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Actualité Beatles

Ringo Starr chanteur des Beatles : les onze chansons où il a pris le micro, de Boys à Octopus’s Garden

Par Clive Helday
Ringo Starr chanteur des Beatles : ses 11 chansons au micro

On le présente comme le batteur qui chantait “une fois par album”. La formule est juste, mais elle cache une histoire bien plus riche : onze chansons officielles, une douzième restée dans les tiroirs, un numéro un au Royaume-Uni, deux compositions personnelles et un rôle de soupape que les trois autres Beatles avaient parfaitement compris. Inventaire complet des chansons où Ringo Starr a pris le micro, de “Boys” en 1963 à “Octopus’s Garden” en 1969.


Quand on dresse la liste des voix des Beatles, on pense d’abord à Lennon et McCartney, puis à Harrison. Ringo Starr arrive en dernier, comme une curiosité. Sa voix apparaît pourtant sur presque tous les albums britanniques du groupe, avec une régularité de métronome. Cette régularité n’a rien d’un hasard : elle résulte d’une règle tacite, installée dès le premier album, selon laquelle chaque disque devait comporter une chanson pour Ringo.

Les palmarès qui résument Ringo chanteur à cinq chansons ont le mérite d’attirer l’attention sur ce pan négligé de l’œuvre, mais ils le réduisent à une poignée de moments célèbres. La réalité est plus intéressante. Ringo a chanté en soliste onze chansons publiées officiellement par les Beatles entre 1963 et 1969, sans compter une prise de 1965 exhumée en 1996, les passages parlés, les chœurs collectifs et les versions de scène. Ces onze chansons forment un corpus cohérent : des reprises de rock’n’roll et de country choisies par lui, des chansons écrites sur mesure par Lennon et McCartney, et deux compositions personnelles.

Cet article reprend chacune de ces chansons dans l’ordre chronologique, avec les dates d’enregistrement, les musiciens, le contexte et la postérité. Il corrige au passage plusieurs idées reçues, dont celle qui voit dans “Yellow Submarine” le récit d’un voyage sous LSD. Les paroles, protégées, ne sont pas reproduites : elles sont décrites.

En bref

  • Onze chansons officielles chantées en soliste par Ringo avec les Beatles : “Boys”, “I Wanna Be Your Man”, “Matchbox”, “Honey Don’t”, “Act Naturally”, “What Goes On”, “Yellow Submarine”, “With a Little Help from My Friends”, “Don’t Pass Me By”, “Good Night” et “Octopus’s Garden”.
  • Une douzième : “If You’ve Got Trouble”, enregistrée le 18 février 1965, écartée, publiée seulement en 1996 sur Anthology 2.
  • Un numéro un : “Yellow Submarine”, double face A avec “Eleanor Rigby”, en tête du classement britannique à l’été 1966.
  • Deux compositions personnelles : “Don’t Pass Me By” (1968) et “Octopus’s Garden” (1969), plus un crédit partagé sur “What Goes On” (1965).
  • La règle : une chanson pour Ringo par album britannique, respectée de Please Please Me à Abbey Road, avec trois exceptions (A Hard Day’s Night, Magical Mystery Tour, Let It Be) et un doublé sur l’album blanc.
  • Sur scène : Ringo chante “Boys”, puis “I Wanna Be Your Man” et “Act Naturally” ; “I Wanna Be Your Man” figure encore au programme du dernier concert, à San Francisco, le 29 août 1966.

La règle du “moment Ringo” : une chanson par album

Une tradition héritée de Liverpool

Avant d’entrer chez les Beatles, en août 1962, Richard Starkey est depuis plusieurs années le batteur de Rory Storm and the Hurricanes, l’un des groupes les plus populaires de Liverpool. Il y dispose de son propre segment dans le spectacle, baptisé “Starrtime”, pendant lequel il quitte l’ombre de la batterie pour chanter quelques titres. C’est là qu’il rode “Boys”, la face B des Shirelles, et qu’il acquiert l’habitude d’être, au moins une fois par soirée, la vedette du groupe. Notre dossier sur Rory Storm and the Hurricanes raconte cette école de scène.

En rejoignant les Beatles, Ringo apporte cette habitude. Le groupe, qui vient de se séparer de Pete Best, a lui aussi l’usage de confier une chanson au batteur : Best chantait déjà “Boys” sur scène. La continuité est donc naturelle. Ce qui est remarquable, c’est qu’elle se maintient pendant sept ans, alors même que Lennon et McCartney deviennent les auteurs-compositeurs les plus prolifiques de leur génération et que Harrison se bat pour placer ses propres chansons.

Pourquoi la règle a tenu

Plusieurs raisons expliquent la longévité de ce “moment Ringo”. La première est commerciale : dès la tournée américaine de 1964, Ringo est, selon de nombreux témoins, l’un des Beatles les plus acclamés par le public. Son personnage de clown triste, son nez, ses bagues et son humour pince-sans-rire en font la mascotte du groupe. Le priver de micro aurait été une faute. La deuxième est musicale : une chanson chantée par Ringo introduit un changement de couleur vocale bienvenu dans un album dominé par deux voix. La troisième est psychologique : dans un groupe où Lennon et McCartney monopolisent l’écriture, la chanson de Ringo est une manière de rappeler que les Beatles sont quatre.

Le tableau de la règle

Le tableau ci-dessous montre la régularité de la règle sur les albums britanniques, avec ses exceptions.

Album (Royaume-Uni) Parution Chanson de Ringo
Please Please Me 22 mars 1963 “Boys”
With the Beatles 22 novembre 1963 “I Wanna Be Your Man”
A Hard Day’s Night 10 juillet 1964 Aucune (“Matchbox” paraît sur l’EP Long Tall Sally le 19 juin 1964)
Beatles for Sale 4 décembre 1964 “Honey Don’t”
Help! 6 août 1965 “Act Naturally”
Rubber Soul 3 décembre 1965 “What Goes On”
Revolver 5 août 1966 “Yellow Submarine”
Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band 26 mai 1967 “With a Little Help from My Friends”
Magical Mystery Tour (double EP) 8 décembre 1967 Aucune
The Beatles (album blanc) 22 novembre 1968 “Don’t Pass Me By” et “Good Night”
Yellow Submarine 17 janvier 1969 “Yellow Submarine” (déjà paru)
Abbey Road 26 septembre 1969 “Octopus’s Garden”
Let It Be 8 mai 1970 Aucune

Correctif factuel : Ringo n’a pas été chanteur principal des Beatles “cinq fois”

Les listes qui retiennent cinq chansons (le plus souvent “Yellow Submarine”, “With a Little Help from My Friends”, “Don’t Pass Me By”, “What Goes On” et “Octopus’s Garden”) donnent une image très incomplète. Ringo a chanté en soliste onze chansons publiées officiellement par le groupe du vivant de celui-ci, auxquelles s’ajoute “If You’ve Got Trouble”, enregistrée en 1965 et publiée en 1996. Six de ces onze chansons datent de 1963 à 1965 et sont totalement absentes de ces palmarès : “Boys”, “I Wanna Be Your Man”, “Matchbox”, “Honey Don’t”, “Act Naturally” et, pour partie, “What Goes On”. Or ce sont elles qui ont installé Ringo comme chanteur, sur disque et sur scène, bien avant les chansons plus célèbres de la période psychédélique.

