WINGS · HISTOIRE DES MUSICIENS · APRÈS 1973 ET 1981
Après les Wings : que sont devenus les dix musiciens du groupe ?
La dissolution des Wings, confirmée en 1981, n’a pas mis fin à l’histoire de leurs musiciens. Elle a dispersé une constellation d’artistes vers la chanson populaire, les studios de cinéma, la guitare acoustique, les musiques chrétiennes, le blues, les tournées rock et les archives discographiques. Ce dossier propose une lecture transversale de ces trajectoires, sans se substituer aux dix biographies individuelles : chaque parcours est replacé dans la formation des Wings à laquelle il appartient, dans sa chronologie exacte et dans la transmission de son répertoire.
Il faut distinguer trois moments souvent confondus : le départ d’un musicien, le dernier concert public du groupe (le 29 décembre 1979, lors des Concerts for the People of Kampuchea) et la fin officielle de l’aventure Wings en 1981. Le disque solo McCartney II, paru en 1980, ne doit pas davantage être présenté comme un album des Wings.
Pourquoi cette histoire collective ne se réduit-elle pas à la biographie de Paul McCartney ?
Les Wings ont vécu plusieurs vies entre 1971 et 1981. La formation originelle constituée autour de Paul et Linda McCartney, de Denny Laine et de Denny Seiwell s’étoffe avec Henry McCullough. Après l’été 1973, le trio Paul–Linda–Denny Laine devient momentanément l’unique noyau du groupe, puis accueille Jimmy McCulloch, Geoff Britton et Joe English. Le dernier quintette, constitué à partir de 1978 avec Laurence Juber et Steve Holley, signe l’ultime période de scène. Parler des « anciens Wings » comme d’une même promotion masque donc des générations, des expériences et des fonctions musicales très différentes. La chronologie des formations permet de replacer chaque départ dans son contexte.
Le départ d’un instrumentiste n’efface pas automatiquement sa contribution aux disques publiés plus tard : des bandes et des chansons circulent d’une époque à l’autre, des prises sont complétées ou publiées avec retard et certaines rééditions réattribuent plus précisément les crédits. À l’inverse, une présence dans une réédition ne signifie pas que la formation historique se soit retrouvée pour enregistrer un nouveau morceau. Cette précaution est particulièrement importante pour Japanese Tears, les archives de Red Rose Speedway et les publications postérieures de One Hand Clapping.
Les premières séparations : 1973–1975
Denny Seiwell : du premier noyau des Wings au travail de studio
Denny Seiwell est déjà un batteur de séance reconnu aux États-Unis lorsque Paul McCartney fait appel à lui pour Ram. Il devient ensuite un des membres fondateurs des Wings, participe à Wild Life, aux concerts universitaires de 1972 et au répertoire de Red Rose Speedway. Sa rupture avec le groupe survient à la veille du départ pour Lagos en août 1973. Elle ne saurait être expliquée par une seule formule : ses témoignages ultérieurs évoquent des difficultés contractuelles et financières, alors que sa carrière américaine de musicien de studio lui offrait d’autres perspectives. Revenu aux séances, il poursuit des activités de batteur et de musicien de l’audiovisuel. Les interviews qu’il a accordées des décennies après les faits constituent un contrepoint intéressant aux récits centrés sur McCartney, mais restent des souvenirs rétrospectifs à confronter aux bandes et documents de l’époque.
Henry McCullough : le blues, l’indépendance musicale et la guitare de My Love
Henry McCullough, guitariste venu du blues-rock et passé notamment par le Grease Band, quitte les Wings en 1973 avant les séances nigérianes de Band on the Run. Sa contribution la plus célèbre reste le solo de guitare de My Love, dont la liberté d’exécution traduit les tensions fécondes entre composition minutieuse et improvisation. Après le groupe, il poursuit son métier de guitariste et une carrière solo, notamment avec Mind Your Own Business, publié en 1975 sur le label Dark Horse de George Harrison. Décédé en 2016, il laisse un héritage instrumental qu’il serait réducteur de ramener à la seule durée de sa présence dans les Wings.
