante à huit ans sur la face B d’un disque de son père mort. Il n’y a pas grand-chose à ajouter.

Une précision documentaire s’impose ici : les sources se contredisent sur le sort commercial de ce single. La même fiche de référence indique à la fois un pic à la 55e place et une absence totale de classement aux États-Unis comme au Royaume-Uni. Nous signalons la contradiction sans la trancher.

New York Rock (1994)

Dix ans plus tard, Yoko Ono monte à New York une comédie musicale off-Broadway, récit à peine transposé de son mariage avec John Lennon. Le spectacle puise abondamment dans son propre répertoire. Trois titres d’It’s Alright y figurent : « Spec of Dust », « Loneliness », « Tomorrow May Never Come ». Et « Never Say Goodbye », qui apparaît deux fois dans la distribution — dont une en piste cachée.

La bande originale, publiée en 1994 chez Capitol et produite par Rob Stevens, est un objet aujourd’hui peu écouté, mais c’est le maillon manquant entre l’album de 1982 et le clip de Peter Bogdanovich.

Yes, I’m a Witch Too (2016)

La série Yes, I’m a Witch, entamée en 2007 avec des collaborations signées Peaches, Cat Power ou The Flaming Lips, poursuivie en 2016, a servi de passerelle vers un public jeune. C’est dans ce cadre que Death Cab for Cutie s’est emparé de « Forgive Me My Love ».

Le mouvement est le même que celui qui a fait redécouvrir Yoko Ono/Plastic Ono Band aux amateurs de noise et de post-punk : ce ne sont pas les contemporains de Yoko Ono qui l’ont réhabilitée, ce sont leurs enfants.


Pourquoi cette réédition arrive maintenant

Une artiste qui ne parle plus

Il faut le dire sans détour : Yoko Ono n’assure aucune promotion pour ce disque, et n’en assurera aucune.

Elle a eu 93 ans le 18 février 2026. Sa dernière apparition publique documentée remonte à septembre 2018. Elle vit retirée dans le nord de l’État de New York, sur une propriété agricole de grande superficie, loin du Dakota où elle a passé plus de quarante ans.

Son fils, interrogé fin 2025, l’a formulé simplement : elle a beaucoup ralenti, elle est à la retraite, et il la voit environ la moitié de l’année. Sa fille Kyoko a dit qu’après avoir cru qu’elle pouvait changer le monde — et l’avoir fait —, elle est désormais en mesure d’être tranquille, d’écouter le vent et de regarder le ciel.

Toutes les rééditions à venir seront donc, par nécessité, des opérations posthumes par anticipation. C’est un fait qu’il faut avoir en tête en lisant les communiqués : les citations de Yoko Ono qu’ils contiennent datent de 1983 et de 1992.

Le fils comme exécuteur

C’est Sean Ono Lennon, 50 ans, qui pilote. Il a été très explicite sur sa mission : faire en sorte que les générations plus jeunes n’oublient ni les Beatles, ni John, ni Yoko. Il dit le devoir à ses parents, et présente cela comme une affaire personnelle plus que professionnelle.

Sa lecture de l’album de 1982, livrée à la radio publique américaine en 2025 et reprise par le label, est la meilleure clé d’entrée qui existe. Selon lui, sa mère considérait que l’énergie n’est que de l’énergie et qu’on peut la transformer en ce qu’on veut ; qu’elle avait toujours dit qu’elle prendrait l’énergie négative pour en faire quelque chose de productif et de créatif. Il ajoute que cela ne l’a jamais empêchée de créer et de s’exposer, que cela a fini par payer, et qu’on ne sait jamais combien de temps il faudra aux gens pour vous apprécier si l’on tient bon.

Que ce soit l’enfant de « Wake Up » qui prononce ces phrases quarante-trois ans après avoir secoué sa mère pour la sortir du lit ferme une boucle d’une netteté presque littéraire.

Le contexte de marché

Il serait naïf de ne pas mentionner le reste. Le vinyle est redevenu un marché. Les rééditions patrimoniales constituent l’un des rares segments en croissance de l’industrie du disque. Le catalogue Lennon-Ono est exploité méthodiquement depuis dix ans, entre coffrets, documentaires et remixages.

