WINGS · PERSONNEL, ALBUMS ET TOURNÉES · 1971–1981
Les sept formations successives des Wings : histoire, membres et enregistrements
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Du quatuor de Wild Life au quintette de Back to the Egg, Wings ne cesse de changer de visage. Cette chronologie distingue chaque formation et explique ses conséquences sur les disques et les concerts.
Les formations des Wings racontent l’histoire d’un groupe changeant plutôt que celle d’un accompagnement figé de Paul McCartney. Chaque changement de batteur ou de guitariste doit être replacé dans les concerts et les séances effectivement concernés : un musicien crédité sur un disque ne faisait pas nécessairement partie de la formation qui l’a ensuite interprété sur scène.
Comprendre les changements de personnel
Trois membres — Paul, Linda et Denny Laine — demeurent présents pendant toute l’aventure. Sept autres musiciens portent les différentes formations officielles à dix personnes au total. Les dates indiquent les phases dominantes, non une garantie que tous les titres publiés durant une période réunissent l’ensemble des mêmes interprètes. Les sessions peuvent être antérieures à la publication, et des contributions d’invités existent en dehors de ces formations.
FORMATION 01 · 1971 – printemps 1972
Le quatuor fondateur
Musiciens : Paul McCartney · Linda McCartney · Denny Laine · Denny Seiwell.
Les premières répétitions ont lieu dans une atmosphère très différente de celle des dernières années des Beatles. Le groupe veut apprendre à jouer ensemble plutôt que de reproduire immédiatement la sophistication du travail de studio auquel McCartney est habitué. Denny Seiwell, présent sur Ram, connaît déjà l’univers musical du couple ; Denny Laine arrive avec son expérience des Moody Blues et d’autres groupes britanniques.
Cette première formation enregistre Wild Life, paru en décembre 1971, puis se lance en février 1972 dans une série de concerts universitaires organisés avec une spontanéité assumée. L’accent est mis sur le travail collectif et l’invention d’un nouveau répertoire : le groupe ne veut pas vivre seulement des anciens succès des Beatles.
Disques et repères : Wild Life (1971) · premiers concerts universitaires de 1972.
FORMATION 02 · 1972 – été 1973
Un premier quintette de rock
Musiciens : Paul McCartney · Linda McCartney · Denny Laine · Henry McCullough · Denny Seiwell.
L’arrivée de Henry McCullough permet de distinguer plus nettement les parties de guitare rythmique et de guitare solo. Ce musicien formé à l’école du blues et du rock de scène donne aux improvisations une couleur que l’on retrouve dans ses interventions sur My Love. Wings entreprend les tournées de 1972 en Europe, puis les concerts britanniques de 1973.
Red Rose Speedway se construit avec des contributions enregistrées à différentes dates et avec une abondance de matériel ensuite écarté du programme original. Les crédits d’une chanson doivent donc être examinés titre par titre plutôt que déduits de la photographie du groupe sur la pochette.
Disques et repères : Singles de 1972–1973 · Red Rose Speedway (1973) · Live and Let Die.
FORMATION 03 · Automne 1973 – début 1974
Le trio de Band on the Run
Musiciens : Paul McCartney · Linda McCartney · Denny Laine.
Les départs de McCullough et Seiwell, avant le voyage au Nigeria, créent une situation exceptionnelle. Plutôt que de reporter tout le projet, les trois membres enregistrent Band on the Run en multipliant les changements d’instruments et les prises superposées. Paul prend notamment en charge des parties de batterie et plusieurs guitares, tandis que Denny Laine et Linda McCartney occupent d’autres fonctions selon les morceaux.
La mention d’un trio ne signifie pas que les arrangements soient minimalistes. Le disque adopte au contraire des couleurs orchestrales, des changements de sections et des textures de studio que ne laisse pas deviner l’effectif réduit. C’est l’un des meilleurs exemples de la différence entre le personnel officiel d’un groupe et le personnel utilisé pour chaque prise.
Disques et repères : Band on the Run (1973).
FORMATION 04 · 1974 – début 1975
Reconstruction du groupe de scène
Musiciens : Paul McCartney · Linda McCartney · Denny Laine · Jimmy McCulloch · Geoff Britton.
