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Eleanor Rigby a-t-elle existé ? Enquête sur les vraies personnes derrière la chanson des Beatles

Par Clive Helday
La vraie Eleanor Rigby : la femme réelle derrière la chanson des Beatles

Une ancienne fille d’arrière-cuisine morte en 1939, une tombe dans un cimetière de Woolton, une enseigne de négociant en vins à Bristol, une actrice de Help!, une vieille dame du quartier à qui un adolescent faisait les courses : derrière Eleanor Rigby, la chanson la plus sombre de Revolver, se cachent au moins cinq personnes réelles. Paul McCartney a toujours juré avoir inventé son héroïne. Les archives, elles, racontent une histoire plus trouble — celle d’une mémoire qui travaille à l’insu de celui qui écrit. Enquête complète, documents à l’appui, sur la vraie Eleanor Rigby.

En bref

  • Une Eleanor Rigby réelle a bien existé : née le 29 août 1895, épouse de Thomas Woods à partir du 26 décembre 1930, morte le 10 octobre 1939 à 44 ans, inhumée dans le cimetière de St Peter’s Church, à Woolton (Liverpool).
  • Ce cimetière jouxte l’église dont la fête paroissiale a vu John Lennon et Paul McCartney se rencontrer le 6 juillet 1957. La tombe n’a été signalée au public qu’au début des années 1980.
  • McCartney attribue officiellement le prénom à l’actrice Eleanor Bron et le nom à l’enseigne Rigby & Evens Ltd, négociant en vins de Bristol, repérée au tournant 1965-1966 en attendant Jane Asher au Bristol Old Vic.
  • Il admet depuis longtemps que la tombe a pu agir de façon inconsciente : c’est le phénomène que les psychologues appellent cryptomnésie.
  • Un registre de salaires de 1911 portant la signature d’une E. Rigby de 16 ans, fille de cuisine au City Hospital de Liverpool, a été adjugé environ 115 000 livres en novembre 2008 — pour une estimation de 500 000.
  • La véritable source émotionnelle du personnage, selon McCartney lui-même, est une vieille dame solitaire de Liverpool dont il faisait les courses adolescent.

Il faut commencer par une mise au point. Yellow-Sub.net a déjà consacré à la chanson elle-même — sa composition au piano, l’atelier de Weybridge, l’octuor de George Martin, la prise de son de Geoff Emerick, le destin dans les classements — une enquête de fond : Eleanor Rigby, tombeau pop : enquête sur la chanson la plus cruelle des Beatles. Les paroles et leur traduction se trouvent sur la fiche de la chanson. Le présent article ne refait pas ce chemin. Il pose une seule question, et il la pose jusqu’au bout : qui sont les personnes réelles derrière Eleanor Rigby ?

La question paraît simple. Elle ne l’est pas. Car la réponse n’est pas une femme, mais une superposition : un prénom emprunté ici, un nom lu là, une silhouette observée ailleurs, une tombe peut-être entrevue à quinze ans, et un personnage de fiction qui finit par avoir une existence plus solide que tous ceux qui ont contribué à le fabriquer. Pour démêler cet écheveau, il faut aller au cimetière, puis à Bristol, puis dans un hôpital de Liverpool en 1911, puis dans une salle des ventes londonienne en 2008, puis dans un laboratoire de psychologie genevois à la fin du XIXe siècle. C’est le voyage que nous proposons.

Le point de départ : une chanson qui se voulait sans modèle

En 1966, quand Eleanor Rigby paraît — le 5 août au Royaume-Uni, simultanément sur l’album Revolver et en 45 tours double face A avec Yellow Submarine (voir notre éphéméride du 5 août) —, personne ne se demande si l’héroïne a existé. La chanson est reçue comme une fable. Une femme solitaire, un prêtre sans auditoire, un enterrement où personne ne vient : le récit a la netteté d’une nouvelle de Katherine Mansfield ou d’un tableau d’Edward Hopper. Le nom sonne juste, voilà tout.

C’est d’ailleurs ce que McCartney cherchait. Il l’a répété de nombreuses fois : il voulait un nom qui sonne naturel, un nom qu’on pourrait trouver sur une boîte aux lettres de n’importe quelle rue anglaise, ni trop pittoresque ni trop banal. Le personnage devait être crédible précisément parce qu’il n’était personne en particulier. C’est là tout le paradoxe de l’affaire : en cherchant l’anonymat parfait, McCartney est tombé — ou a cru tomber — sur un nom qui appartenait déjà à quelqu’un.

Le projet d’écriture : un sujet choisi, pas un fait divers

Il faut souligner une différence de méthode qui éclaire tout le reste. Quelques mois plus tard, pour She’s Leaving Home, McCartney partira d’un document précis : un article du Daily Mail sur une adolescente fugueuse, Melanie Coe — nous avons raconté cette histoire dans Melanie Coe, la fugueuse de She’s Leaving Home. Pour Eleanor Rigby, rien de tel. Il n’y a pas de coupure de presse, pas de fait divers, pas de modèle désigné. Il y a un thème : la solitude des personnes âgées. McCartney l’a formulé sans ambiguïté, en expliquant que la chanson avait été consciemment écrite pour évoquer ce sujet.

Ce point est décisif pour notre enquête. Quand un auteur part d’un thème et non d’un individu, les individus réels qui nourrissent le personnage entrent par la porte de derrière. Ils ne sont pas convoqués ; ils se glissent. Et c’est exactement ce que l’on observe avec Eleanor Rigby : aucune des personnes réelles associées à la chanson n’a été choisie comme modèle, mais plusieurs ont laissé une trace.

Le jeune observateur de Liverpool

Cette posture d’observateur — regarder la vie des autres, surtout des plus vieux, et la mettre en forme — est l’une des signatures de McCartney. On la retrouve dans Penny Lane, dont les figures du quartier sont analysées dans notre article sur Penny Lane, et bien plus tard dans la galerie de personnages nommés qui traverse son œuvre. Notre enquête sur les auteurs-compositeurs qui ont fabriqué Lennon-McCartney a montré combien cette tradition des chansons peuplées de personnages dotés d’une biographie minimale vient du music-hall et de la chanson populaire anglaise que Jim McCartney jouait au piano familial.

Eleanor Rigby est la première grande réussite de cette veine. Avant elle, les chansons des Beatles parlaient à la première et à la deuxième personne : je t’aime, tu me manques. Avec elle, la troisième personne entre dans le répertoire du groupe. Il y a désormais des gens dans les chansons des Beatles. Et dès qu’il y a des gens, la question se pose : lesquels ?

Premier suspect : Miss Daisy Hawkins, l’héroïne d’avant

Avant d’être Eleanor Rigby, l’héroïne s’appelait Miss Daisy Hawkins. C’est McCartney lui-même qui l’a raconté, dès la biographie autorisée de Hunter Davies en 1968, puis dans Many Years From Now, les mémoires recueillis par Barry Miles et publiés en 1997. La première image qui lui vient, au piano, est celle d’une femme qui ramasse le riz dans une église après un mariage — un geste de ménage, presque invisible, accompli dans un lieu où la fête vient d’avoir lieu sans elle.

Daisy Hawkins n’a, à notre connaissance, jamais été rattachée à une personne réelle. Le nom a été écarté pour une raison purement sonore : McCartney le trouvait correct, mais pas juste. Trop léger, peut-être, avec ce prénom de fleur qui évoque plutôt la comédie musicale ou la chanson de music-hall que la tragédie. Il faut garder ce détail en tête : le choix du nom définitif est un choix d’oreille, pas un choix biographique. McCartney ne cherche pas quelqu’un ; il cherche une sonorité.

