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Paul McCartney album par album : la discographie solo complète, de « McCartney » (1970) à « The Boys of Dungeon Lane » (2026)

L’œuvre solo de Paul McCartney, de 1970 à aujourd’hui, est un laboratoire d’inventions et d’émotions : analyse d’un musicien inépuisable, de ses chansons cultes à ses choix artistiques, entre mémoire et modernité.

Combien d’albums studio Paul McCartney a-t-il publiés depuis 1970 ? La question paraît triviale et n’a pas de réponse unique. Selon que l’on compte ou non les disques de Wings, les œuvres classiques, les albums électroniques signés d’un pseudonyme et le disque enregistré pour le seul marché soviétique, le total oscille entre dix-huit et une quarantaine. Les maisons de disques elles-mêmes ne s’accordent pas : à la sortie de The Boys of Dungeon Lane en mai 2026, la presse l’a présenté tour à tour comme son dix-huitième, son dix-neuvième et son vingtième album solo.

Cet article établit la liste, dans l’ordre, avec les dates de sortie et les meilleures places obtenues au Royaume-Uni et aux États-Unis. Vingt-six albums studio en cinquante-six ans, plus cinq œuvres classiques, quatre disques électroniques, deux publications sous pseudonyme et une série d’albums live. Chaque entrée renvoie, quand il existe, au dossier que nous lui avons consacré.

Ce n’est pas un palmarès. C’est une colonne vertébrale : la courbe complète d’une carrière qui compte trois effondrements et trois remontées, et dont la forme générale est beaucoup moins linéaire que la légende ne le suggère.

En bref

  • Vingt-six albums studio entre le 17 avril 1970 et le 29 mai 2026, publiés sous quatre crédits différents : Paul McCartney, Paul and Linda McCartney, Wings, et Paul McCartney and Wings.
  • Neuf d’entre eux ont atteint la première place britannique, sept la première place américaine.
  • Le point bas est Driving Rain (2001), quarante-sixième au Royaume-Uni — l’unique fois où un album studio de McCartney n’est pas entré dans le Top 40 britannique.
  • Trente-six ans séparent ses deux derniers numéros un américains : Tug of War en 1982 et Egypt Station en 2018.
  • À côté de cette discographie principale : cinq œuvres classiques de 1991 à 2011, trois albums électroniques signés The Fireman avec Youth, un disque orchestral publié sous le nom de Percy « Thrills » Thrillington, et un album de reprises destiné à l’Union soviétique.

Sommaire

Comment lire cette discographie

Ce que l’on compte, et ce que l’on ne compte pas

La liste principale retient les albums studio de chansons, quel que soit le nom porté sur la pochette. C’est le seul critère qui produise une série cohérente : Wings n’est pas un groupe au sens ordinaire mais une formation dont McCartney écrit l’essentiel, produit les disques et paie les musiciens. Exclure Band on the Run de sa discographie parce que la pochette dit « Paul McCartney and Wings » n’a aucun sens musical.

Sont en revanche traités à part, dans une section dédiée : les cinq œuvres classiques, qui relèvent d’un autre métier ; les albums électroniques de The Fireman, publiés anonymement pendant quinze ans ; les deux disques sous pseudonyme ; et les albums live.

Le problème du nombre

C’est ce flou qui explique les décomptes contradictoires. Une source qui exclut Wings arrive à dix-huit albums en 2026. Une source qui les inclut mais écarte le classique et l’électronique arrive à vingt-six. Une source exhaustive dépasse la quarantaine.

Aucun de ces chiffres n’est faux ; ils répondent à des questions différentes. La prudence consiste à préciser le périmètre plutôt qu’à trancher.

Les quatre noms

McCartney a publié sous quatre crédits successifs, et la succession raconte une histoire. Paul McCartney seul pour les deux disques de retrait de 1970. Paul and Linda McCartney pour Ram, décision autant juridique qu’affective. Wings pour la période où il veut être membre d’un groupe. Paul McCartney and Wings quand la maison de disques exige que son nom revienne devant. Puis Paul McCartney de nouveau, définitivement, à partir de 1980.

La liste, en un tableau

Album Crédit Sortie UK US
McCartney Paul McCartney 17 avril 1970 2 1
Ram Paul and Linda McCartney 17 mai 1971 1 2
Wild Life Wings 3 décembre 1971 11 10
Red Rose Speedway Paul McCartney and Wings 30 avril 1973 5 1
Band on the Run Paul McCartney and Wings 30 novembre 1973 1 1
Venus and Mars Wings 27 mai 1975 1 1
Wings at the Speed of Sound Wings 26 mars 1976 2 1
London Town Wings 31 mars 1978 4 2
Back to the Egg Wings 8 juin 1979 6 8
McCartney II Paul McCartney 16 mai 1980 1 3
Tug of War Paul McCartney 26 avril 1982 1 1
Pipes of Peace Paul McCartney 31 octobre 1983 4 15
Give My Regards to Broad Street Paul McCartney 22 octobre 1984 1 21
Press to Play Paul McCartney 25 août 1986 8 30
Flowers in the Dirt Paul McCartney 5 juin 1989 1 21
Off the Ground Paul McCartney 1er février 1993 5 17
Flaming Pie Paul McCartney 5 mai 1997 2 2
Run Devil Run Paul McCartney 4 octobre 1999 12 27
Driving Rain Paul McCartney 12 novembre 2001 46 26
Chaos and Creation in the Backyard Paul McCartney 12 septembre 2005 10 6
Memory Almost Full Paul McCartney 4 juin 2007 5 3
Kisses on the Bottom Paul McCartney 7 février 2012 3 5
New Paul McCartney 15 octobre 2013 3 3
Egypt Station Paul McCartney 7 septembre 2018 3 1
McCartney III Paul McCartney 18 décembre 2020 1 2
The Boys of Dungeon Lane Paul McCartney 29 mai 2026 1 5

1970-1971 : le retrait

« McCartney » (17 avril 1970)

Un homme de vingt-sept ans enregistre seul, sur un quatre-pistes emprunté à EMI, des chansons dont plusieurs ne sont que des esquisses. Basse, batterie, guitares, piano, voix : tout est de lui, à l’exception des chœurs de Linda. Le communiqué de presse en forme d’auto-interrogatoire qui accompagne le disque annonce la fin des Beatles.

