WINGS · CONCORDANCIER DES VERSIONS · 1974–1976
Wings 1974–1976 : l’atlas des versions, des musiciens et des bandes, d’One Hand Clapping à Wings Over America
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En trois ans, les Wings passent d’un groupe qui reconstruit sa formation à une organisation capable d’enregistrer, de tourner et de publier une multitude de performances parallèles. La période n’est pas une ligne droite : à l’été 1974, One Hand Clapping montre une formation avec Geoff Britton ; l’album Venus and Mars combine des prises impliquant Britton et des travaux ultérieurs avec Joe English ; Wings at the Speed of Sound présente onze chansons dont les voix principales sont réparties entre plusieurs membres ; Wings Over America prélève enfin une tournée entière pour fabriquer un album de concert. Les titres peuvent se répéter d’un support à l’autre, mais leurs enregistrements, eux, ne sont pas interchangeables.
Ce deuxième concordancier poursuit la méthode du registre général et du lot consacré à 1971–1973. Sa fonction n’est pas de refaire les biographies ou les journaux de séances : elle relie chaque état sonore publié au projet, à la formation et à l’époque qui lui appartiennent. Les références citées sont celles des catalogues et communiqués officiels de MPL ; les dates fines, numéros de prise, matrices et crédits par opération ne sont pas postulés lorsqu’aucune pièce justificative n’a été consultée.
I. Un changement de batteur ne fait pas disparaître les bandes précédentes
La formation de One Hand Clapping comprend Paul McCartney, Linda McCartney, Denny Laine, le guitariste Jimmy McCulloch et le batteur Geoff Britton. Les communications officielles présentent ce groupe comme celui qui travaille au projet de film et d’album live en studio à Abbey Road en août 1974. Le réalisateur David Litchfield enregistre un document qui combine exécutions musicales, séquences filmées et échanges avec les artistes. Le projet n’est alors pas publié sous sa forme prévue. Son existence de 1974 est donc distincte de sa première édition audio complète en 2024 et de la sortie au cinéma du film restauré la même année.
Il faut résister ici à deux raccourcis. Le premier serait d’appeler One Hand Clapping un concert devant un public : c’est une performance jouée en studio, filmée et enregistrée, avec sa propre logique de répétition et de captation. Le second serait de prendre chaque chanson présente dans la bande pour un nouveau mixage de l’enregistrement d’album d’origine. « Jet », « Band on the Run », « Bluebird », « My Love » et « Live and Let Die » sont interprétées à nouveau ; leur composition reste la même, mais le jeu, les instruments, les protagonistes et la prise changent.
Le site de Paul McCartney précise notamment la répartition des instruments utilisés pendant le tournage : Paul alterne chant, basse, piano, claviers et guitares ; Linda intervient aux claviers et aux chœurs ; Denny Laine passe entre voix, guitares et basse ; Jimmy McCulloch est le guitariste de la nouvelle formation ; Geoff Britton joue de la batterie. L’arrangeur Del Newman et le saxophoniste Howie Casey figurent également parmi les collaborateurs du projet. Cette liste est une documentation de production : sans feuille individuelle, elle ne vaut pas attribution de chaque instrument à chaque chanson.
One Hand Clapping : un objet filmé, un disque différé, plusieurs extraits antérieurs
Dans le catalogue officiel de l’album publié en 2024, les titres sont identifiés comme des One Hand Clapping Sessions. Quelques séquences avaient été diffusées par MPL dans des rééditions antérieures, notamment dans les bonus de Band on the Run de 2010 ou de Venus and Mars de 2014. La parution du disque de 2024 ne déplace pas leur année d’enregistrement : elle change leur accessibilité éditoriale. Le film restauré, diffusé au cinéma en septembre 2024, a encore son propre montage et son propre traitement du son.