Jimmy McCulloch et Geoff Britton rejoignent Wings pour reconstruire une formation de cinq musiciens. Les répétitions et séances de 1974, dont les images associées à One Hand Clapping, documentent cette transition. Le single Junior’s Farm marque l’affirmation d’un répertoire plus énergique, jouable par un véritable groupe de rock.
Le travail de Venus and Mars commence avec Britton, mais son départ intervient avant la fin du disque. Les crédits sont donc nécessairement partagés entre plusieurs batteurs selon les titres. Il faut se garder de présenter le disque entier comme la prestation d’un seul quintette resté inchangé.
Disques et repères : Junior’s Farm / Sally G (1974) · séances initiales de Venus and Mars.
FORMATION 05 · 1975 – 1977
Le quintette des grandes tournées
Musiciens : Paul McCartney · Linda McCartney · Denny Laine · Jimmy McCulloch · Joe English.
Joe English remplace Britton pendant l’enregistrement de Venus and Mars. La nouvelle formation devient celle que les spectateurs du milieu des années 1970 identifient le plus facilement aux Wings : elle parcourt le monde avec une production scénique considérable et porte le répertoire du groupe au rang de spectacle d’arène.
Wings at the Speed of Sound pousse encore plus loin la logique collective en laissant la voix principale à plusieurs membres : Time to Hide pour Denny Laine, Wino Junko pour Jimmy McCulloch, Must Do Something About It pour Joe English et Cook of the House pour Linda McCartney. Le triple Wings Over America immortalise cette cohésion en concert.
Disques et repères : Venus and Mars (1975) · Wings at the Speed of Sound (1976) · Wings Over America (1976).
FORMATION 06 · Fin 1977 – 1978
Retour au noyau permanent
Musiciens : Paul McCartney · Linda McCartney · Denny Laine.
Le départ de Jimmy McCulloch puis celui de Joe English réduit de nouveau les Wings à leur trio central. La composition de Mull of Kintyre illustre à la fois cette permanence et la capacité de McCartney et Laine à envisager le groupe au-delà du rock électrique : cornemuses écossaises, mémoire d’un paysage et chanson fédératrice.
London Town comporte des enregistrements réalisés à différentes étapes, y compris des séances commencées lorsque le quintette précédent existait encore. L’étude des crédits doit donc séparer la formation officiellement en place à la sortie du disque du personnel réellement présent lors de chaque prise.
Disques et repères : Mull of Kintyre / Girls’ School (1977) · London Town (1978).
FORMATION 07 · 1978 – 1981
La dernière incarnation des Wings
Musiciens : Paul McCartney · Linda McCartney · Denny Laine · Laurence Juber · Steve Holley.
L’arrivée du guitariste Laurence Juber et du batteur Steve Holley apporte une nouvelle technicité au groupe. Les musiciens enregistrent Back to the Egg, projet dont l’ambition rock et le goût de l’expérimentation se manifestent notamment dans les séances Rockestra et dans plusieurs titres plus directs que ceux de London Town.
Le dernier quintette donne des concerts britanniques en 1979. La tournée japonaise prévue en 1980 est annulée après l’arrestation de McCartney à Tokyo, ce qui interrompt une dynamique déjà fragile. La séparation ne résulte pas d’un unique concert d’adieu : elle s’inscrit dans une succession d’événements culminant avec le départ de Denny Laine et la fin du groupe en 1981.
Disques et repères : Back to the Egg (1979) · tournée britannique 1979 · séances Rockestra.
Les sept formations confrontées aux bandes et aux concerts
Pour les discographes, la composition officielle d’un groupe ne remplace jamais l’inventaire des personnes réellement enregistrées. Les sept dossiers suivants expliquent les risques de confusion les plus fréquents et relient la scène, les studios et les changements de personnel.
1. 1971 : première identité de groupe — les quatre musiciens de Wild Life
La première identité des Wings ne repose pas sur la recherche d’une formation techniquement spectaculaire. Paul et Linda McCartney accueillent Denny Laine et Denny Seiwell pour expérimenter un nouveau fonctionnement collectif. Seiwell possède une expérience de studio et a déjà participé à Ram, album du couple antérieur à la fondation du groupe ; Laine connaît les tournées, les séances britanniques et la vie des ensembles pop. Leur présence contredit l’image d’un groupe composé entièrement de débutants, même si les musiciens doivent encore apprendre à se connaître.