Geoff Britton : une courte présence, un témoignage sonore identifiable
Geoff Britton occupe le poste de batteur pendant une transition en 1974–1975. Sa présence sur des enregistrements et dans les séquences filmées de cette période doit être appréciée titre par titre : les séances de Venus and Mars traversent justement un changement de batteur. Ancien champion et pratiquant d’arts martiaux, il n’emprunte pas la même voie de carrière internationale continue que d’autres membres. L’intérêt encyclopédique de son parcours tient moins à la quantité de disques ultérieurs qu’à sa contribution délimitée à une phase essentielle de la transformation du trio de 1973 en groupe de tournée.
La génération de Wings Over the World : les départs de 1977
Jimmy McCulloch : une carrière commencée avant Wings et interrompue prématurément
Jimmy McCulloch n’a pas attendu les Wings pour se faire remarquer : sa virtuosité précoce, son parcours avec Thunderclap Newman et Stone the Crows et ses expériences de scène expliquent sa place dans le quintette de 1974–1977. Son chant et ses guitares apportent au groupe une couleur plus incisive, notamment dans Medicine Jar et Wino Junko. Après avoir quitté les Wings en 1977, il poursuit son activité dans d’autres formations, dont Small Faces. Sa mort, en septembre 1979, précède de plus d’un an la dissolution officielle du groupe. Toute chronologie qui parlerait de lui comme d’un musicien « après la séparation de 1981 » manquerait donc un fait biographique fondamental.
Joe English : de la batterie de tournée à Sea Level et à une autre scène musicale
Joe English entre dans les Wings pendant la préparation de Venus and Mars, participe aux grandes tournées de 1975–1976 et chante Must Do Something About It sur Wings at the Speed of Sound. Lors des séances de London Town, il regagne les États-Unis en 1977. Il joue ensuite avec Sea Level, formation associée à l’univers du rock sudiste et à celui du jazz-rock, avant de développer également une activité dans la musique chrétienne contemporaine. Son itinéraire illustre une véritable bifurcation esthétique : l’ancien batteur d’un immense spectacle rock se dirige vers des circuits artistiques et des publics très différents, sans que son travail pour McCartney doive être effacé de la trajectoire.
Le dernier quintette : de la disparition des Wings à la multiplication des projets
Laurence Juber : une deuxième carrière, instrumentale et internationale
Laurence Juber rejoint les Wings en 1978, après une formation musicale académique et plusieurs expériences en studio. Guitariste du dernier quintette, il contribue à Back to the Egg, aux tournées de 1979 et à plusieurs projets restés longtemps dans les archives. Après 1981, il s’établit aux États-Unis et développe une activité de musicien de studio, d’arrangeur, de compositeur pour l’image et surtout de soliste acoustique. Sa spécialité du fingerstyle lui permet de faire entendre simultanément mélodie, harmonie et ligne de basse sur un seul instrument. Ses arrangements de chansons des Beatles ont prolongé l’héritage de McCartney sans reconstituer artificiellement les Wings. Il est également l’auteur d’un livre de photographies et de souvenirs intitulé Guitar With Wings, intéressant pour l’histoire visuelle de la dernière formation.
Steve Holley : une carrière de batteur ouverte sur les tournées et les collaborations
Steve Holley remplace Joe English dans la dernière formation et participe à Back to the Egg et aux concerts britanniques de 1979. Ses interventions doivent être distinguées de la section de cuivres employée sur scène : le groupe de base demeure un quintette. Après la fin des Wings, Holley continue à accompagner des artistes et des groupes de rock, notamment Ian Hunter. Il constitue aussi un témoin privilégié de la période 1978–1980, marquée par l’arrivée de Laurence Juber, les séances de Back to the Egg et la tournée japonaise annulée. Une collaboration ultérieure d’Holley avec Denny Laine, attestée à l’époque de Japanese Tears, montre que la séparation du groupe n’a pas interrompu tous les liens entre ses membres.
Denny Laine : cofondateur, auteur et passeur de répertoires
Denny Laine occupe une place à part : avec les deux McCartney, il est la constante humaine des Wings de leur création jusqu’à leur dissolution. Il chante, compose, tient plusieurs instruments et relie l’écriture de Paul à un imaginaire folk-rock britannique. Avant la fin officielle du groupe, il publie déjà des projets sous son nom, parmi lesquels Holly Days (1977) et Japanese Tears (1980). Ce dernier assemble des productions distinctes, certaines issues des archives des Wings : il ne s’agit pas d’un nouvel album collectif de Paul McCartney. Par la suite, Laine interprète sur scène son propre catalogue et des chansons liées aux Moody Blues et aux Wings. Sa mort, le 5 décembre 2023, donne une dimension mémorielle nouvelle aux enregistrements qu’il avait contribué à façonner.
