ENCYCLOPÉDIE WINGS · 1971–1981 · MUSICIEN
Denny Laine (1944–2023) : la biographie encyclopédique du cofondateur des Wings
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Étude musicale : Say You Don’t Mind : la chanson de Denny Laine de 1967 jusqu’à Wings et Japanese Tears →
La seconde voix des Wings, guitariste, cofondateur et coauteur de Mull of Kintyre. Denny Laine a contribué au répertoire de Wings durant la période 1971–1981. Cette biographie retrace les étapes de sa vie, toutes les formations qui ont marqué son parcours, ses compositions, ses enregistrements, ses tournées, les sessions historiques des Wings et la discographie de sa carrière solo.
Dates : 29 octobre 1944 – 5 décembre 2023.
Denny Laine demeure le fil conducteur des différentes formations des Wings. Son parcours antérieur avec les Moody Blues et ses propres travaux d’auteur, de chanteur et de guitariste éclairent sa contribution au groupe de Paul et Linda McCartney. Une biographie complète doit distinguer ses compositions personnelles, ses interprétations des œuvres de McCartney et les chansons effectivement coécrites.
De Brian Hines à Denny Laine : Birmingham, le jazz et le Brumbeat
Denny Laine naît Brian Frederick Hines le 29 octobre 1944 à Birmingham, dans le quartier de Tyseley. L’environnement musical de sa jeunesse est celui d’une ville industrielle où l’on entend à la fois la chanson populaire, le jazz, le blues et les premiers disques de rock and roll américain. Il apprend la guitare jeune, joue devant un public dès l’adolescence et garde de cette période une curiosité qu’aucun style ne résumera complètement. Django Reinhardt figure parmi les musiciens qui nourrissent sa fascination pour l’instrument : ce détail éclaire le goût qu’il développera plus tard pour les guitares acoustiques et les couleurs harmoniques plutôt que pour la seule virtuosité spectaculaire.
Il se choisit un nom de scène et dirige Denny Laine and the Diplomats, une formation liée à l’effervescence du Brumbeat. Le batteur Bev Bevan, futur membre de The Move puis d’Electric Light Orchestra, appartient à ce premier environnement. Les groupes de Birmingham apprennent à vivre de la scène, à changer rapidement de répertoire et à tenir des soirées dansantes avec une précision professionnelle. Cette formation pratique restera perceptible chez les Wings : Laine est avant tout un musicien capable de soutenir une chanson entière, et pas seulement de remplir l’espace entre deux couplets.
Les Moody Blues originels : la voix de Go Now
En 1964, Denny Laine participe à la fondation des Moody Blues avec notamment Mike Pinder, Ray Thomas, Graeme Edge et Clint Warwick. Ce premier groupe est encore très éloigné des vastes suites orchestrales et du rock progressif qui feront sa réputation après le départ de Laine. Il appartient à l’univers rhythm and blues britannique, avec une place déterminante accordée aux reprises américaines, à l’orgue et aux voix. Laine en est le chanteur principal et l’un des traits les plus immédiatement reconnaissables.
Le succès décisif est « Go Now », chanson enregistrée auparavant par Bessie Banks. La version des Moody Blues s’impose au sommet des classements britanniques à la fin de 1964 et atteint également le public américain. La force du disque tient autant à son introduction vocale douloureuse qu’aux réponses collectives du groupe. Quand Laine la reprendra sur scène avec les Wings en 1975–1976, il ne s’agira pas d’un simple clin d’œil nostalgique : il réintroduira dans un grand spectacle de rock une chanson dont il avait été l’interprète de référence plus de dix ans auparavant.
Son passage dans les Moody Blues prend fin au milieu des années 1960. Justin Hayward et John Lodge participeront ensuite à la transformation du groupe. Pour la discographie, il est essentiel de distinguer les enregistrements avec Laine de ceux de la période suivante : « Go Now », l’album The Magnificent Moodies et les premiers simples ne représentent ni le même personnel ni exactement la même esthétique que Days of Future Passed.
Après les Moody Blues : le risque de l’expérimentation
Loin de rechercher immédiatement une copie de son ancien succès, Laine constitue Denny Laine and the Electric String Band. L’idée d’associer un groupe électrique à des instruments à cordes amplifiés traduit une volonté d’explorer les arrangements et les timbres au moment où Londres découvre le psychédélisme. Ce travail attire l’attention de musiciens et de spectateurs intéressés par les formules inédites, sans lui assurer la stabilité commerciale d’une carrière en tête des ventes.
