En bref — L’expression « cinquième Beatle » naît en février 1964 dans la bouche d’un disc-jockey new-yorkais qui se l’attribue à lui-même. Soixante-deux ans plus tard, elle a été appliquée à une trentaine de personnes au moins : deux musiciens réellement membres du groupe, un remplaçant de dix jours, un batteur de séance, un manager, un producteur, deux road managers, un attaché de presse, un claviériste américain, une photographe allemande, une artiste japonaise, un footballeur nord-irlandais, un personnage des Simpson et un logiciel de démixage. Cet article ne cherche pas à trancher « qui » était le cinquième Beatle : il essaie de comprendre pourquoi la question ne cesse pas de se poser, comment le titre se fabrique, et à quoi il sert — à ceux qui le reçoivent, à ceux qui le décernent, et surtout à ceux qui le réclament.
Sommaire
Une question mal posée, et c’est précisément ce qui l’intéresse
Il existe, dans l’histoire de la musique populaire, très peu d’expressions dont on puisse dater la naissance à la semaine près, suivre la diffusion, mesurer l’inflation, et constater qu’elles ont survécu à tous leurs référents. « Cinquième Beatle » est de celles-là. Elle est apparue à New York dans les premiers jours de février 1964, elle a été employée pour la dernière fois il y a probablement quelques heures, quelque part, et entre les deux elle a désigné des dizaines de personnes qui n’avaient à peu près rien en commun sinon d’avoir approché quatre hommes de Liverpool.
La tentation, quand on aborde le sujet, est de le traiter comme un concours : établir les candidatures, peser les mérites, désigner un vainqueur. C’est ce que font la plupart des articles consacrés à la question, y compris d’excellents — la BBC s’y est essayée en 2019 sous la forme d’un sondage documenté. Le problème est que ce concours n’a pas de jury, pas de règlement, et surtout pas d’objet : il n’existe aucune place vacante dans les Beatles, il n’y en a jamais eu, et le seul moment où quelqu’un a sérieusement proposé d’en créer une — John Lennon, en janvier 1969, à propos de Billy Preston — la proposition a été rejetée en quelques secondes par Paul McCartney.
L’hypothèse de cet article est donc différente. Elle consiste à dire que le « cinquième Beatle » n’est pas une place mais une fonction narrative : celle du seuil. Le mythe ne sert pas à compléter le groupe, il sert à le border. Il désigne l’endroit exact où l’on cesse d’être un Beatle, et il permet à tout le reste du monde — les proches, les employés, les fans, les journalistes, les enfants, les logiciels — de se situer par rapport à cette frontière. C’est un mythe de bordure, pas un mythe d’appartenance. Et il est d’autant plus vivace que les Beatles eux-mêmes ont été, dès 1963, un groupe obsédé par sa propre clôture.
Généalogie d’une formule
Février 1964 : un disc-jockey se sacre lui-même
L’origine est établie et rarement contestée : le terme apparaît en 1964 avec le disc-jockey américain Murray Kaufman, dit Murray the K, qui se proclame lui-même « cinquième Beatle » au motif de la promotion massive qu’il assure au groupe sur son antenne.
Le contexte mérite d’être restitué avec précision, parce qu’il contient déjà, en germe, toute la mécanique ultérieure. Murray Kaufman (1922-1982) est en février 1964 le disc-jockey le mieux classé de New York, sur WINS. Les Beatles ont entendu parler de lui par les Ronettes, rencontrées à Londres quelques semaines plus tôt, en janvier 1964, lors de la première tournée anglaise du trio américain. Quand le groupe débarque à New York le 7 février 1964, Murray est le premier homme de radio que les Beatles laissent entrer dans le cercle. Il obtient de sa station l’autorisation de diffuser son émission de grande écoute depuis la suite du groupe au Plaza, accompagne les Beatles à Washington pour leur premier concert américain, se trouve en coulisses lors de leur passage au Ed Sullivan Show, puis partage à Miami la chambre de George Harrison, d’où il émet ses programmes nocturnes.
Sur l’origine exacte du sacre, les récits divergent — et c’est déjà instructif. Murray a soutenu que le surnom lui avait été donné par George Harrison pendant le trajet en train vers Washington, ou par Ringo Starr lors d’une conférence de presse. Mais le documentaire The Beatles: The First U.S. Visit le montre en train de se baptiser lui-même au téléphone avec le groupe, le matin de leur arrivée à New York. WINS, en tout cas, ne s’embarrasse pas de ces subtilités : la station reprend la formule et le présente à l’antenne comme le cinquième Beatle.
Le point capital est là. Dès sa première occurrence, le titre est simultanément auto-attribué, attribué par un tiers, relayé par un média et invérifiable. Il naît sans émetteur légitime. Il n’a pas d’origine, il n’a que des propagateurs. C’est exactement ce qui va lui permettre de se répandre pendant six décennies : personne ne peut le décerner, donc personne ne peut le refuser à personne.
Il faut ajouter que les Beatles eux-mêmes n’ont jamais entériné ce premier sacre. Dans le film Beatles ’64 (2024), réalisé par David Tedeschi et produit par Martin Scorsese, on voit Harrison s’interroger, des années plus tard, sur la manière dont Murray the K avait bien pu s’incruster dans leur intimité. Le ton n’est pas hostile — plutôt une perplexité amusée, rétrospective : comment cet homme est-il entré, et pourquoi l’a-t-on laissé faire ? La question résume le mythe entier.
Ce que la formule dit d’elle-même
Une expression qui prend racine si vite dit toujours quelque chose de son époque. « Cinquième Beatle » naît au moment précis où les Beatles cessent d’être un groupe et deviennent un objet public saturé. En février 1964, il n’y a plus assez de Beatles pour la demande. Soixante-treize millions de téléspectateurs regardent le Ed Sullivan Show, et il n’y a que quatre personnes sur le plateau. Le déséquilibre est structurel : l’offre de Beatle est fixe, la demande est infinie.
La formule est donc, avant tout, une réponse économique à une pénurie symbolique. Elle crée du Beatle supplémentaire là où il n’y en a plus. C’est un mécanisme d’inflation, au sens strict : on émet de la monnaie parce que la valeur réelle ne suffit pas à la circulation. Et comme toute monnaie sans banque centrale, elle finira par se dévaluer — nous verrons plus loin qu’elle atteint son plancher quelque part entre un sketch de Eddie Murphy en 1984 et un épisode des Simpson en 1995.
Avant la formule : le vocabulaire de l’entourage
Avant février 1964, le groupe et son entourage disposaient d’un autre vocabulaire, plus liverpuldien et beaucoup moins mythologique. On parlait de road manager, de Mr Fixit, de press officer, de « les garçons » (the boys) — une expression d’Epstein qui en dit long sur le rapport paternaliste et protecteur qu’il entretenait. Tony Barrow, l’attaché de presse recruté par NEMS, avait pour sa part forgé une autre formule qui, elle, a été adoptée par les intéressés : Fab Four. Notons la différence de nature. Fab Four enferme, compte, verrouille : quatre, pas cinq. « Cinquième Beatle » ouvre, ajoute, déborde. Les deux expressions sont apparues à quelques mois d’intervalle et fonctionnent comme les deux faces d’une même pièce : le mythe du cinquième Beatle est la conséquence directe de la fabrication publicitaire du quatuor.
Ceux qui l’ont vraiment été : les Beatles retranchés
Il existe une catégorie de candidats qui échappe entièrement au débat, parce qu’elle ne relève pas du mythe mais de l’état civil : les hommes qui ont réellement été membres du groupe. Les Beatles, contrairement à ce que suggère le Fab Four, ont été un quintette pendant près de deux ans.
Stuart Sutcliffe : le Beatle par l’image
Stuart Sutcliffe (1940-1962) est le bassiste originel des Beatles à cinq. Il joue avec le groupe principalement pendant la période des clubs de Hambourg. Quand la formation rentre à Liverpool en 1961, il reste en Allemagne ; il meurt d’une hémorragie cérébrale peu après, le 10 avril 1962, à vingt et un ans. Plutôt que de le remplacer, McCartney passe de la guitare rythmique à la basse et le groupe continue à quatre. C’est ce basculement, et lui seul, qui a créé la place vide. Sans la mort de Sutcliffe et le refus de recruter un bassiste, il n’y aurait pas de « cinquième Beatle » — il y aurait un cinquième Beatle.
Le cas Sutcliffe est intéressant pour une autre raison. Ses compétences musicales, comparées à celles des autres, ont été jugées insuffisantes par à peu près tous les témoins, et son appartenance au groupe tenait d’abord à son amitié avec Lennon. Mais sa contribution décisive est ailleurs : dans l’image. Sutcliffe est le premier à porter ce qui deviendra la coupe moptop, en demandant à sa fiancée Astrid Kirchherr de le coiffer à la manière de leur ami Klaus Voormann.
Autrement dit, le premier « cinquième Beatle » de l’histoire est celui qui a apporté au groupe non pas de la musique, mais un signe. C’est un précédent lourd de conséquences : il installe l’idée qu’on peut être essentiel aux Beatles sans être bon musicien. Tout le mythe ultérieur — managers, producteurs, coiffeurs, photographes, attachés de presse — s’engouffre dans cette brèche ouverte par un étudiant en peinture qui jouait mal de la basse en tournant le dos au public.
Ajoutons un détail que les collectionneurs connaissent : c’est Sutcliffe qui, avec Lennon, participe à la fabrication du nom lui-même, dans la série des variantes (Beatals, Silver Beetles, Silver Beatles) qui mène aux Beatles. Le cinquième Beatle a contribué à nommer les quatre autres.
Pete Best : « J’étais le quatrième »
Pete Best (né en 1941) est le batteur du groupe d’août 1960 au 16 août 1962, période qui recouvre les résidences de Liverpool et de Hambourg. La formation de ces mois-là comprend Best, le bassiste Sutcliffe et les guitaristes McCartney, Harrison et Lennon — cinq hommes. Best est renvoyé à la mi-août 1962 et remplacé par Ringo Starr, dans les circonstances que l’on sait : décision prise par les trois autres, exécutée par Brian Epstein dans son bureau de Whitechapel.