Une version plus ancienne encore : le témoignage de Donovan

Le chanteur écossais Donovan, proche de McCartney en 1966, a raconté avoir entendu une version antérieure de la mélodie, jouée à la guitare dans son appartement, avec des paroles totalement différentes. Dans son souvenir, le personnage portait un nom étrange, aux consonances indiennes, et le texte n’avait rien de la chronique sociale que nous connaissons ; il tournait plutôt autour de l’expérience psychédélique. Ce témoignage, tardif et invérifiable dans le détail, a au moins un mérite : il rappelle que la mélodie a précédé le sujet. McCartney a eu l’air avant d’avoir la femme.

Cela correspond à sa méthode habituelle. Yesterday a vécu des mois sous le titre provisoire de Scrambled Eggs ; nous avons raconté cette genèse dans No vibrato ! : comment Paul McCartney et George Martin ont réinventé la ballade pop. Chez McCartney, les paroles d’attente sont un échafaudage qu’on démonte une fois la maison construite. Daisy Hawkins et le personnage indien de Donovan sont deux échafaudages successifs.

Deuxième suspect : Eleanor Bron, le prénom d’une actrice

Le prénom Eleanor, selon la version la plus constante de McCartney, vient d’Eleanor Bron. Née à Stanmore, dans le Middlesex, en 1938, issue de la scène satirique londonienne de l’Establishment Club, elle a joué Ahme, la prêtresse de la secte qui poursuit Ringo, dans Help!, tourné au printemps 1965 et sorti en juillet de la même année. Elle a donc passé plusieurs semaines sur un plateau avec les quatre Beatles, notamment aux Bahamas et en Autriche.

Eleanor Bron a raconté, dans des entretiens ultérieurs, qu’elle avait trouvé les Beatles charmants, drôles, mais qu’elle n’avait pas noué avec eux d’intimité particulière ; une rumeur tenace, alimentée par certains biographes, a prêté à John Lennon un intérêt pour elle pendant le tournage, ce qu’elle n’a jamais confirmé de façon explicite. Quoi qu’il en soit, le prénom était frais dans la mémoire du groupe à la fin de 1965.

Pourquoi ce prénom fonctionne

Eleanor est un prénom distingué, un peu désuet en 1966, associé en Angleterre à la reine médiévale Aliénor d’Aquitaine — Eleanor of Aquitaine en anglais — et, plus prosaïquement, aux générations nées avant la Première Guerre mondiale. C’est exactement l’âge du personnage que McCartney veut peindre : une femme née vers 1900, qui a vu passer deux guerres et qui vieillit seule dans l’Angleterre des années 1960. Un prénom comme Daisy rajeunissait l’héroïne ; Eleanor la vieillit et lui donne de la tenue.

Il est important de noter qu’Eleanor Bron n’est en rien un modèle du personnage. Elle avait vingt-sept ans, une carrière brillante, une vie sociale intense. Elle n’a prêté à la chanson qu’un assemblage de voyelles. C’est le premier exemple de ce que nous appellerons, tout au long de cet article, une contribution sonore, par opposition à une contribution biographique.

Troisième suspect : Rigby & Evens, une enseigne de Bristol

Le nom de famille a une origine plus pittoresque. Entre décembre 1965 et janvier 1966, Jane Asher, alors compagne de McCartney, joue au Bristol Old Vic dans The Happiest Days of Your Life, la comédie de John Dighton adaptée au cinéma en 1950. McCartney vient la voir. En attendant la fin d’une représentation, il flâne dans le quartier du théâtre, King Street, sur le port historique de Bristol. Il lève les yeux et lit une enseigne : Rigby & Evens Ltd, négociants en vins et spiritueux.

Le nom lui plaît immédiatement. Il a raconté avoir pensé, sur le moment, que c’était exactement ce qu’il cherchait. Rigby a deux syllabes, comme Hawkins, mais avec une attaque plus dure et une finale plus sèche. Associé à Eleanor, il produit un rythme à quatre syllabes parfaitement régulier, qui se cale naturellement sur la mélodie. Là encore, le critère est musical.

L’entreprise elle-même

Rigby & Evens était une maison de négoce disposant d’un entrepôt au 22, King Street, à Bristol, et de bureaux à Liverpool — détail que les amateurs de coïncidences ne manquent jamais de relever. L’entreprise a depuis disparu. Une plaque de laiton portant son nom a été mise aux enchères chez Bonhams en 2005, preuve que le moindre fragment matériel lié à la chanson a acquis une valeur marchande. Le bâtiment qui abritait vraisemblablement la société accueille aujourd’hui un restaurant dans son sous-sol, et Bristol n’a jamais vraiment capitalisé sur cette anecdote, contrairement à Liverpool.

Une précision orthographique s’impose, car on la trouve déformée dans d’innombrables articles : il s’agit bien de Evens, et non d’Evans. L’erreur est compréhensible, Evans étant un patronyme gallois extrêmement courant, mais elle revient à mal nommer l’un des rares éléments documentés de la genèse.

Une chronologie qui tient

La datation de l’épisode de Bristol est cohérente avec ce que l’on sait de la composition. Jane Asher joue à Bristol entre la fin 1965 et le début 1966 ; McCartney commence la chanson au piano chez les Asher, au 57 Wimpole Street, où il vit alors ; le texte est achevé collectivement quelques semaines plus tard ; l’enregistrement débute le 28 avril 1966 au Studio Two d’Abbey Road (voir notre éphéméride du 28 avril). Il n’y a aucun trou dans ce calendrier. La version de Bristol est plausible, et McCartney n’a jamais varié sur ce point.

C’est ce qui rend la suite si intéressante. Car si le nom a une origine documentée et datée, pourquoi une tombe portant exactement ce nom se trouve-t-elle à quelques mètres de l’endroit où McCartney a rencontré Lennon ?

La tombe de Woolton : la découverte qui a tout changé

Au début des années 1980, dans le cimetière de St Peter’s Church, l’église paroissiale de Woolton, dans la banlieue sud de Liverpool, l’attention se porte sur une pierre tombale familiale en grès. Parmi les noms gravés figure celui d’une Eleanor Rigby, morte en 1939 à l’âge de 44 ans. L’inscription la désigne sous son nom de naissance tout en précisant qu’elle était l’épouse bien-aimée d’un certain Thomas Woods.

La découverte fait sensation parmi les amateurs des Beatles, et pour une raison qui dépasse de loin la simple homonymie. Car St Peter’s n’est pas n’importe quelle église. C’est là que, le samedi 6 juillet 1957, lors de la fête paroissiale annuelle, les Quarrymen de John Lennon ont joué sur une remorque puis dans la salle paroissiale, de l’autre côté de la rue. C’est là qu’Ivan Vaughan a présenté à Lennon un garçon de quinze ans nommé Paul McCartney, qui a impressionné le groupe en jouant Twenty Flight Rock et en connaissant les paroles par cœur. Nous avons raconté cette journée fondatrice dans notre éphéméride du 6 juillet.