Laine poursuit alors plusieurs directions. La chanson « Say You Don’t Mind », qu’il publie en solo en 1967, connaîtra une seconde vie lorsque Colin Blunstone l’enregistrera avec succès quelques années plus tard. Il participe à l’aventure de Balls, autour de Trevor Burton, puis à Ginger Baker’s Air Force, ensemble où se croisent des traditions rock, blues et jazz. Ces expériences forment une véritable école de la souplesse : il peut passer d’une ballade à une improvisation collective, d’une petite salle à un dispositif scénique plus complexe.
La multiplicité des groupes auxquels il contribue explique pourquoi son recrutement par Paul McCartney ne relève pas d’une rencontre fortuite. Les Beatles et les Moody Blues s’étaient déjà croisés sur les scènes des années 1960. McCartney connaissait le musicien, son timbre et son intérêt pour l’expérimentation. Le retour à une vie de groupe en 1971 réunira donc deux artistes qui avaient déjà fait leurs preuves avant même la naissance des Wings.
1971 : fonder les Wings plutôt que prolonger les Beatles
Après la séparation des Beatles et les albums solo McCartney et Ram, Paul souhaite constituer une formation capable d’enregistrer et surtout de jouer devant un public sans dépendre du répertoire de son ancien groupe. Linda McCartney partage cette aventure, tandis que Denny Seiwell s’installe derrière la batterie. Denny Laine rejoint cette équipe qui prend le nom de Wings. Il en deviendra, avec Paul et Linda, le membre le plus constant de la décennie.
Wild Life, enregistré rapidement et publié en décembre 1971, doit être replacé dans ce projet de redémarrage. Les arrangements paraissent parfois rudimentaires lorsqu’on les compare à la sophistication de la fin des Beatles ; cette spontanéité est aussi le point de départ voulu par McCartney. Laine y tient une place essentielle de guitariste, de chanteur et de partenaire de répétition. Il ne faut pourtant pas confondre sa polyvalence avec une attribution automatique de toutes les parties entendues : les crédits exacts dépendent des morceaux et des séances.
Dans cette première phase, la valeur de Laine tient à sa capacité de construire les chansons avec les autres. Ses harmonies vocales et ses interventions de guitare forment un contrepoids permanent au style plus directement mélodique de McCartney. L’identité sonore des Wings apparaît précisément dans cette rencontre entre un auteur-compositeur exceptionnellement prolifique et des partenaires capables de le ramener au fonctionnement collectif d’un groupe.
1972 : les universités, l’Europe et un véritable groupe de scène
Au début de 1972, Wings entreprend une tournée universitaire britannique à l’organisation volontairement légère. Les dates sont fixées au gré des possibilités et le répertoire ne repose pas sur les grands succès des Beatles. Henry McCullough rejoint alors le groupe comme guitariste principal, créant une configuration à cinq musiciens : Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Denny Seiwell et McCullough. Laine peut davantage se concentrer sur la guitare rythmique, les interventions vocales et l’équilibre des arrangements.
La tournée européenne de l’été 1972 constitue une étape souvent négligée. Les chansons de Wild Life côtoient « Give Ireland Back to the Irish », « Hi, Hi, Hi », « C Moon » et des pièces encore inédites. Le coffret Wings 1971–73, paru en 2018, a permis d’entendre officiellement Wings Over Europe, constitué de vingt performances issues de cinq concerts différents. On y reconnaît le jeu solide de Laine et cette manière de faire corps avec des musiciens qui n’ont pas encore vécu les grandes tournées américaines.
Cette époque montre aussi une discographie mouvante. Certaines chansons jouées sur scène n’accèdent jamais à un album régulier ; d’autres sont enregistrées en studio mais restent longtemps inédites. L’historien doit donc distinguer les chansons interprétées par Laine, celles qu’il écrit et celles sur lesquelles sa participation instrumentale est attestée. La discographie officielle publiée plusieurs décennies après les faits ne reproduit pas mécaniquement le catalogue disponible pour le public de 1972.