1963 : “Boys”, la chanson héritée

Une face B des Shirelles

“Boys” est écrite par Luther Dixon et Wes Farrell et publiée par les Shirelles en novembre 1960, en face B de “Will You Love Me Tomorrow”, souvent présenté comme le premier numéro un américain d’un groupe vocal féminin. La face B, un rhythm and blues enjoué, circule dans les clubs de Liverpool, où les groupes locaux fouillent les faces cachées des disques américains pour trouver des morceaux que les concurrents ne jouent pas. Le texte, écrit pour des chanteuses, parle du plaisir de parler des garçons. Les Beatles, comme d’autres groupes masculins avant eux, le chantent tel quel, sans changer les pronoms, et personne ne s’en offusque. Le site a consacré deux articles à la chanson : Boys, comment une face B des Shirelles est devenue le moment Ringo et Boys, quand Ringo impose sa voix.

Le 11 février 1963, en une seule prise

Le 11 février 1963, les Beatles enregistrent l’essentiel de leur premier album en une seule journée aux studios EMI d’Abbey Road, sous la direction de George Martin. Les chansons sont enregistrées quasiment dans les conditions du direct, dans l’ordre du répertoire de scène. “Boys” est mise en boîte en une seule prise dans l’après-midi. Ringo chante et joue en même temps, soutenu par les chœurs de Lennon, McCartney et Harrison, qui répondent à chaque phrase. Le résultat a l’énergie d’un concert : on entend Ringo pousser sa voix, accélérer, crier d’enthousiasme avant le solo de Harrison. Notre chronologie de la séance du 11 février 1963 situe précisément le moment dans la journée.

La chanson de scène par excellence

“Boys” reste le numéro de Ringo en concert pendant toute l’année 1963 et une bonne partie de 1964. C’est la chanson qu’il chante au Palladium, à la télévision, dans les salles anglaises où le public hurle si fort qu’on ne l’entend plus. Elle a une qualité essentielle : Ringo peut la chanter en jouant de la batterie sans perdre le tempo. Sur la tournée américaine de 1964, elle permet au public découvrant le groupe de voir le batteur au premier plan. Pour les fans de la première heure, elle reste la chanson de Ringo par excellence, bien avant “Yellow Submarine”.

1963 : “I Wanna Be Your Man”, la chanson partagée avec les Rolling Stones

Une chanson écrite en quelques minutes

À l’automne 1963, les Beatles ont besoin d’une chanson pour Ringo sur leur deuxième album. Lennon et McCartney ont justement une ébauche signée essentiellement par McCartney, “I Wanna Be Your Man”. Le 10 septembre 1963, les deux auteurs croisent Andrew Loog Oldham, le manager des Rolling Stones, qui cherche désespérément un single pour son groupe. Ils se rendent au Studio 51, le club de Soho où répètent les Stones, et terminent la chanson devant eux. Les Stones l’enregistrent en octobre et la publient le 1er novembre 1963, trois semaines avant la sortie de la version des Beatles. Elle devient leur premier succès dans le haut du classement britannique, à la douzième place. Notre enquête sur les chansons que Lennon et McCartney ont écrites pour d’autres détaille l’épisode.

La version des Beatles

Les Beatles enregistrent leur propre version les 11 et 12 septembre 1963, avec des compléments en octobre. George Martin y joue de l’orgue Hammond ; des maracas et un tambourin sont ajoutés en surimpression. La version des Beatles est plus pop, plus festive que celle des Stones, plus rageuse et portée par la slide de Brian Jones. Ringo y chante avec une énergie de scène, en criant presque. Lennon considérait la chanson comme un titre jetable, écrit pour être donné. Elle a pourtant eu une vie plus longue que beaucoup d’autres.

De Shea Stadium à Candlestick Park

C’est sur scène que “I Wanna Be Your Man” devient la grande chanson de Ringo. Elle remplace “Boys” dans les programmes à partir de 1965, en alternance avec “Act Naturally”, qu’il chante par exemple au Shea Stadium de New York le 15 août 1965. On l’entend au Budokan de Tokyo en juin 1966, et elle figure encore au programme du dernier concert payant des Beatles, au Candlestick Park de San Francisco, le 29 août 1966. Ringo y est pratiquement inaudible sous les cris, mais son moment au micro est l’un des rares où le public voit le batteur au centre de l’attention.

1964 : “Matchbox”, avec Carl Perkins dans le studio

Un album sans Ringo

A Hard Day’s Night, publié le 10 juillet 1964, est le seul album des Beatles entièrement composé de chansons de Lennon et McCartney. Aucune reprise, donc aucune chanson pour Ringo : son unique contribution vocale de l’époque se trouve ailleurs, sur l’EP Long Tall Sally, publié le 19 juin 1964. Cet EP de quatre titres réunit deux reprises rock’n’roll (“Long Tall Sally” de Little Richard et “Matchbox” de Carl Perkins) une chanson originale, “I Call Your Name”, et une troisième reprise, “Slow Down” de Larry Williams. “Matchbox” est la chanson de Ringo.

Le 1er juin 1964 : l’idole dans la cabine

La séance du 1er juin 1964 est l’une des plus émouvantes de l’histoire du groupe. Carl Perkins, l’auteur de “Blue Suede Shoes” et l’une des idoles absolues de Harrison, est en tournée en Angleterre. Il assiste à l’enregistrement de sa propre chanson par les Beatles. “Matchbox” est un vieux blues rural que Perkins avait adapté en rockabilly en 1957. Lennon l’avait chanté sur scène auparavant, mais c’est Ringo qui le reçoit en 1964. Il le chante avec une voix plus grave et plus détendue que sur “Boys”, et Harrison y rend hommage au jeu de guitare de Perkins.

Aux États-Unis, Capitol publie “Matchbox” en single en août 1964, couplé avec “Slow Down”. Le disque se classe dix-septième au Billboard Hot 100. C’est la première fois qu’une chanson chantée par Ringo entre dans le classement américain des singles.

1964 : “Honey Don’t”, le rockabilly repris à Lennon

Un autre Carl Perkins

Pour Beatles for Sale, publié le 4 décembre 1964, le groupe épuisé par une année de tournées et de tournage manque de chansons originales. Il puise dans son répertoire de scène : six reprises sur quatorze titres. Parmi elles, deux chansons de Carl Perkins, “Everybody’s Trying to Be My Baby”, chantée par Harrison, et “Honey Don’t”, face B de “Blue Suede Shoes” en 1956, confiée à Ringo.

