En 2018, Paul McCartney a soixante-seize ans et une discographie solo qui compte déjà seize albums studio, du McCartney solitaire de 1970 au New produit par Ethan Johns et Mark Ronson en 2013. Il n’a, sur le papier, plus rien à démontrer. C’est précisément dans cette position — celle d’un musicien qui n’a plus besoin de convaincre personne — que naît Egypt Station, dix-septième album solo publié le 7 septembre 2018 chez Capitol Records, et surtout premier disque de chansons entièrement inédites depuis cinq ans.
Le projet démarre discrètement. Les premières sessions sont enregistrées dès février 2016 au Henson Recording Studios de Los Angeles — l’ancien Charlie Chaplin Studios, repris par Jim Henson dans les années 1980 — avec le groupe de tournée de McCartney : Rusty Anderson et Brian Ray aux guitares, Abe Laboriel Jr. à la batterie, Paul « Wix » Wickens aux claviers. L’idée, à ce stade, n’est pas encore celle d’un concept-album : McCartney veut simplement retrouver le plaisir de la prise de son live, capter des versions spontanées plutôt que des maquettes trop travaillées.
Sommaire
Une rencontre de hasard avec Greg Kurstin
L’arrivée du producteur Greg Kurstin dans l’aventure tient presque du hasard de casting. Selon le récit qu’il en a donné à Rolling Stone, Kurstin et McCartney se sont croisés une première fois plusieurs années avant le début des sessions d’Egypt Station, lors d’une journée d’enregistrement pour une chanson destinée à un film d’animation resté depuis dans les limbes. Cette session, avec orchestre de cuivres et chœurs au complet, aurait fonctionné comme un galop d’essai : McCartney voulait, selon Kurstin, « voir ce que ça donnait de travailler avec lui » avant de s’engager plus loin.
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Ce mode de production fragmenté — deux semaines ici, deux semaines là, au gré des disponibilités d’un artiste toujours en tournée — explique en grande partie la texture de l’album final : un disque composite, où cohabitent des morceaux presque entièrement joués par McCartney seul (« Confidante », où il n’est épaulé que par quelques cordes et un cimbalom) et des pièces pensées collectivement avec le groupe et l’équipe de Kurstin.
Une campagne de teasing pensée comme un jeu de piste
Rien, dans la communication qui entoure l’album, n’est laissé au hasard. Le 10 juin 2018, le compte Instagram de McCartney se vide brutalement, remplacé par une série d’images cryptiques : un croquis évoquant une pyramide ou une voie ferrée, six clichés en noir et blanc montrant du matériel de studio ou l’artiste seul dans une salle d’enregistrement, puis l’image d’un ticket de train déchiré laissant deviner des lettres et de vagues hiéroglyphes. Le 17 juin, un nouveau visuel affiche plus nettement un billet de train. Le lendemain, jour du soixante-seizième anniversaire de McCartney, l’image finale dévoile pyramides et palmiers : le thème égyptien de la pochette — dérivée d’un diptyque peint par l’artiste en 1988, Egypt Station et Egypt Station II — est révélé, en même temps que le titre de l’album.
Cette stratégie, loin d’être un simple exercice marketing, prépare en réalité le terrain conceptuel du disque : McCartney explique lui-même avoir aimé l’expression « Egypt Station » pour ce qu’elle évoquait des « albums-albums » d’une autre époque, pensés comme des voyages plutôt que comme des compilations de singles. « Egypt Station commence en gare avec la première chanson, puis chaque morceau devient une gare différente », confie-t-il sur son site officiel — une remarque qui donne sa clé de lecture à l’ensemble du disque.