| ID | Œuvre réinterprétée en 1974 | État à conserver dans l’index | Liaison indispensable |
|---|---|---|---|
| OHC-01 | « Band on the Run » | Exécution filmée à Abbey Road | Distincte de la prise de 1973, documentée aussi dans l’Archive 2010. |
| OHC-02 | « Jet » | Exécution filmée à Abbey Road | La formation avec Britton ne doit pas être substituée au trio de Lagos. |
| OHC-03 | « Bluebird » | Exécution filmée à Abbey Road | Version live-in-studio différente du master LP de 1973. |
| OHC-04 | « Let Me Roll It » | Exécution filmée à Abbey Road | Ne pas classer comme simple rough mix de l’album. |
| OHC-05 | « Nineteen Hundred and Eighty Five » | Exécution filmée à Abbey Road | Performance distincte, sous même œuvre. |
| OHC-06 | « Soily » | Performance du projet filmé | Aucun LP studio original ne contient cette composition. |
| OHC-07 | « Baby Face » | Interprétation de standard | Œuvre préexistante, crédits d’auteur distincts des chansons de McCartney. |
| OHC-08 | « My Love » | Nouvelle performance | Garder la prise de 1973 et l’exécution de 1974 dans des enregistrements différents. |
| OHC-09 | « Live and Let Die » | Nouvelle performance | Prise originale de musique de film ≠ session filmée d’Abbey Road. |
| OHC-10 | « Go Now » | Interprétation avec Denny Laine | Chanson antérieure aux Wings, remise au répertoire de scène du groupe. |
| OHC-11 | « Tomorrow », « Wild Life », « Hi, Hi, Hi » | Interprétations en 1974 | Œuvres des premiers Wings, mais formation 1974. |
L’énumération ne remplace pas la liste complète des plages du support. Elle isole les correspondances susceptibles de produire des erreurs dans une base discographique. On retrouve également « Power Cut », « Love My Baby », « Sally G », « Blue Moon of Kentucky », « Let It Be » et « The Long and Winding Road » dans le programme audio de 2024. Les reprises des Beatles et les standards doivent être rattachés à leurs auteurs d’origine ; ils ne deviennent pas des compositions Wings parce qu’ils ont été exécutés par Wings. Le classement encyclopédique doit accueillir ces interprétations tout en respectant cette différence.
Le film et le disque de 2024 ne sont pas deux preuves mécaniquement identiques de la chronologie des prises. Une image peut montrer un mouvement instrumental qui a été monté avec une autre piste audio ; un CD peut présenter une exécution absente du film. L’analyse de synchronisation, de clap, de montage et de mixage exige donc une comparaison effective des supports et, si possible, de la documentation de production de 1974. C’est aussi pourquoi l’identité d’une chanson dans la table ne suffit pas à déclarer « mêmes musiciens, même prise, même mixage ».
II. Venus and Mars : un album, plusieurs phases et une formation mouvante
Le programme officiel de Venus and Mars publié en 1975 comprend treize entrées. Le titre d’ouverture « Venus and Mars » revient en reprise plus loin ; « Treat Her Gently / Lonely Old People » occupe une seule position de programme tout en rassemblant deux chansons ; « Crossroads » est le thème télévisé composé par Tony Hatch. Cette organisation est un objet de montage et de narration sonore. Elle ne justifie ni de transformer la reprise de « Venus and Mars » en chanson entièrement étrangère à l’ouverture ni d’effacer la personnalité des deux sections de « Treat Her Gently ».
La fiche MPL donne une information essentielle pour la sessionographie : les batteries de Geoff Britton sont indiquées sur les pistes 3, 6 et 9, correspondant dans le programme officiel à « Love in Song », « Letting Go » et « Medicine Jar ». Le reste des crédits reflète l’entrée de Joe English dans la formation et le travail ultérieur aux États-Unis. En conséquence, inscrire simplement « Joe English – batterie sur tout l’album » serait faux, tout comme attribuer à Britton l’ensemble des chansons au motif qu’il appartient à la période initiale de fabrication. Il convient de rattacher chaque piste au personnel précisément attesté, puis de rechercher la différence entre prise de base, réenregistrement et ajout.
L’album comporte d’autres collaborations documentées. MPL associe Allen Toussaint au piano de « Rock Show », Tom Scott au saxophone de « Listen to What the Man Said », Dave Mason à la guitare du même titre, et un percussionniste crédité sous le nom Afro aux congas de « Rock Show ». Ces mentions sont des indices de production à relier aux séquences de La Nouvelle-Orléans et de Los Angeles. Elles ne prouvent pas la présence simultanée de tous les invités dans une pièce, ni une répétition collective unique. L’ingénierie est créditée à Alan O’Duffy et Geoff Emerick, mais le détail des jours et des opérations demande le journal des 46 séances.