Cela n’enlève rien à la valeur de l’objet. Cela explique pourquoi un album classé 98e en 1982 fait l’objet, en 2026, d’un pressage en deux couleurs avec édition limitée.


Guide d’écoute en douze points

Pour l’auditeur qui découvre le disque, ou qui le réécoute avec des oreilles neuves, voici ce qu’il faut guetter.

  1. Écoutez l’album dans l’ordre, en deux temps. Face A, puis pause, puis face B. La coupure fait partie de l’œuvre. En numérique, marquez volontairement l’arrêt après « Tomorrow May Never Come ».
  2. Sur « My Man », entendez la chanson d’amour des années 1950 sous la production de 1982 : c’est une chanson écrite du vivant de John, arrangée après sa mort.
  3. Sur « Never Say Goodbye », repérez l’irruption de la voix de John criant le prénom de Yoko — extrait de Wedding Album, 1969 — immédiatement suivie de celle de Sean.
  4. Toujours sur « Never Say Goodbye », écoutez la densité de l’empilement : quatre-vingt-une pistes revendiquées, mixées à la main sur une console non automatisée.
  5. Sur « Spec of Dust », isolez la percussion aiguë et synthétique : c’est un pistolet à rayons en plastique appartenant à un enfant de sept ans.
  6. Sur « Loneliness », souvenez-vous que le texte date de 1974 et que la version originale, avec le Plastic Ono Super Band, existe sur Onobox : la comparaison des deux est l’un des exercices les plus émouvants du catalogue.
  7. Sur « It’s Alright », écoutez la réapparition du « yes » — le mot du plafond de l’Indica Gallery, 1966.
  8. Sur « Wake Up », prenez la mesure du destinataire : un enfant de six ans, et le monde entier par-dessus son épaule.
  9. Sur « Let the Tears Dry », les détonations d’ouverture et de fermeture ne sont pas un effet : ce sont des armes à feu, disposées comme une salve d’honneur militaire.
  10. Toujours sur « Let the Tears Dry », cherchez le sifflement continu : c’est un tube en plastique que l’on fait tournoyer, apporté au studio par un musicien.
  11. Sur « Dream Love », notez l’ouverture sur des bruits de plage et la parenté de traitement avec « #9 Dream » de John Lennon.
  12. Sur « I See Rainbows », écoutez le refus explicite de deux postures — le terrorisme et le survivalisme — comme condition de l’espoir.

Guide du collectionneur : quelle édition choisir

Les éditions historiques

  • 33 tours américain d’origine (1982), Polydor, référence PD 1-6364. Enregistré et mixé au Hit Factory, matricé à Sterling Sound. Les premiers pressages américains sortis de l’usine PRC de Compton se reconnaissent au marquage « PRC-C » dans les sillons de sortie et au chiffre 26 sous la mention de face sur les étiquettes. Certains exemplaires sont pressés sur un vinyle translucide de meilleure qualité : tenez le disque devant une lampe, la lumière passe.
  • 33 tours et cassette britanniques (1982), Polydor POLD 5073 et POLDC 5073.
  • 45 tours « My Man » / « Let the Tears Dry » (novembre 1982), avec les exemplaires promotionnels portant l’autocollant ovale.
  • 45 tours « Never Say Goodbye » / « Loneliness » (25 janvier 1983) et maxi 45 tours avec remixages (22 février 1983).
  • CD Rykodisc RCD 10422 (26 août 1997) : remixages 1997, deux bonus, mais pas les mixages d’origine.
  • Coffret Onobox (Rykodisc, 1992) : sélection de titres, notes de pochette de Yoko Ono, première publication de « Forgive Me My Love ».

L’édition 2026

  • Vinyle noir : la séquence de 1982, dix titres. C’est l’objet à privilégier si l’on cherche l’expérience d’écoute telle qu’elle a été conçue.
  • Vinyle blanc, quantités limitées : même contenu, valeur de collection supérieure, disponibilité incertaine. Les tirages blancs du Reissue Project se sont épuisés vite sur les livraisons précédentes.
  • CD augmenté : le seul support portant les deux bonus. Attention, comme indiqué plus haut, le vinyle ne semble plus accompagné d’un code de téléchargement donnant accès à ces titres.
  • Numérique : aligné sur le CD.