1973 : Red Rose Speedway, l’écriture et la crise de Lagos
Red Rose Speedway paraît au printemps 1973, après des mois de séances dont le programme avait d’abord été conçu comme un double album. L’œuvre définitive met surtout en avant l’écriture de Paul McCartney ; Laine contribue néanmoins à la vie d’un groupe qui cherche encore comment faire coexister les voix et les tempéraments. Les éditions d’archives de 2018 ont révélé une part supplémentaire de ces séances, notamment « I Would Only Smile », chanson de Laine restée absente du LP original et finalement publiée sous son nom sur Japanese Tears.
À l’été 1973, Denny Seiwell et Henry McCullough quittent Wings à la veille du départ en Afrique. Le projet Band on the Run repose désormais sur Paul, Linda et Denny Laine. À Lagos, dans des circonstances rendues difficiles par l’équipement, la logistique et les tensions du voyage, le trio met en place une grande partie des parties instrumentales. Laine participe directement à cette construction : les guitares, claviers, chœurs et agencements rythmiques doivent désormais être envisagés sans la distribution de rôles d’un quintette conventionnel.
Il serait abusif d’en faire l’égal absolu de McCartney dans la conception de toutes les chansons. Mais il serait tout aussi faux de considérer Band on the Run comme une œuvre de Paul seul accompagnée par deux figurants. L’importance historique de Laine réside dans la continuité qu’il assure lorsque les changements de personnel mettent l’existence du groupe en question. Sur « No Words », la collaboration entre McCartney et Laine devient également une réalité d’écriture officiellement créditée.
1974 : Nashville, McGear et One Hand Clapping
L’année 1974 est l’une des plus riches de la carrière de Laine. Paul et Linda, Denny, le nouveau guitariste Jimmy McCulloch et le batteur Geoff Britton constituent le noyau d’une formation en pleine reconstruction. Les travaux de Nashville, dans une atmosphère marquée par la country américaine, aboutissent notamment à « Junior’s Farm » et « Sally G ». Les musiciens fréquentent des instrumentistes de studio locaux et enregistrent également le 45 tours instrumental « Walking in the Park with Eloise », publié sous le nom de Country Hams.
Au mois d’août, la formation travaille aux studios Abbey Road devant les caméras de David Litchfield pour One Hand Clapping. Le projet, longtemps inédit sous sa forme d’album, offre aujourd’hui un témoignage précieux sur la place occupée par chaque instrument. Les séances ne constituent pas un concert public : elles montrent un groupe en situation de travail, et certaines prises feront l’objet de nouveaux enregistrements en octobre 1974. L’édition musicale de 2024 doit donc être distinguée des images originales et des publications partielles précédentes.
Laine intervient en outre dans l’environnement de l’album McGear, projet consacré à Michael McCartney, le frère de Paul. Ces collaborations périphériques ne doivent pas être rejetées hors de la discographie des Wings : elles documentent les échanges entre leurs membres, tout en conservant une identité éditoriale propre. Un album crédité à Mike McGear n’est pas un huitième album studio des Wings.
1975 : Venus and Mars, la nouvelle formation et la répartition des voix
Après le départ de Geoff Britton, Joe English reprend la batterie pendant la confection de Venus and Mars. Laine devient le point stable d’un quintette comprenant désormais Jimmy McCulloch et English. Les séances, menées en partie à La Nouvelle-Orléans, accompagnent l’élaboration d’un spectacle plus ample : les guitares sont distribuées, les voix alternent davantage et un pupitre de cuivres intervient sur certains morceaux.
« Spirits of Ancient Egypt » donne à Laine la place de chanteur principal sur une composition de McCartney. L’arrangement n’est pas seulement une concession à un autre membre du groupe : il crée un changement de timbre au milieu d’un album qui passe du rock de scène à la ballade, du pastiche ancien au rhythm and blues. Le jeu de Laine sert cette variété. La réédition de Venus and Mars en 2014 permet également d’examiner les documents de séances, les singles et les pièces laissées hors du programme de 1975.
À partir de l’automne 1975, Wings entreprend une tournée internationale de très grande envergure. Laine s’impose comme un musicien de scène rompu aux passages rapides d’un instrument à l’autre. Les représentations donnent aux chansons une existence nouvelle, et sa propre interprétation de « Go Now » rappelle l’histoire antérieure de l’un des membres fondateurs.