Deuxième au Royaume-Uni, premier aux États-Unis. La critique est cruelle et rate ce qui compte : sous les fragments inachevés se trouvent « Maybe I’m Amazed » et « Every Night », deux des meilleures chansons qu’il ait écrites.

Correctif factuel — le disque n’a pas été entièrement enregistré à la maison

La légende du disque intégralement fait à la ferme écossaise, puis à Cavendish Avenue, est un raccourci. Une partie du travail a été achevée aux studios Morgan et à Abbey Road, où McCartney réservait du temps sous un faux nom pour ne pas être repéré. Le disque est solitaire par la méthode, pas par le lieu.

« Ram » (17 mai 1971)

Premier au Royaume-Uni, deuxième aux États-Unis, et le disque le plus mal compris de sa carrière. Enregistré à New York avec des musiciens de studio auditionnés à l’aveugle — Denny Seiwell, David Spinozza, Hugh McCracken —, il assemble des miniatures, des changements de ton brutaux et un humour que la critique de 1971 a pris pour de la désinvolture.

Le crédit « Paul and Linda McCartney » n’est pas seulement affectif : il permet de faire remonter une part des droits vers une structure familiale, ce qui vaudra à McCartney une contestation d’ATV. Nous avons consacré une enquête à « The Back Seat of My Car », qui referme le disque.

Ce que ces deux disques ont en commun

Le refus. Après treize ans de fabrication collective ultra-produite, McCartney publie coup sur coup deux objets délibérément bruts. La cohérence est parfaite ; elle n’a été reconnue que trente ans plus tard, quand une génération de musiciens indépendants s’est mise à citer Ram comme un modèle.

1971-1975 : la fabrication d’un groupe

« Wild Life » (3 décembre 1971)

Le disque le plus mal aimé de sa discographie, et celui dont la légende est la plus fausse. Onzième au Royaume-Uni, dixième aux États-Unis : après deux disques dans les deux premières places, la chute est brutale.

McCartney vient de fonder Wings avec Linda, Denny Laine et Denny Seiwell, et applique une théorie : enregistrer vite, en une ou deux prises, à la manière de Bob Dylan. Le résultat est inégal et l’a desservi durablement. Notre enquête sur « Wild Life » et la légende des trois jours démonte le récit habituel.

« Red Rose Speedway » (30 avril 1973)

Premier aux États-Unis, cinquième au Royaume-Uni. Le disque devait être un double album ; la maison de disques a imposé un simple. Il contient « My Love », premier grand succès américain de Wings, et souffre de la coupe : ce qui reste est plus lisse que ce qui était prévu.

C’est aussi le premier album crédité « Paul McCartney and Wings » — le nom de l’auteur remis devant celui du groupe, sur exigence commerciale.

« Band on the Run » (30 novembre 1973)

Premier partout, et le disque qui règle la question de sa légitimité solo. Il est enregistré dans des conditions restées célèbres : deux membres du groupe démissionnent la veille du départ pour Lagos, McCartney part quand même avec Linda et Denny Laine, joue lui-même la batterie et la plupart des guitares, et se fait voler ses maquettes sous la menace dans une rue de la ville.

Correctif factuel — le disque n’a pas été fait uniquement à Lagos

Le récit héroïque s’arrête souvent au Nigeria. L’album a été achevé à Londres, aux studios AIR, où Tony Visconti a arrangé et enregistré les cordes qui font une grande part de son allure — celles de la chanson-titre notamment. Sans cette phase londonienne, Band on the Run ne sonnerait pas comme Band on the Run.

« Venus and Mars » (27 mai 1975)

Premier des deux côtés de l’Atlantique. Enregistré en partie à La Nouvelle-Orléans, au studio Sea-Saint d’Allen Toussaint, avec un groupe désormais stabilisé autour de Jimmy McCulloch et Joe English. C’est le disque de la conquête américaine, conçu pour être joué dans des stades — ce qu’il sera l’année suivante.

La bascule commerciale

En quatre ans, Wings passe d’une onzième place britannique à deux numéros un mondiaux. Le mécanisme est identifiable : un groupe stable, une tournée, et l’abandon du principe d’enregistrement rapide au profit d’une production soignée. Notre sélection « 20 chansons pour découvrir les Wings » permet de suivre cette évolution à l’oreille.

1976-1980 : l’apogée, puis la fin de Wings

« Wings at the Speed of Sound » (26 mars 1976)

Premier aux États-Unis, deuxième au Royaume-Uni. Le disque applique une idée démocratique : chaque membre du groupe chante un titre. L’intention est généreuse et le résultat inégal, mais l’album contient « Let ‘Em In » et « Silly Love Songs » — ce dernier étant la réponse ironique de McCartney à ceux qui lui reprochaient d’écrire des chansons d’amour niaises, et le plus gros succès américain de l’année.

Le sommet scénique

La tournée mondiale de 1975-1976 est l’apogée absolu de la période. Elle produit Wings over America, triple album live publié le 10 décembre 1976, premier aux États-Unis. À ce moment précis, Wings est le groupe le plus vendeur de la planète, et McCartney a réussi ce qu’aucun autre ex-Beatle n’a même tenté : reconstruire un groupe de scène de premier plan.

« London Town » (31 mars 1978)

Quatrième au Royaume-Uni, deuxième aux États-Unis. Enregistré en partie sur un yacht aux îles Vierges — décision qui dit assez l’état d’esprit du moment. Deux membres partent pendant les séances. Le disque est plus doux, plus produit, et marque le début du reflux.

« Back to the Egg » (8 juin 1979)

Sixième au Royaume-Uni, huitième aux États-Unis : les plus mauvais classements depuis Wild Life. McCartney tente de raccrocher l’énergie du moment punk avec une formation renouvelée et un producteur venu du rock, Chris Thomas. Le disque contient le Rockestra, orchestre de rock réuni à Abbey Road le 3 octobre 1978 avec Pete Townshend, David Gilmour, John Bonham et une dizaine d’autres.