La première publication officielle des Beatles à contenir des prises jouées par Best est Anthology 1, en 1995. Sa réaction, à l’époque, est passée à la postérité et constitue la plus élégante réfutation du mythe jamais formulée par l’un de ses candidats : beaucoup de gens ont revendiqué d’avoir été le cinquième Beatle, dit-il en substance ; lui a été le quatrième, et on lui en donne enfin le crédit.
La phrase est parfaite parce qu’elle nomme la hiérarchie réelle. Best n’a pas besoin du titre : il a mieux. Il a une place dans l’organigramme, des bandes, un contrat, et — à partir de 1995 — des droits voisins. Les estimations de ce qu’Anthology 1 lui a rapporté varient énormément selon les sources, d’environ un million de livres à des chiffres bien plus élevés ; l’intéressé a toujours refusé de confirmer un montant, se bornant à dire que cela assurait l’avenir de sa famille. Ce qui est certain, c’est que dix titres de l’album le font entendre à la batterie, dont l’audition Decca du 1er janvier 1962 et une version de « Love Me Do ».
Sur l’identité de celui qui l’a prévenu, les récits divergent là encore : la version popularisée par le biographe Philip Norman attribue le coup de téléphone à Paul McCartney ; Best lui-même, interrogé en 2020 par l’Irish Times, a affirmé que c’était Neil Aspinall — c’est-à-dire son plus vieil ami, l’homme qui avait vécu chez sa mère et qui était le père de son demi-frère Roag — qui avait passé l’appel. Le détail est plus qu’anecdotique : dans les deux versions, la réparation passe par un intermédiaire. Le groupe ne parle jamais directement à celui qu’il a retranché.
Chas Newby, Tommy Moore, Norman Chapman : la file d’attente
On oublie souvent qu’entre 1960 et 1962, les Beatles ont eu une rotation de personnel digne d’une petite entreprise. Quand le groupe rentre d’Allemagne fin 1960, il lui manque un bassiste : Pete Best propose Chas Newby, ancien membre de son propre groupe, les Black Jacks, alors étudiant et en vacances. Newby joue quatre engagements en décembre 1960 — le 17 au Casbah, le 24 au Grosvenor Ballroom de Liscard, le 27 au Litherland Town Hall, le 31 de nouveau au Casbah. Lennon lui demande de venir à Hambourg pour le deuxième séjour ; il préfère retourner à l’université. Lennon et Harrison refusant l’un et l’autre de passer à la basse, c’est McCartney qui s’y résout, à contrecœur.
Quatre concerts. C’est peu, et c’est immense : Newby est l’homme qui, en disant non, a créé le bassiste McCartney. Sans son refus, une partie considérable de l’histoire de la musique du XXe siècle n’existe pas sous cette forme. Le mythe du cinquième Beatle, curieusement, ne s’est jamais beaucoup intéressé à lui — sans doute parce qu’il n’a rien réclamé.
On pourrait ajouter à cette file d’attente les batteurs éphémères de 1960 (Tommy Moore, qui accompagne les Silver Beetles en Écosse derrière Johnny Gentle avant de repartir travailler à l’usine ; Norman Chapman, dont le service militaire interrompt la carrière beatlesienne au bout de quelques semaines). Aucun n’a jamais revendiqué quoi que ce soit. On notera que les candidats les plus légitimes au titre sont précisément ceux qui ne l’ont jamais demandé — c’est une constante qu’on retrouvera à tous les étages.
Jimmie Nicol : huit concerts et une phrase
De tous les cas, le plus vertigineux reste celui de Jimmie Nicol, né à Battersea le 3 août 1939.
Le 3 juin 1964, la veille du départ pour la tournée mondiale, Ringo Starr s’effondre pendant une séance de photos, victime d’une amygdalite aiguë, et se retrouve hospitalisé. Tout est réservé, payé, vendu. Epstein et George Martin envisagent l’annulation puis y renoncent ; c’est Martin qui suggère le nom de Nicol, qu’il a employé peu de temps auparavant sur une séance pour Tommy Quickly. Détail décisif : Nicol avait aussi enregistré, pour un label économique, un disque de reprises des Beatles — il connaissait donc déjà les morceaux et leurs arrangements. Une habilleuse lui fait la coupe réglementaire, on lui trouve un costume, et il monte dans l’avion.
Il joue huit concerts, dans cinq villes, du 4 juin (Copenhague) au 13 juin ; Starr le rejoint à Melbourne le 14 juin. Entre-temps, Nicol est passé par les Pays-Bas, Hong Kong et l’Australie, a signé des autographes, donné des interviews, et vu quelques centaines de milliers de personnes hurler pour un groupe dont il faisait partie depuis quatre jours.
Deux legs. Le premier est une phrase. Interrogé après chaque concert par McCartney sur la façon dont il s’en sortait, Nicol répondait invariablement que ça allait de mieux en mieux — it’s getting better. Trois ans plus tard, McCartney promène sa chienne Martha avec le biographe Hunter Davies, le soleil revient, il dit que le temps s’améliore, se souvient de Nicol, et écrit « Getting Better » pour Sgt. Pepper. Le cinquième Beatle le plus éphémère de l’histoire est devenu un titre de l’album le plus célèbre du groupe — sans crédit, sans droits, sans mention.
Le second legs est un traumatisme, et il est du côté de Ringo. Sa réaction, souvent citée, est d’une candeur bouleversante : ils avaient pris Jimmie Nicol, et il s’est dit qu’ils ne l’aimaient plus. Le batteur qui avait remplacé Pete Best a passé dix jours à croire qu’il allait être remplacé à son tour. La place de cinquième Beatle, vue de l’intérieur, est une menace, pas un honneur. C’est un point que la mythologie fan oublie systématiquement.
La suite est sombre. Nicol reçoit d’Epstein une montre en or gravée d’un remerciement, repart seul, et ne parvient jamais à convertir l’aubaine. Il reforme son groupe, les Shubdubs, sans succès commercial durable ; il connaît la faillite, le divorce, la disparition volontaire — il s’est notamment évanoui dans la nature au Mexique. Le biographe Jim Berkenstadt lui a consacré en 2013 un ouvrage au titre programmatique, The Beatle Who Vanished, où il souligne que la presse britannique a continué à s’intéresser à « le cinquième Beatle » pendant environ un an, puis l’a démoli avec le même appétit qu’elle avait mis à le construire.
Correctif factuel : le cachet de Jimmie Nicol
On lit couramment que Nicol aurait touché 2 500 livres par concert plus une prime de 2 500 livres. Ce chiffre, repris jusque sur des pages encyclopédiques, est très probablement le produit d’une déformation : d’autres sources donnent 500 livres par soirée assorties d’une prime de 2 500 livres, ce qui est déjà considérable pour 1964. En l’absence de pièce comptable publiée, il faut retenir que les montants circulant sont contradictoires, et se méfier des articles qui affichent le chiffre le plus spectaculaire sans mentionner l’existence des autres. Nicol lui-même a déclaré qu’il aurait fait la tournée gratuitement.
Andy White : le cinquième Beatle d’un seul disque
Le 11 septembre 1962, à Abbey Road, la séance est dirigée par Ron Richards, assistant de George Martin. Le groupe a déjà enregistré « Love Me Do » en juin avec Pete Best, puis début septembre avec Ringo Starr — arrivé trois semaines plus tôt. Richards décide d’une troisième tentative et fait venir un batteur de séance chevronné, l’Écossais Andy White (1930-2015). White tient la batterie ; Ringo, humilié, joue du tambourin. Sur « P.S. I Love You », enregistrée dans la même séance, White est de nouveau à la batterie et Starr aux maracas.
White, qui a passé le reste de sa vie à être présenté comme le cinquième Beatle par la presse locale du New Jersey où il s’était installé, est le cas limite parfait : un professionnel payé au forfait, sans contrat, sans royalties, dont la seule prestation a produit une des versions les plus écoutées du premier single du groupe.
Correctif factuel : quelle version de « Love Me Do » ?
Il est fréquent de lire qu’Andy White joue « sur le pressage américain » de « Love Me Do ». C’est une simplification trompeuse. La réalité est la suivante :
- La version publiée sur le single britannique du 5 octobre 1962 (Parlophone R 4949) est celle du 4 septembre, avec Ringo Starr à la batterie.
- La version du 11 septembre, avec Andy White à la batterie et Starr au tambourin, est celle qui figure sur l’album Please Please Me (mars 1963), sur les repressages ultérieurs du single, et sur les éditions américaines.
Le repère à l’oreille est célèbre et infaillible : s’il y a un tambourin, c’est Andy White. Le premier pressage à étiquette rouge de R 4949, sans tambourin, est l’un des objets les plus recherchés de la discographie britannique — et l’un des rares disques du catalogue où l’on entend Ringo Starr à la place du cinquième Beatle, et non l’inverse.
Les architectes : quand l’entourage devient le cinquième membre
À partir de 1965, le mythe change de nature. Il cesse de désigner des musiciens pour désigner des fonctions. Et c’est là qu’il devient intéressant, parce qu’il se met à décrire quelque chose de réel : les Beatles étaient un quatuor musical mais une entreprise d’une trentaine de personnes, et une partie de ce que le public entend sur les disques n’a pas été produite par les quatre noms de la pochette.
Brian Epstein, le candidat désigné par les Beatles eux-mêmes
Manager du groupe de 1961 à sa mort le 27 août 1967, Brian Epstein a fait deux choses que personne d’autre n’aurait faites : il a cru, et il n’a pas cessé de croire. Il « découvre » le groupe à Liverpool, perçoit son potentiel, et surtout limite volontairement son périmètre aux affaires et à l’image publique, laissant aux musiciens une liberté créatrice totale. Il obtient un contrat d’enregistrement à Londres à un moment critique, en bataillant contre le mépris pour des musiciens de province, du Nord.
Sa mort, Lennon l’a reconnu, marque le début de la dissolution du groupe. Et parce qu’il n’était pas impliqué dans la création musicale, il n’a été que rarement qualifié de « cinquième Beatle » de son vivant — mais avec le temps, lui et George Martin ont été reconnus comme les deux membres du cercle intérieur ayant le plus profondément infléchi la carrière du groupe.
Trois validations de premier ordre, à trente ans d’intervalle, méritent d’être citées :
- 1965. Quand les Beatles reçoivent leur MBE, Harrison plaisante en disant qu’une cinquième médaille devrait revenir à Epstein, puisque MBE signifie en réalité « Mr Brian Epstein ». La blague est rapportée par Barry Miles dans son Beatles Diary. Elle contient une thèse : les honneurs publics décernés au groupe lui reviennent aussi.