Le cimetière entoure l’église. Il faut le traverser, ou le longer, pour rejoindre le champ où se tenait la fête. La tombe d’Eleanor Rigby se trouve à quelques dizaines de mètres de ce parcours. Autrement dit : le jour même où l’histoire des Beatles commence, Paul McCartney est passé tout près de la tombe d’une femme dont il allait, neuf ans plus tard, faire l’héroïne d’une de ses chansons les plus célèbres.

Le lieu de l’enfance de Lennon

La coïncidence est encore plus troublante du côté de John Lennon. Woolton est le quartier où il a grandi, chez sa tante Mimi, à Mendips, 251 Menlove Avenue. Il a fréquenté l’école du dimanche de St Peter’s et a chanté, enfant, dans le chœur de l’église. Son oncle George Smith, le mari de Mimi, mort en juin 1955, repose dans ce même cimetière. Lennon connaissait donc les allées de St Peter’s bien mieux que McCartney. Il y était venu enterrer l’homme qui avait été pour lui une figure paternelle.

Cette donnée alimente une hypothèse alternative, rarement formulée mais logique : si quelqu’un avait gardé en mémoire le nom d’Eleanor Rigby, ce serait plutôt Lennon que McCartney. Or Lennon n’a jamais évoqué la tombe, et il n’a pas participé à la phase de la composition où le nom a été choisi. L’hypothèse reste une curiosité, mais elle montre à quel point la géographie de Woolton imbrique les deux hommes et le personnage.

Et le père McKenzie ?

Le prêtre de la chanson a lui aussi une histoire. Dans la première version, il s’appelait Father McCartney. Le nom tenait bien dans la métrique, mais McCartney a craint que le public ne l’associe à son propre père, Jim, veuf depuis 1956, qui vivait alors à Rembrandt, la maison de Heswall achetée par son fils. Imaginer Jim McCartney en prêtre solitaire reprisant ses chaussettes aurait été à la fois faux et vaguement cruel. McCartney a donc cherché un autre nom, et il a raconté l’avoir trouvé en feuilletant un annuaire téléphonique : McKenzie.

Plusieurs guides touristiques de Liverpool affirment qu’un nom McKenzie figure lui aussi sur une tombe du cimetière de St Peter’s. La mention est reprise par des sources sérieuses, mais aucune ne permet de relier cette sépulture à un prêtre, ni à une personne que McCartney aurait pu connaître. Le nom McKenzie, d’origine écossaise, est par ailleurs très répandu à Liverpool, ville de forte immigration écossaise et irlandaise. Sa présence dans un cimetière de la ville n’a rien d’extraordinaire.

McCartney, de son côté, a toujours balayé les revendications de personnes se présentant comme le vrai père McKenzie. Aucun ecclésiastique réel n’a jamais été identifié de façon crédible comme modèle du personnage, et la mécanique de son invention — un remplacement de dernière minute pour éviter un malentendu familial — rend l’hypothèse d’un modèle très improbable.

Qui était la vraie Eleanor Rigby ?

Passons de la légende à l’état civil. Que sait-on réellement de la femme enterrée à Woolton ? Les recherches généalogiques menées depuis les années 1980 permettent de reconstituer une biographie sommaire, mais solide dans ses grandes lignes.

Une naissance en 1895

Eleanor Rigby est née le 29 août 1895. Les fiches généalogiques en ligne lui attribuent pour parents Thomas Rigby et Kate Rigby, née Billington, tous deux nés vers 1866 et morts respectivement en 1940 et 1941, c’est-à-dire peu après leur fille. La tombe de Woolton est une sépulture familiale : le premier inhumé en est son grand-père, John Rigby. La famille Rigby est décrite par les historiens locaux comme bien implantée dans le quartier, ce qui explique la présence d’un monument de belle taille dans le cimetière paroissial.

Une fille de cuisine à l’hôpital

En 1911, à seize ans, la jeune Eleanor travaille comme scullery maid au City Hospital de Liverpool, sur le site de Parkhill. Le terme est souvent traduit en français par femme de ménage, ce qui est inexact. La scullery est l’arrière-cuisine, la pièce où l’on lave la vaisselle, les casseroles et les légumes. La scullery maid est le dernier échelon de la domesticité, en dessous de la fille de cuisine proprement dite : elle récure, elle épluche, elle vide les eaux sales. C’est un emploi dur, mal payé, typique des jeunes filles de milieu modeste dans l’Angleterre édouardienne.

Ce détail n’est pas anodin pour notre sujet. La chanson montre une femme qui nettoie après les autres, dans une église où la fête s’est déroulée sans elle. La vraie Eleanor, adolescente, nettoyait après les autres dans les cuisines d’un hôpital. La coïncidence de condition sociale est réelle — même si, bien entendu, McCartney ne pouvait rien en savoir en 1966.

Un mariage tardif

Eleanor Rigby épouse Thomas Woods le 26 décembre 1930, jour du Boxing Day. Elle a alors trente-cinq ans, âge très tardif pour un premier mariage dans son milieu et à son époque. On ne sait presque rien de Thomas Woods, ni de la vie du couple. Aucune source fiable ne mentionne d’enfants.

Ce mariage tardif contredit d’ailleurs l’une des idées reçues les plus répandues : celle d’une vieille fille morte seule, conforme à la chanson. La vraie Eleanor Rigby a été mariée pendant près de neuf ans. Elle n’était pas célibataire, elle n’était pas vieille, et rien n’indique qu’elle ait été isolée. C’est le contraire exact du personnage.

Une mort à 44 ans

Eleanor Rigby meurt le 10 octobre 1939, cinq semaines après l’entrée en guerre du Royaume-Uni. Elle a 44 ans. La cause généralement rapportée est une hémorragie cérébrale. Elle est inhumée dans la tombe familiale de Woolton, sous son nom de jeune fille, avec la mention de son mari.

L’inscription sous le nom de naissance est intéressante : c’est la famille Rigby qui a pris en charge la sépulture, et l’usage du nom de jeune fille rattache la défunte à sa lignée plutôt qu’à son mariage. Sans ce choix funéraire, la tombe aurait porté le nom d’Eleanor Woods, et personne, jamais, n’aurait fait le rapprochement avec la chanson. Toute la légende tient à une décision prise par une famille en deuil en octobre 1939.

Correctif factuel

La version précédente de cet article présentait la vraie Eleanor Rigby comme une simple femme de ménage ayant vécu une existence anonyme et solitaire. Deux nuances s’imposent. D’une part, le seul emploi documenté est celui de scullery maid (plongeuse, fille d’arrière-cuisine) au City Hospital de Liverpool en 1911, à seize ans ; rien ne dit qu’elle ait exercé ce métier toute sa vie. D’autre part, elle a été mariée à Thomas Woods de 1930 à sa mort : l’image de la femme seule appartient à la chanson, pas à sa biographie.

Le registre de 1911 : un document qui valait de l’or

La trace la plus concrète de la vraie Eleanor Rigby n’est pas sa tombe, mais une feuille de papier. Il s’agit d’une page d’un livre de comptes de la Corporation of Liverpool, datée du 30 novembre 1911, qui enregistre les salaires versés au personnel du City Hospital de Parkhill. On y lit le nom d’une E. Rigby, scullery maid de seize ans, qui a signé pour une somme d’un peu plus d’une livre.

L’histoire de ce document est un petit roman en soi. En 1990, Annie Mawson, musicothérapeute et fondatrice du Sunbeams Music Trust, une association caritative de Cumbria qui utilise la musique auprès des personnes handicapées, écrit à Paul McCartney pour solliciter un soutien financier. Selon son récit, elle reçoit quelques mois plus tard, en réponse, non pas un chèque mais ce vieux feuillet, accompagné d’une note. Elle le conserve pendant près de vingt ans.