La fabrique du son : Kurstin, Hog Hill Mill et Abbey Road
Si Egypt Station affiche une cohérence de ton assez rare pour un disque enregistré par intermittence sur plus de deux ans, c’est en grande partie grâce au travail de Greg Kurstin, dont la feuille de route impressionne déjà en 2018 : coécriture et production du Hello d’Adele, travail avec Beck sur Colors, production des Foo Fighters, de Sia ou de Tegan and Sara. Fan revendiqué des Beatles — il cite volontiers Revolver comme l’album auquel il revient sans cesse — Kurstin apporte à McCartney un regard extérieur que ce dernier n’avait plus sollicité de cette manière depuis les collaborations avec Nigel Godrich sur Chaos and Creation in the Backyard en 2005.
Trois studios, trois textures
La géographie de l’enregistrement dessine assez précisément la géographie sonore du disque. Le gros du tracking se fait au Henson Recording Studios de Los Angeles, où sont capturées les prises de groupe les plus organiques — c’est là que naissent notamment « Who Cares » ou les squelettes rythmiques du morceau-suite final. Les séances se poursuivent ensuite à Hog Hill Mill, le studio personnel de McCartney installé dans un ancien moulin du Sussex, là où l’artiste peaufine seul nombre d’arrangements, teste des overdubs, ou peut se permettre l’expérimentation solitaire qui caractérise « Confidante », presque intégralement jouée par lui à la guitare acoustique.
Le dernier volet des sessions se déroule à Abbey Road, dans le Studio Three, pour les habillages orchestraux et certains overdubs finaux. Kurstin a raconté à quel point cette étape fut habitée : la présence dans un coin de la salle du fameux piano droit Mrs Mills — un Steinway Vertegrand de 1905 utilisé sur d’innombrables enregistrements des Beatles — a donné lieu à un moment resté dans la légende des sessions, McCartney improvisant « Lady Madonna » dans le couloir devant toute l’équipe médusée.
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Une session hors norme complète ce triptyque géographique : celle de « Back in Brazil », enregistrée aux studios KLB de São Paulo à l’occasion d’un passage de McCartney au Brésil, qui infuse le morceau de percussions et de sonorités locales — un clin d’œil, aussi, à la passion ancienne de McCartney pour les rythmes latino-américains, déjà perceptible sur certains titres de Ram ou de Venus and Mars.
Une collaboration ponctuelle avec Ryan Tedder
Deux titres de l’album, « Fuh You » et « Nothing for Free », sont coécrits et coproduits avec Ryan Tedder (OneRepublic), plus habitué à la pop de charts contemporaine qu’à l’univers McCartney. Une troisième chanson issue de ces sessions, « Get Enough », coproduite avec Tedder et Zach Skelton, ne figure finalement pas sur l’album : elle sortira en single hors-album le 1er janvier 2019. Cette incursion vers une production plus lissée, plus « radio-friendly », constitue l’un des points de friction relevés par une partie de la critique — certains y voyant une concession aux logiques de streaming, d’autres une preuve supplémentaire de la curiosité intacte de McCartney pour les grammaires pop de son temps.
L’équipe technique : mixage, mastering, arrangements
Le mixage est confié à Mark « Spike » Stent, ingénieur du son coutumier des productions pop de haut vol, tandis que le mastering revient à Randy Merrill. Les parties de cordes, sur des titres comme « Dominoes » ou les passages orchestraux de « Despite Repeated Warnings », sont en grande partie écrites par McCartney lui-même — fidèle à une habitude d’autodidacte de l’orchestration qui remonte à « Eleanor Rigby » et « She’s Leaving Home » — avant d’être enrichies par les arrangeurs entourant Kurstin, dont David Campbell pour les parties chorales.
Architecture en stations : parcours titre par titre
La force structurelle d’Egypt Station tient à son geste conceptuel simple mais tenu jusqu’au bout : faire de chaque chanson une « station » distincte d’un même voyage, le tout encadré par deux courtes pièces instrumentales, « Opening Station » et « Station II », qui fonctionnent comme des sas d’entrée et de sortie sonores — bruits de gare, annonces indistinctes, respiration mécanique d’un train qui s’ébranle.