Une chanson qui appartenait à Lennon

“Honey Don’t” était jusque-là une chanson de Lennon, qu’il chantait sur scène et à la radio. On l’entend d’ailleurs l’interpréter dans les émissions de la BBC de 1963, dont une version a été publiée sur Live at the BBC en 1994 (voir notre dossier sur les Beatles à la BBC). En octobre 1964, elle passe à Ringo, qui l’enregistre le 26 octobre. Le transfert est révélateur : pour donner une chanson au batteur, Lennon renonce à l’une des siennes. Ringo y lance un encouragement aux guitaristes avant le solo, dans la tradition du rockabilly, et son accent traînant donne à la chanson une couleur country qui annonce ses choix futurs.

1965 : “If You’ve Got Trouble”, la chanson abandonnée

Le 18 février 1965

Pour l’album Help!, Lennon et McCartney écrivent spécialement une chanson pour Ringo : “If You’ve Got Trouble”. Elle est enregistrée le 18 février 1965 en une seule prise complète. Le résultat est si peu convaincant que le groupe l’abandonne aussitôt. La chanson, un rock mécanique aux paroles sans relief, reste inédite pendant plus de trente ans. Elle est publiée le 18 mars 1996 sur Anthology 2, où l’on entend Ringo s’amuser des faiblesses du texte. Pour comprendre la place de ces inédits, notre page sur la réédition de l’Anthology fait le point.

Ce que l’échec révèle

L’épisode révèle une vérité rarement dite : écrire pour Ringo n’était pas facile. Il fallait une mélodie adaptée à sa tessiture restreinte, un ton qui corresponde à son personnage, une légèreté qui ne tourne pas à la niaiserie. Quand Lennon et McCartney échouent, c’est Ringo lui-même qui trouve la solution, en allant chercher dans ses disques de country.

1965 : “Act Naturally”, le choix de Ringo

Un tube de Buck Owens

“Act Naturally” est écrite par Johnny Russell et Voni Morrison et enregistrée en 1963 par Buck Owens and the Buckaroos. Elle devient le premier numéro un du classement country américain de Buck Owens. La chanson raconte, avec autodérision, l’histoire d’un homme qu’on veut faire tourner au cinéma parce qu’il n’aura qu’à jouer son propre rôle : celui du triste abandonné. Ringo, grand amateur de country depuis l’adolescence, possède le disque. Il a expliqué l’avoir trouvé sur un disque de Buck Owens et avoir décidé que ce serait sa chanson.

Le 17 juin 1965, en treize prises

Les Beatles l’enregistrent le 17 juin 1965, en treize prises, sous la direction de George Martin et de l’ingénieur Norman Smith. Les douze premières servent de répétitions ; la voix de Ringo est posée sur la dernière. C’est la dernière reprise que les Beatles enregistrent pour un album jusqu’aux séances de janvier 1969. Le choix est d’une ironie parfaite : Ringo, qui vient de tourner deux films où il joue un personnage proche de lui-même, chante l’histoire d’un homme devenu vedette de cinéma sans savoir jouer.

Face B de “Yesterday” et duo avec Buck Owens

La chanson paraît sur l’album Help! le 6 août 1965. Aux États-Unis, Capitol la place en face B du single “Yesterday”, publié le 13 septembre 1965. “Act Naturally” se classe elle-même dans le Hot 100, à la quarante-septième place. Les Beatles la jouent lors de leur quatrième et dernière apparition au Ed Sullivan Show, enregistrée le 14 août 1965 et diffusée le 12 septembre. En 1989, Ringo l’enregistre en duo avec Buck Owens lui-même ; la version se classe dans le classement country américain et reçoit une nomination aux Grammy Awards. C’est une consécration pour le batteur qui, vingt-quatre ans plus tôt, avait choisi la chanson dans sa discothèque.

1965 : “What Goes On”, le premier crédit d’auteur

Une chanson des années Quarrymen

“What Goes On” est l’une des plus anciennes chansons de Lennon. Il l’avait écrite avant que les Beatles n’obtiennent leur contrat d’enregistrement, à l’époque des Quarrymen ou des premiers Beatles. Le groupe l’apporte aux studios EMI dès le 5 mars 1963, avec l’idée de l’enregistrer, mais la séance est consacrée à d’autres titres et la chanson reste dans les tiroirs. Elle en ressort en novembre 1965, alors que les Beatles doivent terminer Rubber Soul dans l’urgence pour une sortie avant Noël.

Le 4 novembre 1965, en une seule prise

La chanson est complétée avec des passages nouveaux, probablement mis au point par McCartney et Ringo, et enregistrée le 4 novembre 1965, lors d’une séance commencée à 23 heures. Une seule prise suffit ; Lennon et McCartney assurent les harmonies. Harrison joue une partie de guitare inspirée du country picking de Nashville, dans l’esprit de Chet Atkins et de Carl Perkins. La chanson est un country-rock enlevé, parfaitement adapté à la voix de Ringo et à son goût pour la musique de l’Amérique rurale.

Lennon-McCartney-Starkey

“What Goes On” est la seule chanson du catalogue des Beatles créditée à Lennon, McCartney et Starkey. C’est le premier crédit d’auteur de Ringo. Interrogé sur sa contribution, il a répondu avec son humour habituel qu’il avait écrit environ cinq mots et qu’il n’avait rien fait depuis. La formule est une plaisanterie, mais elle dit la modestie avec laquelle Ringo a toujours parlé de son rôle d’auteur au sein du groupe.

Aux États-Unis, la chanson ne figure pas sur la version Capitol de Rubber Soul. Elle paraît en face B du single “Nowhere Man” en février 1966 et se classe quatre-vingt-unième au Hot 100, avant d’être reprise sur l’album Yesterday and Today en juin 1966. Notre enquête sur Nowhere Man raconte la face A de ce single. La fiche de What Goes On présente paroles et traduction.

Correctif factuel : le titre Rubber Soul n’est pas un aveu de manque d’authenticité

On lit parfois qu’avec le titre Rubber Soul, les Beatles “admettaient leur manque d’authenticité” face aux artistes soul noirs américains. L’interprétation est excessive. McCartney a expliqué que le titre venait d’une remarque entendue à propos des Rolling Stones, qualifiés de “soul en plastique” par un musicien américain. Les Beatles ont transformé la raillerie en jeu de mots, le caoutchouc remplaçant le plastique, avec un clin d’œil aux semelles de chaussures. Il s’agit d’autodérision, pas d’une déclaration d’infériorité. Le disque, d’ailleurs, puise autant dans le folk, la country et la musique indienne que dans la soul.

1966 : “Yellow Submarine”, le numéro un de Ringo

Une chanson pour enfants écrite pour Ringo

En 1966, McCartney imagine une chanson pour enfants qui pourrait plaire aussi aux adultes, une petite fantaisie qu’il conçoit dès l’origine pour la voix de Ringo. Il en a expliqué le principe : une chanson simple, avec une part de rêve. Le 26 mai 1966, jour de l’enregistrement, le chanteur écossais Donovan, passé voir McCartney, fournit un vers sur le ciel bleu et la mer verte. La réédition de Revolver publiée en 2022 a par ailleurs révélé une démo de Lennon contenant une version antérieure et beaucoup plus mélancolique d’un couplet, ce qui complique l’attribution traditionnelle de la chanson à McCartney seul.

