Vingt-six albums studio en cinquante-six ans, plus cinq œuvres classiques, quatre disques électroniques et deux publications sous pseudonyme : la discographie solo complète de Paul McCartney, dans l’ordre, avec les classements, les correctifs et les dossiers associés.
De Mary Hopkin à Beyoncé, de Steve Miller aux Rolling Stones : enquête complète sur les collaborations de Paul McCartney après les Beatles — dates, studios, crédits, citations et correctifs factuels.
Le 7 septembre 2018, Paul McCartney publiait Egypt Station. Genèse, chansons, Greg Kurstin, succès au Billboard, tournée et histoire d’un grand album tardif de l’ex-Beatle.
De « Maybe I’m Amazed » à « Home to Us » avec Ringo Starr : vingt titres solo et Wings, en cinq actes, pour découvrir la carrière post-Beatles de Paul McCartney.
En 2018, Paul McCartney a soixante-seize ans, une discographie longue comme plusieurs vies et, sur le papier, plus grand-chose à prouver. C’est pourtant à ce moment précis qu’il choisit de repartir en voyage avec Egypt Station, son dix-septième album solo, publié cinq ans après New. Conçu par étapes entre Los Angeles, le Sussex, Abbey Road et São Paulo, le disque avance comme un train qui s’arrêterait dans des gares aux paysages très différents : ballades acoustiques, rock garage, pop contemporaine, longues suites en plusieurs mouvements et échappées orchestrales s’y croisent sans jamais tout à fait se heurter. Aux commandes, Greg Kurstin agit moins comme un directeur autoritaire que comme un miroir attentif, laissant McCartney puiser dans soixante ans de savoir-faire tout en l’entraînant vers des sonorités plus actuelles. Autour de l’album, la campagne de teasing, le retour à Liverpool, le Carpool Karaoke avec James Corden et le concert surprise au Philharmonic Dining Rooms prolongent cette idée de voyage à travers les lieux et la mémoire. Numéro un aux États-Unis dès sa sortie, Egypt Station n’est ni un disque-testament ni une simple démonstration de longévité : c’est l’œuvre d’un musicien qui, à l’âge où d’autres regardent les trains passer, préfère encore monter dedans.
On imaginait Paul McCartney condamné à l’élégance du consensus, aux refrains qui rassemblent sans jamais froncer les sourcils. Et puis, au cœur d’Egypt Station (2018), surgit Despite Repeated Warnings : sept minutes à tiroirs, une protest song qui n’a pas besoin de pancartes pour viser juste. McCartney y raconte un navire lancé vers l’iceberg, un capitaine obstiné qui refuse de changer de cap, un équipage qui comprend trop tard que l’on confond le volume sonore avec la lucidité. Derrière la fable, le déni climatique et le climat politique de l’ère Trump se lisent en transparence, mais sans que la chanson ne se transforme en sermon. Produite avec Greg Kurstin, la pièce avance comme un petit film : piano de cabaret, cuivres en sirène, chœurs de stade, ruptures dignes des grands collages mccartneyens. Tout groove, tout grince, tout monte en pression, jusqu’à ce sursaut final où l’humaniste refuse de laisser la catastrophe avoir le dernier mot. Rare incursion frontale dans sa discographie, Despite Repeated Warnings rappelle qu’un mélodiste peut aussi être un témoin, et qu’une alerte, répétée, finit par hurler. Voici pourquoi ce morceau compte, et pourquoi il résonne aujourd’hui comme une brume qui ne se dissipe pas.
Le 1er janvier 2019, Paul McCartney surprend ses fans en dévoilant Get Enough, un titre inédit issu des sessions d’enregistrement de Egypt Station. Produit avec Ryan Tedder, ce morceau explore une approche moderne et expérimentale, intégrant des sonorités électroniques inédites pour l’artiste. La sortie discrète de ce single souligne la liberté artistique de McCartney, qui continue d’innover et de se réinventer, prouvant que sa musique demeure aussi pertinente qu’inattendue.
Il y a quelque chose d’assez miraculeux à entendre Paul McCartney revenir encore avec un album neuf, non pas pour entretenir le musée Beatles, mais pour continuer à fabriquer des chansons comme on ouvre une porte sur une pièce longtemps fermée. Avec The Boys of Dungeon Lane, Macca retourne vers Liverpool, les parents, George Harrison, Ringo Starr, les rues d’avant la gloire et ces garçons qui ne savaient pas encore qu’ils allaient déplacer l’histoire de la pop. Le disque aurait pu sombrer dans le sépia, la carte postale ou le testament solennel. Il fait mieux que cela : il regarde en arrière sans se transformer en statue. La voix de Paul n’a plus l’insolence d’autrefois, mais elle possède désormais autre chose, une fragilité narrative qui donne aux souvenirs un poids que la jeunesse n’aurait pas su porter. Tout n’est pas impérissable, certains titres restent mineurs, mais l’ensemble respire, surtout lorsqu’il cesse de vouloir prouver quoi que ce soit et accepte simplement d’être un album de mémoire, de gratitude et d’artisanat pop. À bientôt 84 ans, Paul McCartney ne refuse pas de vieillir : il vieillit en musicien, et cela change tout.
Il y a chez Paul McCartney une manière très particulière de regarder en arrière sans jamais se transformer tout à fait en statue. À 83 ans, l’ancien Beatle aurait évidemment tous les droits : celui de se contenter de célébrer son propre mythe, de ressortir les souvenirs dans la belle vaisselle, d’arpenter Liverpool comme un guide patrimonial escorté par ses fantômes. Mais The Boys of Dungeon Lane, nouvel album annoncé comme l’un de ses disques les plus personnels depuis longtemps, semble faire exactement l’inverse. McCartney y retourne vers Speke, Forthlin Road, les copains d’avant la légende, les routes partagées avec George Harrison, l’ombre de John Lennon, la présence fraternelle de Ringo Starr, les parents disparus, les amours tardives et les chambres où le désir adolescent n’a jamais vraiment cessé de trembler. Produit par Andrew Watt, le disque ne cherche pas à rajeunir artificiellement Macca, ni à l’embaumer dans la nostalgie. Il accepte sa voix vieillie, son mauvais goût fertile, sa tendresse parfois sucrée, ses audaces psychédéliques et cette faculté toujours stupéfiante à faire naître une mélodie qui paraît avoir toujours existé. Un retour aux sources, oui, mais certainement pas en bus touristique.
Cela fait partie des grands malentendus de la carrière solo de Paul McCartney : on parle souvent de ses chansons, de ses basses bondissantes, de son génie mélodique, de sa facilité presque insolente à faire naître une évidence pop en quelques accords, mais beaucoup plus rarement de celles et ceux qui l’ont accompagné en studio. Or regarder McCartney à travers ses producteurs, c’est observer de très près la mécanique intime de son œuvre après les Beatles. Car chez lui, le producteur n’est jamais un simple habilleur sonore. Il est tour à tour contradicteur, complice, révélateur, garde-fou ou, parfois, figure presque inutile tant Paul sait depuis toujours bâtir seul l’architecture de ses disques. De George Martin à Nigel Godrich, de Jeff Lynne à Greg Kurstin, de Youth à David Kahne, chaque collaboration raconte une manière différente de cadrer un artiste qui n’a jamais cessé d’hésiter entre l’autosuffisance et le désir d’être bousculé. Et c’est bien ce qui rend cette discographie si passionnante : derrière chaque album, il y a moins la question de savoir qui produit McCartney que celle de comprendre quelle part de lui-même il décide, cette fois, de laisser apparaître.