« McCartney II » (16 mai 1980)

Premier au Royaume-Uni, troisième aux États-Unis. Dix ans après le premier, McCartney refait exactement le même geste : seul, chez lui, sur du matériel amateur — mais cette fois avec des synthétiseurs et des boîtes à rythmes. Le disque est incompris à sa sortie et considéré aujourd’hui comme un jalon de l’électronique domestique.

Une séance de l’été 1979 y a laissé un titre au nom malheureux, dont nous avons retracé la trajectoire dans notre enquête sur l’incident international qu’il a provoqué.

Tokyo, janvier 1980

La fin de Wings n’est pas artistique mais judiciaire. Le 16 janvier 1980, McCartney est arrêté à l’aéroport de Narita avec du cannabis dans ses bagages et passe neuf jours en détention. La tournée japonaise est annulée. Le groupe ne s’en remettra pas et se dissoudra formellement en 1981. Denny Laine en tirera un disque de règlement de comptes, « Japanese Tears ».

1982-1986 : les grands duos, puis le naufrage

« Tug of War » (26 avril 1982)

Premier partout, et le meilleur accueil critique depuis Band on the Run. McCartney rappelle George Martin, s’installe aux studios AIR de Montserrat et invite Stevie Wonder et Carl Perkins. Le disque contient « Ebony and Ivory », « Here Today » — la lettre à Lennon assassiné dix-sept mois plus tôt — et « Take It Away ».

C’est aussi, on ne le sait qu’après coup, son dernier numéro un américain avant trente-six ans. Nous avons consacré un article à l’anniversaire de ce disque.

« Pipes of Peace » (31 octobre 1983)

Quatrième au Royaume-Uni, quinzième aux États-Unis. Le disque est constitué en grande partie du matériel écarté de Tug of War, ce qui s’entend. Il contient toutefois « Say Say Say », duo avec Michael Jackson qui deviendra son dernier numéro un américain en single.

« Give My Regards to Broad Street » (22 octobre 1984)

Premier au Royaume-Uni, vingt et unième aux États-Unis. C’est la bande originale d’un film que McCartney a écrit, produit et financé, et que la critique a démoli. Le disque, largement composé de réenregistrements de chansons des Beatles, est le plus étrange de sa discographie.

Le point mérite d’être souligné parce qu’on l’oublie systématiquement : l’échec de Broad Street est cinématographique et américain. Au Royaume-Uni, l’album a été numéro un. Notre anatomie du film fait la part des choses.

« Press to Play » (25 août 1986)

Huitième au Royaume-Uni, trentième aux États-Unis — le plus mauvais classement américain de sa carrière à cette date. Produit par Hugh Padgham dans l’esthétique la plus datée de la décennie, avec six titres cosignés Eric Stewart, le disque marque le point bas critique. Nous l’avons rouvert pour ses quarante ans.

Ce que révèle la chute américaine

La série est nette : 1 (1982), 15 (1983), 21 (1984), 30 (1986). En quatre ans, McCartney passe de la première place américaine à la trentième. Au Royaume-Uni, sur la même période, il reste dans le Top 10.

Le décrochage est donc géographique avant d’être qualitatif. La radio américaine, qui se restructure autour de formats stricts au milieu des années 1980, cesse de programmer les artistes des années 1960 ; la Grande-Bretagne, où le statut patrimonial protège, continue de suivre.

1989-1997 : la reconstruction

« Flowers in the Dirt » (5 juin 1989)

Premier au Royaume-Uni, vingt et unième aux États-Unis. Le disque du retour, construit sur les chansons coécrites avec Elvis Costello et sur une stratégie inédite : huit producteurs différents selon les titres, pour ne plus dépendre d’un seul homme.

Il déclenche surtout la première tournée mondiale depuis 1976, treize ans d’absence de la scène. Nous avons consacré une enquête à la chanson qui a tout relancé, « My Brave Face ».

« Off the Ground » (1er février 1993)

Cinquième au Royaume-Uni, dix-septième aux États-Unis. Enregistré presque entièrement en direct avec le groupe de tournée, il applique une théorie de l’authenticité qui produit un disque honnête et peu mémorable. Il contient les deux derniers titres coécrits avec Costello.

« Flaming Pie » (5 mai 1997)

Deuxième des deux côtés de l’Atlantique — le meilleur double classement depuis Tug of War. Coproduit avec Jeff Lynne, il bénéficie directement de l’effet Anthology : McCartney vient de passer trois ans dans les bandes des Beatles, et il en sort avec une écriture décomplexée.

Le disque contient « Really Love You », première et unique chanson jamais créditée McCartney/Starkey, et le retour de Steve Miller vingt-huit ans après leur séance accidentelle de 1969.

Le rôle d’« Anthology »

Il faut mesurer ce que le projet Anthology (1994-1996) a fait à sa carrière. Trois ans de travail sur les archives, deux singles neufs construits sur des maquettes de Lennon, un succès mondial colossal — et, à la sortie, un McCartney réconcilié avec son propre passé, qui n’a plus besoin de prouver qu’il existe sans les Beatles.

Tous les disques postérieurs à 1997 se lisent dans cette lumière : ce sont ceux d’un homme qui n’a plus rien à démontrer.

1999-2007 : les producteurs

« Run Devil Run » (4 octobre 1999)

Douzième au Royaume-Uni, vingt-septième aux États-Unis. Dix mois après la mort de Linda, McCartney entre à Abbey Road avec David Gilmour, Mick Green et Ian Paice pour enregistrer des reprises de rock des années 1950, sans répétitions. C’est un disque de deuil qui ne dit jamais le deuil.

Le 14 décembre 1999, la même formation joue au Cavern Club reconstruit de Liverpool.

« Driving Rain » (12 novembre 2001)

Quarante-sixième au Royaume-Uni, vingt-sixième aux États-Unis. C’est le plus mauvais classement britannique de toute sa carrière, et la seule fois où un album studio de McCartney n’entre pas dans le Top 40 britannique.

Le disque, enregistré à Los Angeles avec David Kahne et un groupe neuf, souffre d’un contexte : sortie deux mois après le 11 septembre, promotion inexistante, et un ajout de dernière minute — « Freedom » — collé sur un album déjà pressé. Nous avons plaidé sa réhabilitation dans un article dédié.

