Wings à Édimbourg en 1973 : bandeau des archives du groupe

WINGS · DENNY LAINE · JAPANESE TEARS · 1980–1983 · COLLECTION

Japanese Tears (Denny Laine, 1980) : les 14 chansons et le guide complet des pressages

Le troisième album personnel de Denny Laine contient trois enregistrements essentiels à l’histoire des Wings, issus de 1972, 1974 et 1978. Cette étude compare les éditions Scratch britanniques, Takoma américaines et les programmes internationaux sans attribuer au groupe un LP sorti sous le nom de Laine.

Repères : Scratch SCRL 5001 (Royaume-Uni, 1980), Takoma TAK 7103 (États-Unis, diffusion de 1983), 45 tours Scratch HS 401 et édition japonaise TRSH-2011. Les variantes de gravure nécessitent une identification sur exemplaire.

Un disque de Denny Laine, trois générations d’archives des Wings

Japanese Tears est le troisième album solo de Denny Laine, publié au Royaume-Uni en décembre 1980 par Scratch Records. Ses quatorze plages rassemblent des chansons nouvelles, des reprises d’œuvres plus anciennes et trois enregistrements associés à différents moments de Wings. La combinaison explique pourquoi le disque fascine les collectionneurs de Paul McCartney sans devoir être reclassé en album officiel du groupe.

Le titre principal évoque l’annulation de la tournée japonaise de janvier 1980, l’un des grands tournants de la fin des Wings. Laine commence alors à présenter plus ouvertement son travail personnel et à former son propre groupe de scène. La chronologie des séances de Japanese Tears s’étend de 1972 à 1980 et ne peut être réduite à un bloc unique enregistré au moment de sa parution.

L’édition originale britannique : Scratch SCRL 5001, décembre 1980

La référence de base pour le premier LP britannique est Scratch Records SCRL 5001. Il s’agit d’un vinyle long jeu à quatorze titres, attribué à Denny Laine, publié en décembre 1980. Le contenu comprend, à la fin, « I Would Only Smile » et « Weep for Love », tandis que « Send Me the Heart » figure en quatrième position.

La pochette, les mentions imprimées du label et l’éventuel insert font partie de l’identité de l’objet. Les annonces de vente peuvent omettre ces détails : une photographie de l’étiquette et un relevé des inscriptions de chaque face sont nécessaires avant de décrire un exemplaire comme complet ou comme première presse.

Le 45 tours de lancement : Scratch HS 401, 1980 et réédition 1982

Avant l’album, le single « Japanese Tears / Guess I’m Only Foolin’ » paraît chez Scratch au Royaume-Uni sous la référence HS 401. Les catalogues de collection mentionnent une diffusion à partir du printemps 1980, avec une date de mise en vente retenue au 13 juin 1980 dans certains relevés et des annonces de mai dans la presse professionnelle. Ce décalage suggère de distinguer annonce, livraison et mise en vente réelle.

Un nouveau tirage du single avec la même référence est signalé en août 1982. Le simple numéro HS 401 ne suffit donc pas toujours à dater un exemplaire précis. Les étiquettes, les pochettes et les gravures de matrice doivent permettre, si possible, de séparer la première diffusion et la réédition.

La presse professionnelle de 1980 et le contexte du label Scratch

Scratch Records se développe au Royaume-Uni en lien avec les studios Rock City Sound de Shepperton. La presse de l’époque annonce Denny Laine parmi les premiers artistes associés au label, et décrit un premier tirage du single « Japanese Tears » sous une présentation illustrée particulière. Cette documentation contemporaine permet de comprendre le cadre d’une publication indépendante et non celui d’un disque EMI traditionnel des Wings.

Les annonces de 1980 évoquent une sortie d’album à venir, puis l’exploitation commerciale se poursuit jusqu’à la publication effective du LP en décembre. Dans une chronologie sérieuse, une date annoncée par avance ne remplace pas la date de parution observée sur le marché.

États-Unis : Takoma, un lancement postérieur à l’Europe

La commercialisation américaine est généralement datée de 1983, sous l’étiquette Takoma. La référence TAK 7103 est signalée pour un LP de quatorze titres. D’autres inventaires américains présentent également la référence ST-72803, dont l’appartenance à un tirage distinct et la datation précise doivent être vérifiées sur les exemplaires correspondants.