- 1997. Interrogé par la BBC pour un documentaire consacré au manager, McCartney livre la formule qui a fait le tour du monde : si quelqu’un a été le cinquième Beatle, c’était Brian.
- Années 1990. George Martin, à qui l’on posait la question pour lui-même, la renvoie à Epstein : c’est lui le cinquième Beatle, dit-il en substance, s’il y en a jamais eu un.
Ce dernier point est capital et souvent mal compris. Martin et McCartney désignent Epstein ; McCartney désignera plus tard Martin ; Harrison désignera Aspinall et Taylor. Les Beatles n’ont jamais refusé le mythe : ils l’ont administré. Ils s’en sont servis pour distribuer de la reconnaissance symbolique — nous verrons plus loin pourquoi c’est la seule monnaie qu’ils pouvaient émettre sans se dessaisir de rien.
La postérité d’Epstein a fini par absorber le titre lui-même : en 2013, le roman graphique de Vivek Tiwary consacré au manager s’intitule The Fifth Beatle. Publié en novembre, il passe plusieurs semaines sur la liste des meilleures ventes du New York Times, atteignant la première place des ouvrages graphiques cartonnés dès sa troisième semaine. Un projet d’adaptation cinématographique a été annoncé en 2015. La boucle est bouclée : l’expression inventée par un disc-jockey pour se vendre lui-même est devenue le titre d’un livre à succès sur l’homme qui vendait les Beatles.
Ce que le titre masque chez Epstein
Il faut cependant se méfier de la canonisation. Epstein a aussi négocié le contrat de merchandising désastreux de 1964 (via Seltaeb) qui a coûté au groupe des sommes considérables, signé chez EMI des taux de redevance dérisoires, et organisé des tournées épuisantes que le groupe a fini par haïr. Le titre de « cinquième Beatle », appliqué à lui, fonctionne comme une absolution rétrospective : il transforme un gestionnaire faillible et malheureux en membre honoraire, et rend indélicate toute critique de sa gestion. C’est l’un des effets les moins étudiés du mythe : il sanctifie, donc il empêche l’analyse.
George Martin : le titre décerné à titre posthume
George Martin a produit la quasi-totalité des enregistrements du groupe — les exceptions notables étant l’album Let It Be, produit par Phil Spector, « Free as a Bird » et « Real Love », produits par Jeff Lynne, et « Now and Then », produit par son fils Giles. Il a écrit la musique instrumentale du film et de l’album Yellow Submarine, et signé la quasi-totalité des arrangements de cordes et de cuivres — à l’exception fameuse de « She’s Leaving Home », arrangé par Mike Leander. Son octuor à cordes pour « Eleanor Rigby » est resté un modèle. Il joue aussi du piano sur plusieurs titres, de « Misery » à « In My Life ».
Ian MacDonald a formulé l’argument décisif : Martin était l’un des très rares producteurs britanniques de l’époque à posséder la sensibilité dont les Beatles avaient besoin pour développer leur écriture. Ce n’est pas seulement une question de compétence technique — c’est une question de disponibilité intellectuelle. Martin a dit oui à des demandes absurdes pendant huit ans.
Le titre lui a été officiellement décerné le jour de sa mort, le 8 mars 2016. Dans son hommage, McCartney écrit que si quelqu’un a mérité le titre de cinquième Beatle, c’était George, et énumère : le premier contrat, la générosité, l’intelligence, la musicalité. Julian Lennon, le même jour, le qualifie de cinquième Beatle sans discussion possible.
La contre-plaidoirie de John Lennon
Il serait malhonnête de s’arrêter là, parce que le dossier contient une pièce à charge d’une violence rare, et elle vient de l’intérieur.
Dans son entretien de décembre 1970 avec Jann Wenner pour Rolling Stone, Lennon range Martin dans la même catégorie que l’éditeur Dick James : des gens qui pensent avoir fabriqué les Beatles, dit-il, alors qu’ils ne les ont pas fabriqués — et il défie qu’on lui fasse écouter « la musique de George Martin ». Dans une lettre de 1971 à McCartney, il enfonce le clou : quand on lui demande ce que Martin a réellement fait pour eux, il répond en demandant ce que Martin fait maintenant, et souligne que Paul n’avait pas de réponse à cette objection. Il précise que ce n’est pas une insulte, mais la vérité. À propos de « Revolution 9 », enfin, il qualifie d’hallucination pure l’idée que Martin aurait « peint un tableau sonore », et rappelle que le montage final avait été fait par Yoko Ono et lui, seuls.
Ces déclarations sont datées, contextualisées, et clairement portées par la rage du divorce en cours. Mais elles posent la seule question sérieuse du dossier : où s’arrête l’apport d’un producteur et où commence la récupération de gloire ? Le mythe du cinquième Beatle, en distribuant des titres honorifiques, dispense justement de répondre à cette question. Il transforme un problème d’attribution — difficile, technique, discutable — en cérémonie.
Un arbitrage raisonnable existe pourtant. Il consiste à distinguer les périodes : le Martin de 1962-1964 est un directeur artistique qui structure, corrige et sélectionne un groupe encore vert ; celui de 1965-1967 est un collaborateur créatif de plein exercice, indispensable à Revolver et à Sgt. Pepper ; celui de 1968-1969 est un arbitre fatigué dans une pièce hostile, souvent absent, remplacé ponctuellement par Chris Thomas. Dire « cinquième Beatle » aplatit ces trois hommes en un seul.
Neil Aspinall et Derek Taylor : la nomination de 1988
En janvier 1988, en recevant l’intronisation des Beatles au Rock and Roll Hall of Fame, George Harrison désigne les deux seules personnes qui, selon lui, méritent le titre : Derek Taylor et Neil Aspinall. L’anecdote est rapportée notamment par Chris O’Dell dans ses mémoires. C’est, à ce jour, la seule nomination formelle jamais prononcée par un Beatle en public, dans un cadre officiel, et devant l’industrie réunie.
Neil Aspinall (1941-2008) était camarade de collège de McCartney et Harrison, ami intime de Pete Best — il vivait chez les Best et est le père du plus jeune frère de Pete, Roag. Il entre chez les Beatles comme road manager, ce qui veut alors dire conduire une camionnette Commer jour et nuit. Après l’arrivée de Mal Evans, il devient assistant personnel du groupe, puis dirige Apple Corps jusqu’au 10 avril 2007. À ce titre, il mène pendant des décennies les contentieux de la société : contre Allen Klein, contre EMI, et le long litige contre Apple Computer. Il supervise l’exploitation de la musique, des vidéos et des produits dérivés, et assure temporairement le management du groupe après la mort d’Epstein.
Aspinall a aussi joué — modestement mais réellement : tambura sur « Within You Without You », harmonica sur « Being for the Benefit of Mr. Kite! », percussions sur « Magical Mystery Tour », et sa voix figure dans le chœur de « Yellow Submarine ». Surtout, c’est lui l’architecte du projet Anthology, c’est-à-dire de la construction du récit officiel que le monde connaît. Le plus discret des candidats est celui qui a écrit la version autorisée de l’histoire.
Derek Taylor (1932-1997) était journaliste au Daily Express quand il découvre le groupe sur scène et, au lieu de l’éreintement attendu, en fait un éloge. Introduit dans le camp, il devient un confident, obtient des exclusivités, puis se fait débaucher par Epstein pour prendre en charge les communiqués et la liaison avec la presse, avant de devenir l’assistant personnel du manager. En 1968, il est attaché de presse d’Apple Corps, poste depuis lequel il assiste, et souvent arbitre, la fin du groupe et le naufrage de la société.
Un fait récent en dit long sur sa place. Les notes de pochette d’Anthology 4, publié le 21 novembre 2025, sont rédigées par Kevin Howlett, mais l’introduction est composée à partir d’entretiens enregistrés en 1996 avec Derek Taylor. Vingt-huit ans après sa mort, le cinquième Beatle nommé par Harrison est encore la voix qui présente le groupe. C’est une forme de fidélité posthume qu’aucun autre candidat n’a obtenue.
Mal Evans : le cinquième Beatle sans archives — jusqu’en 2023
Malcolm Frederick Evans (27 mai 1935 – 4 janvier 1976) est peut-être le cas le plus douloureux du dossier.
Ingénieur des télécommunications à Liverpool, videur à temps partiel au Cavern Club, il est recruté par Epstein comme assistant roadie aux côtés d’Aspinall et travaille pour les Beatles de 1963 à la séparation. Il est de toutes les tournées, puis, après l’arrêt de la scène en 1966, de presque toutes les séances d’enregistrement. Sa présence constante fait qu’on l’utilise comme musicien d’appoint : il a des contributions, le plus souvent non créditées, sur la majorité des albums à partir de Rubber Soul. Les auditeurs attentifs l’entendent compter les mesures dans « A Day in the Life », frapper l’enclume dans « Maxwell’s Silver Hammer », souffler dans une trompette sur « Helter Skelter » — et c’est lui qui recopie les paroles pour le groupe pendant les séances.
Après 1970, il produit, accompagne les carrières solo, dérive. Il meurt le 4 janvier 1976 à Los Angeles, abattu par la police lors d’une intervention à son domicile. Il avait quarante ans.
Le point qui nous intéresse ici est celui-ci : pendant près de cinquante ans, Mal Evans a été le seul membre du cercle intérieur sans archives accessibles. Ses journaux, manuscrits et objets ont disparu, ont fait l’objet de spéculations infinies chez les collectionneurs, et n’ont refait surface qu’après avoir été retrouvés dans un sous-sol par une intérimaire d’une maison d’édition, puis restitués à sa famille avec l’aide de Yoko Ono. Kenneth Womack en a tiré la première biographie complète, Living the Beatles Legend: The Untold Story of Mal Evans (HarperCollins / Dey Street, 14 novembre 2023, 592 pages), avec accès intégral au fonds. Un second volume, consacré aux archives elles-mêmes — journaux, mémoires inachevés, photographies inédites — est annoncé sous le titre With the Beatles: Mal Evans’ Illustrated Journey.