« Chaos and Creation in the Backyard » (12 septembre 2005)

Dixième au Royaume-Uni, sixième aux États-Unis, et le meilleur accueil critique depuis vingt ans. George Martin, devenu trop sourd pour produire, recommande à McCartney un homme de trente-deux ans : Nigel Godrich.

Godrich renvoie chez eux les musiciens de tournée, refuse une partie des chansons proposées et oblige McCartney à tout rejouer lui-même. Les séances sont désagréables ; le disque est excellent. C’est la démonstration la plus nette d’une règle qui traverse toute sa carrière : il travaille mieux quand quelqu’un lui résiste.

« Memory Almost Full » (4 juin 2007)

Cinquième au Royaume-Uni, troisième aux États-Unis. Commencé avant Chaos et repris après, produit avec David Kahne, c’est un disque de bilan — la suite de morceaux qui referme la face deux passe en revue une vie entière. Il paraît sur Hear Music, le label de Starbucks, choix commercial inattendu qui lui vaudra une visibilité considérable aux États-Unis.

2012-2026 : le dernier régime

« Kisses on the Bottom » (7 février 2012)

Troisième au Royaume-Uni, cinquième aux États-Unis. Un disque de standards américains d’avant-guerre — le répertoire que jouait son père au piano — produit par Tommy LiPuma avec Diana Krall et son quartet, plus Eric Clapton et Stevie Wonder en invités.

C’est la première fois qu’il accepte d’être accompagné par un ensemble qu’il ne dirige pas, dans un idiome dont il n’a pas la maîtrise technique.

« New » (15 octobre 2013)

Troisième des deux côtés. Quatre producteurs se partagent le disque : Mark Ronson, Paul Epworth, Ethan Johns et Giles Martin — le fils de George. La logique est celle de Flowers in the Dirt, poussée plus loin : ne dépendre de personne, et se laisser bousculer par des gens de trente ans plus jeunes.

Un titre du disque est resté un an exclusivement japonais, épisode que nous avons reconstitué dans notre enquête sur « Struggle ».

« Egypt Station » (7 septembre 2018)

Troisième au Royaume-Uni, premier aux États-Unis — son premier numéro un américain depuis Tug of War en 1982, soit trente-six ans d’écart. Produit par Greg Kurstin, avec Ryan Tedder sur un titre.

Le retour au sommet doit beaucoup à une campagne de promotion inventive, dont le concert surprise au Cavern et l’émission de James Corden filmée dans les rues de Liverpool. Nous avons revisité ce disque pour son huitième anniversaire.

« McCartney III » (18 décembre 2020)

Premier au Royaume-Uni, deuxième aux États-Unis. Cinquante ans après le premier et quarante après le deuxième, McCartney referme la trilogie dans les mêmes conditions : seul, chez lui, tous les instruments. Le confinement lui en a fourni le prétexte.

Quatre mois plus tard, il confie les mêmes morceaux à onze artistes — Beck, St. Vincent, Phoebe Bridgers, Damon Albarn, Anderson .Paak, Josh Homme et d’autres — pour McCartney III Imagined, opération sans équivalent dans sa discographie.

« The Boys of Dungeon Lane » (29 mai 2026)

Premier au Royaume-Uni, cinquième aux États-Unis. Quatorze titres enregistrés entre 2021 et 2025 entre Abbey Road, Hog Hill Mill et Los Angeles, coproduits avec Andrew Watt, dans les intervalles de la tournée Got Back.

Le disque tire son titre d’une démo inédite de 1991 et d’une rue de Speke. Il se referme sur « Home to Us », premier duo vocal de l’histoire entre McCartney et Ringo Starr, avec Chrissie Hynde et Sharleen Spiteri aux chœurs. Notre article sur « Days We Left Behind » revient sur la campagne de sortie.

Les catalogues parallèles

Une discographie de McCartney qui s’arrêterait aux albums rock serait tronquée de moitié. Depuis 1977, il mène en parallèle trois autres carrières discographiques, sous d’autres noms, dans d’autres genres, chez d’autres interlocuteurs. Elles ne figurent presque jamais dans les rétrospectives grand public, et c’est pourtant là que se trouvent les décisions les plus révélatrices.

Le pseudonyme comme méthode

Il faut d’abord comprendre pourquoi un homme dont le nom vend des disques passe autant de temps à le cacher. Trois fois au moins, McCartney a publié sous un nom d’emprunt : Percy « Thrills » Thrillington en 1977, The Fireman à partir de 1993, et, plus anecdotiquement, The Country Hams en 1974.

Le motif est toujours le même. Le nom « Paul McCartney » impose au disque un cahier des charges — mélodies, refrains, tubes — dont il cherche périodiquement à s’affranchir. L’anonymat n’est pas une coquetterie : c’est un dispositif de travail. Il permet de faire un disque qui ne sera pas jugé à l’aune du précédent.

Thrillington, la blague de dix ans

L’épisode le plus étrange du catalogue. En juin 1971, un mois après la sortie de Ram, McCartney fait réenregistrer l’album entier en version instrumentale par un orchestre de studio londonien, sous la direction de l’arrangeur Richard Hewson — celui-là même qui avait orchestré « The Long and Winding Road » pour Phil Spector.

Le disque reste ensuite six ans dans un tiroir. Il paraît en avril 1977, crédité à un certain Percy « Thrills » Thrillington, personnage entièrement fictif à qui on invente une biographie mondaine dans des petites annonces de presse. Personne n’achète. La paternité n’est officiellement reconnue qu’en 1989.

On peut y voir une facétie coûteuse. On peut aussi y lire une constante : McCartney a toujours voulu savoir ce que ses chansons deviennent quand on lui retire la voix, le nom et le contexte.

The Fireman : quinze ans d’électronique

La collaboration avec Martin Glover — le producteur connu sous le nom de Youth, ancien bassiste de Killing Joke — commence en 1993 et constitue le catalogue parallèle le plus fourni.