Le départ : « Opening Station », « I Don’t Know », « Come On to Me »
« Opening Station » installe l’atmosphère en une minute et demie de field recording et de nappes instrumentales, avant de s’effacer directement sur « I Don’t Know », premier single publié le 20 juin 2018 en double face A avec « Come On to Me ». Ballade au piano d’une vulnérabilité rare chez McCartney — qui y chante le doute, la fatigue, l’incertitude d’un homme qui a « tout essayé » — « I Don’t Know » tranche avec l’image d’optimisme perpétuel souvent associée à l’artiste. «: « Happy With You », « Confidante », « People Want Peace »
« Happy With You » développe, sur une guitare acoustique dépouillée, un motif rare dans le catalogue McCartney : celui de l’ancien noceur assagi, qui évoque sans fard des années de dérive avant de trouver l’apaisement — une manière, aussi, d’écrire à mots à peine couverts sur la période post-Beatles la plus trouble de sa vie. « Confidante », presque intégralement composée et jouée en solitaire à Hog Hill Mill, n’est enrichie que d’un discret habillage de cordes et d’un cimbalom apporté par Rob Millet — un choix timbral inhabituel qui donne au morceau une couleur presque est-européenne, en écho lointain aux expérimentations orchestrales du McCartney d’après-Beatles. « People Want Peace » renoue quant à elle avec la veine des hymnes pacifistes façon « Give Peace a Chance » ou « Ebony and Ivory », dans une forme mélodique volontairement intemporelle.
Les échappées : « Who Cares », « Fuh You », « Back in Brazil », « Caesar Rock »
« Who Cares » convoque un rock direct, presque garage, porté par le groupe de tournée au grand complet. « Fuh You », coécrit avec Ryan Tedder, assume une écriture pop calibrée pour la radio contemporaine, jusque dans son titre à double sens — un choix qui a suscité un débat récurrent chez les fans de la première heure quant à sa place dans l’album. « Back in Brazil », enregistrée à São Paulo, mêle percussions locales et claviers vintage dans un morceau presque cinématographique. «: « Dominoes », « Despite Repeated Warnings », « Hunt You Down / Naked / C-Link »
Le disque réserve ses architectures les plus ambitieuses pour sa dernière ligne droite. « Dominoes » déploie des cordes composées par McCartney lui-même dans une ballade en clair-obscur. « Despite Repeated Warnings » est, à bien des égards, la pièce maîtresse musicologique de l’album : près de six minutes construites en plusieurs mouvements contrastés, portées par un texte à charge politique — la fable d’un capitaine de navire qui, malgré les alertes répétées, refuse de changer de cap, lecture à peine voilée du déni climatique. La construction en suite, avec ses ruptures de tempo et ses variations de tonalité, doit autant à l’héritage de « Band on the Run » qu’aux ambitions progressives du McCartney période Wings des années 1973-1975.
Le disque se referme, après le bref interlude de « Station II », sur « Hunt You Down / Naked / C-Link », suite en trois mouvements de plus de six minutes qui condense à elle seule toute la grammaire du McCartney médleyste — celle du blues électrique tendu de « Hunt You Down », de la ballade orchestrale nue de « Naked », et de la coda instrumentale répétitive de « C-Link », qui referme la boucle en rappelant, discrètement, les motifs sonores d’« Opening Station ».
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Fiche technique synthétique
- Titre de travail des sessions : aucun titre fixe avant juin 2018, l’album étant identifié en interne par les initiales de session.
- Nombre de titres : seize plages au total en édition standard, dont les deux courtes pièces instrumentales d’ouverture et de clôture.
- Édition Traveller’s Edition : version deluxe incluant des titres supplémentaires, dont « Get Enough ».
- Durée totale : environ cinquante-sept minutes en édition standard.
