Paul McCartney et les Wings : dossier encyclopédique

WINGS · CONCORDANCIER DES VERSIONS · 1980–1981

Wings 1980–1981 : dernières bandes, Cold Cuts, Glasgow et la frontière des albums solo

Sommaire de cette page

L’histoire discographique des Wings ne se termine pas au même instant que celle de leurs concerts, de leurs séances ou de leurs publications. Le groupe donne ses derniers spectacles en 1979 ; une tournée japonaise envisagée pour janvier 1980 n’aboutit pas ; le single « Coming Up » de 1980 juxtapose, sous le nom de Paul McCartney, un enregistrement solo et une performance des Wings ; des bandes anciennes continuent d’être envisagées pour Cold Cuts ; enfin, des musiciens de Wings participent à des sessions qui alimenteront Tug of War, album solo publié en 1982. Confondre ces cinq phénomènes reviendrait à inventer une dernière séance unique, un dernier album inexistant ou un personnel uniforme pour des bandes d’origines différentes.

Ce quatrième concordancier complète le registre unifié des séances 1971–1981 et les trois périodes déjà traitées : 1971–1973, 1974–1976 et 1977–1979. Son ambition n’est pas de fixer par intuition le contenu de bobines qui n’ont pas été examinées. Elle consiste à établir des relations démontrables entre œuvre, performance, bande, mixage, crédit d’artiste et édition, tout en indiquant les cases encore ouvertes.

I. Cinq fins différentes : pourquoi 1980–1981 ne tient pas sur une seule date

Une chronologie des événements peut décider d’un début et d’une fin ; une sessionographie doit expliquer de quoi chaque date marque la fin. La tournée britannique de 1979 est documentée par MPL : dix-neuf dates à partir du 23 novembre, avec Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Laurence Juber, Steve Holley et quatre accompagnateurs aux cuivres. Les captations de Glasgow des 16 et 17 décembre ont ensuite été réemployées. La chronologie officielle situe la dernière prestation publique des Wings lors du Concert for the People of Kampuchéa, le 29 décembre 1979. Ni cette représentation ni une date de publication de 1980 ne prouvent que le groupe ait enregistré ce jour-là son dernier master de studio.

Seuil historique Ce qui change Ce qui peut lui survivre Type de preuve demandé
Concerts de novembre–décembre 1979 Fin de l’activité scénique effectivement documentée du dernier quintette. Bandes de scène et mixages pour les singles, compilations ou archives. Programme, lieu, enregistrement identifié, crédits scéniques.
Projet de tournée japonaise de janvier 1980 Une reprise des concerts est empêchée après l’arrestation de Paul au Japon. Masters antérieurs, relations contractuelles et travaux d’archives. Itinéraire et annulations contemporaines, sans inventer de séance.
McCartney II, mai 1980 Un nouvel album paraît explicitement sous le seul nom de Paul McCartney. Un enregistrement des Wings placé sur un de ses singles. Pochette, crédit d’artiste, titres et provenance de chaque face.
Travaux d’archives associés à Cold Cuts, jusqu’en 1981 dans la littérature spécialisée Des œuvres anciennes sont sélectionnées, révisées ou envisagées pour publication. Bandes d’époques différentes, mixes de travail et projets éditoriaux. Boîtes de bande, plans de montage, datation d’overdubs et témoins publiés.
Séparation confirmée en 1981 Le collectif Wings cesse d’être une formation en activité. Présence de Denny Laine et de Linda sur certains enregistrements de la carrière solo de Paul. Déclarations datées, crédits par piste et identité de l’artiste publié.

La notice de l’ouvrage officiel Wings: The Story of a Band on the Run, paru en 2025, situe elle aussi la dissolution en 1981. C’est un repère historique général, pas un inventaire de mixages. Par prudence, les dernières opérations de bande ne reçoivent pas ici une date au jour près lorsque celle-ci ne peut pas être rattachée à un document de séance consulté. Une discographie qui écrit « dernier titre des Wings : tel jour » sans qualifier son critère mélange vraisemblablement des notions incompatibles.