Album Sortie Nature
Strawberries Oceans Ships Forest 15 novembre 1993 Remixes ambient de bandes de Off the Ground
Rushes 21 septembre 1998 Électronique instrumentale, matériau original
Electric Arguments 24 novembre 2008 Album chanté, un titre par jour de studio

Les deux premiers sont restés confidentiels. Le troisième est autre chose : treize titres enregistrés en treize journées de studio, chacune consacrée à un morceau écrit, joué et mixé le jour même. Electric Arguments est monté jusqu’à la 79e place britannique et la 67e américaine — chiffres dérisoires pour McCartney, remarquables pour un disque publié sous un nom que presque personne ne rattachait encore à lui.

La règle de composition — un jour, un titre, pas de retour en arrière — est la version extrême d’un principe qui traverse tout le catalogue : la contrainte comme moteur. C’est la même logique qui produira McCartney III douze ans plus tard, dans des circonstances imposées cette fois par le monde extérieur.

Le catalogue classique

Cinq œuvres en vingt ans, écrites avec des collaborateurs différents et publiées chez EMI Classics. C’est la partie du catalogue que la critique rock a le plus mal traitée et que McCartney défend le plus obstinément.

Œuvre Sortie Forme
Liverpool Oratorio 7 octobre 1991 Oratorio en huit mouvements, avec Carl Davis
Standing Stone 29 septembre 1997 Poème symphonique en quatre mouvements
Working Classical 1er novembre 1999 Chansons du catalogue réécrites pour orchestre et quatuor
Ecce Cor Meum 25 septembre 2006 Oratorio pour chœur et orchestre, huit ans d’écriture
Ocean’s Kingdom 3 octobre 2011 Partition de ballet, pour le New York City Ballet

Le reproche récurrent est connu : McCartney ne lit pas la musique et travaille avec des collaborateurs qui mettent ses idées en partition. Le reproche est exact ; il ne dit pas grand-chose. Un compositeur qui dicte à un copiste reste le compositeur, et la pratique n’a rien d’inédit dans l’histoire de la musique de scène.

Ce qui mérite en revanche d’être noté, c’est la trajectoire : de l’oratorio de commande, en 1991, à une partition de ballet écrite pour une compagnie de New York vingt ans plus tard, l’ambition formelle augmente au lieu de décroître. Ecce Cor Meum, huit ans de travail, est de loin le chantier le plus long de toute sa carrière, disques rock compris.

Les albums de reprises

Trois fois, McCartney a fait un disque uniquement composé de chansons des autres. Chaque fois à un moment de blocage.

CHOBA B CCCP — « encore, en URSS », en cyrillique — est enregistré en deux jours de juillet 1987 : une vingtaine de reprises de rock’n’roll des années 1950, saisies presque en direct, dont une partie seulement sera retenue. Le disque paraît d’abord uniquement en Union soviétique, en octobre 1988, avant une édition mondiale en 1991.

Correctif factuel — CHOBA B CCCP n’a pas été enregistré en URSS

Le titre et la pochette entretiennent la confusion, mais les séances se sont tenues en Angleterre, dans le studio de McCartney à Hog Hill Mill, en juillet 1987. Seule la publication est soviétique : un tirage limité destiné au marché de l’URSS, où les disques occidentaux étaient introuvables. Le geste était commercial autant que politique — et il a produit l’un des objets les plus recherchés du catalogue.

Run Devil Run, en octobre 1999, reprend la même méthode dans un contexte tout autre : quinze titres de rock’n’roll enregistrés en une semaine à Abbey Road avec David Gilmour et Ian Paice, quelques mois après la mort de Linda McCartney. Trois chansons seulement sont de lui ; le reste est un retour aux disques qu’il écoutait à quinze ans. On peut y entendre ce que la critique y a entendu : un homme qui rejoue les chansons d’avant parce qu’il ne peut pas encore en écrire de nouvelles.

Kisses on the Bottom, en février 2012, transpose le procédé au répertoire de standards américains d’avant-guerre — les chansons que son père jouait au piano. Diana Krall et son quartet accompagnent ; Eric Clapton et Stevie Wonder passent en invités. Le disque atteint la 5e place américaine et la 3e britannique, chiffres inespérés pour un album de standards.

Le catalogue live

Six albums publics majeurs jalonnent la carrière, et ils ne sont pas décoratifs : chacun marque une reprise en main après une interruption.

Album Sortie Ce qu’il documente
Wings over America 10 décembre 1976 La tournée américaine de Wings — no 1 aux États-Unis
Tripping the Live Fantastic 5 novembre 1990 Le retour à la scène après treize ans d’absence
Unplugged (The Official Bootleg) 20 mai 1991 Le format acoustique, dont il est l’un des premiers usagers
Back in the U.S. 11 novembre 2002 La tournée d’après Driving Rain
Good Evening New York City 17 novembre 2009 Les concerts d’inauguration du Citi Field
One Hand Clapping 14 juin 2024 Les séances filmées de Wings à Abbey Road, en 1974

Le dernier est un cas à part : ce n’est pas un concert mais une captation de studio réalisée en août 1974, restée inédite pendant cinquante ans et publiée en 2024. Elle documente Wings entre Band on the Run et Venus and Mars, au sommet exact de sa forme.

Ce que la courbe raconte

Trois creux, trois remontées

Vue de loin, la discographie ne décrit ni une ascension ni un déclin, mais une succession de cycles. Trois creux se détachent nettement.

Le premier va de 1971 à 1972. Wild Life est bâclé — sept jours de studio, une méthode revendiquée comme spontanéité — et le public ne suit pas. La remontée s’appelle Band on the Run, deux ans plus tard.

Le deuxième couvre 1984 à 1986 : Give My Regards to Broad Street, puis Press to Play, deux disques qui accompagnent une baisse de crédit critique sans précédent. La remontée s’appelle Flowers in the Dirt, en 1989, portée par les chansons écrites avec Elvis Costello.

Le troisième est plus court : Driving Rain, en 2001, seul album studio de toute la carrière à ne pas entrer dans le Top 40 britannique. La remontée est immédiate et durable — Chaos and Creation in the Backyard en 2005, puis une série d’albums qui n’a plus connu d’échec.

La règle du tiers extérieur

Il y a un enseignement statistique dans cette liste, et il est brutal : les remontées sont presque toujours associées à l’arrivée d’un interlocuteur extérieur qui a le droit de dire non.