L’affaire Evans démontre une loi du mythe qu’on peut formuler ainsi : le titre de cinquième Beatle ne protège de rien. Evans a eu la proximité maximale, la durée maximale, la présence sur les disques, l’affection réelle des quatre — et il est mort pauvre, séparé de sa famille, abattu à quarante ans, ses papiers perdus pendant un demi-siècle. La distance entre l’honneur symbolique et la condition matérielle est, dans son cas, un gouffre.
Les autres officiants
Le cercle comprend encore une demi-douzaine de noms régulièrement cités, chacun avec un dossier défendable :
- Tony Barrow, attaché de presse recruté par NEMS, auteur de la formule Fab Four et des notes de pochette des premiers albums. Il a fabriqué le vocabulaire dans lequel nous parlons encore du groupe.
- Alistair Taylor, l’assistant d’Epstein surnommé Mr Fixit, présent au Cavern le 9 novembre 1961, chargé de résoudre l’irrésolvable — et licencié d’Apple en 1969 sans qu’aucun Beatle ne prenne son appel. Il a intitulé son livre de souvenirs Yesterday, ce qui résume assez bien sa position.
- Peter Brown, bras droit d’Epstein puis des Beatles, témoin du mariage de John et Yoko à Gibraltar — d’où sa citation nominale dans « The Ballad of John and Yoko » — et auteur en 1983 de The Love You Make, mémoire dont la franchise a durablement fâché plusieurs des intéressés.
- Dick James, éditeur, cofondateur de Northern Songs, dont la vente des parts en 1969 à ATV a déclenché la perte du catalogue Lennon-McCartney par ses auteurs. Lennon l’a explicitement rangé, on l’a vu, parmi ceux qui « pensent nous avoir faits ».
- Geoff Emerick, ingénieur du son de Revolver, Sgt. Pepper et Abbey Road, à qui l’on doit une part considérable du son du groupe, et dont le nom revient de plus en plus souvent dans la conversation depuis les années 2000.
Aucun d’eux n’a été officiellement sacré. Tous ont été appelés « cinquième Beatle » au moins une fois dans un titre de presse. C’est le régime normal du mythe : une inflation lente, sans autorité de régulation.
Les musiciens : le cinquième Beatle au générique
Pendant l’existence du groupe, plusieurs musiciens ont enregistré avec les Beatles à titre limité — soit sur un album du groupe, soit sur un disque d’un autre artiste réunissant deux Beatles ou plus. Chacun a donc pu être qualifié de cinquième Beatle le temps d’un ou deux morceaux. C’est la version la plus modeste et la plus vérifiable du mythe : elle a l’avantage de reposer sur des feuilles de séance.
Billy Preston, le seul crédité
Un seul homme, en dehors de Tony Sheridan, a obtenu un crédit conjoint sur un single des Beatles : Billy Preston (1946-2006), pour son jeu sur « Get Back ». Sur l’album Let It Be, les morceaux où figurent ses prestations portent la mention « with Billy Preston ». Il joue de l’orgue sur « Let It Be », « Something » et « I Want You (She’s So Heavy) », et du piano électrique Fender Rhodes sur « Don’t Let Me Down », « One After 909 », « Dig a Pony », « I’ve Got a Feeling » et « Get Back ».
Preston avait croisé les Beatles dès 1962 à Hambourg, alors qu’il accompagnait Little Richard, adolescent. Sa candidature au titre naît cependant en janvier 1969, lorsque Harrison l’invite à rejoindre les séances pour désamorcer les tensions du groupe — les images de Get Back montrent l’effet immédiat et presque comique de son arrivée : quatre hommes qui se détestaient depuis trois semaines se remettent à jouer proprement parce qu’il y a un invité dans la pièce.
C’est là que se produit l’événement le plus important de toute l’histoire du mythe, et il est documenté sur les bandes des séances (A/B Road, 24 janvier 1969) : Lennon propose sérieusement que Preston devienne membre du groupe, en employant lui-même l’expression de cinquième Beatle. McCartney écarte l’idée — il est déjà assez difficile de fonctionner à quatre.
Arrêtons-nous, parce que tout est là. La seule fois où la place a réellement été mise sur la table, elle a été refermée immédiatement, et par le membre le plus attaché à la cohésion du groupe. La vacance n’est pas un accident : c’est une décision. Les Beatles ont choisi, en pleine désagrégation, de rester quatre. Tout ce que le mythe raconte depuis soixante ans se heurte à ce refus daté du 24 janvier 1969.
Preston, du reste, a hérité d’une désignation à part — on l’a parfois appelé le « Black Beatle », formule qu’on trouve notamment sous la plume de Philip Martin, et qui mérite d’être regardée en face : elle a servi à la fois à saluer sa singularité et à l’écarter de la file d’attente principale. Il y a, dans la sociologie du mythe, une racialisation implicite qui n’a presque jamais été discutée. Le seul musicien noir jamais crédité aux côtés des Beatles a reçu un titre séparé.
Tony Sheridan et Bert Kaempfert : quand les Beatles étaient les accompagnateurs
Renversons la perspective. En 1961, Tony Sheridan est la vedette et les Beatles sont son groupe d’accompagnement. Rencontré à Hambourg lors du premier séjour de 1960, il enregistre avec eux — Lennon, McCartney, Harrison et Best — lors du deuxième, sur la suggestion de Bert Kaempfert, agent de Polydor, qui les avait vus ensemble sur scène. Le single « My Bonnie » / « The Saints » atteint la cinquième place du hit-parade allemand ; l’album My Bonnie sort en Allemagne. Le mot « Beatles » étant jugé trop proche d’un terme argotique allemand désignant le sexe masculin, le disque est crédité à Tony Sheridan and The Beat Brothers. Après la percée du groupe, la réédition britannique corrigera le crédit en « Tony Sheridan and The Beatles ».
C’est ce disque que Raymond Jones — ou qui que ce soit d’autre, l’anecdote étant contestée — vient demander au NEMS d’Epstein à l’automne 1961. Autrement dit : le premier maillon de la chaîne qui mène Brian Epstein aux Beatles est un disque où les Beatles ne sont pas les Beatles. Sheridan, mort à Hambourg en 2013, aurait un titre parfaitement fondé à se dire le cinquième Beatle du seul point de vue chronologique — il est le premier professionnel à les avoir emmenés en studio. Il ne l’a jamais beaucoup revendiqué.
Klaus Voormann, Nicky Hopkins, Eric Clapton, Jim Keltner, Harry Nilsson
Klaus Voormann est le cas le plus complet après Preston : bassiste ayant joué avec le groupe dans les clubs de Hambourg après le départ de Sutcliffe, auteur de la pochette de Revolver — c’est-à-dire de l’une des images les plus reconnaissables du siècle —, il est évoqué comme remplaçant possible de McCartney au moment de la séparation, et joue ensuite sur presque tous les albums solo de Lennon, Harrison et Starr jusqu’en 1976. Sa candidature réunit trois qualités rarement cumulées : l’ancienneté hambourgeoise, l’apport visuel, et la continuité post-Beatles.
Eric Clapton apporte le solo de « While My Guitar Gently Weeps » (septembre 1968), non crédité, à l’invitation de Harrison et pour la même raison thérapeutique que Preston : la présence d’un extérieur pacifie la pièce. Nicky Hopkins joue le piano électrique de « Revolution ». Jim Keltner, batteur américain, est considéré dans les années 1970 comme un cinquième Beatle potentiel : après Imagine (1971), il joue au Concert for Bangladesh aux côtés de Starr, puis sur d’innombrables disques solo des ex-Beatles pendant vingt ans, accompagne les Traveling Wilburys parmi les « Sideburys », participe à la première All-Starr Band de Ringo en 1989 et au dernier album de Harrison, Brainwashed.
Harry Nilsson, enfin, occupe une position singulière : Derek Taylor l’avait baptisé « le Beatle américain ». Son album Pandemonium Shadow Show contient une version de « You Can’t Do That » qui cite dix-sept autres titres des Beatles — une déclaration d’amour érudite qui fonctionne comme une candidature. Lors d’une conférence de presse de 1968, interrogés sur leur artiste contemporain préféré, Lennon et McCartney répondent tous deux : Nilsson. Il deviendra le compagnon de dérive de Lennon pendant le Lost Week-end.
Ce que révèle cette galerie, c’est un motif récurrent : on fait venir un cinquième homme quand les quatre ne se supportent plus. Preston en janvier 1969, Clapton en septembre 1968. Le cinquième Beatle n’est pas un ajout, c’est un tampon. Sa fonction est d’empêcher le groupe de se dissoudre en obligeant ses membres à se tenir correctement devant un invité. C’est une fonction sociale bien connue des thérapeutes familiaux, et elle a été inventée à Abbey Road par George Harrison.
L’angle mort : les femmes et le mythe
Il faut poser la question franchement : sur la trentaine de personnes ayant reçu le titre, combien de femmes ? La réponse est : à peu près aucune, sauf sur un mode négatif. C’est l’un des symptômes les plus révélateurs du mythe.
Astrid Kirchherr : l’invention visuelle non créditée
Astrid Kirchherr (1938-2020), photographe hambourgeoise, fiancée de Stuart Sutcliffe, a produit en 1960-1961 les images qui ont défini la manière dont les Beatles se voyaient eux-mêmes : le noir et blanc contrasté, la lumière latérale, les visages graves, le décor de foire, les poses de bande. Elle est aussi celle qui coupe les cheveux de Sutcliffe dans le style qui deviendra la moptop — en s’inspirant de la coiffure de Klaus Voormann, précision que l’histoire populaire oublie systématiquement au profit du récit plus commode d’une invention féminine spontanée.
Objectivement, sa contribution est du même ordre que celle qu’on invoque pour Sutcliffe (l’image), pour Barrow (le vocabulaire) ou pour Voormann (la pochette). Elle n’a pourtant à peu près jamais été qualifiée de cinquième Beatle par la presse, sinon dans quelques hommages tardifs à sa mort en mai 2020. Elle a été rangée, sa vie durant, dans la catégorie « fiancée de » — statut qui, dans la mythologie beatlesienne, exclut du titre.
Yoko Ono : le cinquième Beatle négatif
Yoko Ono est le seul membre de l’entourage à avoir occupé, dans l’imaginaire collectif, la place du cinquième Beatle avec un signe inversé. On ne lui a pas décerné le titre : on le lui a reproché.