Le LP Wild Life témoigne de cette recherche avec ses imperfections, ses chansons ébauchées et ses contrastes radicaux. Les crédits doivent néanmoins rester liés aux prises : un musicien ayant appartenu aux premiers Wings n’a pas nécessairement joué sur toutes les chansons enregistrées par McCartney en 1970 ou 1971. La chronologie de formation doit être distinguée de celle de Ram et des premières maquettes domestiques.
2. 1972–1973 : Henry McCullough et la mise en place de deux guitares
L’arrivée de Henry McCullough crée une configuration à cinq particulièrement adaptée à la scène. Denny Laine et lui occupent des fonctions complémentaires à la guitare, tandis que Denny Seiwell assure la batterie. Le groupe peut désormais élaborer de longues listes de chansons, adapter le répertoire pré-Wings de McCartney et jouer des titres non publiés. Cette formation se retrouve dans les tournées universitaires et européennes de 1972, puis dans les concerts britanniques de 1973.
La guitare de McCullough sur My Love démontre combien un instrumentiste peut façonner une interprétation sans être automatiquement coauteur de l’œuvre. La documentation des concerts doit indiquer les cinq personnes présentes, la ville, le lieu et les titres attestés, mais ne pas attribuer systématiquement la même setlist à toutes les représentations. Les bandes publiées en 2018 permettent précisément de relier des chansons à La Haye, Anvers, Berlin ou Groningen.
3. 1973 : Lagos et la démonstration du trio
Quand McCullough et Seiwell quittent le groupe avant l’enregistrement de Band on the Run, Paul, Linda et Denny Laine choisissent de poursuivre. Cette situation marque une rupture avec l’idéal initial d’un groupe qui se forme avant d’enregistrer : la contrainte de personnel impose des choix d’instruments et des overdubs, Paul jouant notamment de la batterie. La présence d’un petit nombre de membres officiels ne doit pas être confondue avec une production minimaliste.
Les bandes de Lagos puis les travaux complémentaires réalisés à Londres produisent un album ambitieux. Il est important de distinguer les trois membres du groupe et les musiciens extérieurs qui participent à certains arrangements, tel Howie Casey. Le crédit du trio constitue la clé de l’histoire de l’album ; il n’autorise ni à effacer les contributions extérieures ni à présenter les futurs recrutés comme participants au disque de 1973.
4. 1974–1975 : Jimmy McCulloch et Geoff Britton, la formation filmée
Le nouveau quintette recrute Jimmy McCulloch à la guitare et Geoff Britton à la batterie. La formation est documentée de façon exceptionnelle par le tournage de One Hand Clapping en août 1974. Les images d’Abbey Road permettent de voir les instruments en main, les interactions de studio et l’ambition collective au moment où Wings commence à dépasser le seul triomphe du trio de Lagos.
Il convient de distinguer les prises filmées de 1974 des morceaux que le groupe enregistrera l’année suivante. Geoff Britton n’est pas Joe English : le remplacement de l’un par l’autre intervient durant la réalisation de Venus and Mars. Une notice attribuant la batterie de One Hand Clapping à English serait donc fautive. Les collaborations de Nashville, le single Junior’s Farm et les tournages forment le cœur documentaire de ce bref chapitre.
5. 1975–1977 : Joe English, Jimmy McCulloch et la grande formation scénique
Avec Joe English à la batterie, les Wings disposent du quintette qui soutient Wings at the Speed of Sound et la grande tournée 1975–1976. L’album de 1976 met en avant plusieurs chanteurs, tandis que la scène ajoute un groupe de cuivres autour de Tony Dorsey, Howie Casey, Steve Howard et Thadeus Richard. Ces instrumentistes supplémentaires contribuent à la puissance du spectacle sans devenir membres permanents des Wings au sens biographique.