II. « Coming Up » : un seul titre, deux performances et un 45 tours à plusieurs faces

Le cas le mieux attesté est aussi le plus instructif. Le single « Coming Up » du 11 avril 1980 porte le crédit Paul McCartney. Sa face principale correspond à l’enregistrement de studio issu de McCartney II, œuvre où Paul assure lui-même l’essentiel de l’instrumentation. La face B intitulée « Coming Up (Live at Glasgow) » reproduit, au contraire, une performance collective des Wings de décembre 1979. Le disque ajoute « Lunch Box / Odd Sox » comme autre face selon l’identification officielle. C’est la preuve discographique qu’une face peut appartenir à une famille de sessions différente de celle suggérée par le nom de l’artiste imprimé sur la pochette.

Ce cas impose de ne pas confondre « le single de Paul », « la chanson composée par Paul », « la prise studio de Paul » et « l’interprétation de cette chanson par Wings ». Ces quatre désignations sont exactes si elles renvoient aux bons objets ; elles deviennent inexactes si elles sont prises pour des synonymes. La vidéo promotionnelle de « Coming Up », où Paul interprète plusieurs personnages fictifs baptisés les Plastic Macs, est un document audiovisuel associé au master studio, non la photographie d’un nouveau groupe ayant joué sur celui-ci. La note officielle attribue cette mise en scène à un choix délibéré de représenter ses propres interventions instrumentales.

Objet Artiste / ensemble pertinent Origine de la performance Première ou nouvelle relation éditoriale
« Coming Up », studio Paul McCartney (solo) Enregistrement personnel destiné à McCartney II. Face A du single du 11 avril 1980 et album solo de mai 1980.
« Coming Up (Live at Glasgow) » Wings sur scène, avec leurs cuivres de tournée Spectacle de Glasgow, décembre 1979. Face B du single crédité à Paul McCartney.
« Lunch Box / Odd Sox » Master distinct du répertoire de Paul / Wings, à cataloguer séparément Ne pas inférer une provenance de Glasgow à cause du couplage. Troisième entrée du single dans le catalogue officiel.
« Coming Up (Live at Glasgow 1979) » en 2011 Même famille de performance live, nouvelle édition Une bande de 1979 reprise au sein d’archives de 1980. McCartney II (Archive Collection), sans nouvelle séance en 2011.
« Coming Up – Live in Glasgow » dans Wingspan (2001) Interprétation de Wings sous compilation Paul McCartney Prise de scène antérieure. Nouveau contexte éditorial et nouvelle indexation.

Le catalogue officiel McCartney II (Archive Collection) appelle précisément la piste « Coming Up – Live at Glasgow 1979 ». Il s’agit d’une confirmation importante de la provenance 1979, sans obligation de supposer que l’édition 2011 reproduit bit pour bit le même transfert que le 45 tours de 1980. Pour prouver l’identité d’un mix, il faut confronter durées, canaux, équilibre, applaudissements, fades et si possible mentions des matrices ou des masters. L’identité de performance est distincte de l’identité de mixage.

Les cuivres : ni membres permanents, ni invités anonymes

Le programme officiel des concerts de 1979 cite Tony Dorsey, Thaddeus Richard, Howie Casey et Steve Howard pour la section de cuivres. Une fiche de « Coming Up » à Glasgow devrait donc distinguer le quintette des Wings, ces accompagnateurs de tournée et toute éventuelle intervention de production ultérieure. On n’obtiendra pas une sessionographie fidèle en se contentant d’un champ « Wings : cinq musiciens » ni en recopiant la liste complète de Rockestra issue des séances d’Back to the Egg. Ce sont trois ensembles documentaires distincts : groupe ordinaire, tournée avec cuivres, collectif exceptionnel de studio.

III. McCartney II : l’album qui chevauche la fin des Wings sans être un disque des Wings

La notice originale de McCartney II et sa réédition d’archives de 2011 présentent le disque paru en mai 1980 comme une expérience solo de Paul, travaillée à domicile en Écosse pendant l’été 1979. La proximité temporelle avec les derniers concerts de Wings explique certaines associations visuelles et promotionnelles ; elle ne change pas l’attribution des instruments sur la bande initiale. L’album regroupe notamment « Coming Up », « Temporary Secretary », « On the Way », « Waterfalls », « Nobody Knows », « Front Parlour », « Summer’s Day Song », « Frozen Jap », « Bogey Music », « Darkroom » et « One of These Days ».