La fête du 1er juin 1966

Les 26 mai et 1er juin 1966, les Beatles enregistrent la chanson aux studios EMI, sous la direction de George Martin et de l’ingénieur Geoff Emerick. La séance du 1er juin tourne à la fête : les Beatles, leurs assistants et leurs invités, parmi lesquels Brian Jones des Rolling Stones et Marianne Faithfull, fabriquent des bruitages avec des verres, des chaînes, des seaux d’eau, des sifflets et des cloches. Lennon répète des phrases dans un micro traité pour imiter les ordres lancés sur un navire, et Mal Evans, une grosse caisse en bandoulière, mène le chœur final en défilant dans le studio. Le résultat est une petite comédie sonore, dans la tradition des disques pour enfants et des émissions radiophoniques comiques que les Beatles adoraient.

Double face A et numéro un

Le 5 août 1966, “Yellow Submarine” paraît au Royaume-Uni en double face A avec “Eleanor Rigby”, le même jour que l’album Revolver. Le single atteint la première place du classement britannique et y reste quatre semaines. Aux États-Unis, “Yellow Submarine” se classe deuxième au Billboard Hot 100. C’est la seule fois qu’une chanson chantée par Ringo atteint la première place au Royaume-Uni du temps des Beatles. Le contraste avec “Eleanor Rigby”, chanson sombre sur la solitude, est total, et c’est précisément ce contraste que le groupe recherchait. Notre enquête Eleanor Rigby a-t-elle existé ? revient sur l’autre face du disque.

Du single au dessin animé

La chanson donne son nom au long métrage d’animation réalisé par George Dunning, sorti en juillet 1968, puis à l’album de la bande originale, publié le 17 janvier 1969. Pour des générations d’enfants, “Yellow Submarine” est la première chanson des Beatles qu’ils ont entendue, et Ringo, le premier Beatle dont ils ont reconnu la voix. La fiche Yellow Submarine présente la chanson en détail.

Correctif factuel : “Yellow Submarine” n’est pas le récit d’un voyage sous LSD

Une interprétation répandue voit dans “Yellow Submarine” la description codée d’une expérience sous acide. Rien dans les sources ne la soutient. McCartney a toujours présenté la chanson comme une chanson pour enfants, pensée pour Ringo, et il a expressément rejeté les lectures liées à la drogue. Le texte décrit un voyage imaginaire en mer, dans la tradition des comptines et des histoires de marins, sans aucune allusion identifiable à une substance. Que les Beatles aient consommé du LSD à cette époque est un fait ; qu’ils en aient fait le sujet de cette chanson n’en est pas un.

1967 : “With a Little Help from My Friends”, la chanson sur mesure

Écrite pour la voix de Ringo

Au printemps 1967, alors que l’album Sgt. Pepper est presque terminé, Lennon et McCartney écrivent ensemble, chez McCartney à Cavendish Avenue, la chanson de Ringo. Ils la conçoivent délibérément dans une tessiture restreinte, adaptée à sa voix. Le titre de travail est “Bad Finger Boogie”, parce que Lennon avait composé la mélodie au piano avec un index blessé ; le nom sera repris plus tard, sous une forme légèrement différente, par le groupe Badfinger, signé chez Apple.

Dans le concept de l’album, Ringo incarne Billy Shears, le chanteur vedette de la fanfare fictive du sergent Pepper, présenté à la fin de la chanson-titre. Les deux chansons sont enchaînées sans silence, les cris du public servant de transition.

La ligne des tomates

Ringo a refusé de chanter l’un des vers initiaux, qui évoquait un public lançant des tomates sur le chanteur qui chante faux. Le souvenir des objets lancés sur scène pendant les années de tournée, en particulier les bonbons que les fans jetaient sur le groupe après une remarque de Harrison en 1963, était encore trop vif. Le vers a été modifié. McCartney y a vu l’une des raisons du succès de la chanson : elle avait été ajustée à la personnalité de celui qui la chantait.

Les 29 et 30 mars 1967

La chanson est enregistrée les 29 et 30 mars 1967, sous la direction de George Martin et de Geoff Emerick. La séance du 29 mars se prolonge tard dans la nuit ; Ringo, peu sûr de lui, pose sa voix entouré des trois autres Beatles, qui se tiennent près du micro pour l’encourager. La note finale, aiguë et tenue, était la partie qu’il redoutait le plus. Le lendemain, 30 mars, est aussi le jour de la séance photo de la pochette aux Chelsea Manor Studios. Notre enquête sur le dossier d’autorisations de la pochette de Sgt. Pepper rappelle d’ailleurs que Ringo fut le seul Beatle à ne proposer aucun personnage pour ce collage.

Joe Cocker et les autres

La chanson a eu une seconde vie spectaculaire grâce aux reprises. Joe Cocker la transforme en 1968 en un gospel déchirant, qui atteint la première place du classement britannique en novembre 1968 et devient l’un des sommets du festival de Woodstock en août 1969. En 1988, la reprise de Wet Wet Wet, enregistrée au profit de l’association Childline, est à son tour numéro un au Royaume-Uni, et en 2004 celle de Sam and Mark, deux candidats d’un télécrochet, atteint également la première place. Peu de chansons des Beatles peuvent revendiquer trois numéros un britanniques par d’autres interprètes. La fiche With a Little Help from My Friends revient sur la chanson.

La signature de Ringo en solo

Depuis 1989, “With a Little Help from My Friends” conclut presque tous les concerts du All-Starr Band, souvent enchaînée avec “Give Peace a Chance”. La chanson écrite pour lui par Lennon et McCartney en 1967 est devenue sa carte de visite, celle qu’il chante encore à plus de quatre-vingts ans devant des publics qui n’étaient pas nés lors de sa création.

1968 : “Don’t Pass Me By”, la première chanson de Ringo

Une chanson écrite des années plus tôt

“Don’t Pass Me By” est la première composition personnelle de Ringo publiée par les Beatles, mais elle n’est pas une chanson de 1968. Des articles de presse de 1963 évoquent déjà une chanson écrite par le batteur. En juillet 1964, lors d’un entretien à la radio de la BBC, Ringo mentionne qu’il a écrit une chanson, et McCartney, présent, en chante aussitôt les premiers vers. Il faudra encore quatre ans pour que les autres acceptent de l’enregistrer.

Juin et juillet 1968

La chanson est enregistrée les 5 et 6 juin 1968, avec des compléments les 12 et 22 juillet, sous les titres provisoires de “Ringo’s Tune (Untitled)” puis “This Is Some Friendly”. Ringo chante, joue du piano, des grelots et des percussions. McCartney joue du piano et de la basse. Le 12 juillet, le violoniste de séance Jack Fallon ajoute une partie de violon de style bluegrass, volontairement rustique. George Martin compose aussi une introduction orchestrale qui n’est pas retenue ; elle paraîtra en 1996 sur Anthology 3 sous le titre “A Beginning”.