Tony Visconti et les cordes de Band on the Run. George Martin sur Tug of War. Elvis Costello sur Flowers in the Dirt. Jeff Lynne sur Flaming Pie. Nigel Godrich sur Chaos and Creation, qui a renvoyé les musiciens de tournée et obligé McCartney à tout rejouer lui-même. Greg Kurstin sur Egypt Station.

Inversement, les disques les moins bien accueillis sont ceux où il travaille sans contradicteur : Wild Life, Press to Play, Driving Rain. La corrélation n’est pas une loi, et l’on peut citer McCartney et McCartney II, faits entièrement seuls et aujourd’hui considérés comme importants. Mais ces deux-là sont des disques d’isolement assumé, pas des disques d’entourage complaisant. La nuance compte.

La divergence britannique et américaine

Les colonnes UK et US du tableau initial ne racontent pas la même histoire. Sur les vingt-six albums, quinze font mieux au Royaume-Uni qu’aux États-Unis, et l’écart se creuse à partir de 1982.

Pipes of Peace : 4e au Royaume-Uni, 15e aux États-Unis. Broad Street : 1er chez lui, 21e là-bas. Press to Play : 8e et 30e. Flowers in the Dirt, pourtant salué : 1er et 21e. L’Amérique décroche pendant vingt ans, alors que le Royaume-Uni continue de le porter en tête.

Le mouvement ne s’inverse qu’en 2018 : Egypt Station arrive premier au Billboard 200, ce qui n’était plus arrivé depuis Tug of War en 1982 — trente-six ans d’intervalle. La cause n’est pas seulement musicale : le mode de comptage des ventes avait changé, et une campagne de promotion inhabituellement dense a accompagné le disque.

La productivité, en chiffres

Vingt-six albums studio sous son nom en cinquante-six ans, auxquels s’ajoutent cinq œuvres classiques, quatre disques signés The Fireman, trois albums de reprises, six albums publics majeurs et un album instrumental sous pseudonyme. Le total dépasse les quarante disques, sans compter les compilations, les bandes originales et les rééditions augmentées de la série Archive Collection.

Le rythme n’est pas régulier. Les années 1970 concentrent neuf albums en dix ans ; les années 2010 en comptent quatre. Mais la décennie la plus tardive est aussi celle où les disques sont les mieux reçus, ce qui contredit le schéma habituel d’une carrière rock.

Le paradoxe de la réception

Il faut enfin dire une chose que les rétrospectives disent rarement. Presque tous les albums aujourd’hui considérés comme les meilleurs de McCartney ont été mal reçus à leur sortie.

McCartney a été jugé négligé et amateur en 1970 ; il est aujourd’hui cité comme fondateur du disque fait maison. Ram a été éreinté — un critique américain y a vu la preuve d’un talent en roue libre — et sert désormais de référence à une génération entière de groupes indépendants. McCartney II a été traité de caprice électronique et se retrouve invoqué par la scène synthétique contemporaine.

Le décalage est trop systématique pour être un hasard. Il tient à ce que McCartney a presque toujours été évalué à l’aune de ce qu’on attendait de lui — un mélodiste des Beatles — plutôt qu’à l’aune de ce qu’il faisait. Il faut souvent une génération pour que le disque cesse d’être lu comme un manquement et commence à être écouté comme un objet.

Ce que la discographie officielle ne dit pas

Les singles sans album

Une part notable de l’œuvre ne figure sur aucun album studio d’origine. La pratique est héritée des années 1960, où le 45-tours et le 33-tours étaient deux marchés distincts, et McCartney l’a maintenue bien après que l’industrie l’eut abandonnée.

« Another Day », son premier single solo, paraît en février 1971 et ne figure pas sur Ram, dont il sort pourtant des mêmes séances new-yorkaises. « Hi, Hi, Hi », « Give Ireland Back to the Irish », « Mary Had a Little Lamb », « Live and Let Die », « Junior’s Farm », « Mull of Kintyre » — le plus gros vendeur britannique de toute sa carrière — sont autant de titres publiés hors album.

La conséquence est concrète pour l’auditeur : reconstituer la production réelle d’une décennie à partir des seuls albums donne une image faussée. Les années 1972-1973, en particulier, paraissent creuses alors qu’elles sont parmi les plus prolifiques.

Les chansons données aux autres

Un deuxième pan échappe au décompte : les titres écrits ou produits pour d’autres interprètes. « Come and Get It », composée et enregistrée en démo pour Badfinger en 1969, en est l’exemple le plus connu ; McCartney y joue tous les instruments sur la maquette, que le groupe reproduit ensuite presque note pour note.

Il faut y ajouter les productions pour Mary Hopkin, les chansons offertes à Peter and Gordon dans les années 1960, et une série de contributions plus tardives qui relèvent de la même logique. Ce répertoire est traité en détail dans notre cartographie de ses collaborations depuis 1968 ; il suffit de retenir ici qu’il représente plusieurs dizaines de titres absents de sa propre discographie.

Les albums fantômes

Trois projets au moins ont été menés loin puis abandonnés, et leur trace circule sous forme d’enregistrements non publiés.

Le plus documenté est Cold Cuts, compilation de chutes de séances des années 1970 préparée à plusieurs reprises entre 1974 et 1987, annoncée, remixée, puis retirée à chaque fois. Une bonne partie de son contenu a fini par ressortir dans les éditions augmentées de l’Archive Collection, ce qui explique que le projet ait perdu sa raison d’être.

Le deuxième est l’album que Wings enregistre à Montserrat et à Londres en 1981 et qui, faute d’accord sur la suite, se scinde en deux disques distincts : Tug of War puis Pipes of Peace, tirés du même fonds de séances avec George Martin. Le deuxième volume souffre durablement de cette origine — c’est, pour l’essentiel, ce que le premier n’avait pas retenu.

Le troisième est le disque de reprises de 1987 dans sa version longue : les séances de Hog Hill Mill ont produit sensiblement plus de titres que ceux retenus pour l’édition soviétique de CHOBA B CCCP, et une partie n’a jamais été publiée.

Les rééditions comme réécriture

Depuis 2010, l’Archive Collection republie les albums du catalogue accompagnés de démos, de versions de travail et de documents de séance. L’entreprise n’est pas neutre : elle modifie la perception des disques qu’elle republie.