Le registre des Wings doit accueillir ce disque en périphérie contextuelle et non dans la liste des albums de groupe. Cela évite deux erreurs symétriques : effacer le rôle que joue la musique de Paul dans la transition de 1979–1980, ou faire croire que Steve Holley, Laurence Juber et Denny Laine ont enregistré ces onze plages comme un quintette. La notice de 2011 rappelle que l’album marque précisément son retour à une méthode d’enregistrement individuelle après neuf ans de travail avec Wings. Le fait que « Coming Up » soit joué collectivement sur scène quelques mois après sa composition n’annule pas l’origine solo de sa version studio.

Famille d’œuvres Situation dans l’index Wings Pourquoi la distinction compte
Onze plages de l’album original McCartney II Contexte solo, hors discographie de studio Wings. Les instruments et le procédé de travail ne sont pas ceux d’une session du dernier quintette.
« Coming Up » joué à Glasgow Performance Wings de 1979 dans la discographie des singles de Paul. On référence deux enregistrements de la même œuvre sans fusion des crédits.
« Wonderful Christmastime » Single solo de novembre 1979, issu de la même période expérimentale de Paul. Clip et présentations live ne démontrent pas une prise de studio collective.
« Waterfalls » / « Check My Machine » Couplage d’un single solo de 1980. L’existence d’une face B n’est pas une preuve de session Wings.
« Temporary Secretary » / « Secret Friend » Publications solo, avec particularités de format et de montage. La version longue et l’édition de single doivent être décrites séparément.
Bandes et expériences supplémentaires rendues publiques en 2011 Archives solo présentant des versions alternatives. La date d’édition d’une archive n’est ni la date de prise ni celle d’un « retour de Wings ».

Le coffret officiel des 45 tours conserve le couple « Waterfalls » / « Check My Machine ». La fiche « Temporary Secretary » signale une sortie 12 pouces du 15 septembre 1980, limitée à 25 000 exemplaires, tandis que la présentation en 7 pouces a été créée pour le coffret de 2022. Voilà une différence majeure pour le bibliographe : le support reconstitué en 2022 ne doit pas être présenté comme un pressage original de 1980. Dans la même logique, la liste de l’Archive Collection distingue « Secret Friend – Full Length Version », « Check My Machine – Edit » et « Check My Machine – Full Length Version », ainsi qu’un « Waterfalls – DJ Edit ». Ce sont des états d’édition à comparer à l’audio, pas des preuves automatiques de nouvelles prises.

« Wonderful Christmastime » et le piège de l’image

Ce titre, diffusé avant McCartney II, est souvent placé spontanément dans le récit des Wings parce que les membres du groupe apparaissent dans son univers visuel et ses histoires de scène. La fiche discographique officielle du single le présente cependant comme une publication Paul McCartney. La chronologie permet donc de juxtaposer l’activité du groupe à la fin de 1979 et l’expérimentation solo de Paul au même moment. Elle ne permet pas d’attribuer une prise de base aux cinq musiciens. Un clip montre ce que la caméra a capté ; il ne certifie pas ce que la bande multipiste contient.

IV. Janvier 1980 au Japon : événement décisif, mais absence de nouvelle séance

La tournée japonaise projetée pour le début de 1980 occupe à juste titre une place dans la fin de l’histoire des Wings. L’arrestation de Paul à son arrivée au Japon conduit à son annulation ; le groupe ne reprend pas la route selon le programme imaginé. Pour autant, un planning de concerts abandonné ne constitue ni une session d’enregistrement ni une preuve de la séparation administrative du groupe à cette date. Le moment est une rupture dans les perspectives de tournée, pas une nouvelle source audio.

Dans le registre, le séjour au Japon doit apparaître dans une colonne d’événements historiques, avec les dates et les pièces contemporaines à rechercher, et non comme une ligne portant « Wings — prise n° 1 ». Les seules performances qui puissent être enregistrées dans la table des sources audio sont celles dont on identifie un document sonore ; il faut refuser les hypothèses de répétitions ou de captations non localisées. Cette précaution compte d’autant plus que la chronologie de la disparition du groupe est souvent résumée en une formule trop facile : « Wings s’arrêtent à l’aéroport ». Historiquement, cela gomme le parcours des bandes et les travaux réalisés ou envisagés en 1980–1981.

Pour reconstituer les mois suivant l’annulation, trois séries de pièces doivent rester disjointes : contrats et communications de tournée, documents relatifs à l’organisation du groupe, et archives de studio ou de mixage. Une source probante dans la première série ne renseigne pas automatiquement la troisième. C’est également pourquoi une date de séparation rapportée par une biographie doit être présentée comme date de déclaration, de décision ou de prise d’effet, lorsqu’on la connaît, et non comme la date de tout le répertoire résiduel.