Notre recommandation

Pour l’auditeur : le vinyle noir, et la face B écoutée d’une traite.

Pour le collectionneur : le vinyle blanc s’il est encore disponible, plus le CD pour les bonus — en acceptant l’achat double, qui est ici la seule façon d’avoir l’ensemble.

Pour celui qui possède déjà le CD Ryko de 1997 : achetez quand même, à condition que la promesse de remasterisation à partir des bandes de 1982 soit tenue. Vous n’avez, à ce jour, jamais entendu ce disque tel qu’il a été mixé.


Correctifs factuels

Correctif n° 1 — La date de sortie annoncée par le label est contradictoire
Le paragraphe de présentation diffusé par Secretly Canadian aux revendeurs annonce une sortie le 28 août 2026, quand toutes les fiches produit — y compris celles qui reproduisent ce paragraphe — indiquent le vendredi 18 septembre 2026. Le communiqué se contredit à trois lignes d’intervalle. Le 28 août correspond très probablement à une date initiale non mise à jour après report. Date à retenir : 18 septembre 2026.

Correctif n° 2 — « Sixième » ou « septième » album solo ?
Les sources anglophones parlent du sixième album solo de Yoko Ono ; l’encyclopédie francophone parle du septième. Les deux comptages sont défendables. La différence tient à A Story, enregistré en 1974 mais resté inédit jusqu’en 1997 : si on le compte à sa date d’enregistrement, It’s Alright est le septième ; si on le compte à sa date de publication, c’est le sixième. Nous retenons « sixième album publié », formulation qui évite l’ambiguïté.

Correctif n° 3 — Le disque n’a pas été réédité en vinyle en 2017
On lit çà et là que It’s Alright aurait été remasterisé et réédité en 2017 dans le cadre du Yoko Ono Reissue Project. C’est inexact. La vague de 2017 concernait Fly, Approximately Infinite Universe et Feeling the Space. Les albums des années 1980 appartenaient au troisième groupe, dont seul le coffret Wedding Album a été livré, en 2019. L’édition du 18 septembre 2026 est bien le premier repressage vinyle depuis 1982.

Correctif n° 4 — Le clip de « Never Say Goodbye » n’est probablement pas de 1982
La vidéo mise en avant pour la remasterisation 2026 est créditée à Peter Bogdanovich. Les bases filmographiques recensent bien un film de ce titre signé Bogdanovich, avec Tate Donovan et Eric Stoltz, mais le datent de 1995 et le rattachent à une opération caritative contre le sida liée à la version de la chanson issue de New York Rock. Il s’agit donc, selon toute vraisemblance, du recyclage d’un objet de 1995 pour promouvoir un enregistrement de 1982. Signalé comme forte présomption, non comme fait établi : nous n’avons pas obtenu de confirmation du label.

Correctif n° 5 — La date de sortie originale de l’album n’est pas établie au jour près
Quatre sources sérieuses donnent quatre dates : 1er novembre, 2 novembre, 29 novembre 1982 (États-Unis) et 16 décembre 1982 (Royaume-Uni). Ces écarts recouvrent des réalités distinctes (mise en fabrication, sortie américaine, sortie britannique). Formulation prudente recommandée : automne 1982.

Correctif n° 6 — Le concert de Budapest : 14 ou 15 mars 1986 ?
La majorité des sources, dont les archives de programmes de concerts et l’encyclopédie anglophone, datent la représentation du Hungexpo du 14 mars 1986. Certaines publications indiquent le 15 mars. Nous retenons le 14 mars en signalant la divergence.

Correctif n° 7 — Les crédits musiciens de l’album sont fréquemment gonflés
Plusieurs listes en circulation ajoutent Hugh McCracken, Steve Love, Tony Levin, Wayne Pedziwiatr, Andy Newmark, George Small et John Lennon lui-même à l’effectif d’It’s Alright. Ces noms appartiennent en réalité aux séances de Milk and Honey, dont est issu un titre bonus ajouté à une édition CD ultérieure. John Lennon ne joue pas sur l’album de 1982.

Correctif n° 8 — « Loneliness » n’est pas une chanson de deuil
Le texte, le plus désespéré du disque, est systématiquement lu comme une réaction à la mort de John Lennon. Il a en réalité été écrit en 1974, pour le projet A Story, pendant la séparation du couple. La version de 1982 est un réenregistrement. Ce n’est pas la même solitude qui est chantée.