1976 : Wings at the Speed of Sound et la tournée mondiale
Wings at the Speed of Sound, publié en 1976, expose plus ouvertement l’idée d’un groupe où plusieurs voix principales cohabitent. Denny Laine interprète « Time to Hide », composition qui porte sa signature et marque une des occurrences les plus nettes de son identité de chanteur-auteur au sein des Wings. « The Note You Never Wrote », écrite par Paul McCartney, lui est également confiée au chant. Ces deux titres illustrent la différence fondamentale entre le crédit d’auteur et l’interprète principal.
Sur scène, Wings devient un groupe à la production imposante. La tournée nord-américaine de 1976 est captée pour Wings Over America, publié à la fin de l’année sous forme de triple album. Laine y chante, joue de la guitare, participe aux harmonies et revient à « Go Now » au sein d’un répertoire qui comprend aussi des chansons des Beatles interprétées par McCartney. Le contraste avec les concerts universitaires improvisés quatre ans auparavant est considérable.
Un autre disque éclaire sa personnalité artistique : Holly Days, enregistré avec Paul et Linda autour du répertoire de Buddy Holly et publié en 1977. Cet hommage conserve le timbre de Laine au premier plan, mais sa réalisation appartient à une sphère de travail étroitement liée aux Wings. Il doit être présenté comme un album de Denny Laine, produit par Paul, et non comme un album officiel du groupe.
1977 : Mull of Kintyre et la consécration de coauteur
En 1977, Paul McCartney et Denny Laine signent ensemble « Mull of Kintyre », chanson consacrée à la péninsule écossaise associée à la vie de la famille McCartney. Sa mélodie ample, la participation des cornemuses et son refrain fédérateur éloignent le groupe des codes les plus habituels du single rock. Le 45 tours devient un phénomène commercial britannique et s’impose comme l’un des titres les plus populaires de la carrière post-Beatles de McCartney.
Laine ne doit pas être décrit ici comme un simple guitariste présent dans le studio. Son nom figure au crédit de composition. Cela ne signifie toutefois pas qu’il soit nécessaire de lui attribuer arbitrairement la moitié de chaque phrase ou de chaque partie instrumentale : les contributions effectives à une chanson commune ne se mesurent pas à partir d’un récit simplifié de studio. La donnée solide est la cosignature officielle de l’œuvre, son enregistrement avec le groupe et le rôle de Laine dans son existence publique.
Le succès commercial de « Mull of Kintyre » ne se traduit pas forcément par une situation contractuelle simple. Des questions liées à la rémunération et aux droits ont été discutées ultérieurement. Une biographie encyclopédique peut rendre compte de ces tensions sans transformer un désaccord rapporté en vérité unique sur la nature de la relation entre les deux musiciens.
1977–1978 : London Town, le trio et l’importance de Denny Laine
Les séances de London Town s’étendent sur une période où le groupe change de personnel. Une partie importante de l’album est travaillée sur le yacht Fair Carol dans les îles Vierges, alors que Jimmy McCulloch et Joe English sont encore dans la formation. Après leurs départs, Paul, Linda et Denny demeurent à nouveau les seuls membres réguliers. Cette situation rappelle Band on the Run, mais dans un univers musical sensiblement différent : acoustique, folk, pop sophistiquée et chansons marquées par l’environnement maritime.
Le disque met particulièrement en valeur les contributions de Laine. « Children Children » lui donne le premier rôle vocal sur une composition qu’il signe, tandis que « Deliver Your Children » associe son écriture à celle de McCartney et bénéficie de son interprétation. Les parties de guitare acoustique y sont déterminantes. « Don’t Let It Bring You Down » est également créditée aux deux auteurs. Les différences entre ces compositions et les grands singles de McCartney montrent le rôle joué par Laine dans l’élargissement de l’esthétique du disque.
Le 45 tours « I’ve Had Enough », qui place « Deliver Your Children » sur l’autre face selon les territoires et éditions, permet de suivre la circulation commerciale d’une chanson de Laine. Pour les collectionneurs, les variations de pays, de pochette et de matrices sont à distinguer de l’histoire de la composition elle-même. Les enregistrements du Fair Carol sont aussi une étape majeure de sa discographie en tant que guitariste acoustique.