Treize positions de LP, mais des relations qui débordent le disque
| Position originale | Entrée du LP 1975 | Distinction encyclopédique |
|---|---|---|
| 1 | « Venus and Mars » | Introduction : relation formelle avec la reprise de la position 7. |
| 2 | « Rock Show » | Pièce liée aux prestations scéniques ; invités documentés sur le studio LP. |
| 3 | « Love in Song » | Batterie de Geoff Britton selon le crédit MPL. |
| 4 | « You Gave Me the Answer » | Style de chanson distinct ; pas d’invité inventé par voisinage. |
| 5 | « Magneto and Titanium Man » | Références culturelles et exécution à documenter séparément. |
| 6 | « Letting Go » | Batterie de Geoff Britton ; montage single distinct du LP. |
| 7 | « Venus and Mars (Reprise) » | Même famille d’œuvre que l’introduction, emplacement et arrangement propres. |
| 8 | « Spirits of Ancient Egypt » | Voix et composition à indexer à l’échelle de la piste. |
| 9 | « Medicine Jar » | Composition de Jimmy McCulloch et Colin Allen ; Britton à la batterie. |
| 10 | « Call Me Back Again » | Arrangée et interprétée comme pièce indépendante du groupe. |
| 11 | « Listen to What the Man Said » | Tom Scott et Dave Mason sont nommés dans les crédits officiels. |
| 12 | « Treat Her Gently / Lonely Old People » | Deux segments d’œuvre, une entrée de programme. |
| 13 | « Crossroads » | Thème de Tony Hatch, non composition de Paul McCartney. |
Cette table est aussi un test de méthode pour les monographies de chansons. « Medicine Jar » ne doit pas être absorbée dans une catégorie « compositions de Paul », et l’auteur de « Crossroads » doit figurer comme tel même si Wings en réalise l’interprétation. À l’inverse, les bandes supplémentaires publiées sur un disque d’archives ne doivent pas être ajoutées rétroactivement comme quatorzième ou quinzième plage du LP britannique de 1975.
Quatorze bonus : lesquels sont des œuvres, des versions ou des montages ?
L’Archive Collection de 2014 juxtapose le programme remastérisé de treize pistes et quatorze bonus. Leur hétérogénéité est précisément ce qui justifie un atlas : « Junior’s Farm » et « Sally G » sont issus de la discographie des singles ; « Walking in the Park with Eloise » et « Bridge on the River Suite » renvoient à la publication sous le pseudonyme Country Hams ; « My Carnival » et « Going to New Orleans (My Carnival) » doivent être traités comme deux entrées différentes du programme éditorial ; « Rock Show – Old Version » décrit un état ancien ; « Letting Go – Single Edit » désigne un montage de single.
| ID | Mention exacte ou famille MPL | Type de document | Question à contrôler |
|---|---|---|---|
| VM-01 | « Junior’s Farm », « Sally G » | Singles hors LP | Sessions de Nashville et premières éditions physiques. |
| VM-02 | « Walking in the Park with Eloise » | Single Country Hams | Pseudonyme, interprètes et crédits d’œuvre. |
| VM-03 | « Bridge on the River Suite » | Face de single Country Hams | Ne pas confondre avec une piste studio de Venus and Mars. |
| VM-04 | « My Carnival » | Bande de période / bonus | Distinguer date de fixation, date de première exploitation et remaster. |
| VM-05 | « Going to New Orleans (My Carnival) » | État édité distinct | Relation avec « My Carnival » à qualifier par écoute et documents. |
| VM-06 | « Hey Diddle – Ernie Winfrey Mix » | Mix nommé | Un nom d’ingénieur associé au mix n’est pas un crédit de musicien. |
| VM-07 | « Let’s Love » | Œuvre d’archive | Enquête à mener sur l’enregistrement concerné. |
| VM-08 | « Soily » et « Baby Face » d’One Hand Clapping | OHC 1974 | Performances filmées précédant l’album de 1975. |
| VM-09 | « Lunch Box / Odd Sox » | Instrumental / archive | Ne pas rétrodater une sortie ultérieure par association de coffret. |
| VM-10 | « 4th of July » | Chanson d’archive | Auteur, séance et état de bande à documenter. |
| VM-11 | « Rock Show – Old Version » | ALT ancienne | Différence musicale à établir, pas une nouvelle prise présumée. |
| VM-12 | « Letting Go – Single Edit » | SE | Version pour 45 tours distincte du programme LP. |
On remarquera que douze lignes regroupent quatorze entrées : certains couples sont volontairement présentés ensemble dans la table de relations, mais chaque piste de l’édition garde une ligne propre dans un inventaire exhaustif. L’avantage n’est pas de faire un total flatteur : c’est de montrer les types d’objets réellement différents. Pour « Letting Go », par exemple, l’état single mérite une entrée distincte dans la discographie des éditions ; il n’autorise pas à annoncer un réenregistrement des instruments tant qu’un document ou une comparaison sonore ne l’établit pas.