Wings Over America, album live construit à partir de plusieurs concerts américains, documente cette formation. Les morceaux chantés par Laine ou McCulloch prouvent la diversité des fonctions musicales sur scène. Une fiche de concert doit comprendre la présence des cuivres lorsque leur participation est attestée, mais distinguer les formations de scène des personnels de studio. Les départs de McCulloch et English en 1977 modifient ensuite radicalement l’architecture sonore disponible.
6. 1977–1978 : le trio de London Town, mais des bandes de plusieurs formations
Après les départs de Jimmy McCulloch et Joe English, Paul, Linda et Denny Laine forment à nouveau le noyau régulier des Wings. London Town représente un cas particulier : le groupe est devenu trio avant la publication du LP, mais une partie des bandes a été enregistrée auparavant avec d’autres musiciens. Les crédits d’album doivent donc être complétés par une sessionographie piste par piste.
L’enregistrement à bord d’un bateau aux îles Vierges ajoute une dimension technique à cette période, mais ne résume pas l’ensemble de l’histoire du disque. Certains morceaux proviennent de séances à d’autres dates ou dans d’autres lieux. La chronologie des sorties doit être distinguée des sessions, et les choix de singles nationaux ne doivent pas être confondus avec le programme britannique d’origine du LP.
7. 1978–1981 : Laurence Juber, Steve Holley et la dernière formation
Laurence Juber apporte une technique de guitare différente de celle de Jimmy McCulloch, tandis que Steve Holley devient le batteur de la dernière incarnation. Leur présence marque Back to the Egg et les concerts britanniques de 1979. Les expériences de Rockestra sont associées à cette période, mais les invités du grand ensemble ne sont pas intégrés à la formation officielle : ils participent à un projet ponctuel.
La dernière série de spectacles réguliers se déroule en 1979, puis le concert du 29 décembre au Hammersmith Odeon appartient aux manifestations pour le Kampuchéa. La tournée japonaise de 1980 est annulée et ne doit générer aucune fausse setlist. En 1981, le départ de Denny Laine marque la fin de la continuité historique des Wings. Les nouvelles séances solo de Paul, même proches chronologiquement, ne sont pas à créditer au groupe.
Crédits musicaux : membres du groupe, invités et interprètes
Pour chaque piste : relever la première date attestée, la période de prise, les ajouts éventuels, le personnel et l’instrument de chacun, puis la version publiée. Pour chaque concert : documenter les musiciens réellement présents ce soir-là, les renforts de cuivres et les titres interprétés. Pour chaque album : ne pas copier sans contrôle une photographie de pochette comme preuve du personnel de toutes les séances. La conservation de ces distinctions est fondamentale pour une encyclopédie musicale.
Voir également la fiche Rockestra pour les musiciens invités et l’essai critique sur la contribution collective des Wings.
De la scène au disque : pourquoi les crédits varient
Le premier piège discographique est de confondre la formation affichée lors de la sortie d’un album avec les musiciens présents au studio. London Town et Venus and Mars sont particulièrement intéressants à cet égard. Le second piège est d’oublier les musiciens invités : un arrangeur, une section de cuivres ou un instrumentiste extérieur n’est pas automatiquement un membre des Wings. La comparaison des pochettes originales, bandes et rééditions constitue donc une étape nécessaire dans toute discographie sérieuse.
Retrouver les dix biographies individuelles des membres des Wings →
Sept formations : une grille d’analyse, pas sept albums distincts
La division de Wings en sept formations aide à comprendre les entrées et sorties des musiciens ; elle ne doit pas être confondue avec la succession des sept albums studio du groupe. Un album peut conserver des bandes provenant de plusieurs périodes, tandis qu’un concert rejoue des chansons dont le personnel d’origine a changé. Venus and Mars illustre ces recouvrements entre Geoff Britton et Joe English ; London Town mêle des sessions antérieures aux départs de Jimmy McCulloch et de Joe English avec le retour du noyau Paul–Linda–Denny.
Les crédits de Rockestra, les orchestrateurs et les sections de cuivres constituent encore un troisième ensemble : ce sont des contributions essentielles au son des Wings, sans transformer chaque invité en membre permanent. Pour analyser une chanson, il faut donc rapprocher la date de la prise, la liste des interprètes et la configuration scénique de la période, plutôt que déduire un line-up de la seule pochette.
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