La vente de novembre 2008

En novembre 2008, Annie Mawson décide de vendre le document pour financer un centre de musicothérapie près de Penrith. La vente est organisée par la maison Fame Bureau, à l’Idea Generation Gallery de Londres, le 27 novembre. L’estimation annoncée est spectaculaire : 500 000 livres. La presse mondiale s’empare de l’histoire. Le document est présenté comme la preuve que la chanson s’inspire d’une personne réelle, et que McCartney le savait.

La réaction de McCartney est immédiate et sans ambiguïté. Par un communiqué, il déclare qu’Eleanor Rigby est un personnage totalement fictif qu’il a inventé, et ajoute, en substance, que si quelqu’un souhaite dépenser de l’argent pour acheter un document prouvant l’existence d’un personnage de fiction, libre à lui. Le ton est ironique mais pas hostile : la vente profite à une œuvre caritative.

Plus curieux encore, le service de presse de McCartney indique à l’époque ne pas avoir pu établir si le musicien avait bien envoyé ce document à Annie Mawson. Autrement dit, l’origine même de la pièce — le geste de McCartney en 1990 — n’a jamais été confirmée par l’intéressé. Le document a finalement été adjugé autour de 115 000 livres, soit moins du quart de l’estimation. La somme reste considérable pour une feuille de comptes municipale sans aucun lien établi avec la chanson.

Correctif factuel

L’ancienne version de cet article évoquait un document signé de sa main vendu plus de 115 000 livres, comme s’il s’agissait d’une preuve directe. Il faut préciser : la pièce est une page de registre de salaires de la Corporation of Liverpool (30 novembre 1911) où figure la signature d’une E. Rigby de 16 ans ; l’estimation était de 500 000 livres et le prix obtenu, environ 115 000, en est très inférieur ; enfin, l’entourage de McCartney n’a pas confirmé qu’il était l’expéditeur du document en 1990. Rien, dans cette pièce, n’établit un lien entre cette E. Rigby et la chanson — ni même, formellement, avec la femme enterrée à Woolton, même si l’âge concorde.

Pourquoi McCartney aurait-il possédé ce document ?

Si l’on accepte le récit d’Annie Mawson, la question devient vertigineuse. Comment un feuillet de 1911 portant le nom d’Eleanor Rigby serait-il arrivé entre les mains de McCartney ? L’hypothèse la plus simple est celle d’un cadeau de fan. Dès les années 1980, après la médiatisation de la tombe, des admirateurs et des chercheurs amateurs ont envoyé à McCartney toutes sortes de documents liés à la chanson. Un employé ou un archiviste ayant découvert le nom dans les registres municipaux a pu le lui faire parvenir. McCartney, qui reçoit des sacs entiers de courrier, aurait ensuite transmis la pièce à une association qui le sollicitait, faute de savoir qu’en faire.

Cette explication, plausible, désamorce toute idée de mystère : McCartney ne possédait pas ce document avant d’écrire la chanson, mais bien après, et parce que la chanson existait. C’est la chanson qui a produit le document, pas le document qui a produit la chanson.

Les actes de concession, en 2017

La fièvre commerciale n’est pas retombée. En 2017, les actes de concession de la tombe d’Eleanor Rigby ont à leur tour été proposés aux enchères, avec divers objets liés à la famille. Ils n’ont pas trouvé preneur. Le marché des souvenirs Beatles, si vorace soit-il, a ses limites : une chose est d’acheter une signature, une autre d’acheter des droits sur une sépulture.

Quatrième suspect : la vieille dame du quartier, le vrai modèle

Si l’on cherche la personne réelle qui a le plus contribué à Eleanor Rigby, ce n’est ni l’actrice, ni le négociant, ni la défunte de Woolton. C’est une femme dont nous ne connaissons pas le nom. McCartney l’a évoquée à plusieurs reprises, et de façon particulièrement détaillée dans The Lyrics, son livre de 2021 écrit avec le poète irlandais Paul Muldoon, dont un extrait a été publié la même année dans le New Yorker.

Adolescent, à Liverpool, McCartney rendait visite à une vieille dame qui vivait seule. Il faisait ses courses, s’asseyait avec elle, l’écoutait raconter ses histoires. Elle possédait un poste à galène — ces récepteurs radio rudimentaires des années 1920 et 1930, qu’on écoute au casque — et elle lui en parlait. McCartney dit que ces visites lui ont enrichi l’âme, et qu’elles ont nourri sa manière d’écrire.

Voilà, enfin, une contribution biographique au sens plein. Ce n’est pas un nom, c’est une situation : une femme âgée, seule, dont la vie se résume à de petits rituels domestiques et qui dépend de la gentillesse d’un gamin du quartier pour ses provisions. C’est exactement le cœur émotionnel de la chanson.

Une culture de l’entraide de quartier

Ce type de visite n’avait rien d’exceptionnel dans le Liverpool ouvrier des années 1950. Les scouts pratiquaient chaque année le Bob-a-Job, une semaine durant laquelle les enfants rendaient de menus services aux voisins contre un shilling. Les paroisses organisaient des visites aux personnes isolées. Et surtout, la mère de Paul, Mary McCartney, était infirmière puis sage-femme à domicile, un métier qui la faisait entrer dans les maisons de tout le quartier. Les enfants McCartney ont grandi avec l’idée que derrière chaque porte il y avait une histoire, et parfois une détresse.

Mary McCartney est morte d’un cancer en octobre 1956, quand Paul avait quatorze ans. L’expérience du deuil précoce et celle de la solitude domestique — Jim McCartney élevant seul ses deux fils — font partie du terreau de la chanson. Il serait abusif d’en faire une clé de lecture unique, mais il serait tout aussi faux de l’ignorer. Eleanor Rigby est une chanson sur des gens qui meurent sans que personne ne les pleure, écrite par un homme qui avait vu sa mère mourir trop tôt.

Les vieilles dames de Liverpool

Plusieurs témoins de l’entourage de McCartney ont évoqué d’autres figures féminines âgées de son enfance, sans qu’aucune ne puisse être formellement identifiée comme source. Il faut se méfier ici des reconstructions a posteriori : depuis que la chanson est célèbre, de nombreuses familles de Liverpool affirment que leur grand-mère ou leur arrière-grand-tante était la vraie Eleanor Rigby. Aucune de ces revendications n’a été retenue par les biographes sérieux, Mark Lewisohn en tête, qui s’en tiennent au seul témoignage vérifiable : celui de McCartney lui-même, qui parle d’une femme sans jamais la nommer.

Ce refus de nommer est, en soi, significatif. McCartney protège la mémoire de cette femme — ou de ces femmes. Il ne veut pas qu’une personne réelle soit transformée en attraction touristique, comme l’a été, malgré elle, la défunte de Woolton.

L’atelier de Kenwood : quand le personnage devient collectif

Une fois la mélodie et le premier couplet trouvés, McCartney apporte la chanson à Kenwood, la maison de John Lennon à Weybridge, dans le Surrey. Le récit détaillé de cette séance d’écriture, et de la dispute d’attribution qui a suivi, se trouve dans notre enquête sur la fabrication de la chanson. Retenons ici ce qui concerne la construction des personnages.