Correctif n° 9 — La pochette CD n’est pas identique à la pochette vinyle
Sur la réédition CD, l’image transparente de John Lennon présente au dos du 33 tours a disparu. Le point est relevé par la biographe Madeline Bocaro. On ignore s’il s’agit d’un choix éditorial ou d’un accident de reprise des fichiers. À vérifier sur l’édition 2026, qui promet une iconographie enrichie.

Correctif n° 10 — Le sort commercial du single de 1984 est contradictoirement documenté
La même fiche de référence indique à la fois que le 45 tours d’« Every Man Has a Woman Who Loves Him » — dont la face B est le « It’s Alright » chanté par Sean Lennon — a culminé à la 55e place, et qu’il n’a été classé ni aux États-Unis ni au Royaume-Uni. La contradiction est signalée sans être tranchée.


Chronologie

Date Événement
1964 Yoko Ono publie Grapefruit, recueil d’instructions. Le pamplemousse deviendra l’emblème de ses rééditions vinyle.
Novembre 1966 Rencontre avec John Lennon à l’Indica Gallery, Londres. L’œuvre au plafond porte le mot « yes ».
1969 Wedding Album. C’est de ce disque que sera extrait, treize ans plus tard, le cri de John utilisé dans « Never Say Goodbye ».
9 octobre 1975 Naissance de Sean Taro Ono Lennon, le jour de l’anniversaire de son père.
1974 Écriture de « Loneliness » pour le projet A Story, resté inédit.
17 novembre 1980 Sortie de Double Fantasy. « Forgive Me My Love » est enregistrée pendant ces séances mais écartée.
8 décembre 1980 Assassinat de John Lennon devant le Dakota.
3 juin 1981 Sortie de Season of Glass. 49e place aux États-Unis : meilleur classement de la carrière solo de Yoko Ono.
Été 1982 Enregistrement d’It’s Alright au Hit Factory, New York, entre menaces, alerte à la bombe et séjours à l’hôtel.
1er novembre 1982 Sortie du single « My Man » aux États-Unis (face B : « Let the Tears Dry »).
Novembre 1982 Sortie américaine de l’album (dates variables selon les sources : 1er, 2 ou 29 novembre).
26 novembre 1982 Sortie britannique du single « My Man ».
16 décembre 1982 Sortie britannique de l’album (Polydor POLD 5073).
25 janvier 1983 Single « Never Say Goodbye » / « Loneliness ».
22 février 1983 Maxi 45 tours de « Never Say Goodbye » avec remixages.
Mai 1983 Entretien dans High Times : Yoko Ono raconte les arcs-en-ciel du courrier des lecteurs.
5 octobre 1984 Single américain « Every Man Has a Woman Who Loves Him » ; en face B, « It’s Alright » chanté par Sean Lennon, 8 ans.
1984 Album hommage Every Man Has a Woman, projet inachevé de John Lennon. Nilsson enregistre quatre titres d’It’s Alright.
18 février 1985 Sortie de Starpeace, jour des 52 ans de Yoko Ono.
14 mars 1986 Concert au Hungexpo de Budapest, tournée Starpeace. Source du bonus « Dream Love (Live in Budapest) ».
1992 Coffret Onobox (Rykodisc). Notes de pochette de Yoko Ono. Première publication de « Forgive Me My Love ».
1994 Comédie musicale New York Rock, off-Broadway. Trois titres d’It’s Alright au programme.
1995 Never Say Goodbye AIDS Benefit, court métrage de Peter Bogdanovich avec Tate Donovan et Eric Stoltz.
26 août 1997 Réédition CD Rykodisc (RCD 10422) avec remixages intégraux et deux bonus.
Septembre 2016 Annonce du Yoko Ono Reissue Project : onze albums, trois groupes, Secretly Canadian et Chimera Music.
11 novembre 2016 Premier groupe de rééditions.
2017 Deuxième groupe, sauf A Story.
2019 Coffret Unfinished Music No. 3: Wedding Album. Puis arrêt du chantier.
Septembre 2018 Dernière apparition publique documentée de Yoko Ono.
2025 Sean Ono Lennon à la radio publique américaine : « l’énergie n’est que de l’énergie ».
18 février 2026 93e anniversaire de Yoko Ono. Annonce de la reprise du Reissue Project.
17 juillet 2026 Sortie de la réédition de Season of Glass.
5 août 2026 Courriel d’annonce pour It’s Alright (I See Rainbows).
18 septembre 2026 Sortie de la réédition augmentée.