Cette différence géographique est fondamentale : un disque acheté aux États-Unis sous Takoma n’est pas, par définition, un pressage américain de décembre 1980. La date d’enregistrement des chansons et celle de l’édition nationale sont deux données autonomes.

Japon, Allemagne et Europe continentale

Des éditions japonaises de l’album sont cataloguées sous une licence locale, notamment la référence TRSH-2011 associée au Japon. Des diffusions en Allemagne et en Europe continentale apparaissent également sous d’autres marques de disque. Le programme des quatorze titres constitue le point de comparaison principal pour vérifier l’identité de ces éditions.

Pour la priorité de collection France–Allemagne–Japon, il reste nécessaire de confirmer chaque préfixe de catalogue et de disposer d’images des étiquettes des deux faces. Un disque importé en France ne devient pas automatiquement un pressage fabriqué en France ; la langue d’un autocollant de magasin ne prouve ni le pays de gravure ni l’usine de pressage.

Les rééditions et les nouveaux titres commerciaux

Japanese Tears connaît un destin éditorial inhabituellement complexe : le répertoire est réédité sous des intitulés tels que Weep for Love, In Flight, Danger Zone, Go Now ou Spreading My Wings. Certaines pochettes mettent en évidence la participation de Paul et Linda McCartney et donnent l’impression d’un album inédit des Wings.

Le collectionneur doit effectuer une comparaison piste par piste avant d’acheter deux disques qu’il pense différents. Un changement de graphisme ou de titre général peut cacher le même ensemble de quatorze enregistrements dans un ordre différent. À l’inverse, une réédition partielle ou un remix mérite une fiche séparée si une différence réellement attestée est observée.

Ne pas confondre le statut des trois enregistrements liés aux Wings

« I Would Only Smile » appartient aux travaux associés à Red Rose Speedway au printemps 1972. « Send Me the Heart », cosignée McCartney–Laine, est enregistrée à Nashville le 11 juillet 1974. « Weep for Love » remonte à la dernière formation des Wings en 1978, avec Laurence Juber et Steve Holley. Ces trois bandes couvrent près de toute la décennie et n’ont pas été enregistrées comme une suite destinée au LP Japanese Tears.

Aucune ne devient rétroactivement une plage du programme initial de Red Rose Speedway, Venus and Mars ou Back to the Egg par le fait de son inclusion en 1980 sur le LP de Laine. Pour une véritable encyclopédie, chaque chanson garde sa date de bande et ses propres crédits, et Japanese Tears reste une source commune de première édition commerciale.

Méthode pour authentifier les premiers pressages

Une fiche complète doit photographier le recto et le verso de la pochette, le rond central de chaque face, les références de catalogue, les éventuels feuillets et les zones mortes près des étiquettes. Elle doit relever séparément les caractères inscrits dans chaque runout, sans ajouter de suffixe par analogie avec d’autres LP de la même maison.

Il est également nécessaire de distinguer un disque neuf jamais ouvert, un exemplaire qui possède encore son insert et une copie très propre à laquelle il manque un élément d’origine. Une notation commerciale « excellent » ne garantit pas automatiquement la complétude bibliographique. Le but de ce guide est la description exacte, et non l’affirmation de raretés invérifiables.

Les crédits et les collaborations du disque

L’album fait apparaître des musiciens rattachés à des périodes différentes : Paul et Linda McCartney, Henry McCullough, Denny Seiwell, Howie Casey, Laurence Juber et Steve Holley figurent parmi les noms associés à certaines plages ou aux diverses campagnes de travail. On ne doit cependant pas les réunir dans une formation fictive qui aurait enregistré les quatorze titres en même temps.

Le plus grand piège serait d’étendre le crédit de Paul McCartney à la totalité du LP simplement parce qu’il joue sur « Send Me the Heart ». Les crédits doivent être rapprochés de chaque chanson, puis de chaque version, avant d’être agrégés à l’inventaire général des collaborations.

Les questions de datation et de diffusion

Les premiers catalogues américains et certains exemplaires européens donnent parfois des années qui correspondent à une licence, une réédition ou une impression plutôt qu’à la première publication de l’œuvre. Pour Japanese Tears, il faut maintenir au moins quatre repères : les séances historiques à partir de 1972, le single britannique de 1980, le LP britannique de décembre 1980 et la diffusion américaine de 1983.