Ringo a dit tout le plaisir qu’il avait eu à enregistrer enfin sa première chanson. Les versions mono et stéréo de l’album blanc diffèrent sensiblement, notamment par la vitesse et par le traitement du violon, ce qui fait de “Don’t Pass Me By” un cas d’école pour les collectionneurs.

Une chanson country sur l’abandon

La chanson est une country joyeuse sur un sujet triste : l’attente d’un amoureux qui craint d’être oublié, avec un passage sur un accident de voiture traité avec une naïveté désarmante. Elle est souvent moquée pour sa simplicité, mais elle correspond exactement à ce que Ringo aimait : la country de Buck Owens et les chansons de cœur brisé sans prétention. Elle annonce son album Beaucoups of Blues, enregistré à Nashville en 1970. La fiche Don’t Pass Me By présente paroles et traduction.

Correctif factuel : “Don’t Pass Me By” n’est pas le premier crédit d’auteur de Ringo

On présente souvent “Don’t Pass Me By” comme la “première composition de Ringo pour les Beatles”. C’est exact si l’on parle d’une chanson signée par lui seul, sous son nom civil de Richard Starkey. Ce n’est pas son premier crédit d’auteur : dès 1965, “What Goes On” était créditée Lennon-McCartney-Starkey. Il faut aussi rappeler que la chanson n’a pas été écrite en 1968 : Ringo en parlait publiquement dès juillet 1964, et la presse l’évoquait dès 1963. Elle a donc attendu au moins quatre ans avant d’être enregistrée.

Un départ et un retour

Les séances de l’album blanc sont les plus tendues de l’histoire du groupe pour Ringo. Le 22 août 1968, se sentant exclu et mal aimé, il quitte les Beatles et part en Sardaigne avec sa famille. Il revient le 3 septembre et découvre sa batterie couverte de fleurs. C’est pendant cette absence qu’il écrit, comme on le verra, “Octopus’s Garden”. Notre récit du 3 septembre 1968 raconte ces douze jours.

1968 : “Good Night”, la berceuse de Lennon

Une chanson pour Julian

“Good Night” est écrite par John Lennon comme une berceuse pour son fils Julian, alors âgé de cinq ans. Elle est créditée Lennon-McCartney selon l’usage. Lennon, conscient que sa voix ne correspondait pas à la tendresse de la chanson, la confie à Ringo. Ce dernier a souligné que tout le monde croyait que McCartney l’avait écrite pour lui, alors que c’était Lennon.

Trois séances et un orchestre

La chanson est enregistrée en trois étapes. Le 28 juin 1968, Ringo chante accompagné de la guitare de Lennon ; lors de ces premières prises, il improvise des introductions parlées où il invite les enfants à aller se coucher. Le 2 juillet, il refait sa voix. Le 22 juillet, George Martin enregistre une nouvelle version avec un orchestre de douze violons, trois altos, trois violoncelles, trois flûtes, une clarinette, un cor, une harpe, un vibraphone et une contrebasse, auxquels s’ajoutent un chœur de huit chanteurs des Mike Sammes Singers et le célesta joué par Martin lui-même. Aucun autre Beatle que Ringo ne joue sur la version finale.

La fin de l’album blanc

“Good Night” clôt l’album blanc, juste après “Revolution 9”, le collage sonore de Lennon. Le contraste est vertigineux : après huit minutes de chaos, la voix de Ringo, portée par des cordes à la manière des vieux films hollywoodiens, souhaite bonne nuit à l’auditeur. C’est la seule fois qu’une chanson chantée par Ringo referme un album des Beatles, et c’est Lennon, l’auteur du chaos, qui a écrit aussi l’apaisement.

1969 : “Octopus’s Garden”, la chanson de la fuite

Sardaigne, août 1968

“Octopus’s Garden” naît pendant la fuite de Ringo en août 1968. En vacances en Sardaigne avec sa famille, à bord d’un bateau prêté par l’acteur Peter Sellers, il discute avec le capitaine, qui lui explique que les pieuvres ramassent des pierres brillantes et des objets pour décorer leur antre. L’image le frappe. Il a raconté qu’à ce moment-là, il avait lui aussi envie d’être sous la mer, loin de tout, et que quelques instants plus tard, guitare en main, la chanson était née. Le désir d’échapper au groupe, qu’il venait de quitter, se transforme en rêve d’un jardin sous-marin où personne ne vous dit quoi faire.

Harrison au piano, janvier 1969

En janvier 1969, pendant les séances filmées de Get Back, Ringo présente sa chanson encore inachevée. Les caméras de Michael Lindsay-Hogg saisissent une scène devenue célèbre : Harrison s’assoit près de Ringo au piano et l’aide à trouver les accords du pont, sous l’œil de Lennon qui finit par se mettre à la batterie. La scène, visible dans le film Let It Be de 1970 puis dans la série The Beatles: Get Back de Peter Jackson en 2021, montre la solidarité entre les deux Beatles les moins favorisés dans l’écriture. Harrison contribue à l’arrangement, notamment aux traits de guitare de l’introduction, mais la chanson reste créditée au seul Richard Starkey.

Harrison a souligné que la chanson était plus profonde qu’elle n’en avait l’air, relevant les vers où le narrateur se sent à l’abri de la tempête et libre de toute autorité. Sous la légèreté apparente, “Octopus’s Garden” parle d’un homme épuisé qui cherche la paix.

Avril et juillet 1969

La chanson est enregistrée à partir du 26 avril 1969, avec des voix et des surimpressions les 17 et 18 juillet. Les chœurs de McCartney et Harrison sont passés dans un effet de compression qui les fait sonner comme des voix sous l’eau, et les bruits de bulles sont obtenus en soufflant dans un verre d’eau avec une paille. La chanson paraît sur Abbey Road le 26 septembre 1969 au Royaume-Uni. La fiche Octopus’s Garden présente la chanson.

Correctif factuel : Harrison n’est pas coauteur d’“Octopus’s Garden”

On lit parfois que Ringo a “écrit la chanson avec Harrison”. Le crédit officiel désigne Richard Starkey seul. Le rôle de Harrison, bien documenté par les images de janvier 1969, est celui d’un arrangeur et d’un accompagnateur : il aide Ringo à structurer le pont et à trouver les accords, puis joue les parties de guitare qui donnent sa couleur au morceau. C’est une contribution réelle, mais elle relève de l’arrangement, comme la plupart des apports d’un musicien à la chanson d’un autre.