Questions fréquentes

Quand sort exactement la réédition d’It’s Alright (I See Rainbows) ?
Le vendredi 18 septembre 2026. Le communiqué du label mentionne par erreur le 28 août, mais toutes les fiches de vente confirment le 18 septembre.

Quels formats sont proposés ?
Vinyle noir, vinyle blanc en quantités limitées, CD augmenté et numérique augmenté. Seuls le CD et le numérique contiennent les deux titres bonus.

Quels sont les titres bonus ?
« Forgive Me My Love », chute des séances de Double Fantasy (1980) publiée pour la première fois sur le coffret Onobox en 1992, et « Dream Love (Live in Budapest) », captée lors de la tournée Starpeace en mars 1986.

Est-ce vraiment la première réédition vinyle depuis 1982 ?
Oui. L’album n’a jamais été repressé en microsillon depuis ses tirages d’époque. Les rééditions de 1997 (Rykodisc) et la première phase du Yoko Ono Reissue Project (2016-2019) ne l’ont jamais concerné en vinyle.

Pourquoi « Never Say Goodbye » est-il présenté comme arrivant en streaming pour la première fois ?
La lecture la plus cohérente est que la version disponible jusqu’ici était le remixage réalisé en 1997 pour Rykodisc, et que ce qui arrive est le mixage original de 1982, remasterisé. Le label ne le précise pas explicitement.

Quelle est la différence entre le CD de 1997 et le vinyle de 1982 ?
Elle est majeure : le CD Rykodisc utilise des remixages intégraux réalisés en 1997 par Yoko Ono et Rob Stevens. Les mixages d’origine n’ont jamais été publiés en CD. La partie vocale de « Wake Up » y est notamment différente.

John Lennon joue-t-il sur cet album ?
Non. Il est mort deux ans avant l’enregistrement. Sa voix y figure toutefois sous forme d’un extrait sonore prélevé sur Wedding Album (1969), intégré à « Never Say Goodbye ». Les listes de crédits qui le mentionnent comme musicien confondent avec un bonus issu des séances de Milk and Honey.

D’où vient le titre de l’album ?
D’un épisode domestique. Sean, six ans, vient réveiller sa mère prostrée. Yoko Ono a décrit la scène comme la visite d’un ange lui disant de se réveiller. La face B de l’album déroule la phrase qui en découle : se réveiller, rêver l’amour, laisser sécher les larmes, voir des arcs-en-ciel.

L’album a-t-il eu du succès ?
Modeste. 98e place aux États-Unis, aucun classement au Royaume-Uni — contre une 49e place pour Season of Glass l’année précédente. La presse musicale britannique s’est en revanche montrée nettement favorable.

Yoko Ono s’exprime-t-elle sur cette réédition ?
Non. Elle a 93 ans, s’est retirée de la vie publique depuis 2018 et vit dans le nord de l’État de New York. Les citations reprises dans les communiqués datent de 1983 et de 1992. Le projet est piloté par son fils Sean.

Que reste-t-il à rééditer dans le Yoko Ono Reissue Project ?
Deux albums sur les onze annoncés en 2016 : A Story (enregistré en 1974, publié en 1997) et Starpeace (1985). Aucun calendrier n’a été communiqué.

Pourquoi utilise-t-on des coups de feu comme percussions sur cet album ?
Yoko Ono a expliqué avoir voulu fabriquer des sons nouveaux et avoir employé des fusils de chasse pour marquer le contretemps. Sur « Let the Tears Dry », ces détonations fonctionnent comme une salve d’honneur militaire rendue à un disparu.

Qu’est-ce que le pistolet à rayons dont on parle à propos de « Spec of Dust » ?
Un jouet en plastique appartenant à Sean Lennon, apporté au studio par sa mère et utilisé comme source rythmique.