La proximité de la sortie britannique avec la mort de John Lennon en décembre 1980 appartient au contexte historique de l’industrie musicale, mais ne constitue pas une explication automatique de l’échec ou de la réussite commerciale de l’album. Un commentaire de réception doit s’appuyer sur des ventes ou des articles contemporains identifiés plutôt que sur une causalité supposée.

Méthode de commentaire des quatorze pistes

Le programme original présenté ci-dessous suit l’ordre de l’album japonais et britannique tel qu’il est couramment documenté pour le LP Scratch. Les titres sont conservés en anglais, conformément aux étiquettes, et les commentaires distinguent les œuvres de la carrière solo des trois bandes particulièrement significatives pour les Wings.

Les notices musicales longues des trois chansons issues des Wings sont liées directement. Les autres morceaux restent décrits avec prudence lorsque les dates exactes de leurs sessions ou la distribution instrumentale de la prise ne sont pas établies avec certitude.

Face A et face B : programme de 14 titres

Les quatorze plages sont les suivantes. Le découpage en faces, sept titres de chaque côté, est conservé sur les éditions de référence. Les éventuels changements de présentation sur les autres territoires devront être comparés au programme original.

Face A

1. Japanese Tears

Chanson écrite par Denny Laine après l’annulation de la tournée japonaise des Wings au début de 1980. Le titre évoque la déception des spectateurs et annonce la nouvelle étape personnelle du musicien. C’est aussi le titre du premier single de la campagne de promotion.

Le 45 tours britannique Scratch HS 401 est un objet distinct du LP. Le single est couplé avec « Guess I’m Only Foolin’ » ; son crédit d’artiste et la présentation de sa pochette doivent être examinés séparément.

2. Danger Zone

Cette chanson appartient au versant plus directement rock du disque et participe à sa diversité de styles. Son titre ne doit pas être automatiquement assimilé à un autre enregistrement portant une appellation voisine dans le catalogue de McCartney.

Les différentes rééditions de Japanese Tears ont parfois modifié le nom ou l’ordre des plages. Pour vérifier le titre, il faut relever l’étiquette ou le livret de l’exemplaire concerné.

3. Clock on the Wall

Une miniature au sein de laquelle Laine conserve une écriture mélodique très personnelle. L’enchaînement avec les morceaux plus développés contribue à l’identité hétérogène de Japanese Tears.

Cette variété n’autorise pas à dater tout l’album de 1980. Le disque assemble des séances réalisées à différentes époques, et l’historique de chaque bande doit être reconstruit séparément.

4. Send Me the Heart

Œuvre cosignée Paul McCartney et Denny Laine, enregistrée au studio Soundshop de Nashville le 11 juillet 1974. La chanson naît de l’intérêt de McCartney et de Laine pour la country et la possibilité de composer ensemble à cette occasion.

Laine retravaille ensuite sa voix pour la publication sur Japanese Tears. Une monographie indépendante en étudie la genèse et distingue la prise initiale du master édité.

5. Go Now

Relecture par Denny Laine de son grand succès avec la première formation des Moody Blues, à l’origine une chanson popularisée auparavant par Bessie Banks. L’oeuvre ouvre un pont entre ses années 1960 et les concerts des Wings.

Une version studio de « Go Now » sur Japanese Tears ne doit pas être confondue avec l’interprétation publiée sur Wings Over America ou avec les captations des années 1975–1976. Ce sont des performances différentes d’une même chanson.

6. Same Mistakes

Le titre enrichit la part de compositions personnelles réunies par Laine au tournant de la décennie. Il montre que Japanese Tears n’est pas une simple anthologie de morceaux abandonnés par McCartney.

Les crédits et les sessions propres à cette plage demandent à être relevés sur les éditions détaillées. L’absence de documentation précise ne justifie pas de lui attribuer automatiquement Paul McCartney ou Laurence Juber.

7. Silver

La chanson contribue à la tonalité mélodique du LP, qui alterne titres intimes et passages plus électriques. Sa place dans le programme montre la volonté de Laine de présenter un parcours d’auteur-interprète au-delà des Wings.

Il faut éviter de la classer comme chanson de Wings uniquement parce que l’album contient d’autres enregistrements avec des membres du groupe. Le rattachement à la discographie du groupe doit toujours reposer sur les crédits effectifs.

Face B

8. Say You Don’t Mind

Composition ancienne de Denny Laine, qui l’avait déjà enregistrée pendant sa carrière solo des années 1960. La chanson connaît par ailleurs un succès britannique au début des années 1970 grâce à Colin Blunstone, ancien chanteur des Zombies.