Les faits sont connus : à partir de mai 1968, elle est présente en studio de manière continue, ce qui rompt une règle tacite du groupe. Lennon le revendique explicitement — dans l’entretien Rolling Stone de 1970, il présente le duo qu’il forme avec elle comme une évidence artistique et non comme une intrusion. Il indique aussi, on l’a vu, que le montage de « Revolution 9 » a été réalisé par eux deux.
Ce qui s’est joué ensuite relève de la psychologie collective plus que de l’histoire : la culture fan a eu besoin, pour expliquer la séparation, d’une cause extérieure, et l’a trouvée dans la seule personne du dispositif qui était à la fois femme, non britannique, non issue du rock, et artiste d’avant-garde. Toute la recherche sérieuse des quarante dernières années — Doggett en tête, dans You Never Give Me Your Money (2009) — établit que les causes de la dissolution sont financières, contractuelles et humaines (mort d’Epstein, faillite d’Apple, conflit Klein/Eastman, épuisement, maturité divergente des quatre). L’explication par Yoko Ono est un raccourci qui a servi à protéger les quatre membres d’une part de responsabilité.
Le mythe du cinquième Beatle a donc un double : le mythe de l’intruse. Ce sont les deux faces d’une même opération, et elles arrivent au même moment de l’histoire du groupe. L’un désigne les gens qu’on aurait aimé faire entrer, l’autre désigne celle qu’on aurait voulu faire sortir. Dans les deux cas, on parle en réalité de la frontière, jamais de la musique.
Signalons pour être complet, et parce que c’est une des ironies les mieux tournées du dossier, que c’est Yoko Ono qui a permis la restitution des archives de Mal Evans à sa famille, et que c’est elle qui a remis à McCartney la cassette de démos de John contenant « Now and Then ». Les deux résurrections récentes du monde beatlesien passent par elle.
Cynthia, Maureen, Pattie, Linda
Il faut mentionner, sans les fondre en un bloc, Cynthia Lennon, Maureen Starkey, Pattie Boyd et Linda McCartney — quatre trajectoires très différentes. Linda est la seule à être passée du statut d’entourage à celui de partenaire musicale de plein exercice, dans les Wings, ce qui lui a valu une décennie de sarcasmes dont on mesure aujourd’hui l’injustice. Pattie Boyd a produit, avec ses photographies, un corpus visuel de l’intimité du groupe qui n’a rien à envier à celui de plusieurs professionnels salués comme des collaborateurs. Aucune n’a jamais figuré dans une liste de cinquièmes Beatles.
La conclusion est nette et pas très reluisante : le titre de cinquième Beatle est réservé aux hommes qui travaillent. Il récompense la fonction salariée ou professionnelle (manager, producteur, roadie, attaché de presse, musicien), et exclut structurellement les contributions relevant du domestique, de l’affectif ou du visuel non contractualisé — c’est-à-dire, à cette époque et dans ce milieu, l’essentiel de ce que faisaient les femmes.
Les contre-candidats, les usurpateurs et les blagues
Yanni « Magic Alex » Mardas
Ingénieur électronicien grec introduit auprès de Lennon en 1965, « Magic Alex » dirige Apple Electronics et promet successivement une peinture qui rend invisible, un champ de force sonore, un papier peint électrophonique et un studio 72 pistes. Le studio construit dans le sous-sol de Savile Row en janvier 1969 est inutilisable — pas de sonorisation, pas de séparation, une console maison inexploitable — et il faut faire venir en urgence du matériel d’EMI pour sauver les séances de Get Back. Il est écarté peu après.
Son cas est utile parce qu’il montre la face crédule du mythe : les Beatles ont réellement cherché, à la fin, un cinquième homme capable de leur fournir un futur technologique. Ils ne l’ont pas trouvé chez un ingénieur du son mais chez un illusionniste. Cinquante ans plus tard, c’est une équipe néo-zélandaise d’apprentissage automatique qui remplira cette fonction — nous y viendrons.
Allen Klein
Le manager américain, imposé par Lennon, Harrison et Starr en 1969 contre l’avis de McCartney qui voulait confier l’affaire à son beau-père Lee Eastman, est le seul homme dont on puisse dire qu’il a effectivement pris une part de contrôle du groupe. Il en a aussi précipité l’implosion juridique. Personne ne l’a jamais appelé cinquième Beatle, et c’est significatif : le titre exige de la loyauté sans pouvoir. Dès qu’un homme extérieur détient une autorité réelle sur les Beatles, il devient inéligible. C’est la règle la mieux respectée du corpus.
El Beatle, Jimmy Tarbuck, Clarence Walker et Apu
Le mythe finit par sortir de la musique, ce qui est le signe le plus sûr de sa réussite — et de son épuisement.
En 1966, après avoir marqué deux buts avec Manchester United au Stade de la Luz contre Benfica en quart de finale de la Coupe d’Europe, le footballeur nord-irlandais George Best est baptisé par la presse portugaise « O Quinto Beatle » — le cinquième Beatle — principalement à cause de sa coupe de cheveux. De retour en Angleterre, la presse britannique le rebaptise « El Beatle ». Le titre voyage donc de la musique au sport en deux ans, sur la seule base d’une coiffure.
L’humoriste liverpuldien Jimmy Tarbuck, camarade de collège de Lennon, est appelé en plaisantant le cinquième Beatle parce qu’il devient célèbre au même moment, avec la même coupe, les mêmes costumes et le même accent.
Puis vient la phase parodique, qui est une forme d’achèvement. Le 11 février 1984, dans un sketch de Saturday Night Live, Eddie Murphy incarne Clarence Walker, saxophoniste amer qui prétend avoir été le cinquième Beatle avant d’être exclu du groupe en 1963. Dans l’épisode « Lisa the Vegetarian » des Simpson (1995), Apu révèle avoir été le guide de Paul et Linda McCartney lors du voyage en Inde de 1968 et avoir été connu comme le cinquième Beatle ; McCartney, invité de l’épisode, lui répond par un « mais bien sûr » les yeux au ciel.
Quand une formule devient le ressort d’une blague dont tout le monde comprend le mécanisme sans explication, elle a cessé d’être une distinction pour devenir un lieu commun. C’est en 1995 — l’année d’Anthology 1, l’année où Pete Best touche enfin des droits — que le cinquième Beatle devient officiellement une plaisanterie.
Pourquoi ? Anatomie structurale d’une nécessité
Nous avons établi les faits. Reste la question que pose l’intitulé de cet article, et qui est la seule vraiment intéressante : pourquoi ce mythe était-il nécessaire ? Pourquoi une culture entière a-t-elle éprouvé, pendant soixante ans, le besoin d’ajouter un homme à un groupe qui n’en demandait pas ?
Quatre est une forme close
Commençons par le nombre. Quatre n’est pas un effectif neutre. C’est la forme la plus stable de la géométrie sociale : deux couples, quatre points cardinaux, quatre éléments, quatre humeurs, quatre saisons, quatre évangélistes. Jung faisait de la quaternité le symbole de la totalité psychique achevée. Un quatuor à cordes est une forme close ; un quintette est un quatuor plus quelqu’un.
Or les Beatles ont été présentés au monde, dès 1963, sous une forme quaternaire explicitement typée : le spirituel, le mignon, le tranquille, le drôle. C’était un dispositif de communication conçu par Epstein, Barrow et la presse, et il fonctionnait précisément parce qu’il saturait l’espace des rôles. Chaque spectateur pouvait s’identifier à l’un des quatre ; il n’existait aucune case vide dans laquelle se glisser.
Le mythe du cinquième Beatle est la réponse à cette saturation. Puisqu’il est impossible d’être un des quatre, on invente une cinquième position — qui a l’immense avantage de n’être occupée par personne en titre, donc d’être disponible pour tous. Ce n’est pas un hasard si l’expression naît au moment exact où la typologie des quatre atteint sa diffusion maximale, en février 1964, devant soixante-treize millions d’Américains.
Le supplément : ce qui manque à ce qui est complet
Il y a un paradoxe logique dans l’expression, et il vaut la peine de s’y arrêter. Un groupe complet n’a pas besoin d’un membre supplémentaire ; s’il en a besoin, c’est qu’il n’était pas complet.
C’est très exactement ce que Jacques Derrida appelait la logique du supplément : ce qui s’ajoute à un ensemble prétendument achevé révèle, par son ajout même, un manque originel. Le cinquième Beatle est la preuve vivante que le quatuor n’était pas autosuffisant. Et de fait, il ne l’était pas : les Beatles ne savaient pas lire la musique, n’écrivaient pas leurs arrangements de cordes, ne géraient pas leurs contrats, ne transportaient pas leur matériel, ne rédigeaient pas leurs communiqués et n’ont pas dessiné la plupart de leurs pochettes.
Le mythe dit donc quelque chose de rigoureusement exact, mais il le dit sur le mode de l’honneur au lieu de le dire sur le mode de l’analyse. « Cinquième Beatle » est le nom que la culture populaire donne à la division du travail. C’est une manière poétique d’admettre qu’une œuvre collective est produite par plus de gens qu’il n’y a de noms sur la pochette — et de le reconnaître sans avoir à modifier les crédits.
Le besoin d’un médiateur
Un troisième moteur, plus affectif, tient à la position du fan.
Les Beatles ont été, très tôt, inaccessibles. Dès 1964 il devient physiquement impossible de les approcher ; à partir de 1966 ils cessent de jouer en public ; après 1970 ils n’existent plus comme groupe ; après 1980 et 2001 la reconstitution devient impossible. La distance entre l’objet aimé et l’amateur n’a fait que croître pendant soixante ans.
Or toute religion de la distance produit des intercesseurs. Le cinquième Beatle est le saint patron des fans : quelqu’un qui n’est pas Beatle, comme nous, mais qui les a touchés, contrairement à nous. Il occupe la position exacte du médiateur. C’est pourquoi les candidats les plus populaires ne sont jamais les plus puissants (Klein, James) mais les plus proches et les plus humbles : Mal Evans, le videur du Cavern qui portait les amplis ; Neil Aspinall, le comptable stagiaire qui conduisait la camionnette. Le fan ne veut pas s’identifier au producteur, il veut s’identifier au type qui a compté les mesures de « A Day in the Life ».