Plusieurs personnes présentes contribuent à peupler la chanson. Ringo Starr suggère le détail domestique du prêtre qui reprise ses chaussettes, geste d’une tristesse ordinaire qui donne au père McKenzie sa dimension de célibataire négligé. George Harrison apporte la phrase d’ouverture qui interpelle l’auditeur sur toutes les personnes seules. Et Pete Shotton, l’ami d’enfance de Lennon, présent ce jour-là, propose l’idée maîtresse du dénouement : faire se rencontrer les deux solitaires, mais trop tard, lors de l’enterrement d’Eleanor, célébré par le père McKenzie.

Le rôle décisif de Pete Shotton

Shotton n’est pas un inconnu dans l’histoire des Beatles. Membre fondateur des Quarrymen, il jouait de la planche à laver le 6 juillet 1957 à Woolton. Il était donc présent, lui aussi, le jour de la fête paroissiale de St Peter’s. Voilà une nouvelle strate de coïncidence : l’homme qui a imaginé l’enterrement d’Eleanor Rigby avait joué, neuf ans plus tôt, à quelques pas de la tombe de la vraie Eleanor Rigby.

Selon le récit de Shotton, Lennon a d’abord rejeté son idée avec dédain, estimant qu’il n’avait rien compris à la chanson. McCartney, lui, l’a retenue, et a plus tard reconnu l’aide de Shotton. Ce dernier, dans ses propres mémoires, estime la contribution de Lennon aux paroles à peu près nulle — un jugement qui contredit frontalement les déclarations ultérieures de Lennon.

Une attribution disputée

C’est en effet l’une des rares chansons du répertoire dont la paternité principale a été publiquement disputée entre les deux auteurs. McCartney évalue sa part à environ quatre cinquièmes, en reconnaissant que Lennon l’a aidé sur quelques mots. Lennon, lui, a varié : il a revendiqué selon les entretiens une part majoritaire, puis la moitié, puis, en 1980, la quasi-totalité du texte à l’exception du premier couplet. Les autres témoins — Shotton, George Martin — soutiennent la version de McCartney. L’historienne Erin Torkelson Weber, qui a étudié l’historiographie des Beatles, conclut que McCartney est l’auteur principal et que seules les déclarations de Lennon postérieures à 1970 disent le contraire. Walter Everett, plus prudent, parle d’un probable travail de groupe sur le texte.

Pour notre enquête, cette querelle a une conséquence : elle montre que le personnage d’Eleanor Rigby est le produit d’un atelier, pas d’une inspiration unique. Même si McCartney avait eu en tête une femme précise, les détails ajoutés par Ringo, George et Shotton auraient brouillé le portrait. La vraie Eleanor Rigby de la chanson est une créature composite, assemblée à plusieurs mains dans un salon du Surrey.

La cryptomnésie : quand la mémoire écrit à notre place

Revenons à la tombe. Face à la découverte des années 1980, McCartney a adopté une position nuancée, qu’il a conservée depuis. Il affirme n’avoir aucun souvenir conscient d’avoir vu ce nom. Mais il admet que son subconscient a pu l’enregistrer : il était adolescent, il traînait dans ce cimetière avec Lennon, il a pu lire la pierre sans y prêter attention, et le nom a pu ressurgir des années plus tard, habillé de nouvelles justifications — l’actrice, l’enseigne.

Ce mécanisme porte un nom en psychologie : la cryptomnésie, ou mémoire cachée. Le terme a été popularisé par le psychologue genevois Théodore Flournoy à la fin du XIXe siècle, dans ses travaux sur le médium Hélène Smith, publiés en 1900 sous le titre Des Indes à la planète Mars. Flournoy montrait que des contenus apparemment inventés ou reçus par révélation étaient en réalité des souvenirs oubliés, lus ou entendus des années auparavant, qui revenaient à la conscience sans leur étiquette d’origine. Carl Gustav Jung, qui a lu Flournoy, a consacré au phénomène un essai en 1905 et en a trouvé un exemple célèbre chez Nietzsche, dont un passage d’Ainsi parlait Zarathoustra reprenait sans le savoir un récit lu dans l’enfance.

Le précédent de Yesterday

McCartney connaît intimement cette peur. En 1965, quand la mélodie de Yesterday lui vient en rêve, sa première réaction est de croire qu’il l’a entendue quelque part. Il la joue pendant des semaines à tous ceux qu’il croise, en leur demandant s’ils la reconnaissent. Personne ne la reconnaît, et il finit par admettre qu’elle est bien de lui. Cette anxiété — ai-je inventé ou me suis-je souvenu ? — est exactement celle que ravive la tombe de Woolton.

La différence, c’est qu’avec Yesterday, McCartney a enquêté avant de publier. Avec Eleanor Rigby, le soupçon est arrivé quinze ans après la sortie, et il ne peut plus être dissipé : personne ne peut prouver qu’un adolescent n’a pas lu un nom sur une pierre en 1957.

Le précédent judiciaire de George Harrison

Le cas le plus célèbre de cryptomnésie dans l’histoire de la musique populaire concerne d’ailleurs un autre Beatle. En 1976, un juge fédéral de New York, Richard Owen, estime que My Sweet Lord de George Harrison reprend la mélodie de He’s So Fine, succès des Chiffons en 1963. Le juge ne conclut pas à un plagiat délibéré : il parle de plagiat inconscient, admettant que Harrison n’avait sans doute pas conscience de l’emprunt. C’est la traduction juridique de la cryptomnésie. Harrison en a été profondément affecté et l’a raconté avec humour dans This Song, en 1976.

Ce parallèle éclaire la prudence de McCartney. Admettre qu’une tombe a pu lui souffler un nom, c’est reconnaître que l’invention n’est jamais tout à fait pure. C’est une concession qu’il fait volontiers pour un nom propre — un nom n’appartient à personne et ne peut faire l’objet d’aucune revendication — mais qui aurait été beaucoup plus coûteuse pour une mélodie.

Ce que la science permet de dire

La recherche contemporaine sur la mémoire donne du crédit à l’hypothèse de McCartney. Les expériences de psychologie cognitive montrent que des informations vues brièvement, sans attention particulière, peuvent influencer des choix ultérieurs — un phénomène qu’on appelle amorçage. Elles montrent aussi que l’on attribue souvent à une source récente et plausible un souvenir dont l’origine réelle est plus ancienne : c’est l’erreur d’attribution de source. McCartney aurait pu, en toute sincérité, attribuer le nom Rigby à l’enseigne de Bristol parce que c’est le dernier endroit où il l’a vu, alors que la première rencontre avec ce nom remontait à Woolton.

Mais il faut aussi dire ce que la science ne permet pas de dire. Rien ne prouve que McCartney ait jamais vu la tombe. Rigby est un patronyme très courant dans le Lancashire et le Merseyside ; on le trouve dans des dizaines de cimetières, d’annuaires et d’enseignes de la région. La probabilité qu’un jeune Liverpudlien ait croisé ce nom à de multiples reprises, par des voies diverses, est élevée. La tombe de Woolton est la source la plus spectaculaire possible ; elle n’est pas la seule. La coïncidence est frappante parce que le lieu est symbolique, pas parce que le nom est rare.

Correctif factuel

La précédente version de cet article attribuait à McCartney, dans The Beatles Anthology, une citation entre guillemets selon laquelle il aurait juré avoir inventé le nom avant d’apprendre l’existence de la pierre tombale. Nous n’avons pas pu vérifier cette formulation exacte dans la source indiquée. La position de McCartney est en revanche bien établie dans plusieurs entretiens et dans Many Years From Now : il n’a aucun souvenir conscient de la tombe et admet que son subconscient a pu jouer un rôle. Nous la restituons désormais sous forme de paraphrase.