Une place contestée sur Abbey Road

La chanson a parfois été jugée déplacée sur un album aussi ambitieux qu’Abbey Road, entre “Oh! Darling” et “I Want You (She’s So Heavy)”. C’est méconnaître sa fonction. Placée au milieu de la face A, elle offre un moment de repos entre deux titres intenses, exactement comme “Yellow Submarine” le faisait sur Revolver. Elle est aussi, avec “Something” et “Here Comes the Sun”, l’une des trois chansons d’Abbey Road qui ne sont pas signées Lennon-McCartney. En 1969, deux Beatles sur quatre ont appris à écrire des chansons que le public retient.

Les chansons de Ringo qui ne sont pas sur les albums

Les séances de janvier 1969

Pendant les séances de Get Back, Ringo chante plusieurs chansons qui ne seront pas publiées sous forme de disque officiel. On l’entend notamment présenter une ébauche intitulée “Taking a Trip to Carolina”, courte chanson humoristique qui n’ira pas plus loin. Aucune chanson de Ringo ne figure finalement sur Let It Be, publié en mai 1970, ce qui en fait, avec A Hard Day’s Night et Magical Mystery Tour, l’une des trois exceptions à la règle.

Les disques de Noël et les passages parlés

Ringo est aussi une voix familière des disques de Noël envoyés chaque année aux membres du fan-club, de 1963 à 1969, où il chante, parle et improvise des sketches. Sur les albums, on l’entend dans les chœurs collectifs de “Yellow Submarine” et de “Carry That Weight”, où sa voix se distingue dans le chœur à l’unisson du medley final d’Abbey Road. Il participe aux crédits collectifs de l’instrumental “Flying” (1967) et de la courte improvisation “Dig It” (1970), signés par les quatre Beatles.

La voix de la scène

En concert, Ringo n’a chanté que trois chansons de façon régulière : “Boys” en 1963 et 1964, “I Wanna Be Your Man” et “Act Naturally” en 1965 et 1966. Ce répertoire limité s’explique par les conditions de l’époque : jouer de la batterie et chanter sans retour de son, devant des milliers de personnes qui hurlent, relevait de l’exploit. Ringo tenait le tempo pour tout le groupe ; chanter en plus exigeait une endurance considérable.

Ringo en Amérique : ses chansons redistribuées par Capitol et Vee-Jay

Aux États-Unis, où les albums des Beatles sont redécoupés par les maisons de disques jusqu’en 1967, les chansons de Ringo connaissent un parcours différent. Ce parcours explique pourquoi une partie du public américain l’a longtemps perçu comme un chanteur plus présent qu’il ne l’était au Royaume-Uni.

De Vee-Jay à Capitol

“Boys” paraît en janvier 1964 sur Introducing… The Beatles, l’album publié par le petit label de Chicago Vee-Jay, qui détenait les droits des premiers enregistrements. “I Wanna Be Your Man” figure sur Meet the Beatles!, le premier album Capitol, publié le 20 janvier 1964 et resté onze semaines en tête du classement américain. Des millions d’Américains découvrent donc la voix de Ringo dès les premières semaines de la Beatlemania. Notre dossier sur Dave Dexter Jr. et les albums américains de Capitol raconte comment ces disques ont été assemblés.

Something New, Beatles ’65 et Yesterday and Today

“Matchbox” est placée sur Something New, publié par Capitol le 20 juillet 1964, et sort en single. “Honey Don’t” figure sur Beatles ’65, publié en décembre 1964. En revanche, “Act Naturally” est absente de l’album américain Help!, qui mêle les chansons du film à la musique orchestrale de Ken Thorne. Elle paraît d’abord en face B de “Yesterday”, puis, avec “What Goes On”, écartée elle aussi du Rubber Soul américain, sur Yesterday and Today en juin 1966. Ce dernier album, célèbre pour sa pochette dite “du boucher”, retirée en catastrophe, rassemble ainsi deux des chansons de Ringo que Capitol avait mises de côté.

Deux singles classés

Aux États-Unis, deux chansons chantées par Ringo sortent en face A ou en face B classée : “Matchbox” (dix-septième en 1964) et “Act Naturally” (quarante-septième en 1965). “What Goes On” se classe également, plus modestement, en face B de “Nowhere Man” en 1966. Au Royaume-Uni, où le groupe évite de tirer des singles de ses albums, seule “Yellow Submarine” paraît en 45 tours du temps des Beatles.

“Ringo’s Theme” : la chanson qu’il ne chante pas

Un curieux cas mérite d’être signalé. Dans le film A Hard Day’s Night, sorti en juillet 1964, Ringo quitte ses camarades et erre seul au bord de la Tamise, dans la séquence la plus mélancolique du film. La musique de la scène est une version orchestrale de “This Boy”, arrangée par George Martin. Publiée en single aux États-Unis sous le titre “Ringo’s Theme (This Boy)” par l’orchestre de George Martin, elle entre dans le Hot 100 à l’été 1964. C’est la seule chanson portant le nom de Ringo dans le catalogue de l’époque, et il ne la chante pas : c’est une chanson de Lennon, chantée à l’origine par Lennon, McCartney et Harrison. La séquence a pourtant beaucoup fait pour installer l’image du Beatle solitaire et attendrissant, celle que ses chansons exploiteront ensuite.

Le goût de Ringo : Carl Perkins, Buck Owens et les Shirelles

Les reprises qu’il a choisies

Sur ses onze chansons, quatre sont des reprises : “Boys”, “Matchbox”, “Honey Don’t” et “Act Naturally”. Deux de ces reprises viennent de Carl Perkins, une de Buck Owens, une des Shirelles. Ce choix dessine un portrait musical précis : Ringo est un enfant du rockabilly du sud des États-Unis et de la country de Bakersfield, bien plus que du rhythm and blues urbain qui passionnait Lennon ou de la variété chère à McCartney.

Une country de Liverpool

Cette passion pour la country n’a rien d’exotique à Liverpool. Le port, relié à l’Amérique par les paquebots de la Cunard, voit arriver des disques américains introuvables ailleurs en Angleterre, et la ville compte dans les années 1950 une scène country active, avec ses clubs et ses groupes locaux. Ringo, fils d’un quartier populaire du Dingle, a grandi avec ces disques. Il a même envisagé, adolescent, d’émigrer au Texas pour se rapprocher de Lightnin’ Hopkins et de la musique qu’il aimait, avant de renoncer devant la complexité des formalités. Ses chansons de Beatles, puis son album Beaucoups of Blues enregistré à Nashville en 1970, prolongent ce rêve américain d’adolescent.

Ce que les chansons écrites pour lui ont conservé

Même les chansons écrites spécialement pour lui par Lennon et McCartney gardent quelque chose de ce goût. “What Goes On” est une chanson country ; “Yellow Submarine” est une comptine de music-hall ; “With a Little Help from My Friends” est une ballade de pub chantée entre amis. Lennon et McCartney, qui connaissaient ses disques, ont écrit pour lui dans les registres où sa voix était à l’aise. Quand ils ont tenté de lui faire chanter un rock sans caractère, avec “If You’ve Got Trouble”, l’échec a été immédiat.