C’est aussi pourquoi le mythe s’est intensifié après Get Back de Peter Jackson en 2021. Huit heures de rushes ont montré au public ce que la mythologie avait toujours caché : une pièce pleine de gens ordinaires, avec des thermos, des cendriers et des pulls à col roulé. Le documentaire a mis en circulation des dizaines de nouveaux visages, et l’appétit pour le cinquième Beatle en a été relancé — au point que Mal Evans, mort en 1976, est devenu en 2021-2023 l’un des personnages les plus discutés du monde beatlesien.
Le mythe du seuil : mourir, être renvoyé, arriver trop tard
Observons maintenant la structure narrative des candidatures les plus fortes. Elles se rangent en trois figures, et ce sont trois figures tragiques classiques.
- Le mort prématuré : Stuart Sutcliffe, vingt et un ans, mort quelques semaines avant l’audition Parlophone. Il incarne le destin interrompu.
- Le renvoyé à la veille du triomphe : Pete Best, congédié en août 1962, deux mois avant le premier single. Il incarne l’injustice.
- L’homme arrivé trop tard ou parti trop tôt : Jimmie Nicol, dix jours ; Billy Preston, refusé ; Chas Newby, qui a dit non. Ils incarnent l’occasion manquée.
Ces trois figures — le mort, le trahi, le passant — sont les personnages fondamentaux de la tragédie. Le mythe du cinquième Beatle n’a donc pas seulement une fonction sociale : il a une forme littéraire, et cette forme est extrêmement ancienne. Elle raconte ce qu’il en coûte d’avoir approché la grâce sans y entrer. C’est l’histoire de Moïse voyant la Terre promise, et c’est pourquoi elle se raconte si bien.
Ajoutons que le rock, comme genre, a un besoin structurel de ce récit. La légitimité du groupe repose sur l’idée qu’il est une fraternité élective et non un assemblage de professionnels. Or une fraternité n’existe que si l’on peut en être exclu. Sans Pete Best, les Beatles ne sont qu’un quatuor talentueux ; avec lui, ils deviennent une communauté qui a un dehors, donc un dedans. Le cinquième Beatle est le prix que le groupe paie pour être un groupe.
Un mythe de classe
Il y a une dimension sociale rarement relevée. Regardons qui reçoit le titre dans sa version affectueuse : Aspinall, Evans, Barrow, Alistair Taylor, Best. Ce sont, presque tous, des hommes de Liverpool, d’origine populaire, employés du groupe.
Le mythe leur accorde une anoblissement symbolique — le titre fonctionne exactement comme une distinction honorifique, à la manière d’un MBE que personne n’a le pouvoir de délivrer. Et comme toute distinction honorifique, il tient lieu de ce qu’il ne donne pas. Aucun de ces hommes n’a jamais reçu de parts d’Apple, de points sur les disques ou de crédit d’auteur. Mal Evans est mort ruiné. Alistair Taylor a été licencié sans qu’on lui réponde au téléphone. Neil Aspinall, qui a dirigé Apple pendant trente-cinq ans, est resté un salarié.
Le cinquième Beatle est un titre de noblesse décerné à des gens à qui l’on ne verse pas de royalties. Cette phrase est dure, mais elle résiste à l’examen de chaque dossier.
Un mythe d’après-coup : la nostalgie a besoin d’une porte
Enfin, il faut prendre au sérieux la chronologie de l’inflation. L’expression naît en 1964, mais son usage explose à partir des années 1980 et 1990 — c’est-à-dire après la mort de Lennon, à mesure que les Beatles cessent d’être un groupe pour devenir un patrimoine.
Un patrimoine a besoin de guides. Chaque témoin survivant devient un point d’accès au passé, et le titre de cinquième Beatle est précisément ce qui transforme un témoignage en autorité. Il ne dit pas « cet homme a connu les Beatles » ; il dit « cet homme est un morceau des Beatles ». D’où l’essor, à partir des années 1980, d’une économie entière : mémoires, conventions, tournées de conférences, ventes aux enchères, musées privés. Pete Best a formé le Pete Best Band en 1988 ; le Liverpool Beatles Museum a été fondé par son demi-frère Roag ; le Casbah Coffee Club, dans la cave de la maison de Mona Best, est devenu un lieu de pèlerinage classé.
Ce n’est pas un reproche. Ces gens ont réellement vécu ce qu’ils racontent, et leur travail de mémoire est souvent d’une qualité supérieure à celle des historiens qui les citent. Mais il faut voir la mécanique : le mythe crée un marché, et le marché entretient le mythe.
Comment ? La mécanique de fabrication en cinq étapes
Passons à l’ingénierie. À force d’observer les cas, on peut décrire assez précisément la procédure par laquelle un individu devient un cinquième Beatle. Elle comporte cinq étapes, dont aucune n’exige l’accord des Beatles.
Étape 1 : la formule-titre
Tout commence par un besoin journalistique. « Cinquième Beatle » est un titre de presse idéal : trois mots, un chiffre, une marque mondialement connue, une promesse de révélation, et zéro risque juridique puisque l’expression n’engage à rien. Elle est utilisable pour une nécrologie, une interview, une exposition, une vente aux enchères, un livre, un anniversaire. Elle survit à l’épuisement de tous les autres angles.
C’est ainsi que la presse locale du New Jersey présentait Andy White ; que la presse écossaise et anglaise a présenté Sutcliffe (« l’homme qu’on appelle le cinquième Beatle ») ; que la radio américaine a annoncé la mort de Billy Preston en 2006 ; que la BBC a titré son enquête de 2019. Le mythe est d’abord un artefact de la rédaction en chef.
Étape 2 : l’autoproclamation et la preuve par la photographie
Le titre étant sans émetteur, il peut être auto-attribué — c’est même sa forme originelle, celle de Murray the K. Mais l’autoproclamation seule ne suffit pas : il faut une pièce à conviction.
Cette pièce est presque toujours une photographie. Une image dans laquelle on figure aux côtés des quatre a valeur de brevet. La force du dossier de Murray the K tient entièrement à ce qu’il apparaît dans le train de Washington, en coulisses du Ed Sullivan Show, dans la chambre d’hôtel de Miami. La force du dossier de Mal Evans est décuplée depuis 2021 parce que Get Back le montre pendant huit heures.
À l’inverse, Chas Newby, qui n’a presque jamais été photographié avec le groupe, reste invisible malgré une légitimité supérieure. La preuve, dans ce mythe, est iconographique et non documentaire. C’est ce qui le rend si perméable aux imposteurs — et c’est ce qui explique qu’un footballeur ait pu être sacré cinquième Beatle sur la seule base d’une coupe de cheveux.
Étape 3 : la validation par un Beatle
Une candidature change de statut le jour où l’un des quatre la ratifie. On a vu que cela s’est produit rarement, mais avec une netteté remarquable :
- Harrison, 1965 : la médaille MBE pour Epstein.
- Harrison, janvier 1988, Rock and Roll Hall of Fame : Aspinall et Taylor, et personne d’autre.
- McCartney, 1997, BBC : Epstein.
- McCartney, 8 mars 2016 : George Martin.
Le motif est constant : la validation intervient toujours à titre posthume ou commémoratif. Aucun Beatle n’a jamais désigné un cinquième Beatle vivant et en exercice. Le titre est une couronne funéraire. C’est logique : décerner de son vivant reviendrait à créer une prétention, donc un risque.
Étape 4 : le livre
Le cinquième Beatle n’est réellement consacré qu’une fois qu’il a un volume à son nom. Le corpus est immense : Pete Best (Beatle! The Pete Best Story), Alistair Taylor (Yesterday), Peter Brown (The Love You Make, 1983, puis All You Need Is Love, 2024), Vivek Tiwary pour Epstein (The Fifth Beatle, 2013), Jim Berkenstadt pour Nicol (The Beatle Who Vanished, 2013), Kenneth Womack pour George Martin puis pour Mal Evans (2023). Klaus Voormann, Tony Barrow, Geoff Emerick ont tous publié.
Le livre a une double fonction : il fixe le récit et il convertit le titre en revenu. C’est le seul mécanisme documenté par lequel le mythe rapporte de l’argent à celui qui le porte.
Étape 5 : la nécrologie
Le sacre définitif a lieu à la mort. C’est le moment où la formule cesse d’être une revendication contestable pour devenir une épitaphe consensuelle : Andy White, Billy Preston, George Martin, Derek Taylor, Neil Aspinall, Astrid Kirchherr ont tous été qualifiés de cinquième Beatle dans leurs notices nécrologiques, y compris par des organes de presse qui ne l’auraient jamais écrit six mois plus tôt.
La mort règle en effet le seul problème que pose le titre : celui de la prétention. Un mort ne peut plus réclamer quoi que ce soit.
Le titre comme monnaie symbolique non convertible
Résumons cette mécanique par une thèse, qui est le cœur de cet article.
Les Beatles avaient une dette réelle, massive et parfaitement identifiable envers une trentaine de personnes. Ils avaient trois moyens de la reconnaître : l’argent (parts, points, redevances), le crédit (le nom sur le disque) et le titre (l’honneur).
Ils ont utilisé le premier avec parcimonie — un seul crédit conjoint sur un single, celui de Billy Preston ; une régularisation tardive pour Pete Best en 1995, trente-trois ans après les faits. Ils ont utilisé le deuxième presque jamais : Clapton n’est pas crédité sur « While My Guitar Gently Weeps », Mal Evans n’est crédité nulle part, aucun musicien de séance ne figure sur la pochette de Sgt. Pepper, la harpiste Sheila Bromberg a été payée neuf livres pour « She’s Leaving Home » et n’a été identifiée que des décennies plus tard.
Ils ont donc massivement utilisé le troisième. « Cinquième Beatle » est une monnaie que le groupe pouvait émettre à volonté parce qu’elle ne coûtait rien et qu’elle n’était convertible en rien. Elle achète de la loyauté, elle solde une dette morale, elle produit du récit, et elle ne dilue ni le capital ni les crédits d’auteur.
Cette lecture n’accuse personne de cynisme. Les hommages de McCartney à Epstein et à Martin sont manifestement sincères, et Harrison, en 1988, a fait un geste de justice authentique devant une salle qui ne connaissait pas ces deux noms. Mais la fonction économique de ces gestes existe indépendamment de leur sincérité. Un honneur est ce qu’on donne quand on ne donne pas le reste.