Paul et Linda McCartney : continuités et nouvelles voies
Paul McCartney : le passage du nom de groupe à la carrière solo
Paul McCartney ne cesse évidemment pas de travailler après Wings. Pourtant, la transition ne se résume pas à un changement de nom imprimé sur les pochettes. McCartney II, publié en 1980, met en avant des expériences solitaires et électroniques pendant que l’avenir du groupe reste incertain. Tug of War paraît le 26 avril 1982, après la confirmation de la séparation, avec George Martin à la production et des collaborations renouvelées. La chronologie ne doit pas intégrer indistinctement tous les disques de Paul publiés en 1980–1983 à la discographie des Wings. Des musiciens de l’ancienne formation peuvent y figurer sans qu’il s’agisse pour autant de séances des Wings.
Linda McCartney : de la musique à la photographie, à l’édition et à l’engagement
Linda McCartney ne disparaît pas de la carrière musicale de Paul en 1981. Sa voix, ses claviers, ses images et la vie artistique familiale demeurent présents bien au-delà des Wings. Il serait cependant injuste de réduire son parcours à celui d’une accompagnatrice : photographe reconnue avant la création du groupe, elle élargit encore ses activités dans le domaine de la photographie, de l’alimentation végétarienne et de la défense des animaux. Les enregistrements réunis après sa mort en 1998 sous le titre Wide Prairie invitent par ailleurs à réévaluer sa propre écriture et les chansons enregistrées dans diverses configurations, plutôt qu’à les ranger en bloc parmi les œuvres inédites des Wings.
Une chronologie à lire sans anachronismes
1973–1977 : les départs avant la fin du groupe
En 1973, Henry McCullough et Denny Seiwell quittent la formation juste avant Band on the Run. En 1974–1975, Geoff Britton occupe brièvement la batterie. En 1977, Jimmy McCulloch et Joe English s’éloignent des Wings. Ces événements sont des mutations internes à un groupe encore actif ; ils ne sont ni une « première séparation » officielle des Wings ni le commencement d’une carrière collective sous un autre nom.
1978–1981 : le dernier quintette et l’arrêt des tournées
En 1978, Juber et Holley permettent la constitution d’un nouveau quintette. La dernière tournée britannique a lieu fin 1979. L’arrestation de Paul au Japon en janvier 1980 conduit à l’annulation des concerts prévus ; aucun concert japonais des Wings n’a lieu à cette occasion. La dissolution, annoncée en 1981, est donc postérieure au dernier spectacle. Cette nuance protège la chronologie de deux erreurs fréquentes : dater la fin du groupe au dernier concert de 1979, ou lui attribuer des spectacles de Paul McCartney postérieurs à 1981.
De 1981 aux rééditions contemporaines : survivance d’un catalogue
Au fil des rééditions et des documentaires, les bandes de travail, films de scène, livres d’entretiens et albums remastérisés ont permis de réentendre des musiciens dont le rôle était parfois insuffisamment souligné dans les premiers récits. Les archives n’effacent pas la nécessité d’une critique des sources : un film monté longtemps après sa captation reste un document d’époque réédité, non un nouveau concert ; une piste de répétition n’est pas automatiquement une prise définitive et une photographie promotionnelle n’est pas une preuve de participation à chaque session.
Lire les carrières croisées : itinéraires de recherche
Pour replacer les parcours individuels dans l’histoire du groupe, commencer par les dix biographies des membres et le tableau des formations. Pour les disques publiés en marge du catalogue officiel, consulter la discographie parallèle et l’étude de Holly Days. Les instruments et les méthodes d’enregistrement sont réunis dans la monographie instrumentale. Enfin, la chronologie détaillée et l’histoire du groupe permettent de retrouver la succession des dates sans confondre biographies et discographie.
Principe documentaire : cette synthèse identifie des trajectoires et rapproche des événements établis. Les discographies exactes, attributions instrumentales piste par piste et dates de séance sont développées dans les notices spécialisées ; les versions de témoignages contradictoires y sont présentées comme telles plutôt que comme des certitudes.