V. Hot Hitz and Cold Cuts : le projet attesté et les bandes à qualifier

Paul lui-même a répondu à la question de Cold Cuts dans « You Gave Me The Answer – Cold Cuts », entretien publié par MPL le 29 août 2019. Il explique que le concept de départ, Hot Hitz and Cold Cuts, associait grands succès et morceaux moins connus ; sa maison de disques préférait une compilation de tubes. Il confirme aussi avoir demandé une proposition de pochette à l’artiste Saul Steinberg, et indique que plusieurs de ces « cold cuts » — faces B et titres méconnus — ont été diffusés au fil de l’Archive Collection. Ce témoignage établit la réalité de l’idée éditoriale et sa longue postérité, pas un catalogue définitif de prises datées de janvier 1981.

La littérature spécialisée discute diverses séquences de sélection, mixes et ajouts vocaux ou instrumentaux envisagés pour ce projet entre les années 1970 et le début des années 1980. Ces descriptions sont intéressantes pour orienter une enquête, mais leur précision ne peut être héritée sans contrôle. Dans l’état actuel des documents primaires aisément accessibles, la formulation « un album Wings achevé en 1981 » va trop loin. Il faut parler d’un projet de compilation d’inédits et de curiosités, aux configurations mouvantes, dont l’unification en un album officiellement publié n’a pas eu lieu à l’époque. Les circulations non officielles ne fournissent pas à elles seules une preuve de numérotation, de date de mixage ou de liste approuvée.

Couche d’existence de Cold Cuts Ce qui est assuré ou vraisemblable Ce qu’il reste à contrôler
Projet nommé Hot Hitz and Cold Cuts Concept confirmé rétrospectivement par Paul lui-même en 2019. Date de chaque proposition à la maison de disques ; versions successives du titre.
Répertoire de faces B et morceaux inédits Paul cite cette famille de matériaux comme le cœur des « cold cuts ». Catalogue complet, origine de chaque bande, choix successifs.
Maquettes de programme et variantes envisagées Leur existence est discutée dans la documentation des collectionneurs. Pièce matérielle, annotation, date et statut des séquences.
Mixages, remixes, doublages éventuels jusque vers 1981 Hypothèses de travail pour des enregistrements issus de diverses périodes. Feuille de mixage et boîtes datées ; ne pas confondre travail d’archive et prise initiale.
Pochette confiée à Saul Steinberg Commande confirmée par Paul. État graphique exact et relation à une éventuelle version du programme.
Titres publiés ensuite dans l’Archive Collection Leur diffusion ultérieure est confirmée globalement par Paul. Correspondance titre par titre entre bande ancienne, choix pour Cold Cuts et master réellement édité.

La tentation est grande de remplacer les dates manquantes par une histoire séduisante : « derniers jours du groupe, dernier album secret ». Mais Cold Cuts n’est précisément pas un album sorti des presses en 1981. Il réunit des objets de provenance hétérogène ; une chanson issue d’une séance de 1972 mais remixée vers 1980 ne doit pas être déplacée dans les œuvres composées ou enregistrées en 1980. Elle peut en revanche figurer sous 1980 dans le registre des opérations sur bande, si l’opération est documentée. Les deux colonnes sont nécessaires pour éviter une chronologie faussement linéaire.

Comment indexer un témoin non officiel sans le promouvoir en master authentifié

Un disque pirate, une copie de cassette ou une liste circulant sur Internet peuvent aider à reconnaître une performance, une structure de chanson ou une différence manifeste de montage. Ils ne prouvent pas automatiquement le support original dont ils dérivent. Une copie comportant un fondu différent peut représenter un mix distinct, mais également une coupe réalisée lors d’une duplication tardive. Une liste de titres dactylographiée peut décrire une proposition et non un ordre de pressage approuvé. C’est pourquoi toute ligne du catalogue d’archives doit indiquer le témoin consulté, son support, sa provenance connue, son éventuelle génération de copie et la nature limitée de la conclusion.

La monographie Yellow-Sub consacrée aux dernières séances fait le point sur Pugin Hall, le projet Cold Cuts et Montserrat. Ce concordancier joue un rôle complémentaire : il sépare les niveaux d’attestation avant d’attribuer une prise ou un personnel. Un récit de séance et un état discographique ont besoin l’un de l’autre, mais ne constituent pas la même pièce documentaire.