Après 1970 : le mythe en régime posthume
La séparation aurait dû tuer l’expression. Elle l’a au contraire libérée : à partir du moment où il n’y a plus de groupe, la place de cinquième Beatle devient la seule place disponible dans les Beatles.
Le remplaçant fantasmé
Le premier effet est un fantasme de substitution. Au moment de la séparation, quand McCartney s’en va, le nom de Klaus Voormann circule comme remplaçant possible. L’hypothèse n’a jamais dépassé le stade de la conversation, mais elle est révélatrice : pendant quelques mois, en 1970, des gens sérieux ont envisagé qu’un Beatle soit remplaçable. C’est la seule fois de l’histoire.
Elle a une postérité grotesque et fascinante : la rumeur « Paul est mort », née en 1969, repose exactement sur le même postulat — qu’un Beatle puisse être remplacé par un sosie sans que le public s’en aperçoive. Le cinquième Beatle et le faux McCartney sont deux formes du même délire, et elles apparaissent la même année.
Les Threetles et Jeff Lynne
En 1994-1995, le projet Anthology pose une question inédite : comment enregistrer un disque des Beatles avec trois Beatles ? La réponse est un cinquième homme — Jeff Lynne, producteur d’ELO et complice de Harrison au sein des Traveling Wilburys, qui produit « Free as a Bird » et « Real Love » à partir de démos domestiques enregistrées par Lennon dans les années 1970.
Lynne occupe alors une position littéralement quinaire : il est le quatrième homme présent dans la pièce quand il n’y a plus que trois Beatles vivants. Trente ans plus tard, sa fonction perdure : les remixages 2025 de « Free as a Bird » et « Real Love » figurant sur Anthology 4 (21 novembre 2025) sont signés de lui, réalisés à partir de voix de Lennon démixées.
Giles Martin : l’héritage comme fonction
Le cas de Giles Martin mérite une catégorie à part. Fils de George Martin, il a assuré depuis 2006 (Love) la quasi-totalité des remixages du catalogue — Sgt. Pepper 2017, White Album 2018, Abbey Road 2019, Let It Be 2021, Revolver 2022, les albums Rouge et Bleu 2023, la remasterisation d’Anthology et la curation d’Anthology 4 en 2025 — et il a coproduit « Now and Then » avec McCartney.
Ce que cela signifie est considérable : la fonction de cinquième Beatle est devenue héréditaire. Le poste occupé par George Martin de 1962 à 1970 a été transmis, non par élection ni par mérite public, mais par filiation, et il consiste désormais à décider de la forme sous laquelle le monde entend les Beatles. Aucun autre candidat de l’histoire du mythe n’a exercé un pouvoir comparable sur le son du groupe.
MAL : le cinquième Beatle est devenu un logiciel
Nous arrivons au terme logique de l’histoire, et il est presque trop beau pour être vrai.
Pour son documentaire Get Back (2021), Peter Jackson et l’équipe son dirigée par Emile de la Rey, chez WingNut Films, développent un outil de démixage capable d’isoler des instruments enregistrés sur une seule piste. Ils le baptisent MAL — acronyme de Machine Assisted Learning, mais aussi double hommage assumé : à HAL, l’ordinateur de 2001, l’Odyssée de l’espace, et à Mal Evans, dont la présence est omniprésente dans les images du documentaire.
Cet outil sert ensuite à remixer Revolver (2022), à traiter des titres des rééditions des albums Rouge et Bleu (2023), à extraire une voix isolée de Lennon sur « I’ve Got a Feeling » que McCartney a chantée en duo avec un mort sur la tournée Got Back, et surtout à séparer la voix de Lennon du piano sur la cassette de démos de 1977, permettant l’achèvement de « Now and Then », publié le 2 novembre 2023.
Récapitulons la boucle. Un roadie de Liverpool, salarié non crédité, mort à quarante ans, dont les archives ont disparu pendant un demi-siècle, donne son nom à un logiciel d’apprentissage automatique qui permet à deux Beatles vivants d’enregistrer avec deux Beatles morts un morceau classé numéro un au Royaume-Uni. Le cinquième Beatle n’est plus une personne : c’est une technologie qui porte le nom d’un homme qu’on n’a jamais crédité.
On mesure ici tout le trajet du mythe. Il a commencé en 1964 avec un homme qui réclamait le titre pour lui-même à la radio. Il s’achève en 2023 avec un titre décerné à un programme informatique, en mémoire d’un homme qui ne l’a jamais réclamé.
Palmarès raisonné
Puisque la question sera posée de toute façon, voici un classement argumenté — non pas selon l’affection, mais selon quatre critères vérifiables : l’appartenance formelle au groupe, la présence sur les enregistrements publiés, la durée de la relation, et la contribution créatrice attestée.
| Rang | Nom | Fondement de la candidature | Faiblesse du dossier |
|---|---|---|---|
| 1 | Stuart Sutcliffe | Membre de plein droit ; a contribué au nom et à l’image | Compétence musicale faible, aucun enregistrement majeur |
| 2 | Pete Best | Membre de plein droit deux ans ; audible sur Anthology 1 | Renvoyé avant le premier single officiel |
| 3 | George Martin | Producteur de la quasi-totalité du catalogue ; arrangeur | Contribution contestée par Lennon lui-même |
| 4 | Brian Epstein | A rendu le groupe possible ; désigné par McCartney | Aucune contribution musicale ; gestion financière défaillante |
| 5 | Neil Aspinall | Présence continue 1961-2007 ; architecte d’Anthology ; nommé par Harrison | Rôle majoritairement administratif |
| 6 | Mal Evans | Présent à presque toutes les séances ; joue sur de nombreux titres | Jamais crédité ; apport musical ponctuel |
| 7 | Billy Preston | Seul musicien crédité conjointement sur un single | Deux mois de collaboration |
| 8 | Derek Taylor | Nommé par Harrison ; voix du récit officiel jusqu’en 2025 | Fonction de communication |
| 9 | Jimmie Nicol | A joué huit concerts comme Beatle devant le public | Dix jours ; aucun enregistrement |
| 10 | Klaus Voormann | Hambourg, pochette de Revolver, carrières solo | Jamais membre |
Mentions particulières : Andy White (présent sur une des versions les plus diffusées du premier single) ; Chas Newby (quatre concerts, et un refus qui a fait de McCartney un bassiste) ; Astrid Kirchherr (l’image, systématiquement exclue du palmarès par la tradition) ; Tony Sheridan (le premier à les avoir emmenés en studio) ; Giles Martin (le seul à exercer aujourd’hui un pouvoir réel sur le son du groupe).
Verdict
Si l’on doit répondre à la question telle qu’elle est posée, il n’y a que deux réponses défendables, et elles s’excluent :
Réponse historique : le cinquième Beatle est Stuart Sutcliffe, parce qu’il l’a été, littéralement, et qu’il est mort avant de pouvoir cesser de l’être. Tous les autres sont des quatrièmes, des sixièmes ou des employés.
Réponse structurale : il n’y a pas de cinquième Beatle, et il ne peut pas y en avoir, parce que le refus opposé par McCartney à Lennon le 24 janvier 1969 constitue la seule décision explicite jamais prise sur le sujet par les intéressés. Le groupe a examiné la question et a répondu non.
Tout le reste — et c’est là que l’affaire devient passionnante — est un travail collectif de la culture pour produire une réponse que les Beatles n’ont pas donnée.
Le cinquième Beatle, c’est nous
Il faut se résoudre à formuler l’hypothèse la plus simple, celle qui explique tous les cas sans exception.
Le cinquième Beatle n’a jamais désigné une personne. Il désigne la position de celui qui regarde. C’est la case vide que la culture a ménagée dans le dispositif pour que chacun puisse s’y projeter : le disc-jockey qui promeut, le manager qui croit, le producteur qui traduit, le roadie qui porte, l’ami qui coiffe, le fan qui achète, le journaliste qui raconte, le fils qui remixe, le logiciel qui sépare les voix.
Le mythe était nécessaire pour une raison précise : un groupe de quatre personnes ne peut pas contenir la totalité de ce qu’il a produit. Les Beatles ont fabriqué un objet culturel infiniment plus vaste que leur effectif, et le déséquilibre entre les deux devait être résorbé d’une manière ou d’une autre. Il l’a été par l’invention d’une place supplémentaire, indéfiniment attribuable, jamais attribuée.
C’est pourquoi la question « qui était le cinquième Beatle ? » ne recevra jamais de réponse et ne cessera jamais d’être posée. Elle n’attend pas de réponse. Elle est la forme que prend, dans la conversation ordinaire, une question beaucoup plus vaste et beaucoup plus intéressante : comment quatre hommes ont-ils pu faire ça ? La réponse honnête étant qu’ils ne l’ont pas fait seuls, il fallait bien un mot pour nommer tous les autres. Ce mot, faute de mieux, a été « cinquième Beatle ».
Quelques « cinquièmes Beatles » à découvrir :
Questions fréquentes
Qui a inventé l’expression « cinquième Beatle » ?
Le disc-jockey new-yorkais Murray the K (Murray Kaufman), en février 1964, pendant la première visite du groupe aux États-Unis. Il se l’est attribuée à lui-même, tout en affirmant ensuite l’avoir reçue de George Harrison ou de Ringo Starr. Sa station, WINS, l’a reprise à l’antenne.
Les Beatles ont-ils vraiment été cinq ?
Oui, de janvier 1960 à l’été 1961 environ : Lennon, McCartney, Harrison, Stuart Sutcliffe à la basse et Pete Best à la batterie à partir d’août 1960. Le retour au quatuor date du départ de Sutcliffe, resté à Hambourg, McCartney passant alors à la basse.
Qui les Beatles eux-mêmes ont-ils désigné ?
Quatre désignations publiques sont documentées : Harrison pour Brian Epstein (blague sur le MBE, 1965), Harrison pour Neil Aspinall et Derek Taylor (Rock and Roll Hall of Fame, janvier 1988), McCartney pour Epstein (BBC, 1997) et McCartney pour George Martin (hommage du 8 mars 2016).
Billy Preston a-t-il failli devenir Beatle ?
Oui. Les bandes des séances de janvier 1969 attestent que Lennon a proposé de l’intégrer au groupe, en employant l’expression « cinquième Beatle ». McCartney a écarté la proposition.