1978–1979 : Back to the Egg, Laurence Juber et Steve Holley
L’arrivée de Laurence Juber à la guitare et de Steve Holley à la batterie inaugure la dernière grande formation des Wings. Denny Laine y reste le musicien de liaison : il connaît les arrangements anciens, participe aux répétitions nouvelles et fournit une seconde voix identifiable lorsque McCartney s’intéresse à une production plus tendue, proche parfois du rock de la fin des années 1970. Back to the Egg résulte de séances étalées, d’expériences de studio et d’un souci renouvelé de son collectif.
« Again and Again and Again » constitue la contribution solo de Laine la plus visible sur le dernier album studio des Wings. L’écriture, la voix principale et la personnalité de la chanson l’inscrivent dans le prolongement de « Time to Hide » et de « Children Children ». L’album comporte aussi des réalisations collectives particulières, notamment Rockestra, auxquelles participent de nombreux invités. La présence de ces musiciens ne modifie pas pour autant la formation officielle du groupe.
La tournée britannique de décembre 1979 représente la dernière série de concerts réguliers des Wings. Elle comprend les prestations caritatives de Londres et contribue au disque Concerts for the People of Kampuchea. Les archives de cette période doivent être étudiées date par date : les captations de télévision, les répétitions, les concerts complets et les publications ultérieures ne sont pas interchangeables.
1980–1981 : le Japon annulé et la fin progressive des Wings
Au mois de janvier 1980, la tournée japonaise doit donner au groupe l’occasion de reprendre une activité internationale. L’arrestation de Paul McCartney à son arrivée au Japon pour possession de cannabis provoque au contraire l’annulation des concerts et une crise dont les conséquences sont à la fois professionnelles et financières. Les membres se retrouvent sans la tournée prévue, tandis que McCartney publie McCartney II sous son propre nom.
Dans ce climat, Laine développe ses projets personnels et publie Japanese Tears en 1980. Ce disque rassemble du matériel issu de différentes années, notamment des enregistrements associés au laboratoire des Wings. « I Would Only Smile », « Send Me the Heart » et « Weep for Love » éclairent ces intersections entre projets collectifs et carrière solo. Les sessions de Tug of War témoignent encore de collaborations, mais elles ne suffisent pas à maintenir les Wings comme un groupe en activité.
En 1981, Laine quitte finalement l’aventure. Présenter la dissolution comme la conséquence mécanique d’un unique incident japonais serait trompeur : le groupe connaissait déjà des changements de personnel, des aspirations différentes et une tension entre musique d’ensemble et production individuelle. Il faut aussi distinguer la date à laquelle un groupe cesse concrètement de travailler de la date à laquelle sa disparition apparaît publiquement comme définitive.
Discographie personnelle : les albums, les reprises et les chansons retrouvées
Holly Days (1977) : un album personnel avec Paul et Linda. Avant de remporter avec les Wings le succès immense de Mull of Kintyre, Denny Laine a enregistré à l’été 1976, à Rude Studio en Écosse, un hommage à Buddy Holly. Paul McCartney produit les morceaux et en joue l’essentiel des instruments tandis que Linda participe aux voix et aux claviers. Le 33 tours EMI EMA 781, paru au Royaume-Uni le 6 mai 1977, demeure crédité à Denny Laine. Son programme de dix plages comporte onze compositions grâce au medley It’s So Easy / Listen to Me. L’album renseigne sur la capacité de Laine à se présenter comme chanteur principal hors du cadre commercial de Wings, tout en maintenant une collaboration musicale étroite avec les McCartney.
La nouveauté réside également dans la texture sonore : magnétophone quatre pistes, majorité d’enregistrements monophoniques réélaborés pour une diffusion stéréo et quelques pistes réellement stéréophoniques. Les exemplaires britanniques peuvent conserver la sous-pochette photographiée par Linda et des éléments d’une opération promotionnelle. Pour les dix titres, les crédits d’écriture, les 45 tours et les références des éditions UK, USA et Japon, consulter la monographie complète de Holly Days. Elle complète cette biographie sans en répéter l’intégralité.