Le communiqué MPL du 27 juillet 2014 décrit la réédition comme un programme de restauration et de publication d’archives sous la supervision de Paul. Le report au 3 novembre 2014 au Royaume-Uni et au 4 novembre aux États-Unis est un événement de distribution moderne. Il ne donne aucune date de séance des bonus. L’histoire du disque gagne à conserver séparément cette information de calendrier éditorial.
III. Wings at the Speed of Sound : onze masters et sept pièces de comparaison
Le cinquième album studio rend les distinctions plus délicates encore. Les onze chansons de la liste officielle de 1976 ne sont pas onze chansons chantées par Paul. La répartition des voix principales est l’une des décisions collectives du groupe : Denny Laine chante « The Note You Never Wrote », Jimmy McCulloch « Wino Junko », Linda McCartney « Cook of the House », Joe English « Must Do Something About It » ; Paul interprète notamment « Let ’Em In », « Silly Love Songs » et « Warm and Beautiful ». Il faut distinguer chanteur principal et signataire de la composition : une chanson offerte vocalement à un membre n’a pas nécessairement été écrite par celui-ci.
Le journal de séances 1975–1976 situe les travaux entre les activités de tournée et les sessions de studio, mais tous les repères répertoriés ne sont pas des prises de base. Les bruits de cuisine associés à « Cook of the House », par exemple, appartiennent à l’histoire de la fabrication du son ; ils ne suffisent pas à dater toute la piste ou à transférer l’enregistrement de l’album entier à une cuisine privée. Le même soin s’impose aux cuivres, aux chœurs et aux opérations orchestrales.
L’Archive Collection de 2014 offre sept pistes supplémentaires. Celles-ci forment un petit laboratoire de critique génétique : on peut comparer des maquettes à leurs états définitifs, une autre voix principale au master publié, et une prise où intervient un batteur extérieur. C’est une possibilité documentaire, non une preuve que chaque version aurait été fixée lors d’une journée que les listes de pistes n’indiquent pas.
| ID | Chanson / état figurant dans l’édition 2014 | Type | Portée historique |
|---|---|---|---|
| SOS-01 | « Silly Love Songs – Demo » | HR / démo | Composition et arrangement avant le master de l’album. |
| SOS-02 | « She’s My Baby – Demo » | HR / démo | État distinct, sans inventer sa date quotidienne. |
| SOS-03 | « Message to Joe » | Bonus / œuvre hors LP | Une chanson éditée en bonus, pas une douzième plage originale. |
| SOS-04 | « Beware My Love – John Bonham Version » | ALT / interprète invité | Mention officielle d’une version associée à John Bonham. |
| SOS-05 | « Must Do Something About It – Paul’s Version » | ALT / chant | État comparatif avec le master chanté par Joe English. |
| SOS-06 | « Let ’Em In – Demo » | HR / démo | Ne pas prendre la date du remaster pour celle de la maquette. |
| SOS-07 | « Warm and Beautiful – Instrumental Demo » | HR instrumentale | État sans chant principal, original de travail à examiner. |
Le bonus « Beware My Love – John Bonham Version » est particulièrement révélateur. Le titre officiel atteste la publication d’une version distinguée par la présence du batteur de Led Zeppelin. Il ne permet pas, à lui seul, de refaire toute la généalogie des prises, d’identifier chaque overdub sur le master du LP ou de déduire que Bonham aurait joué sur les onze pistes de l’album. L’objectif est d’identifier la piste sur laquelle la présence est documentée, puis de confronter les autres sources pour savoir comment elle se situe par rapport à l’état finalement choisi.
Même précaution pour « Must Do Something About It – Paul’s Version ». Le master commercial est connu pour son chant principal par Joe English ; la version de Paul constitue un document précieux sur le choix vocal. Elle n’est pas automatiquement une « première prise complète » : le changement de chant peut correspondre à une interprétation distincte ou à un autre état de travail. Une écoute comparée des instruments et des éléments du livret est nécessaire avant de parler de bande maîtresse, de réenregistrement intégral ou de simple remplacement de piste vocale.