L’interprétation de 1980 représente une nouvelle étape de la vie d’une œuvre plus ancienne. Le succès de Blunstone ne doit pas être porté au palmarès des Wings, pas plus que la version du disque de Laine ne doit être présentée comme une composition inédite de 1980.

9. Somebody Ought to Know the Way

Une pièce du programme initial qui contribue à la grande amplitude stylistique du disque. Le catalogage doit conserver cette chanson sous son titre propre, sans confondre son existence commerciale en 1980 avec les autres travaux du groupe à la même période.

L’historique des instruments et des éventuelles prises parallèles nécessite une vérification auprès des relevés originaux et des exemplaires publiés ; aucune précision de matrice ou de session ne sera inventée pour combler les lacunes.

10. Lovers Light

Une autre composition du répertoire personnel de Laine, présente dans la séquence de quatorze titres. Elle appartient à la démonstration de sa capacité à porter un disque sous son propre nom.

Les reconditionnements successifs ont pu employer des graphies légèrement différentes. Lorsqu’une pochette imprime « Lover’s Light » ou une forme sans apostrophe, la variante doit être reproduite avec fidélité sur la fiche matérielle.

11. Guess I’m Only Foolin’

Cette chanson tient une place particulière dans le programme, puisqu’elle constitue également l’autre face du single « Japanese Tears » publié sur Scratch HS 401. Le titre possède donc une existence de 45 tours indépendante de la distribution du LP.

Un collectionneur vérifiera si la version contenue dans son single correspond bien à celle du LP, plutôt que de considérer la seule identité des titres comme une preuve de master identique.

12. Nothing to Go By

Présente sur les programmes de quatorze chansons du LP, elle contribue à la cohésion de la seconde face dans l’ordre britannique de référence. Son existence dans les rééditions a parfois été masquée par les changements de titres de l’album.

Pour vérifier l’intégrité d’un support, il faut compter les plages et contrôler la totalité de la face B, et non se fier à une photographie de pochette ou à une annonce de vente mentionnant vaguement « Denny Laine with Wings ».

13. I Would Only Smile

Chanson de Denny Laine enregistrée dans l’environnement des séances de Red Rose Speedway au printemps 1972. Elle reste absente de l’album définitif de 1973 et devient ensuite l’une des raretés choisies pour son album personnel.

Les archives Wings de 2018 permettent de confronter cette piste à l’histoire du double Red Rose Speedway abandonné. Sa monographie détaillée explique les séances et le transfert vers Japanese Tears.

14. Weep for Love

Chanson de Denny Laine associée à la dernière formation Wings, aux travaux de Back to the Egg en 1978, et aux musiciens Paul et Linda McCartney, Laurence Juber et Steve Holley. Les différentes datations secondaires de ses sessions nécessitent une lecture prudente.

Elle paraît en 1980 comme dernière plage de l’album. La fiche encyclopédique distingue le début des séances du Kintyre des interprétations plus discutées de leur chronologie.

Une acquisition pertinente pour l’encyclopédie Wings

Japanese Tears reste un album personnel de Denny Laine : la proximité de certaines bandes avec les Wings ne transforme pas le LP en album studio du groupe. Un répertoire des projets parallèles (1972–1980) permet maintenant de le comparer à Holly Days, McGear et Seaside Woman sans mêler les références commerciales de leurs éditeurs.

Un exemplaire de Japanese Tears est avant tout un document de la carrière de Denny Laine. Pourtant, il possède une place de premier ordre dans toute collection sérieuse consacrée aux Wings : il rend accessibles des bandes enregistrées avec leurs membres à trois moments très différents, dont certaines n’avaient jamais été publiées à l’époque de leur création.

L’intérêt documentaire le plus fort se situe dans cette superposition des périodes, des crédits et des éditions internationales. Le même album permet d’étudier 1972, 1974, 1978 et 1980 sans gommer les frontières entre les formations successives.

Liens avec les monographies et les autres études de pressages

Pour reconstituer le parcours de Denny Laine, consulter sa biographie complète, I Would Only Smile, Send Me the Heart et Weep for Love.

L’inventaire des premiers LP Wings et de leurs éditions japonaises, françaises, allemandes, britanniques et américaines figure dans le guide général de la discographie matérielle. Les numéros de matrice exacts des exemplaires de Japanese Tears sont à établir sur des photographies de disques, et non à fabriquer à partir d’une numérotation probable.