VI. Pugin Hall, 1980–1981 : les dernières opérations doivent être datées piste par piste

Des récits spécialisés situent des interventions de Wings ou de certains de ses musiciens à Pugin Hall à l’automne 1980, et des travaux préparatoires sur des bandes destinées à Cold Cuts au début de 1981. Le registre peut retenir Pugin Hall comme piste d’enquête, mais ne doit pas lui attribuer une liste exhaustive de chansons, des numéros de prises ou un personnel uniformisé sans reproduction de documents probants. Si l’opération consiste à sélectionner une bande plus ancienne ou à établir un nouveau mix, elle n’a pas la même valeur que l’enregistrement d’une nouvelle œuvre jouée par le groupe entier.

Une attribution saine exige au minimum de répondre séparément à cinq questions : quel titre figure sur la boîte ? de quelle séance initiale provient la bande ? quel intervenant est physiquement présent lors de l’opération tardive ? quel geste technique est accompli — enregistrement, ajout, édition, mixage, assemblage ? et à quel document consultable la date est-elle adossée ? Une mention « Pugin Hall, Wings, 1980 » sans ces distinctions constitue un repère de recherche, pas un crédit de session.

Question d’archive Exemple de champ à renseigner Risque si l’on omet ce champ
Origine de la bande Session initiale, ville et studio, année si établie. Faire passer un inédit de 1974 pour une composition de 1981.
Nature du travail tardif Sélection, transfert, overdub, montage, remix, mastering. Compter la même performance comme deux enregistrements.
Participants de l’intervention Présence attestée de chaque musicien ou technicien, par tâche. Attribuer les instruments de la prise de base aux personnes du remix.
Date et précision Jour certain, période recoupée, ou date non authentifiée. Fabriquer une fausse exactitude historique.
Statut de publication Non publié, circulant en copie, première édition officielle ultérieure. Traiter une circulation pirate comme un disque Wings contemporain.

Le même principe s’applique aux titres que l’on rattache parfois à la dernière formation parce que Laurence Juber ou Steve Holley se trouvent dans une photographie de l’époque. Il faut des crédits au niveau du morceau et de la prise, non un raisonnement à partir des membres du groupe encore en activité. Inversement, si un musicien a quitté la formation avant le mix définitif, sa contribution à une prise antérieure peut rester présente sur le master. Une sessionographie utile conserve cette mémoire au lieu de l’écraser par une liste d’effectif annuelle.

VII. Tug of War et Montserrat : une continuité de musiciens, pas un neuvième album Wings

Le travail de Paul avec George Martin, dont certaines séances se déroulent à Montserrat en 1981, débouche sur Tug of War, publié le 26 avril 1982. Le catalogue officiel est explicite : PAUL McCARTNEY — Tug of War, produit par George Martin, avec Geoff Emerick comme ingénieur. Il décrit le disque comme le premier album solo de Paul après la séparation confirmée des Wings. Ce constat éditorial et historique interdit de l’enregistrer comme une publication de Wings ; il n’interdit pas d’étudier précisément les contributions d’anciens membres du groupe.

La fiche MPL fournit justement un relevé de musiciens par titres, utile pour éviter les approximations. Denny Laine figure sur les pistes 1, 3, 6, 7, 8 et 11, avec guitare électrique ou acoustique, synthétiseur de guitare, basse ou synthétiseur selon l’attribution globale ; Linda McCartney est créditée aux chœurs sur les pistes 1, 2, 3, 4, 6, 7, 8 et 11. Eric Stewart apparaît sur plusieurs pistes, de même que Steve Gadd et d’autres invités ; Ringo Starr est crédité à la batterie sur « Take It Away », Stevie Wonder participe notamment à « What’s That You’re Doing » et « Ebony and Ivory », Carl Perkins à « Get It ». Cette diversité de personnel empêche de parler d’un album « enregistré par l’ancien Wings » comme s’il s’agissait d’une unité stable.