Onze plages : crédits et versions en regard
| Programme 1976 | Enjeu de concordance | Complément officiel disponible |
|---|---|---|
| « Let ’Em In » | Master LP ; single ; démo | « Let ’Em In – Demo » (2014). |
| « The Note You Never Wrote » | Composition et voix de Denny Laine à distinguer | Master LP (2014 remastérisé). |
| « She’s My Baby » | Arrangement final contre document préparatoire | « She’s My Baby – Demo ». |
| « Beware My Love » | Bande de groupe et intervention invitée | « John Bonham Version ». |
| « Wino Junko » | Œuvre de Jimmy McCulloch et Colin Allen | Master LP, sans démo bonus déclarée dans cette édition. |
| « Silly Love Songs » | Chanson, arrangements de basse et cuivres, single | « Silly Love Songs – Demo ». |
| « Cook of the House » | Chant de Linda et effets domestiques | Master LP ; les ambiances ne remplacent pas la bande de base. |
| « Time to Hide » | Chant de Denny Laine ; live à distinguer | Master LP et performances de tournée. |
| « Must Do Something About It » | Joe English au chant sur l’album | « Paul’s Version » (2014). |
| « San Ferry Anne » | Précisions de studio et de cuivre à rechercher | Master LP. |
| « Warm and Beautiful » | Arrangements et essai sans voix | « Instrumental Demo » (2014). |
Les noms de compositeurs ne doivent pas être devinés à partir de cette répartition : « Wino Junko » est associé à Jimmy McCulloch et Colin Allen ; le fait que Denny Laine ou Joe English interprète une chanson ne lui en confère pas automatiquement les droits. Chaque monographie conserve donc séparément ses rubriques « auteur », « voix principale », « interprètes par prise », « instrumentiste invité », « mixage », « versions », « single » et « réception ». Ces catégories facilitent la comparaison des prises et des éditions tout en précisant la nature du crédit attribué à chacun.
IV. Wings Over America : le master live est une œuvre de montage
L’album live de 1976 complique la relation entre une date et une chanson. Les concerts de la tournée américaine ont été enregistrés dans plusieurs villes ; le disque définitif rassemble un ensemble de performances dans une continuité d’écoute. La chronologie officielle de MPL pour la réédition de 2013 précise que les enregistrements de différents concerts ont été mixés de façon à produire l’impression d’une prestation unique et mentionne des interventions ultérieures en studio. Il est donc insuffisant d’écrire qu’une plage du triple album provient d’un concert déterminé sans documentation de sélection et de montage.
Une chanson telle que « Soily » possède une histoire particulièrement révélatrice : elle est jouée dès les premiers concerts de Wings, réinterprétée pour One Hand Clapping en 1974, puis se retrouve comme final de Wings Over America. Ces trois états documentent des formations et des intentions différentes. L’analyse peut comparer la densité des cuivres, l’ampleur des guitares, la respiration du chant, les relances de batterie et la fonction de clôture du concert. Mais l’attribution de chaque segment à une date ou à une salle exige un travail sur les bandes, les pistes du mixage ou des archives de production ; une liste de concerts ne suffit pas.
Le même principe vaut pour « Maybe I’m Amazed », œuvre de Paul antérieure aux Wings. L’enregistrement de studio figure sur McCartney (1970) ; les performances de la tournée 1976 relèvent du répertoire Wings ; une édition en single tirée du live est une nouvelle étape de publication. Le catalogage doit donc faire tenir ensemble une œuvre solo antérieure, une interprétation de groupe, un master de concert et son support commercial sans faire de l’un l’original de l’autre.