Ram, réédité en 2012, a bénéficié d’une révision critique quasi complète ; McCartney II, réédité en 2011 avec ses versions longues, est passé du statut de curiosité à celui de disque précurseur. Dans les deux cas, ce ne sont pas les albums qui ont changé, mais le contexte dans lequel on les entend — et le fait qu’un appareil documentaire soit venu leur donner l’autorité d’une œuvre pensée.

C’est un point à garder en tête pour toute lecture de cette discographie. Le classement des albums de McCartney n’est pas une donnée stable : il bouge avec les rééditions, et il bougera encore.

Le cas des bandes originales

Trois disques échappent enfin aux catégories habituelles parce qu’ils accompagnent des images. The Family Way (1967), musique de film écrite avec George Martin, précède la séparation des Beatles et constitue en réalité la toute première publication solo de McCartney. Live and Let Die (1973) n’est pas un album de lui — il ne signe que la chanson-titre — mais elle reste l’un de ses plus grands succès. Give My Regards to Broad Street (1984), enfin, est à la fois un album studio et une bande originale, ce qui explique une bonne part des malentendus qui l’entourent.

Correctif factuel — le premier projet solo de McCartney date de 1967

La musique du film The Family Way, écrite par McCartney puis arrangée et dirigée par George Martin, paraît en janvier 1967, soit trois ans avant McCartney et alors que les Beatles existent encore. Les crédits de l’album varient selon les éditions — l’orchestre de George Martin y figure au premier plan —, ce qui explique que certaines discographies l’intègrent et d’autres non. McCartney (1970) reste en tout état de cause le premier album de chansons publié sous son seul nom.

Guide d’écoute : entrer dans la discographie

Si vous ne connaissez que les Beatles

Commencez par Band on the Run (1973). C’est le disque où l’écriture des Beatles et la liberté du groupe nouveau coexistent sans se contredire, et le seul de la période Wings qui fasse l’unanimité. Enchaînez avec Flaming Pie (1997), le mieux construit de la maturité.

Si vous cherchez le McCartney inattendu

Ram (1971) et McCartney II (1980), dans cet ordre. Le premier est un disque de campagne, bricolé, plein d’idées qui partent en tous sens ; le second est un disque de machines fait par un homme qui ne savait pas s’en servir. Aucun des deux ne ressemble à l’image reçue, et tous deux ont mieux vieilli que les albums qu’on lui reconnaissait à l’époque.

Si vous voulez comprendre la vieillesse d’un auteur

Chaos and Creation in the Backyard (2005), puis McCartney III (2020). Le premier est le disque où un producteur lui a dit non ; le second, celui qu’il a fait seul, chez lui, sans échéance. Les deux traitent du temps qui passe sans jamais le dire.

Si vous voulez explorer les marges

Electric Arguments (2008), sous le nom The Fireman, et Run Devil Run (1999). Le premier montre ce qu’il fait quand personne ne l’attend ; le second, ce qu’il fait quand il ne peut plus écrire.

Correctifs factuels

Correctif factuel — le nombre d’albums solo varie selon le référentiel

On lit tour à tour dix-huit, dix-neuf, vingt-cinq ou vingt-six albums studio, et toutes ces réponses peuvent être défendues. L’écart tient à trois questions de méthode : compte-t-on les disques de Wings comme des albums de McCartney ? les albums de reprises comme des albums studio ? les disques signés The Fireman ou Thrillington ? La présente discographie retient vingt-six albums studio parus sous son nom ou celui de Wings, hors classique, hors pseudonymes, hors albums publics. Un décompte différent n’est pas une erreur : c’est un autre périmètre, qu’il faut simplement expliciter.

Correctif factuel — Ram n’est pas un album de Paul McCartney seul

Le disque est crédité Paul and Linda McCartney, et ce crédit n’est pas décoratif : Linda McCartney est cocréditée à l’écriture de plusieurs titres, ce qui déclenchera d’ailleurs un contentieux avec l’éditeur, lequel contestait qu’une non-musicienne pût être coauteure. C’est le seul album de la discographie à porter cette signature conjointe.

Correctif factuel — Give My Regards to Broad Street n’a pas été un échec britannique

L’album s’est classé no 1 au Royaume-Uni et a produit un tube international avec « No More Lonely Nights ». Ce qui a échoué, c’est le film, éreinté par la critique et déficitaire, ainsi que la carrière américaine du disque, arrêté à la 21e place. Résumer l’épisode par « le fiasco de Broad Street » revient à confondre deux objets distincts publiés le même mois.

Correctif factuel — Driving Rain est le seul album studio hors du Top 40 britannique

On cite souvent Press to Play (1986) comme le point bas de la carrière. Les chiffres disent autre chose : Press to Play atteint la 8e place britannique, quand Driving Rain (2001) s’arrête à la 46e. C’est, sur cinquante-six ans, le seul album studio à ne pas être entré dans le Top 40 de son pays.

Correctif factuel — trente-six ans séparent deux no 1 américains

Entre Tug of War (1982) et Egypt Station (2018), aucun album studio de McCartney n’a atteint la première place du Billboard 200. L’information est régulièrement présentée comme un simple retour en grâce ; elle mesure surtout la longueur du décrochage américain, largement invisible dans les classements britanniques de la même période.