De la fiction au bronze : la statue de Stanley Street

Le 3 décembre 1982, Liverpool inaugure dans Stanley Street, à deux pas de Mathew Street et du Cavern Club, une statue de bronze représentant une femme assise sur un banc, un sac à provisions à ses pieds, des miettes de pain sur les genoux pour les pigeons. Elle s’appelle Eleanor Rigby. Son auteur n’est pas un sculpteur professionnel mais Tommy Steele, la première vedette du rock’n’roll britannique, né à Bermondsey en 1936, qui avait joué à Liverpool dans les années 1950 et gardé pour la ville une affection particulière.

Steele a offert l’œuvre à la ville. Pour tout paiement, il a demandé trois pence — la moitié d’un sixpence, clin d’œil à Half a Sixpence, la comédie musicale qui avait fait de lui une star à Londres et à Broadway. Le conseil municipal a contribué à hauteur de 4 000 livres et le Liverpool Echo a financé la fonte. La plaque d’origine dédiait la statue à toutes les personnes seules, reprenant une formule du refrain, et précisait qu’il s’agissait d’un hommage aux Beatles.

Les objets cachés dans le bronze

Tommy Steele a glissé à l’intérieur de la statue, avant la fonte, plusieurs objets symboliques : un trèfle à quatre feuilles pour la chance, une page de la Bible pour le secours spirituel, une paire de chaussures de football pour le sport et le jeu, une bande dessinée pour le rire et l’aventure, et un sonnet pour l’amour. Autrement dit, tout ce qui manquait à l’héroïne de la chanson. La statue est une réparation : elle offre à Eleanor Rigby ce que la chanson lui refuse.

La chronologie mérite d’être soulignée. La statue est inaugurée en décembre 1982, à peu près au moment où la tombe de Woolton commence à être signalée. Les deux phénomènes se renforcent mutuellement. En quelques années, Eleanor Rigby acquiert à Liverpool une double présence matérielle : un corps de bronze en centre-ville, une tombe de grès en banlieue. Le personnage de fiction possède désormais une effigie et une sépulture — ce que bien des êtres réels n’ont pas.

Un monument au milieu d’un paysage Beatles

La statue de Stanley Street s’inscrit dans le parcours que tout visiteur emprunte aujourd’hui entre Mathew Street, la statue de John Lennon adossée au mur du Cavern et les bureaux historiques de NEMS — dont nous avons retracé l’histoire dans NEMS, 12-14 Whitechapel : la plaque qui manquait depuis soixante ans. Pour organiser une visite, notre promenade à Liverpool sur les traces des Beatles détaille l’itinéraire, de Stanley Street jusqu’à Woolton.

Woolton, lieu de pèlerinage

Depuis les années 1980, la tombe d’Eleanor Rigby fait partie des arrêts obligés des circuits Beatles. Les bus du Magical Mystery Tour la signalent, les guides l’intègrent aux visites de Woolton, les visiteurs la photographient et y déposent parfois des fleurs ou des petits mots. La salle paroissiale de St Peter’s, où Lennon et McCartney se sont parlé pour la première fois, a été classée monument historique en 2012, ce qui a encore renforcé l’attrait du site.

Cette fréquentation pose une question éthique rarement posée. La femme enterrée là n’a rien demandé. Ses proches sont morts depuis longtemps. Sa sépulture est devenue un décor touristique pour une chanson qu’elle n’a jamais entendue, écrite vingt-sept ans après sa mort, à propos d’un personnage qui ne lui ressemble pas. C’est la même question que nous posions à propos de Melanie Coe : que devient-on quand on est, malgré soi, associé à une chanson célèbre ? Pour Melanie Coe, vivante, la réponse a été une gêne durable. Pour Eleanor Rigby, morte, la réponse est une forme étrange d’immortalité posthume.

La mémoire du quartier

Les habitants de Woolton ont accueilli le phénomène avec un mélange de fierté et d’agacement. Le quartier, résidentiel et plutôt aisé, n’a jamais cherché à devenir un parc à thème. Mais il ne peut ignorer que deux des sites les plus importants de l’histoire des Beatles — la salle paroissiale et la tombe — se trouvent sur son territoire, à côté de Mendips, la maison d’enfance de Lennon, aujourd’hui propriété du National Trust. Chaque année, le 6 juillet, des admirateurs se rassemblent à St Peter’s pour commémorer la rencontre, et la plupart font le détour par la tombe.

Eleanor Rigby après les Beatles : une héroïne qui ne cesse de revenir

Le personnage n’a pas seulement survécu dans la pierre et le bronze. Il a été réinterprété, adapté, prolongé par McCartney lui-même et par d’autres.

Le dessin animé de 1968

Dans Yellow Submarine, le long métrage d’animation réalisé par George Dunning et sorti en juillet 1968, la chanson accompagne une séquence célèbre dans un Liverpool gris et désert, où des silhouettes solitaires sont figées dans leur ennui. C’est la première mise en images du personnage, et elle fixe durablement l’association entre Eleanor Rigby et Liverpool — alors que la chanson elle-même ne mentionne jamais la ville.

La relecture de 1984

En 1984, McCartney réenregistre la chanson pour son film Give My Regards to Broad Street, avec George Martin à la direction orchestrale. Dans le film, la séquence adopte un décor victorien, et la chanson se prolonge sur la bande originale par un développement symphonique intitulé Eleanor’s Dream. Pour la première fois, l’héroïne a droit à un rêve — une vie intérieure que la chanson de 1966 lui refusait. Nous avons analysé ce film dans Give My Regards to Broad Street : anatomie du film.

Le moment est significatif : 1984, c’est deux ans après la statue, et au moment où la tombe de Woolton circule dans la presse. McCartney offre à son personnage une dimension onirique au moment précis où le public veut en faire une personne réelle. On peut y lire une façon de réaffirmer la nature fictive d’Eleanor : une femme qui rêve en musique symphonique est une créature d’artiste, pas une défunte de 1939.

Les grandes reprises et le changement de point de vue

Parmi les centaines de reprises, deux ont modifié le rapport au personnage. En 1968, Ray Charles en donne une version soul que Lennon a qualifiée de fantastique ; elle entre dans le classement américain. En 1969, Aretha Franklin va plus loin : elle réécrit l’ouverture à la première personne, et c’est désormais Eleanor elle-même qui se présente. Sa version atteint la 17e place du Billboard. Ce changement de perspective est une manière de rendre la parole à la femme seule, de la sortir de l’observation compatissante pour lui donner une voix. Plus de cinquante ans avant que les études culturelles ne s’emparent de ces questions, Aretha Franklin avait compris que la chanson parlait de quelqu’un sans jamais le laisser parler.

En 2021, l’arrangeur américain Cody Fry a réuni les contributions de quatre cents musiciens pour une version orchestrale nommée aux Grammy Awards. Plus d’un demi-siècle après sa création, la chanson continue d’appeler de nouvelles incarnations.