La voix de Ringo : ce qu’elle apporte aux Beatles

Une tessiture courte, un timbre reconnaissable

Ringo n’a jamais eu la puissance de Lennon ni l’étendue de McCartney. Sa voix est un baryton léger, à la tessiture courte, avec une justesse parfois approximative dans les aigus. Mais son timbre est reconnaissable entre mille : un accent de Liverpool non corrigé, une diction nonchalante, une chaleur bon enfant. Là où Lennon et McCartney chantent comme des chanteurs, Ringo chante comme un homme qui chante, et c’est précisément ce qui fait son charme.

L’autodérision comme style

Plusieurs chansons de Ringo reposent sur l’autodérision : “Act Naturally” raconte un homme qui fera l’acteur sans savoir jouer, “With a Little Help from My Friends” commence par la question de ce que le public penserait s’il chantait faux, “What Goes On” et “Don’t Pass Me By” mettent en scène un amoureux délaissé. Ce registre correspond exactement au personnage qu’il incarne dans les films du groupe, le mal-aimé attendrissant. Les chansons choisies ou écrites pour lui ne cherchent jamais à en faire un séducteur ou un rebelle ; elles jouent sur la sympathie qu’il inspire.

Une fonction d’équilibre

Dans l’économie des albums, la chanson de Ringo joue un rôle d’équilibre. Elle détend l’atmosphère après des titres ambitieux, elle rappelle les racines rock’n’roll et country du groupe, elle introduit une couleur vocale différente. Sur Revolver, “Yellow Submarine” suit “Here, There and Everywhere” et précède “She Said She Said” ; sur Abbey Road, “Octopus’s Garden” sépare “Oh! Darling” et “I Want You”. George Martin savait placer ces chansons là où l’auditeur avait besoin de respirer. Le site a analysé cette place souvent sous-estimée dans Le procès en médiocrité de Ringo Starr.

Le rire de Ringo et les ringoïsmes

Le rapport de Ringo au langage ne se limite pas au chant. Ses bévues verbales ont donné aux Beatles deux titres célèbres, “A Hard Day’s Night” et “Tomorrow Never Knows”. Notre enquête sur les ringoïsmes montre combien son humour spontané a nourri l’imaginaire du groupe. Ses chansons partagent cette qualité : une simplicité qui désarme et qui fait sourire.

Après les Beatles : le chanteur devenu soliste

1970 : deux albums de reprises

La séparation des Beatles oblige Ringo à devenir chanteur à plein temps. Son premier album, Sentimental Journey, publié en mars 1970, reprend des standards d’avant-guerre que chantait sa mère, arrangés par différents orchestrateurs, dont George Martin, Quincy Jones et Maurice Gibb. Le deuxième, Beaucoups of Blues, enregistré à Nashville en quelques jours avec des musiciens de studio locaux et publié en septembre 1970, est un album de country. Ringo prolonge ainsi directement les deux veines de ses chansons des Beatles : la nostalgie et la country.

1971-1974 : les succès

Le succès vient avec “It Don’t Come Easy”, publié en avril 1971, écrit en grande partie par Harrison qui le produit, et qui se classe quatrième au Royaume-Uni comme aux États-Unis. Notre enquête It Don’t Come Easy raconte comment Harrison a écrit en secret ce 45 tours. Suivent “Back Off Boogaloo” en 1972, puis l’album Ringo en 1973, sur lequel jouent les quatre Beatles, sans jamais être réunis ensemble. Ringo y place deux numéros un américains, “Photograph”, coécrit avec Harrison, et “You’re Sixteen”, une reprise. Pendant quelques années, l’ancien batteur qui chantait une chanson par album aligne les succès dans les classements.

Le All-Starr Band

Depuis 1989, Ringo tourne avec le All-Starr Band, une formation à géométrie variable où chaque musicien invité chante ses propres succès. Ringo y chante notamment, selon les tournées, “Boys”, “I Wanna Be Your Man”, “Act Naturally”, “Yellow Submarine”, “Don’t Pass Me By”, “Octopus’s Garden” et, en conclusion, “With a Little Help from My Friends”. Les chansons de la période Beatles sont devenues le socle d’une carrière de scène de plus de trois décennies. Pour la discographie solo, notre sélection des 15 chansons pour découvrir la carrière solo de Ringo Starr offre un parcours complet.

Guide d’écoute : les onze chansons dans l’ordre

Pour mesurer l’évolution de Ringo chanteur, le plus simple est d’écouter ses onze chansons dans l’ordre chronologique, en prêtant attention à quelques détails.

  1. “Boys” (1963) : l’énergie brute d’une prise unique ; écoutez le cri de Ringo avant le solo.
  2. “I Wanna Be Your Man” (1963) : comparez avec la version des Rolling Stones, parue trois semaines plus tôt.
  3. “Matchbox” (1964) : une voix plus grave et plus posée, en présence de l’auteur dans le studio.
  4. “Honey Don’t” (1964) : l’encouragement lancé à Harrison avant le solo, dans la tradition rockabilly.
  5. “Act Naturally” (1965) : l’accent traînant et l’autodérision ; comparez avec l’original de Buck Owens.
  6. “What Goes On” (1965) : le premier crédit d’auteur et la guitare country de Harrison.
  7. “Yellow Submarine” (1966) : les bruitages de la séance du 1er juin et le chœur final.
  8. “With a Little Help from My Friends” (1967) : la note finale, aiguë et tenue.
  9. “Don’t Pass Me By” (1968) : le violon de Jack Fallon ; comparez les versions mono et stéréo.
  10. “Good Night” (1968) : l’orchestre de George Martin et le contraste avec “Revolution 9”.
  11. “Octopus’s Garden” (1969) : les chœurs “sous l’eau” et la guitare de Harrison.

En bonus, “If You’ve Got Trouble”, sur Anthology 2, permet d’entendre la chanson que le groupe n’a pas su écrire pour lui.