Repères chronologiques

Date Événement
17 avril 1970 Sortie de McCartney, premier album solo, enregistré en partie chez lui sur un quatre-pistes
17 mai 1971 Ram, crédité Paul and Linda McCartney
3 décembre 1971 Wild Life : premier album de Wings, mal reçu
30 novembre 1973 Band on the Run, entamé à Lagos, achevé à Londres — no 1 des deux côtés de l’Atlantique
10 décembre 1976 Wings over America : le triple album public, no 1 américain
avril 1977 Parution de Thrillington, version orchestrale de Ram, sous pseudonyme
8 juin 1979 Back to the Egg, dernier album de Wings
16 mai 1980 McCartney II, fait seul aux synthétiseurs — no 1 britannique
26 avril 1982 Tug of War, produit par George Martin — dernier no 1 américain avant 2018
22 octobre 1984 Give My Regards to Broad Street : no 1 britannique, film éreinté
juillet 1987 Deux jours de séances à Hog Hill Mill : ce sera CHOBA B CCCP, publié en URSS en 1988
5 juin 1989 Flowers in the Dirt, avec les chansons écrites avec Elvis Costello
7 octobre 1991 Liverpool Oratorio : première œuvre classique, avec Carl Davis
15 novembre 1993 Premier album de The Fireman avec Youth
5 mai 1997 Flaming Pie, dans le sillage de l’Anthology
4 octobre 1999 Run Devil Run, quinze reprises enregistrées en une semaine
12 novembre 2001 Driving Rain : 46e place britannique, plus bas classement de la carrière
12 septembre 2005 Chaos and Creation in the Backyard, produit par Nigel Godrich
24 novembre 2008 Electric Arguments : un titre par jour, treize jours
3 octobre 2011 Ocean’s Kingdom, partition de ballet pour le New York City Ballet
7 septembre 2018 Egypt Station : premier no 1 américain depuis trente-six ans
18 décembre 2020 McCartney III, enregistré seul pendant l’année de confinement
14 juin 2024 One Hand Clapping : les séances filmées de Wings en 1974, inédites pendant cinquante ans
29 mai 2026 The Boys of Dungeon Lane, vingt-sixième album studio

Questions fréquentes

Combien d’albums solo Paul McCartney a-t-il publiés ?

Vingt-six albums studio parus sous son nom ou celui de Wings, de McCartney en 1970 à The Boys of Dungeon Lane en 2026. En ajoutant les cinq œuvres classiques, les quatre disques signés The Fireman, l’album orchestral de Thrillington et les albums publics, le total dépasse la quarantaine. Les décomptes qui circulent varient selon qu’on inclut ou non ces catalogues parallèles.

Wings est-il un groupe ou un projet solo ?

Les deux, selon la période. De 1971 à 1973, McCartney tient à en faire un vrai groupe, avec un batteur, un guitariste et une répartition des rôles. À partir de Band on the Run, enregistré à trois après le départ de deux membres, la formation redevient de fait un cadre pour ses chansons. Les crédits eux-mêmes hésitent : Wings, puis Paul McCartney and Wings, puis Wings à nouveau.

Quel est le meilleur album solo de Paul McCartney ?

La critique contemporaine désigne le plus souvent Band on the Run pour la réussite d’ensemble et Ram pour l’influence exercée. McCartney III et Chaos and Creation in the Backyard sont les mieux notés de la période tardive. Le classement dépend du critère : cohérence, postérité, ou réussite commerciale ne désignent pas le même disque.

Pourquoi certains albums sont-ils signés d’un pseudonyme ?

Parce que son nom impose au disque un cahier des charges. Sous The Fireman ou Thrillington, McCartney publie des musiques qui ne seront pas comparées à « Yesterday » et n’auront pas à contenir de tube. L’anonymat est un outil de travail, pas une plaisanterie — même si l’affaire Thrillington, restée secrète douze ans, en avait tout l’air.

Quel album a le moins bien marché ?

Driving Rain (2001), 46e place britannique : le seul album studio de la carrière à ne pas entrer dans le Top 40 de son pays. En Amérique, le point bas est Press to Play (1986), 30e au Billboard.

McCartney compose-t-il vraiment ses œuvres classiques ?

Il en écrit les thèmes et la structure, puis travaille avec un collaborateur — Carl Davis, David Matthews, Richard Rodney Bennett selon les projets — qui les met en partition et les orchestre. Il ne lit pas la musique. La pratique lui a été reprochée ; elle est courante dans la musique de scène et n’ôte pas la paternité des idées musicales.

Y a-t-il une constante dans cette discographie ?

Une seule, mais elle est nette : les disques les mieux reçus sont ceux où un tiers extérieur avait le droit de dire non — George Martin, Elvis Costello, Jeff Lynne, Nigel Godrich, Greg Kurstin. Les albums faits sans contradicteur sont, à deux exceptions près, les plus faibles du catalogue.

Glossaire

Archive Collection — série de rééditions augmentées lancée en 2010, qui republie les albums du catalogue accompagnés de démos, de séances inédites et d’un livret documentaire.

Billboard 200 — classement hebdomadaire des albums les plus vendus aux États-Unis. Sa méthode de calcul a intégré les écoutes en flux à partir des années 2010, ce qui rend les comparaisons de classements sur longue période délicates.

The Fireman — pseudonyme partagé par McCartney et le producteur Martin « Youth » Glover, sous lequel paraissent quatre disques entre 1993 et 2008, d’abord instrumentaux puis chantés.

Hog Hill Mill — studio personnel de McCartney installé dans un ancien moulin du Sussex, où sont enregistrés depuis les années 1980 une grande partie de ses disques, dont CHOBA B CCCP et McCartney III.

Overdub — enregistrement d’une piste par-dessus une bande existante. C’est la technique qui permet à un musicien seul de jouer tous les instruments d’un disque, méthode employée sur McCartney, McCartney II et McCartney III.

Thrillington — Percy « Thrills » Thrillington, personnage fictif crédité de la version orchestrale de Ram publiée en 1977. La paternité de McCartney n’a été reconnue qu’en 1989.

Bibliographie et sources

Barry Miles, Paul McCartney: Many Years from Now, Secker & Warburg, 1997 — l’ouvrage d’entretiens de référence pour la période Beatles et le début des années 1970.

Philip Norman, Paul McCartney: The Biography, Weidenfeld & Nicolson, 2016 — biographie autorisée, précieuse sur les années Wings et sur les rapports avec l’industrie.

Tom Doyle, Man on the Run: Paul McCartney in the 1970s, Polygon, 2013 — l’étude la plus détaillée de la décennie Wings, fondée sur des entretiens de première main.

Paul McCartney, The Lyrics: 1956 to the Present, Allen Lane, 2021 — commentaires de l’auteur sur cent cinquante-quatre chansons, classées par ordre alphabétique.

Les données de classement citées proviennent de l’Official Charts Company (Royaume-Uni) et du Billboard 200 (États-Unis) ; les dates de sortie sont celles des éditions originales britanniques.

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