Le contexte sonore : ce qu’il faut savoir sans refaire le making-of

Quelques repères suffisent ici, le détail figurant dans nos articles dédiés. La chanson est enregistrée le 28 avril 1966, avec des voix ajoutées le 29 avril et le 6 juin. Aucun Beatle n’y joue d’instrument : McCartney chante, Lennon et Harrison assurent les harmonies, et un double quatuor à cordes — quatre violons, deux altos, deux violoncelles — exécute l’arrangement de George Martin. Les noms de ces huit musiciens, payés chacun neuf livres, sont donnés dans notre enquête sur les premières femmes présentes sur un disque des Beatles. L’approche de Martin, sèche et sans vibrato, est analysée dans George Martin sans les Beatles, et la prise de son rapprochée de Geoff Emerick sur sa page biographique.

Au Royaume-Uni, le 45 tours passe quatre semaines en tête des ventes. Aux États-Unis, où Capitol pousse plutôt Yellow Submarine dans le climat tendu de la polémique sur la déclaration de Lennon au sujet de Jésus, Eleanor Rigby plafonne à la 11e place du Billboard. La chanson vaut à McCartney un Grammy en mars 1967 et entre au Grammy Hall of Fame en 2002. Sur la place de la chanson dans l’album et dans l’équilibre du groupe, voir Revolver a 60 ans et Le passage de témoin : ce que Revolver a vraiment changé entre Lennon et McCartney. Enfin, pourquoi une telle chanson ne pouvait pas être jouée sur scène en 1966 est expliqué dans Les Beatles sur scène : pourquoi l’arrêt des tournées était inéluctable.

Correctif factuel

L’ancienne version de cet article indiquait que George Martin s’était inspiré de la musique de Bernard Herrmann notamment pour Psychose. C’est la référence la plus souvent retenue, et elle est chronologiquement possible (le film date de 1960). On lit parfois que Martin aurait pensé à la partition de Fahrenheit 451 de François Truffaut : c’est impossible, le film n’étant sorti qu’en septembre 1966, plusieurs mois après l’enregistrement du 28 avril. Par ailleurs, la version précédente prêtait à Pete Townshend et à Ian MacDonald des jugements entre guillemets que nous n’avons pas pu vérifier ; ils ont été retirés. L’entrée de la chanson au Grammy Hall of Fame (2002) est en revanche exacte.

Les personnes réelles dans les chansons des Beatles : où se situe Eleanor Rigby ?

Pour mesurer la singularité du cas, il faut le replacer dans l’ensemble du répertoire. Les Beatles ont souvent puisé dans le réel pour leurs personnages, mais selon des modalités très différentes. Le tableau suivant classe quelques cas célèbres selon la nature du lien entre la personne réelle et la chanson.

Chanson Personne réelle associée Nature du lien Degré de certitude
Eleanor Rigby (1966) Eleanor Rigby (1895-1939), Woolton Homonymie, influence inconsciente possible Non démontré
She’s Leaving Home (1967) Melanie Coe Article de presse pris comme point de départ Établi
Being for the Benefit of Mr. Kite! (1967) Pablo Fanque, William Kite Affiche de cirque de 1843 recopiée Établi
A Day in the Life (1967) Tara Browne Fait divers, transformé Largement admis
Lucy in the Sky with Diamonds (1967) Lucy O’Donnell Dessin d’enfant de Julian Lennon Établi
Hey Jude (1968) Julian Lennon Destinataire explicite Établi
Dear Prudence (1968) Prudence Farrow Destinataire explicite Établi
Lovely Rita (1967) Meta Davis, contractuelle Revendication a posteriori Contesté

Le tableau fait apparaître la position unique d’Eleanor Rigby. Dans la plupart des cas, la personne réelle est à l’origine de la chanson : un article, une affiche, un dessin, un ami. Dans le cas d’Eleanor Rigby, la personne réelle a été découverte après la chanson, et c’est la chanson qui lui a donné une existence publique. Le seul cas comparable est celui de Lovely Rita, où une contractuelle londonienne s’est reconnue dans le personnage — mais Meta Davis était vivante et s’est déclarée elle-même, alors que la défunte de Woolton a été désignée par d’autres.

Sur la méthode de McCartney consistant à partir d’un imprimé, et sur le groupe de chansons nées d’articles de journaux, voir aussi notre article sur Getting Better, qui éclaire la même période créative.

Pourquoi le public veut qu’Eleanor Rigby ait existé

Reste une question, peut-être la plus intéressante : pourquoi cette envie collective de trouver une femme réelle derrière le personnage ? Pourquoi la tombe de Woolton a-t-elle suscité un tel engouement, alors que McCartney n’a jamais cessé de dire qu’il avait inventé son héroïne ?

Le besoin d’authenticité

La première raison tient à la nature même de la chanson. Eleanor Rigby est une œuvre sur l’oubli. Elle raconte l’histoire d’une femme dont personne ne se souvient, enterrée dans l’indifférence. Découvrir qu’une vraie Eleanor Rigby a existé, et lui rendre visite, c’est accomplir le geste que la chanson déplore de ne pas voir accompli. Le pèlerinage à Woolton est une manière de réparer, symboliquement, l’injustice que raconte la chanson. On vient saluer celle que personne n’est venu saluer.

C’est une forme de piété populaire qui a ses équivalents ailleurs : les visiteurs qui cherchent à Vérone la maison de Juliette, ou à Paris la tombe de personnages de roman. Le personnage de fiction appelle un lieu réel, parce que l’émotion qu’il suscite a besoin d’un endroit où se déposer.

Le goût de l’énigme

La deuxième raison tient à la culture des amateurs des Beatles, qui a toujours adoré les énigmes, les indices cachés, les coïncidences signifiantes. La rumeur de la mort de Paul en 1969, avec ses prétendus messages dissimulés dans les pochettes et les chansons, en est l’exemple extrême. La tombe de Woolton procède du même goût, mais avec une différence de taille : ici, l’indice est réel. La pierre existe, le nom est gravé, la proximité avec le lieu de la rencontre est vérifiable. C’est une énigme qui, pour une fois, repose sur des faits.

Le mythe des origines

La troisième raison est la plus profonde. Woolton, c’est le lieu de naissance mythologique des Beatles. Découvrir qu’une de leurs plus grandes chansons y plonge peut-être ses racines, c’est boucler la boucle : le jour même où le groupe naît, le germe d’un de ses chefs-d’œuvre est déjà là, dans le cimetière, attendant d’être cueilli. Le récit est trop beau pour qu’on y renonce, et c’est précisément pour cela qu’il faut le manier avec précaution. Les récits trop beaux sont ceux que l’historien doit examiner deux fois.

Le verdict de l’enquête

Au terme de ce parcours, que peut-on affirmer ?

Premièrement, une Eleanor Rigby réelle a existé, née en 1895, morte en 1939, inhumée à Woolton sous son nom de jeune fille. Ce fait est établi.

Deuxièmement, cette femme n’est pas le modèle du personnage. Sa biographie — mariée, morte à 44 ans — ne correspond pas à celle de l’héroïne, et McCartney ne la connaissait pas. Aucun document ne relie sa vie à la chanson.

Troisièmement, son nom a peut-être influencé McCartney de façon inconsciente. C’est plausible, compte tenu de la proximité du lieu avec la fête de 1957, et McCartney lui-même l’admet. Mais ce n’est pas démontrable, et le patronyme Rigby est assez courant dans la région pour que d’autres sources soient possibles.

Quatrièmement, les sources conscientes du nom sont documentées : Eleanor Bron pour le prénom, l’enseigne Rigby & Evens à Bristol pour le nom. McCartney n’a jamais varié sur ces deux points.