Piste de Tug of War (1982) Crédit officiel de Denny Laine Crédit officiel de Linda McCartney Lecture historique correcte
1. « Tug of War » Oui Oui Deux anciens membres du groupe participent à une production solo.
2. « Take It Away » Non mentionné Oui Présence de Linda, sans déduire celle de Denny ; Ringo Starr figure parmi les batteurs.
3. « Somebody Who Cares » Oui Oui Continuité de collaborations, à créditer à la piste.
4. « What’s That You’re Doing » Non mentionné Oui Collaboration Paul–Stevie Wonder, pas un master Wings.
5. « Here Today » Non mentionné Non mentionnée Œuvre solo, hommage à John Lennon, avec un autre dispositif musical.
6. « Ballroom Dancing » Oui Oui La présence des deux n’équivaudrait pas à une reformation du quintette.
7. « The Pound Is Sinking » Oui Oui Instrumentation à préciser à l’échelle de la piste et non du disque.
8. « Wanderlust » Oui Oui Crédits partagés avec d’autres exécutants, dont des cuivres.
9. « Get It » Non mentionné Non mentionnée Duo avec Carl Perkins selon MPL.
10. « Be What You See » Non mentionné Non mentionnée Pièce du LP solo ; pas de crédit Wings automatiquement.
11. « Dress Me Up as a Robber » Oui Oui Continuité d’interprètes, nouveau cadre de production.
12. « Ebony and Ivory » Non mentionné Non mentionnée Rencontre Paul–Stevie Wonder, extérieure au groupe.

La colonne « Non mentionné » signifie seulement absence du crédit correspondant sur cette fiche officielle, non preuve universelle de non-participation à toutes les étapes techniques. En particulier, le tableau ne permet pas de dater chacune des prises citées à Montserrat : la répartition géographique demande feuilles de séance, photographies datées, témoignages détaillés ou relevés de bande. Tout le monde ne se trouvait pas nécessairement dans le même studio le même jour. La réunion de Paul, Linda et Denny sur une chanson n’abolit pas le changement de producteur, de programme et d’artiste principal.

La distinction résiste aussi à un autre raccourci : l’album est paru en 1982, mais des prestations et étapes préparatoires relèvent de 1980–1981. Une base correcte sépare « année de travail », « date de mixage final » et « date de commercialisation ». Les futures recherches sur les sessions de Montserrat enrichiront le chapitre des collaborations post-Wings ; elles n’en feront pas le dernier album du groupe après coup.

VIII. Quelle est donc la « dernière chanson des Wings » ? Une question à reformuler

Pour répondre honnêtement, il faut d’abord choisir un critère : dernière composition destinée au groupe ; dernière prise de base collective ; dernier overdub réalisé en présence de certains musiciens ; dernier mixage sur des bandes du groupe ; dernière prestation scénique ; dernier enregistrement de scène officiellement publié ; ou dernier single contemporain crédité aux Wings. Ces réponses peuvent désigner des œuvres et des années différentes. Certaines ne sont pas déterminables avec les seules fiches publiées.

La réponse la plus sûre dans le cadre documentaire présent est triple. Derniers concerts effectivement documentés : 1979. Dernier album studio original sous le nom Wings : Back to the Egg, 1979. Dissolution : 1981, telle qu’elle est rétrospectivement fixée dans l’histoire officielle. Les réemplois de « Coming Up » à Glasgow, la survie de bandes pour Cold Cuts et les présences de Linda et de Denny sur Tug of War expliquent pourquoi la carrière enregistrée déborde ces jalons sans les contredire.

Cette réponse ne ferme pas l’archive ; elle en fixe le vocabulaire. On peut découvrir un mixage de 1981, identifier une intervention tardive ou mettre au jour une ébauche inédite : cela élargit la connaissance des travaux effectués, pas nécessairement celle des chansons composées ou des performances collectives. Les inventaires les plus utiles aux spécialistes conserveront le désaccord entre témoins, les datations partielles et les enregistrements seulement présumés. La certitude doit venir après la pièce, non avant.

IX. Versions, concerts et projets discographiques des années 1979–1981

Les dernières années des Wings sont marquées par un chevauchement des activités du groupe et des projets solo de Paul McCartney. La version de Coming Up interprétée à Glasgow en décembre 1979 est une captation des Wings, distincte de la réalisation de studio retenue sur McCartney II. Ses diffusions ultérieures sur single et compilation constituent autant d’éditions d’une interprétation déjà enregistrée, et non de nouveaux concerts.

Wonderful Christmastime, Waterfalls et Temporary Secretary doivent, pour leur part, être rattachés aux éditions publiées sous le nom de Paul McCartney. La présence des musiciens des Wings dans un film promotionnel ou une prestation scénique ne suffit pas à transformer le master d’un disque solo en enregistrement collectif.