La mise en scène du retour : Liverpool, Corden et le pub Philharmonic
Ce qui distingue la campagne d’Egypt Station de toute autre sortie McCartney des vingt dernières années, c’est la manière dont la promotion elle-même devient un acte de composition, au même titre que les chansons. Le 9 juin 2018, quelques jours avant l’annonce officielle du titre de l’album, McCartney participe à un épisode de Carpool Karaoke avec James Corden, tourné dans les rues de Liverpool. La séquence, devenue virale à l’échelle mondiale, le montre chantant « Penny Lane » à l’endroit même qui a inspiré la chanson, franchissant le seuil de la maison de son enfance à Forthlin Road, et se remémorant à voix haute des souvenirs d’enfance et de jeunesse beatlesienne.
Le même jour, en soirée, un concert intégralement improvisé est donné au Philharmonic Dining Rooms, pub historique de Liverpool situé en face du Philharmonic Hall. C’est là que « Come On to Me » fait ses tout premiers pas sur scène, McCartney l’enchaînant avec des classiques de son répertoire, dont « A Hard Day’s Night », devant un public de quelques dizaines de personnes complètement prises de court. Le communiqué de presse accompagnant la sortie du single évoque explicitement ce concert comme le point culminant d’une soirée où « la spéculation mondiale autour d’un nouvel album de Paul McCartney a atteint son paroxysme ».
Une stratégie de sincérité plutôt que de spectacle
Ce qui aurait pu, avec un artiste moins rompu à l’exercice, ressembler à une opération marketing calculée, fonctionne ici sur un registre différent : celui de l’évidence biographique. McCartney ne revendique jamais frontalement son passé beatlesien dans cette séquence promotionnelle — il l’habite, en silence, par la simple redite d’un geste, d’un trajet, d’un lieu. C’est cette économie de moyens, cette absence de surenchère, qui donne à la campagne d’Egypt Station sa cohérence avec le geste musical du disque lui-même : une œuvre qui n’a besoin ni de prouver, ni de démontrer, seulement d’habiter pleinement ce qu’elle est.
Réception critique et records commerciaux
Sur le plan strictement commercial, Egypt Station marque un tournant statistique dans la carrière solo de Paul McCartney. L’album entre directement à la première place du Billboard 200 américain dans le classement daté du 22 septembre 2018, avec environ cent cinquante-trois mille unités équivalent-album vendues sur sa première semaine d’exploitation — un score qui en fait le huitième numéro un de la carrière de McCartney aux États-Unis, mais surtout le tout premier de ses albums à débuter directement en tête du classement. Il s’agit également de son premier numéro un américain depuis Tug of War, sorti en 1982, soit un écart de trente-six ans entre les deux sommets de charts.
L’album se classe également en tête des ventes en Allemagne et en Écosse dès sa sortie, confirmant une réception commerciale internationale solide, quoique naturellement sans commune mesure avec les scores de l’ère beatlesienne. La critique spécialisée salue majoritairement la cohérence du concept et la vitalité mélodique du disque, tout en pointant, ici ou là, un certain déséquilibre entre les titres les plus ambitieux — « Despite Repeated Warnings », le medley final — et les incursions pop plus formatées issues de la collaboration avec Ryan Tedder.
Une reconnaissance internationale
Egypt Station reçoit par ailleurs une nomination au Fryderyk, la principale récompense musicale polonaise, dans la catégorie du meilleur album étranger de l’année 2018 — nomination perdue au profit d’Anthem of the Peaceful Army de Greta Van Fleet, mais révélatrice de l’écho critique obtenu par le disque bien au-delà du seul marché anglo-saxon.
Une place à part dans la discographie McCartney
Comparer Egypt Station aux jalons de la discographie solo de McCartney impose de la prudence : ni l’ampleur électrique de Band on the Run (1973), ni la fraîcheur artisanale du McCartney de 1970, ni même l’audace expérimentale de Chaos and Creation in the Backyard (2005) ne s’y retrouvent telles quelles. L’album occupe plutôt une position intermédiaire, à mi-chemin entre la production léchée et collaborative de Memory Almost Full (2007) et l’exigence conceptuelle plus affirmée de New (2013), dont il partage certains collaborateurs de studio dans l’esprit sinon dans les personnes.