La réédition de Wings Over America en 2013 apporte une autre couche patrimoniale : restauration de l’album, documents de concert et, dans l’édition de luxe, des bandes supplémentaires. Le remaster de 2013 n’est pas un concert de 2013. Il faut distinguer aussi le film Rockshow, ses séquences sélectionnées et ses différentes restaurations : une image projetée n’est pas automatiquement la preuve d’un son non monté.
| ID | Objet | Nature de la source | Preuve à établir pour aller plus loin |
|---|---|---|---|
| WOA-01 | Concerts de la tournée 1976 | Événements datés / captations | Ville, salle, heure, personnel et piste réellement utilisée. |
| WOA-02 | Triple LP de 1976 | Programme commercial live monté | Provenance piste par piste et interventions en studio. |
| WOA-03 | Single « Maybe I’m Amazed » live | Extraction / publication | Face, référence, pays et master effectivement employé. |
| WOA-04 | Rockshow | Film musical monté | Concordance image-son et origine des séquences. |
| WOA-05 | Archive Collection 2013 | Réédition / remaster / bonus | Identifier les nouvelles pistes sans les antidater. |
La valeur d’un tel rapprochement est aussi critique. Les versions de tournée montrent comment Wings réorganise son propre catalogue, transforme certaines fins de chansons en moments de spectacle et laisse entendre le travail collectif des cinq musiciens, mais elles ne documentent pas à elles seules le mixage de studio d’un disque antérieur. Les analyses musicales des fiches « Soily », « Jet » ou « Band on the Run » peuvent y renvoyer sans effacer la formation propre à chaque période.
V. Ce que les archives permettent d’établir et leurs limites
Dans le cadre éditorial de Yellow-Sub, une source officielle peut prouver une publication sans suffire à prouver une date de prise. La liste MPL de 2014 atteste que « Rock Show – Old Version » et « Letting Go – Single Edit » figurent sur le programme d’archives ; elle ne dispense pas d’identifier leur bande d’origine, les opérations de mixage et les détails matériels du premier single. La fiche MPL de 1975 atteste l’existence d’intervenants supplémentaires, mais ne remplace pas la feuille de présence du studio. La reconstitution d’une tournée sur disque atteste un master publié, pas l’unicité de sa source géographique.
Pour attribuer un niveau A à un pressage, il faudra un exemplaire ou des photographies complètes et contrôlées des éléments requis, y compris les matrices lorsqu’elles sont invoquées. Un niveau B suppose des catalogues indépendants concordants sur une donnée donnée ; une simple reprise de fiche commerciale ne suffit pas. Un niveau C reste une mention à approfondir, non une variante acquise. Les preuves de publication obtenues sur le site de l’artiste seront qualifiées précisément comme sources éditoriales officielles ; elles ne feront pas gagner artificiellement un niveau A à une gravure de 1975 que personne n’a examinée.
La prochaine granularité du registre sera une entrée par opération : jour certain ou période, studio, prise de base, overdub, mixage, personnes attestées, piste sonore correspondante et source d’identification. Pour Venus and Mars, cela permettra de relier proprement les travaux de Londres, La Nouvelle-Orléans et Los Angeles aux trois pistes de Britton et au reste des enregistrements de l’album. Pour At the Speed of Sound, cela permettra de confronter les versions Bonham et Paul aux masters de 1976. Pour Wings Over America, le travail devra se faire à l’échelle des bandes de concert, pas seulement à celle des dates de la tournée.
Sources et parcours documentaire
- MPL, One Hand Clapping, album officiellement publié en 2024 : programme des performances de studio filmées en 1974.
- MPL, communiqué sur la sortie du film One Hand Clapping : formation de 1974, fonctions instrumentales et restauration du document de David Litchfield.
- MPL, Venus and Mars (1975) : programme, auteurs et crédits d’invités, notamment Geoff Britton, Allen Toussaint, Tom Scott et Dave Mason.
- MPL, Venus and Mars – Archive Collection (2014) : programme des quatorze bonus, états « Old Version », « Single Edit » et One Hand Clapping.
- MPL, At the Speed of Sound – Archive Collection (2014) : onze masters et sept bonus, dont la version John Bonham et celle chantée par Paul.
- MPL, communiqué sur les rééditions de 2014 et avis de report : contexte de publication moderne, distinct du calendrier des prises.
- MPL, Wings Over America – Archive Collection (2013) et chronologie de la décennie 2010 : programmes, réédition et principe de montage de plusieurs concerts.
- Yellow-Sub : journal One Hand Clapping, journal Venus and Mars, journal At the Speed of Sound et concertographie 1976 : points d’entrée vers les études et les événements datés.
État documentaire : les programmes et intitulés des versions sont établis par les catalogues de MPL ; les relations entre formation, période et type d’enregistrement sont distinguées. Les attributions de prises, matrices, mixages et interventions exactes ne sont considérées comme démontrées que lorsqu’un document ou un contrôle sonore le permet.