Chronologie de Ringo chanteur des Beatles

Date Événement
Novembre 1960 Les Shirelles publient “Boys” en face B de “Will You Love Me Tomorrow”.
18 août 1962 Ringo joue pour la première fois comme membre des Beatles.
11 février 1963 Enregistrement de “Boys” en une prise.
5 mars 1963 “What Goes On” apportée en studio mais non enregistrée.
22 mars 1963 Parution de Please Please Me.
10 septembre 1963 Lennon et McCartney terminent “I Wanna Be Your Man” devant les Rolling Stones.
11-12 septembre 1963 Enregistrement de “I Wanna Be Your Man” par les Beatles.
22 novembre 1963 Parution de With the Beatles.
1er juin 1964 “Matchbox” enregistrée en présence de Carl Perkins.
19 juin 1964 EP Long Tall Sally.
Juillet 1964 À la BBC, Ringo évoque sa première chanson ; McCartney en chante le début.
26 octobre 1964 Enregistrement de “Honey Don’t”.
18 février 1965 “If You’ve Got Trouble” enregistrée puis abandonnée.
17 juin 1965 “Act Naturally” en treize prises.
15 août 1965 Shea Stadium : Ringo chante “Act Naturally”.
13 septembre 1965 “Act Naturally” en face B de “Yesterday” aux États-Unis.
4 novembre 1965 “What Goes On” enregistrée en une prise.
26 mai et 1er juin 1966 Enregistrement de “Yellow Submarine”.
5 août 1966 Single “Yellow Submarine” / “Eleanor Rigby” et album Revolver ; numéro un britannique.
29 août 1966 Dernier concert, à San Francisco, avec “I Wanna Be Your Man”.
29-30 mars 1967 Enregistrement de “With a Little Help from My Friends”.
5-6 juin 1968 Enregistrement de “Don’t Pass Me By”.
28 juin – 22 juillet 1968 Enregistrement de “Good Night”.
22 août – 3 septembre 1968 Ringo quitte le groupe ; en Sardaigne, il écrit “Octopus’s Garden”.
22 novembre 1968 Parution de l’album blanc.
Janvier 1969 Harrison aide Ringo à terminer “Octopus’s Garden” devant les caméras.
26 avril – 18 juillet 1969 Enregistrement d’“Octopus’s Garden”.
26 septembre 1969 Parution d’Abbey Road.
18 mars 1996 Anthology 2 publie “If You’ve Got Trouble”.

Questions fréquentes

Combien de chansons Ringo Starr a-t-il chantées avec les Beatles ?

Onze chansons publiées officiellement du vivant du groupe, en soliste : “Boys”, “I Wanna Be Your Man”, “Matchbox”, “Honey Don’t”, “Act Naturally”, “What Goes On”, “Yellow Submarine”, “With a Little Help from My Friends”, “Don’t Pass Me By”, “Good Night” et “Octopus’s Garden”. S’y ajoute “If You’ve Got Trouble”, publiée en 1996.

Quelle est la première chanson chantée par Ringo sur un disque des Beatles ?

“Boys”, reprise des Shirelles, enregistrée le 11 février 1963 et publiée sur Please Please Me le 22 mars 1963.

Ringo a-t-il eu un numéro un en chantant avec les Beatles ?

Oui : “Yellow Submarine”, publiée en double face A avec “Eleanor Rigby” le 5 août 1966, a été numéro un au Royaume-Uni pendant quatre semaines. Aux États-Unis, elle a atteint la deuxième place.

Quelles chansons Ringo a-t-il écrites pour les Beatles ?

Deux chansons signées par lui seul, sous le nom de Richard Starkey : “Don’t Pass Me By” (1968) et “Octopus’s Garden” (1969). Il est aussi crédité avec Lennon et McCartney sur “What Goes On” (1965), et avec les trois autres sur “Flying” et “Dig It”.

Qui a écrit “Good Night” ?

John Lennon, comme une berceuse pour son fils Julian. La chanson est créditée Lennon-McCartney et chantée par Ringo, seul Beatle présent sur la version finale.

Pourquoi n’y a-t-il pas de chanson de Ringo sur A Hard Day’s Night ?

Parce que l’album est entièrement composé de chansons de Lennon et McCartney, sans reprise. La chanson de Ringo de cette période, “Matchbox”, paraît sur l’EP Long Tall Sally en juin 1964.

“With a Little Help from My Friends” a-t-elle été écrite pour Ringo ?

Oui. Lennon et McCartney l’ont écrite au printemps 1967 en tenant compte de sa tessiture, et ont modifié un vers qu’il refusait de chanter.

Ringo chantait-il sur scène ?

Oui, une chanson par concert en général : “Boys” en 1963-1964, puis “I Wanna Be Your Man” ou “Act Naturally” en 1965-1966. “I Wanna Be Your Man” figurait au programme du dernier concert, le 29 août 1966.

“Yellow Submarine” parle-t-elle de drogue ?

Non. McCartney l’a conçue comme une chanson pour enfants destinée à Ringo, et a rejeté les interprétations liées à la drogue.

Harrison a-t-il coécrit “Octopus’s Garden” ?

Non, la chanson est créditée à Richard Starkey seul. Harrison l’a aidé à structurer le pont et a joué les guitares, un rôle d’arrangeur visible dans les images de janvier 1969.

Qu’est-ce que “If You’ve Got Trouble” ?

Une chanson de Lennon et McCartney écrite pour Ringo, enregistrée le 18 février 1965 puis abandonnée au profit d’“Act Naturally”. Elle a été publiée en 1996 sur Anthology 2.

Quelle chanson des Beatles Ringo chante-t-il aujourd’hui en concert ?

Avec le All-Starr Band, il reprend la plupart de ses chansons de l’époque Beatles et termine presque toujours par “With a Little Help from My Friends”.

Glossaire

  • Billy Shears : personnage fictif incarné par Ringo dans le concept de Sgt. Pepper.
  • Double face A : single dont les deux faces sont promues à égalité, comme “Yellow Submarine” / “Eleanor Rigby”.
  • EP : extended play, disque de quatre titres, format courant au Royaume-Uni dans les années 1960.
  • Rockabilly : fusion du rock’n’roll et de la country, incarnée par Carl Perkins.
  • Starrtime : segment des concerts de Rory Storm and the Hurricanes consacré à Ringo chanteur.
  • Tessiture : étendue des notes qu’un chanteur peut produire avec aisance.
  • Surimpression (overdub) : enregistrement ajouté par-dessus une prise existante.
  • Richard Starkey : nom civil de Ringo Starr, utilisé dans ses crédits d’auteur.

Sources et bibliographie

Ouvrages

Enregistrements et films

  • Please Please Me (1963) à Abbey Road (1969), albums britanniques originaux.
  • EP Long Tall Sally (1964).
  • Anthology 2 et Anthology 3 (1996).
  • Revolver, édition spéciale (2022).
  • The Beatles: Get Back, réalisation Peter Jackson (2021).

Ressources en ligne

  • The Beatles Bible, fiches des chansons “Act Naturally”, “What Goes On”, “Yellow Submarine”, “With a Little Help from My Friends”, “Don’t Pass Me By”, “Good Night” et “Octopus’s Garden”.
  • Official Charts Company et Billboard, archives des classements.

Pour aller plus loin sur yellow-sub.net

Pour le musicien derrière la voix, lisez Le procès en médiocrité de Ringo Starr. Pour sa famille, Les enfants de Ringo Starr. Pour la vue d’ensemble du répertoire, l’œuvre des Beatles en 212 chansons. Pour le parcours d’avant les Beatles, Rory Storm and the Hurricanes, et pour la scène d’aujourd’hui, le All-Starr Band.

Le batteur qui chantait une chanson par album a laissé onze chansons, dont un numéro un, deux compositions et l’hymne d’amitié le plus repris du répertoire des Beatles. Ce n’est pas un détail de l’histoire du groupe : c’est la preuve que les Beatles savaient faire de la place, sur chaque disque, à celui qui tenait le tempo pour les trois autres.

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