Le concept comme fil rouge, non comme carcan
Ce qui distingue véritablement Egypt Station de la plupart des albums solo précédents, c’est l’ambition, réussie, de tenir un concept unificateur — celui de la gare et du voyage — sans jamais le transformer en carcan narratif rigide. Contrairement à un concept-album classique où chaque morceau devrait faire avancer un récit linéaire, McCartney choisit une logique plus impressionniste, plus proche de celle d’un carnet de voyage que d’un livret d’opéra : chaque chanson est un instantané autonome, reliée aux autres par une ambiance sonore commune — les field recordings de gare, la reprise discrète de motifs mélodiques d’un titre à l’autre — plutôt que par une intrigue.
Cette approche rappelle, toutes proportions gardées, la logique de montage du Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band de 1967, où le concept fonctionnait davantage comme cadre atmosphérique que comme trame narrative stricte — une manière, pour McCartney, de renouer avec une grammaire compositionnelle qui lui est familière depuis plus d’un demi-siècle, sans jamais la citer frontalement.
Le rôle de Greg Kurstin comme miroir plutôt que comme rupture
À la différence de Nigel Godrich sur Chaos and Creation in the Backyard, dont l’intervention avait été décrite comme presque disciplinaire — poussant McCartney à abandonner ses habitudes de studio et à retravailler chaque prise —, Greg Kurstin choisit une posture d’écoute et d’accompagnement. Le producteur a lui-même raconté avoir parfois l’impression que ses suggestions étaient ignorées sur le moment, avant de les retrouver reprises et intégrées quelques jours plus tard, McCartney les ayant silencieusement digérées. Ce mode de collaboration, fait de porosité plutôt que de confrontation, explique en partie pourquoi Egypt Station sonne moins comme une rupture stylistique que comme une synthèse assumée de plusieurs décennies de vocabulaire McCartney.
Postérité et lecture rétrospective
Plusieurs années après sa sortie, Egypt Station occupe une position singulière dans l’appréciation collective de l’œuvre de McCartney : rarement cité en tête des classements de son propre catalogue, il n’en demeure pas moins l’un des disques les plus soigneusement pensés de sa production tardive, et le point de départ d’une période de créativité particulièrement dense — suivie de McCartney III en 2020, conçu dans l’isolement du confinement, puis du projet McCartney I II III réunissant les trois volets de la trilogie éponyme.
L’album a également ouvert, par sa campagne promotionnelle, une nouvelle manière pour McCartney de dialoguer avec son propre héritage beatlesien sans jamais céder à l’exercice nostalgique pur : le retour à Liverpool via Carpool Karaoke, loin d’être un simple coup médiatique, a inauguré une décennie où l’artiste multipliera les gestes de transmission — masterclasses filmées, documentaire Get Back produit en 2021 par Peter Jackson à partir des rushes de Let It Be, série de conversations avec Rick Rubin diffusée sous le titre McCartney 3, 2, 1.
Une station, pas un terminus
La métaphore ferroviaire choisie par McCartney pour cet album prend, avec le recul, une dimension presque programmatique. Une station n’est jamais un point final : elle appelle nécessairement un départ suivant. En ce sens, Egypt Station ne fonctionne ni comme un disque-testament ni comme un simple album de plus dans une discographie déjà considérable, mais comme la démonstration, à soixante-seize ans, qu’il restait encore à McCartney des territoires à explorer — quitte à les explorer avec les outils, les producteurs et les formats de son époque plutôt qu’avec la seule nostalgie de la sienne.
Foire aux questions
Pourquoi l’album s’appelle-t-il Egypt Station ?
Le titre reprend celui d’un diptyque peint par Paul McCartney en 1988, Egypt Station et Egypt Station II, dont la pochette de l’album est directement dérivée. McCartney a expliqué avoir aimé la sonorité de l’expression, qui évoquait pour lui les « albums-albums » conçus comme des voyages continus plutôt que comme des recueils de singles.
Qui a produit Egypt Station ?