L’annulation des concerts japonais de 1980 relève de la chronologie des tournées et non d’une discographie live de spectacles effectivement joués. Les travaux d’archives associés à Cold Cuts relient, quant à eux, plusieurs périodes d’enregistrement à des montages et projets de publication postérieurs. Enfin, les séances qui nourriront Tug of War doivent être décrites dans le contexte de la carrière solo de McCartney et non assimilées à un nouvel album des Wings.

X. Dernières archives de Wings et premiers projets solo

Les années 1980–1981 complètent la chronologie des enregistrements des Wings et éclairent leur passage progressif vers les projets solo de Paul McCartney. Elle fait ressortir une continuité : les Wings se sont réorganisés plusieurs fois, tandis que le nom du groupe, la signature de Paul, les prises de studio, les scènes et les supports commerciaux n’ont jamais coïncidé de manière parfaitement simple. En 1971, Wild Life oppose déjà un collectif naissant à la carrière solo antérieure ; en 1973, Band on the Run est préparé par une formation réduite ; en 1974, One Hand Clapping passe de la séance filmée à la publication tardive ; en 1976, l’album de concerts est un montage d’une tournée ; en 1978, London Town porte les traces d’une formation changeante ; en 1979, Rockestra constitue un collectif exceptionnel ; et, en 1980–1981, les bandes du groupe survivent à son activité.

Le résultat n’est pas un tableau définitif de « toutes les prises » : cette ambition exigerait l’examen systématique des sources physiques, des journaux de studio et des supports audio. Le résultat est une grammaire de vérification qui empêche de confondre les objets. La hiérarchie des preuves reste celle du registre : A, document direct consulté ; B, recoupement de sources fiables et de crédits officiels ; C, datation ou attribution à établir. L’absence d’un numéro de prise dans cet article est une décision éditoriale tant que le numéro n’est pas vérifié — non la preuve qu’aucune prise n’ait jamais été numérotée.

À l’avenir, chaque découverte peut être inscrite sans réécrire l’histoire du groupe : elle précise une œuvre, une performance, une bande, une opération ou une édition. C’est le bénéfice d’un concordancier plutôt que d’une succession de listes : une même chanson peut traverser les années, les formations et les supports, tout en restant localisable par le lecteur, le collectionneur et l’historien. Les Wings ont cessé de jouer ensemble ; leurs archives, elles, sont restées en mouvement.

Sources et documents d’archives

  1. Paul McCartney / MPL : chronologie officielle 1970–1979, tournée Wings de 1979, livre Wings: The Story of a Band on the Run. Les sources confirment les dernières prestations et l’année de dissolution, sans fournir de tableau exhaustif des dernières opérations sur bande.
  2. Paul McCartney / MPL : single « Coming Up » (1980), McCartney II (1980), McCartney II (Archive Collection) (2011), Wingspan: Hits and History (2001). Ils documentent le réemploi de Glasgow et l’origine solo du disque de 1980.
  3. Paul McCartney / MPL : single « Wonderful Christmastime », single « Temporary Secretary », coffret The 7” Singles Box, McCartney II Archive. Les durées et versions demeurent à contrôler à l’écoute et à partir des matrices.
  4. Paul McCartney / MPL : entretien « You Gave Me The Answer – Cold Cuts » (29 août 2019) : témoignage direct sur l’idée Hot Hitz and Cold Cuts, l’opposition de la maison de disques, la commande graphique à Saul Steinberg et les réemplois dans l’Archive Collection.
  5. Paul McCartney / MPL : Tug of War ; crédits détaillés par plage, production George Martin et publication du 26 avril 1982. Le tableau des musiciens n’est pas à lui seul une feuille de séance datée.
  6. Yellow-Sub : dossier de la fin des Wings : Pugin Hall, Cold Cuts, Montserrat ; registre raisonné 1971–1981. Ces synthèses structurent la recherche et signalent les vérifications encore nécessaires.

État documentaire : éditions originales, catalogue officiel de McCartney II et crédits détaillés de Tug of War vérifiés ; idée de Cold Cuts confirmée par Paul ; provenance fine des dernières interventions à Pugin Hall, numéros de bandes et variations de mixes non authentifiés dans ce dossier. Les hypothèses sont signalées comme telles et ne sont pas converties en faits établis.