Pete Best a-t-il touché de l’argent ?
Oui, mais tardivement. Dix titres d’Anthology 1 (1995) le font entendre à la batterie, ce qui lui a valu des droits voisins substantiels. Les estimations publiées vont d’environ un million de livres à des chiffres beaucoup plus élevés ; l’intéressé n’a jamais confirmé de montant.
Qui joue de la batterie sur « Love Me Do » ?
Cela dépend de la version. Le single britannique d’octobre 1962 fait entendre Ringo Starr (séance du 4 septembre). L’album Please Please Me, les repressages ultérieurs et les éditions américaines utilisent la version du 11 septembre, avec Andy White à la batterie et Starr au tambourin. Repère infaillible : tambourin = Andy White.
Combien de temps Jimmie Nicol a-t-il été Beatle ?
Huit concerts, dans cinq villes, du 4 au 13 juin 1964 (Danemark, Pays-Bas, Hong Kong, Australie). Ringo Starr l’a remplacé à Melbourne le 14 juin.
Quel rapport entre Jimmie Nicol et « Getting Better » ?
Interrogé chaque soir par McCartney sur la façon dont il s’en sortait, Nicol répondait que ça allait de mieux en mieux. Trois ans plus tard, la phrase est revenue à McCartney lors d’une promenade avec Hunter Davies et a donné le titre de la chanson.
Pourquoi Yoko Ono n’a-t-elle jamais été appelée « cinquième Beatle » ?
Parce que le mythe fonctionne comme un titre honorifique masculin lié à une fonction professionnelle. Yoko Ono a occupé la position inverse : celle de l’intruse à qui l’on a imputé la séparation, thèse que la recherche historique récente réfute au profit de causes financières, contractuelles et humaines.
Qu’est-ce que MAL ?
Un logiciel de démixage développé par l’équipe son de Peter Jackson (WingNut Films) pour Get Back. L’acronyme signifie Machine Assisted Learning, avec un double clin d’œil à HAL et à Mal Evans. Il a permis le remixage de Revolver et l’achèvement de « Now and Then » (2023).
Existe-t-il un livre intitulé The Fifth Beatle ?
Oui : le roman graphique de Vivek Tiwary consacré à Brian Epstein, publié en novembre 2013, qui a atteint la première place des meilleures ventes d’ouvrages graphiques cartonnés du New York Times.
Un footballeur a-t-il été appelé cinquième Beatle ?
Oui : George Best, après un doublé contre Benfica au Stade de la Luz en 1966, baptisé « O Quinto Beatle » par la presse portugaise, puis « El Beatle » par la presse britannique — essentiellement à cause de sa coiffure.
Glossaire
- Anthology — Projet rétrospectif du groupe (livres, série documentaire, albums 1995-1996), piloté par Neil Aspinall, complété en 2025 par Anthology 4 et la réédition de l’ensemble.
- A/B Road — Compilation non officielle regroupant l’intégralité des bandes des séances de janvier 1969 ; source documentaire de référence pour la proposition de Lennon concernant Billy Preston.
- Casbah Coffee Club — Club aménagé par Mona Best dans la cave familiale de Liverpool ; premier lieu de résidence régulier du groupe.
- De-mixing (démixage) — Séparation, par apprentissage automatique, d’instruments et de voix enregistrés sur une même piste.
- Fab Four — Formule forgée par l’attaché de presse Tony Barrow ; verrouille l’effectif à quatre.
- Moptop — Coupe de cheveux caractéristique, portée d’abord par Stuart Sutcliffe, coupée par Astrid Kirchherr d’après la coiffure de Klaus Voormann.
- NEMS — North End Music Stores, l’entreprise familiale de Brian Epstein, devenue la société de management du groupe.
- Northern Songs — Société d’édition musicale cofondée avec Dick James, détentrice du catalogue Lennon-McCartney, cédée à ATV en 1969.
- Road manager — Fonction occupée successivement par Neil Aspinall puis Mal Evans : transport, installation, logistique, protection.
- Seltaeb — Société de licences (« Beatles » à l’envers) à l’origine du contrat de merchandising désavantageux de 1964.
- Shubdubs — Groupe fondé par Jimmie Nicol, relancé après son passage chez les Beatles, sans succès durable.
- Threetles — Surnom donné aux trois Beatles survivants réunis en 1994-1995 pour le projet Anthology.
Chronologie
- 1959 — Stuart Sutcliffe vend une toile et achète une basse ; il rejoint le groupe de Lennon.
- Août 1960 — Pete Best devient batteur ; le groupe part pour Hambourg à cinq.
- Décembre 1960 — Chas Newby joue quatre concerts à la basse ; il refuse ensuite de repartir à Hambourg. McCartney passe à la basse.
- 1961 — Séances avec Tony Sheridan pour Bert Kaempfert ; « My Bonnie » paraît sous le nom de Tony Sheridan and The Beat Brothers.
- 9 novembre 1961 — Brian Epstein voit le groupe au Cavern.
- 10 avril 1962 — Mort de Stuart Sutcliffe à Hambourg.
- 16 août 1962 — Renvoi de Pete Best ; arrivée de Ringo Starr.
- 4 et 11 septembre 1962 — Deux versions de « Love Me Do » : Starr, puis Andy White avec Starr au tambourin.
- 1963 — Mal Evans est recruté comme assistant roadie ; Tony Barrow forge la formule Fab Four.
- Février 1964 — Murray the K s’autoproclame cinquième Beatle à New York.
- 4-13 juin 1964 — Jimmie Nicol remplace Ringo Starr pour huit concerts.
- 1965 — Harrison suggère une cinquième médaille MBE pour Epstein.
- 1966 — George Best est sacré « O Quinto Beatle » par la presse portugaise.
- 27 août 1967 — Mort de Brian Epstein.
- Septembre 1968 — Eric Clapton enregistre le solo de « While My Guitar Gently Weeps », non crédité.
- Janvier 1969 — Billy Preston rejoint les séances ; Lennon propose de l’intégrer, McCartney refuse (24 janvier). Le single « Get Back » paraîtra crédité « The Beatles with Billy Preston ».
- 1970 — Séparation ; le nom de Klaus Voormann circule comme remplaçant possible de McCartney.
- 4 janvier 1976 — Mort de Mal Evans à Los Angeles.
- 11 février 1984 — Eddie Murphy incarne le faux cinquième Beatle Clarence Walker dans Saturday Night Live.
- Janvier 1988 — Harrison nomme Neil Aspinall et Derek Taylor au Rock and Roll Hall of Fame.
- 1995 — Anthology 1 ; Pete Best perçoit enfin des droits ; Apu se déclare cinquième Beatle dans Les Simpson.
- 1997 — Mort de Derek Taylor ; McCartney désigne Epstein à la BBC.
- 2006 — Mort de Billy Preston.
- 2008 — Mort de Neil Aspinall.
- 2013 — The Fifth Beatle de Vivek Tiwary ; The Beatle Who Vanished de Jim Berkenstadt ; mort de Tony Sheridan.
- 8 mars 2016 — Mort de George Martin ; McCartney lui décerne le titre.
- 2020 — Mort d’Astrid Kirchherr.
- 2021 — Get Back de Peter Jackson ; le logiciel MAL entre en service.
- 2 novembre 2023 — « Now and Then », dernier single du groupe.
- 14 novembre 2023 — Living the Beatles Legend, première biographie de Mal Evans par Kenneth Womack.
- 21 novembre 2025 — Anthology 4 : mixages de Jeff Lynne, curation de Giles Martin, introduction composée à partir d’entretiens de 1996 avec Derek Taylor.
Bibliographie et sources
Ouvrages de référence
- Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions et Tune In (volume 1 de All These Years)
- Ian MacDonald, Revolution in the Head
- Barry Miles, Many Years from Now et The Beatles Diary
- Walter Everett, The Beatles as Musicians (2 volumes)
- Peter Doggett, You Never Give Me Your Money
- Kenneth Womack, Sound Pictures et Maximum Volume (biographie de George Martin) ; Living the Beatles Legend: The Untold Story of Mal Evans (2023)
- Jim Berkenstadt, The Beatle Who Vanished (2013)
- Vivek Tiwary, The Fifth Beatle (2013)
- Peter Brown, The Love You Make (1983) et All You Need Is Love (2024)
- Chris O’Dell, Miss O’Dell (2009) — source de l’anecdote du Rock and Roll Hall of Fame 1988
- Paul Du Noyer, Liverpool – Wondrous Place
Sources primaires et documentaires
- Entretien de John Lennon avec Jann Wenner, Rolling Stone, décembre 1970-janvier 1971
- The Beatles: The First U.S. Visit (documentaire, Maysles) ; Beatles ’64 (David Tedeschi / Martin Scorsese, 2024)
- The Beatles: Get Back (Peter Jackson, 2021)
- Bandes des séances de janvier 1969 (A/B Road)
- Notes de pochette d’Anthology 4 (Kevin Howlett, introduction d’après des entretiens de 1996 avec Derek Taylor), Apple Corps, 2025
Presse et ressources en ligne
- BBC, enquête « Who most earned the title « fifth Beatle »? » (2019)
- The Beatles Bible ; The Paul McCartney Project ; thebeatles.com
- Nécrologies et hommages : NPR (Billy Preston, 2006), BBC (George Martin, 2016)














Des actualités à découvrir
Depuis 1997, Yellow-Sub.net compile sur son site plus de 38 000 dépêches d'actualité. Découvrez nos derniers articles pour tout savoir des Beatles.
Paul McCartney : fermeture du forum officiel….
Août
« The Third Eye » : Olivia Harrison, Martin Scorsese et Cameron Crowe pour révéler le George Harrison photographe
Août
Paul McCartney, le perfectionnisme avant tout
Août
Les bandes du White Album : « Blackbird », ou l’anatomie d’un perfectionnisme mal compris
Août
11 août 1969 : le jour où John Lennon a enregistré sa dernière note de Beatle
Août
Yoko Ono ressort « It’s Alright (I See Rainbows) » : l’album où Sean réveille sa mère revient enfin en vinyle
Août
Les tailleurs contre le toit : pourquoi Savile Row veut faire taire le musée des Beatles
Août
Les cinquièmes Beatles : anatomie d’un mythe
Août