La discographie de Denny Laine ne commence pas avec la dissolution des Wings. Ahh…Laine! paraît en 1973 alors qu’il travaille avec McCartney ; Holly Days, hommage à Buddy Holly, suit en 1977 ; Japanese Tears paraît en 1980. Ces trois disques sont indispensables pour comprendre les morceaux que le public des Wings pouvait entendre ou connaître sans les trouver sur les LP officiels du groupe. Le recours à des bandes anciennes et les participations croisées de musiciens imposent cependant une vérification plage par plage.
Après les Wings, Laine publie notamment Anyone Can Fly, Hometown Girls, Wings on My Feet, Lonely Road, All I Want Is Freedom, Reborn et The Blue Musician. Il continue à se produire sur scène, avec plusieurs formations, et revient régulièrement aux chansons des Moody Blues et des Wings. Cette carrière, parfois moins visible médiatiquement, ne doit pas être ramenée à quelques apparitions aux côtés de McCartney : Laine est un interprète qui entretient son propre répertoire et ses propres programmes de concerts.
Dans une base discographique matérielle, chaque album exige son année d’édition, son label, son pays, ses éventuelles rééditions et un crédit précis des musiciens. Il faut également séparer les albums originaux des compilations ultérieures. L’existence d’un morceau de la période Wings sur Japanese Tears ne transforme pas automatiquement ce disque en album de Wings.
Le musicien : guitare, chant, harmonies et sens de l’arrangement
L’apport de Denny Laine se remarque d’abord dans la manière dont il sait changer de fonction sans modifier l’identité collective du morceau. Avec Henry McCullough puis Jimmy McCulloch, il tient fréquemment le rôle de guitariste rythmique, mais cette expression recouvre des interventions très différentes : accords acoustiques, réponses électriques, textures de fond et appuis mélodiques. Dans le trio de Band on the Run, la distribution des parties devient encore plus mobile.
Son chant constitue une deuxième signature. Le vibrato, les inflexions héritées du rhythm and blues et la capacité à passer d’une voix soliste à une harmonie discrète créent des contrastes que les seuls crédits de pochette ne suffisent pas à décrire. Entendre successivement « Go Now », « Spirits of Ancient Egypt », « Time to Hide », « Children Children » et « Again and Again and Again » permet de mesurer l’étendue des registres qu’il mobilise.
Enfin, Laine joue un rôle d’arrangeur au sens pratique du musicien qui trouve la place d’un instrument dans un ensemble. On peut analyser ce travail à l’oreille, mais il faut être prudent lorsqu’on lui attribue une décision précise de production : seule la documentation des séances et les témoignages permettent d’établir qui a proposé tel motif ou tel changement d’accords. La précision est particulièrement importante dans un groupe dirigé par un compositeur aussi présent en studio que McCartney.
Repère transversal : pour situer cette carrière parmi celles des neuf autres membres du groupe, consulter l’étude comparée « Après les Wings : les dix trajectoires, de 1973 à 2026 ».
Après la scène mondiale : reconnaissance et dernières années
Laine continue longtemps à défendre sa musique en concert, notamment avec des formations regroupant des vétérans du rock et lors de spectacles consacrés à Band on the Run. En 2018, il rejoint le Rock and Roll Hall of Fame en qualité de membre historique des Moody Blues. Cette distinction célèbre un pan de son travail parfois éclipsé par son association avec McCartney et souligne qu’il a joué un rôle majeur dans deux formations très différentes du rock britannique.
Les dernières années sont marquées par des problèmes de santé. Denny Laine meurt le 5 décembre 2023 à soixante-dix-neuf ans. Paul McCartney lui rend alors un hommage personnel, rappelant à la fois le chanteur de « Go Now », le guitariste et l’homme avec lequel il avait partagé l’aventure Wings. Il évoque également un rapprochement amical après une période d’éloignement, rappel utile contre les récits qui limiteraient leur relation à ses tensions.
L’héritage de Laine est désormais mieux éclairé par les sorties d’archives. Wings Over Europe révèle sa présence dans le premier quintette en tournée ; One Hand Clapping documente son rôle dans la formation de 1974 ; les rééditions des albums et la publication des bandes des années 1970 offrent de nouveaux points d’écoute. Son histoire est celle d’un musicien fondateur, d’un coauteur et d’un chanteur, dont la contribution dépasse largement le statut réducteur de compagnon de route de Paul McCartney.