L’essentiel de l’album est produit par Greg Kurstin, coproduit par Paul McCartney lui-même. Deux titres, « Fuh You » et « Nothing for Free », sont coproduits avec Ryan Tedder, du groupe OneRepublic.
Où l’album a-t-il été enregistré ?
Les sessions se répartissent principalement entre le Henson Recording Studios de Los Angeles, Hog Hill Mill, le studio personnel de McCartney dans le Sussex, et le Studio Three d’Abbey Road à Londres pour les overdubs orchestraux. Le titre « Back in Brazil » a été enregistré à part, aux studios KLB de São Paulo.
Quels records l’album a-t-il battus ?
Egypt Station est devenu le premier album de Paul McCartney à débuter directement en tête du Billboard 200 américain, et son premier numéro un dans ce classement depuis Tug of War en 1982, soit trente-six ans plus tôt.
Quel est le titre le plus ambitieux musicalement de l’album ?
« Despite Repeated Warnings » fait consensus chez les auditeurs experts comme la pièce la plus construite du disque : une suite en plusieurs mouvements de près de six minutes, au texte à charge politique sur le déni climatique, dans une veine héritée des ambitions progressives du McCartney des années Wings.
Existe-t-il une édition deluxe d’Egypt Station ?
Oui, une édition intitulée Egypt Station: Traveller’s Edition propose des titres supplémentaires par rapport à l’édition standard, dont « Get Enough », coproduit avec Ryan Tedder et Zach Skelton, initialement sorti en single hors-album en janvier 2019.
Glossaire des entités citées
- Greg Kurstin — Producteur, multi-instrumentiste et compositeur américain, connu pour ses collaborations avec Adele, Beck, Foo Fighters ou Sia ; producteur principal d’Egypt Station.
- Ryan Tedder — Auteur-compositeur et producteur américain, chanteur du groupe OneRepublic, coauteur et coproducteur de deux titres de l’album.
- Henson Recording Studios — Studio d’enregistrement de Los Angeles, ancien Charlie Chaplin Studios, racheté par la société Jim Henson Company ; lieu des premières sessions de l’album en 2016.
- Hog Hill Mill — Studio personnel de Paul McCartney, installé dans un ancien moulin du Sussex, en Angleterre.
- Abbey Road Studio Three — L’une des trois salles historiques du studio d’EMI à Londres, utilisée pour les overdubs orchestraux et certaines finitions de l’album.
- Mark « Spike » Stent — Ingénieur du son britannique en charge du mixage de l’album, réputé pour ses collaborations avec de nombreux artistes pop et rock contemporains.
- Randy Merrill — Ingénieur du mastering ayant finalisé le rendu sonore de l’album avant sa sortie.
- Carpool Karaoke — Segment télévisé du Late Late Show américain animé par James Corden, dans lequel des artistes chantent en voiture ; l’épisode consacré à McCartney, tourné à Liverpool, a accompagné la promotion de l’album.
- Philharmonic Dining Rooms — Pub historique de Liverpool, situé face au Philharmonic Hall, où McCartney a donné un concert surprise le 9 juin 2018.
- Billboard 200 — Classement hebdomadaire de référence des ventes d’albums aux États-Unis, publié par le magazine Billboard.
Sources et références
- Wikipédia (édition française), article « Egypt Station », consulté en juillet 2026.
- Rolling Stone, entretien avec Greg Kurstin sur la production d’Egypt Station, juillet 2018.
- The Beatles Bible, fiche « Egypt Station », historique de la campagne de teasing et du concert du Philharmonic Dining Rooms.
- Site officiel paulmccartney.com, présentation d’Egypt Station et citation de Paul McCartney sur le concept de l’album.
- The Paul McCartney Project, crédits détaillés de session et entretien de Greg Kurstin pour paulmccartney.com, juillet 2018.
- Amarok Magazine, critique d’Egypt Station.
- Beatles Wiki (Fandom), fiche « Egypt Station », données de classement et de certification.














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