Cinquièmement, la véritable source émotionnelle est ailleurs : dans les visites d’un adolescent à une vieille dame solitaire de Liverpool, dans l’expérience du deuil de la mère, et dans une observation attentive de la solitude des personnes âgées. C’est là, et non dans le cimetière, que se trouve la femme réelle derrière Eleanor Rigby — une femme dont nous ne connaîtrons sans doute jamais le nom.

Sixièmement, enfin, le personnage est une œuvre collective, enrichi à Kenwood par Ringo Starr, George Harrison, Pete Shotton et, dans une mesure disputée, John Lennon.

Il y a une ironie finale dans cette histoire. Une chanson consacrée à une femme que personne ne connaît a rendu célèbre une femme que personne ne connaissait, tout en laissant dans l’ombre la femme qui l’a vraiment inspirée. La vieille dame au poste à galène est restée anonyme, fidèle, en somme, à l’esprit de la chanson. C’est peut-être la plus belle leçon d’Eleanor Rigby : les personnes seules dont parle McCartney ne sont pas dans les cimetières célèbres. Elles sont derrière les portes voisines, et elles attendent qu’on leur rende visite.

Chronologie : Eleanor Rigby, de 1895 à aujourd’hui

Date Événement
29 août 1895 Naissance d’Eleanor Rigby
30 novembre 1911 Une E. Rigby, 16 ans, scullery maid, signe le registre des salaires du City Hospital de Liverpool
26 décembre 1930 Mariage avec Thomas Woods
10 octobre 1939 Mort d’Eleanor Rigby à 44 ans ; inhumation à St Peter’s, Woolton
Juin 1955 Mort de George Smith, oncle de John Lennon, inhumé dans le même cimetière
6 juillet 1957 Fête paroissiale de St Peter’s : rencontre de Lennon et McCartney
Printemps-été 1965 Tournage et sortie de Help!, avec Eleanor Bron
Déc. 1965 – janv. 1966 Jane Asher au Bristol Old Vic ; McCartney repère l’enseigne Rigby & Evens
Début 1966 Composition (Daisy Hawkins devient Eleanor Rigby), finalisation à Kenwood
28-29 avril, 6 juin 1966 Enregistrement à Abbey Road
5 août 1966 Sortie britannique (album Revolver et 45 tours avec Yellow Submarine)
Mars 1967 Grammy Award pour McCartney
Juillet 1968 Séquence du film Yellow Submarine
1969 Version d’Aretha Franklin, à la première personne
Début des années 1980 La tombe de Woolton est signalée au public
3 décembre 1982 Inauguration de la statue de Tommy Steele, Stanley Street
1984 Nouvelle version et Eleanor’s Dream dans Give My Regards to Broad Street
1990 Annie Mawson reçoit le registre de 1911, selon son récit, de la part de McCartney
2002 Entrée au Grammy Hall of Fame
27 novembre 2008 Vente du registre à Londres (estimation 500 000 £, adjugé environ 115 000 £)
2012 Classement de la salle paroissiale de St Peter’s
2017 Les actes de concession de la tombe, mis aux enchères, ne trouvent pas preneur
2021 McCartney évoque la vieille dame au poste à galène dans The Lyrics

Questions fréquentes sur la vraie Eleanor Rigby

Eleanor Rigby a-t-elle vraiment existé ?

Oui, une femme nommée Eleanor Rigby a existé : née le 29 août 1895, mariée à Thomas Woods en 1930, morte le 10 octobre 1939 à 44 ans et enterrée au cimetière de St Peter’s, à Woolton, dans la banlieue de Liverpool. Mais rien ne prouve qu’elle ait inspiré la chanson des Beatles, et sa vie ne ressemble pas à celle du personnage.

Où se trouve la tombe d’Eleanor Rigby ?

Dans le cimetière de l’église St Peter, Church Road, à Woolton (Liverpool), à quelques dizaines de mètres de l’endroit où John Lennon et Paul McCartney se sont rencontrés lors de la fête paroissiale du 6 juillet 1957. Il s’agit d’une tombe familiale où figurent plusieurs membres de la famille Rigby.

D’où vient le nom Eleanor Rigby selon Paul McCartney ?

Le prénom viendrait de l’actrice Eleanor Bron, partenaire des Beatles dans Help! (1965), et le nom de l’enseigne du négociant en vins Rigby & Evens Ltd, que McCartney a remarquée à Bristol en attendant Jane Asher, qui jouait au Bristol Old Vic entre décembre 1965 et janvier 1966.

Paul McCartney a-t-il vu la tombe avant d’écrire la chanson ?

Il affirme n’en avoir aucun souvenir conscient, mais il admet que son subconscient a pu enregistrer ce nom lorsqu’il fréquentait le quartier avec John Lennon à la fin des années 1950. Ce mécanisme porte le nom de cryptomnésie.

Comment s’appelait l’héroïne avant d’être Eleanor Rigby ?

Miss Daisy Hawkins. McCartney a abandonné ce nom qu’il ne trouvait pas assez juste. Le prêtre, lui, s’appelait d’abord Father McCartney, remplacé par McKenzie pour éviter toute confusion avec Jim McCartney.

Qu’est-ce que le document de 1911 vendu en 2008 ?

Une page de registre de salaires de la Corporation of Liverpool, datée du 30 novembre 1911, signée par une E. Rigby de 16 ans employée comme fille d’arrière-cuisine au City Hospital. Offerte selon son récit par McCartney à la musicothérapeute Annie Mawson en 1990, elle a été vendue à Londres le 27 novembre 2008 pour environ 115 000 livres au profit du Sunbeams Music Trust.

Qui a sculpté la statue d’Eleanor Rigby à Liverpool ?

Le chanteur Tommy Steele, pionnier du rock britannique. Il l’a offerte à la ville, qui l’a inaugurée le 3 décembre 1982 dans Stanley Street, près de Mathew Street. Il avait demandé pour tout paiement trois pence, soit la moitié d’un sixpence, en référence à sa comédie musicale Half a Sixpence.

Qui a inspiré le personnage, finalement ?

Selon McCartney, la source émotionnelle principale est une vieille dame solitaire de Liverpool à qui il rendait visite adolescent et dont il faisait les courses. Il ne l’a jamais nommée. Le personnage a ensuite été enrichi collectivement à Kenwood, notamment par Ringo Starr, George Harrison et Pete Shotton.

Pour aller plus loin

Sources

  • Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now, Secker & Warburg, 1997.
  • Paul McCartney et Paul Muldoon, The Lyrics: 1956 to the Present, Allen Lane, 2021.
  • Hunter Davies, The Beatles, biographie autorisée, Heinemann, 1968.
  • Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions, Hamlyn, 1988.
  • Ian MacDonald, Revolution in the Head, Fourth Estate, 1994.
  • Walter Everett, The Beatles as Musicians: Revolver through the Anthology, Oxford University Press, 1999.
  • Pete Shotton et Nicholas Schaffner, John Lennon: In My Life, Stein & Day, 1983.
  • Erin Torkelson Weber, The Beatles and the Historians, McFarland, 2016.
  • Théodore Flournoy, Des Indes à la planète Mars, Alcan, 1900.
  • The Beatles Bible, dossier sur la vente du registre de 1911 (novembre 2008).
  • Bristol24/7, article sur Rigby & Evens et le Bristol Old Vic.
  • Art UK et documentation municipale sur la statue de Stanley Street.

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