Repères discographiques et méthode de lecture
Les liens entre les albums personnels de Denny Laine, ses collaborations avec Paul et Linda McCartney et les productions signées sous d’autres noms sont désormais rassemblés dans le guide encyclopédique des projets parallèles des Wings. Cette synthèse ne remplace pas les études complètes de Holly Days et Japanese Tears, mais restitue leur statut distinct d’album solo au sein de l’histoire collective.
Pour suivre Denny Laine dans les Wings, le corpus principal commence avec Wild Life (1971), se poursuit avec Red Rose Speedway et Band on the Run (1973), Venus and Mars (1975), Wings at the Speed of Sound (1976), London Town (1978) et Back to the Egg (1979). À ce socle doivent s’ajouter Wings Over America (1976), la tournée de 1972 documentée en 2018, les bandes One Hand Clapping enregistrées en 1974 et publiées intégralement en 2024, ainsi que certains singles et faces B hors album.
Une chronologie exacte interdit plusieurs confusions fréquentes. « No Words » n’est pas une chanson publiée pendant la période des Moody Blues ; « Mull of Kintyre » est cosignée par Laine ; « Deliver Your Children » ne doit pas être donnée au seul McCartney ; « I Would Only Smile » possède une histoire différente selon qu’on parle de la bande de 1972, de l’album personnel de Laine ou des archives des Wings. Quant à « Go Now », il s’agit d’une reprise liée à sa carrière précédente, devenue plus tard un numéro de scène des Wings.
Pour poursuivre, consulter l’encyclopédie des chansons, les archives et albums live, la concertographie et l’historique des formations.
Japanese Tears : treize ans de bandes, trois époques Wings et quatorze pistes
La monographie personnelle de Denny Laine trouve son prolongement dans le guide détaillé de Japanese Tears (1980) : commentaire de ses quatorze chansons, pressages britanniques et américains, variantes internationales et identification des trois titres issus de sessions des Wings — « I Would Only Smile », « Send Me the Heart » et « Weep for Love ». Les fiches musicales de ces trois œuvres sont désormais publiées séparément dans l’encyclopédie des chansons.
Pour prolonger l’étude discographique
Les crédits des albums et des concerts sont à lire en tenant compte des séances effectivement enregistrées. Une sortie tardive ne signifie pas que la formation était identique à celle photographiée à la date de publication. Voir la chronologie détaillée des formations et les biographies de tous les Wings.
Denny Laine : distinguer coécriture, chant et présence dans le groupe
Denny Laine occupe une place particulière dans l’histoire des Wings : présent de la constitution du groupe à la fin de son activité régulière, il n’en est pas seulement le guitariste d’accompagnement. Son travail sur les harmonies, ses interprétations en concert et ses contributions d’auteur rendent insuffisante une discographie réduite aux chansons composées par Paul McCartney. Mull of Kintyre, coécrit avec Paul, demeure l’exemple le plus célèbre de cette collaboration, mais les crédits des autres œuvres doivent être étudiés individuellement.
La continuité de sa présence ne signifie pas que chaque bande a été enregistrée par la même formation : Laine traverse le quatuor de Wild Life, le trio de Band on the Run et les deux grands quintettes de la fin de la décennie. Son histoire personnelle après Wings, notamment Japanese Tears, relève ensuite d’une discographie distincte. Le lecteur peut comparer ces étapes dans les sept formations et dans les catalogues d’albums et de singles.
Denny Laine : les trois fonctions d’un cofondateur
Denny Laine participe à Wings comme guitariste, chanteur et, sur certaines œuvres, coauteur. Ces fonctions ne sont pas toujours présentes simultanément. Go Now, titre associé à son histoire avec les Moody Blues, occupe une place particulière dans les concerts de 1976 : il met en lumière sa voix et son passé musical, mais ce n’est pas une composition créée pour Wings. Time to Hide et Deliver Your Children témoignent, quant à eux, de sa place dans le répertoire des années suivantes.
La coécriture de Mull of Kintyre avec Paul McCartney rend visible un autre rôle, celui de partenaire créatif. Pour retracer son influence, il faut donc distinguer les crédits de composition, les prestations vocales et la participation instrumentale aux bandes. La fin du groupe en 1981 ne réattribue pas rétrospectivement ses anciens disques à la carrière solo de Laine : ses albums personnels et les archives Wings demandent des catalogues séparés.
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