Combien de pistes compte « Never Say Goodbye » ?
Yoko Ono a évoqué quatre-vingt-une pistes dans les notes de pochette d’Onobox en 1992. Le mixage a dû être réalisé manuellement, les consoles n’étant pas encore automatisées.

Où entend-on Sean Lennon chanter « It’s Alright » ?
Sur l’album hommage Every Man Has a Woman (1984), et en face B du 45 tours américain d’« Every Man Has a Woman Who Loves Him » paru le 5 octobre 1984.


Glossaire

Chimera Music — Label fondé par Sean Ono Lennon, coéditeur du Yoko Ono Reissue Project avec Secretly Canadian.

Grapefruit — Recueil d’instructions publié par Yoko Ono en 1964. Le pamplemousse sert d’emblème aux étiquettes des rééditions vinyle du Reissue Project, en remplacement de la pomme d’Apple.

Hit Factory — Studio d’enregistrement new-yorkais où furent gravés Double Fantasy, Season of Glass et It’s Alright (I See Rainbows).

Indica Gallery — Galerie londonienne où John Lennon et Yoko Ono se sont rencontrés en novembre 1966. L’œuvre au plafond, portant le mot « yes », est réactivée dans la chanson « It’s Alright ».

Mixage / remixage — Le mixage est l’assemblage final des pistes. Un remixage consiste à refaire cette opération à partir des bandes multipistes d’origine : il produit un objet différent, pas une simple amélioration. Le CD Rykodisc de 1997 repose sur des remixages, pas sur les mixages de 1982.

Onobox — Coffret rétrospectif en six disques publié par Rykodisc en 1992, accompagné de notes de pochette rédigées par Yoko Ono. Source primaire de la plupart des citations disponibles sur It’s Alright.

Pressage PRC-Compton — Usine californienne ayant produit une partie des premiers tirages américains de l’album, identifiable par le marquage « PRC-C » dans le sillon de sortie.

Remasterisation — Traitement du mixage existant en vue d’un nouveau support. Contrairement au remixage, elle ne modifie pas l’équilibre entre les pistes.

Rykodisc — Label américain ayant réédité onze albums de Yoko Ono en CD en 1997, ainsi que le coffret Onobox en 1992.

Salve d’honneur — Tir groupé rendu lors d’obsèques militaires. Lecture proposée pour les détonations d’ouverture et de clôture de « Let the Tears Dry ».

Secretly Canadian — Label indépendant américain, basé à Bloomington (Indiana), éditeur du Yoko Ono Reissue Project depuis 2016.

Sillon de sortie — Zone lisse en fin de face d’un disque microsillon, où sont gravées les mentions de matriçage permettant d’identifier l’usine et le tirage.

Starpeace — Album de 1985 et tournée mondiale de 1986, autofinancée par Yoko Ono et orientée vers les pays d’Europe de l’Est.


Bibliographie et sources

Sources primaires

  • Yoko Ono, notes de pochette du coffret Onobox, Rykodisc, 1992.
  • Yoko Ono, entretien à High Times, mai 1983.
  • Yoko Ono, propos de 1983 sur la genèse de l’album, repris dans le dossier de presse Secretly Canadian, 2026.
  • Sean Ono Lennon, entretien à la radio publique américaine, 2025.
  • Sean Ono Lennon, entretien à CBS Sunday Morning, décembre 2025.
  • Communiqué et fiches produit Secretly Canadian / Chimera Music, août 2026.

Ouvrages et travaux de référence

  • Madeline Bocaro, In Your Mind: The Infinite Universe of Yoko Ono — l’étude la plus détaillée disponible sur la carrière musicale de Yoko Ono, et notre principale source sur les circonstances d’enregistrement.
  • David Sheff, biographie de Yoko Ono, pour les éléments relatifs à sa vie actuelle.

Ressources discographiques

  • Imagine Peace (site officiel), fiche de l’album et crédits musiciens.
  • jpgr.co.uk, fiche du pressage britannique Polydor POLD 5073.
  • Discogs, pressages américains, britanniques et internationaux.
  • Setlist.fm et archives de la tournée Starpeace, pour le concert de Budapest.
  • Beatles Blog (beatlesblogger.com), pour l’historique et l’état d’avancement du Yoko Ono Reissue Project.

 

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