Wings à Édimbourg en 1973 : bandeau des archives du groupe

WINGS · VENUS AND MARS · SESSIONOGRAPHIE 1974–1975

Venus and Mars : journal des séances, prises, overdubs et mixages de 1974 à 1975

La réalisation de Venus and Mars constitue un des chapitres les plus complexes de l’histoire des Wings. Le disque mêle les séances londoniennes de novembre 1974 à la grande campagne de La Nouvelle-Orléans, puis aux phases d’overdubs et de mixage du début 1975. Cette sessionographie relève les journées documentées et explique comment chaque titre avance de l’ébauche au master sans transformer un changement de studio en invention mythologique.

Principe de lecture : le calendrier décrit l’activité attestée, mais une simple date de séance ne suffit pas toujours à désigner une prise maîtresse, le nom d’un instrumentiste ou un mixage différent. Les crédits définitifs doivent être recoupés sur les documents propres à chaque chanson.

Le journal des 46 rendez-vous documentés

  1. 5 novembre 1974 · Letting Go · Enregistrement. Les premières pistes du futur album sont enregistrées à Londres. Ce jalon empêche de réduire la gestation de Venus and Mars à son séjour américain de 1975 : le son du disque résulte de sessions étalées sur plusieurs mois.
  2. 7 novembre 1974 · Love in Song · Enregistrement. La ballade est travaillée avant les séances de La Nouvelle-Orléans. Son atmosphère plutôt intérieure indique que l’album était déjà envisagé comme un parcours contrasté, et non comme une succession de morceaux destinés au rock de stade.
  3. 11 novembre 1974 · Medicine Jar · Enregistrement. La composition de Jimmy McCulloch et Colin Allen entre dans la préparation du disque. La voix principale et les parties doivent être différenciées du rôle de McCartney comme producteur et chef du projet.
  4. 13 novembre 1974 · Medicine Jar · Travaux complémentaires. Une deuxième date de séance est répertoriée pour Medicine Jar. Il serait abusif d’en déduire sans feuille de studio la nature exacte de chaque prise ; l’intérêt historique est d’établir que la chanson évolue sur plusieurs journées.
  5. 15 novembre 1974 · Sessions à Abbey Road · Studio. Une séance supplémentaire est identifiée dans le cycle initial. À ce stade, la formation n’est pas celle qui partira sur les grandes tournées de 1976 : un crédit collectif doit être vérifié piste par piste.
  6. 20 janvier 1975 · Lunch Box / Odd Sox · Prise. Ce titre instrumental appartient au réservoir d’enregistrements de l’époque. Son avenir sur un support discographique ultérieur ne doit pas être confondu avec sa date de création.
  7. 22 janvier 1975 · Venus and Mars (Reprise) · Enregistrement. Le rappel instrumental et vocal du thème d’ouverture donne une cohérence dramatique au programme. Il convient de ne pas traiter reprise et chanson initiale comme une seule performance enregistrée d’un trait.
  8. 23 janvier 1975 · Spirits of Ancient Egypt · Enregistrement. La pièce est travaillée dans un répertoire où Denny Laine conserve une place vocale importante. Le crédit du chanteur principal doit rester indépendant de celui du compositeur.
  9. 24 janvier 1975 · You Gave Me the Answer · Enregistrement. L’évocation du music-hall et des arrangements de musique légère fait contrepoint aux morceaux électriques. La prise du jour doit être replacée dans une production qui ne cherche pas l’uniformité stylistique.
  10. 25 janvier 1975 · Treat Her Gently / Lonely Old People · Enregistrement. La future suite tendre de la fin du disque entre au calendrier des sessions. Les différentes parties de la pièce doivent être examinées dans leur articulation et non assimilées à une simple ballade isolée.
  11. 27 janvier 1975 · Rock Show et Magneto and Titanium Man · Enregistrement. Une même journée réunit deux chansons théâtrales : l’une évoque directement les grandes salles de concert, l’autre l’imaginaire des bandes dessinées. Le travail de groupe prépare simultanément le LP et les futures scènes.
  12. 29 janvier 1975 · Venus and Mars · Enregistrement. Le thème de l’ouverture du disque est travaillé. Le texte installe l’attente d’un spectacle avant que la musique n’en déploie l’énergie dans Rock Show, établissant un lien entre la séquence d’album et l’expérience du concert.
  13. 31 janvier 1975 · Listen to What the Man Said et Crossroads · Enregistrement. Le futur single phare partage le calendrier de travail avec la reprise du thème de Crossroads. Le contraste des œuvres est considérable ; les interventions instrumentales supplémentaires du single doivent être datées séparément.
  14. 3 février 1975 · Medicine Jar et Call Me Back Again · Enregistrement. Le chantier revient à une pièce portée par Jimmy McCulloch et à une chanson dont l’interprétation de Paul s’inscrit dans la tradition du rhythm and blues. Les crédits exacts varient selon la plage considérée.
  15. 4 février 1975 · You Gave Me the Answer · Travaux de studio. Une nouvelle séance documente la poursuite de l’arrangement. Il faut résister à la tentation de conclure qu’une deuxième date représente nécessairement un réenregistrement complet.
  16. 5 février 1975 · Rock Show · Travaux de studio. La chanson se développe sur une nouvelle journée d’enregistrement. Son expansion musicale et l’ambition de la tournée de 1975–1976 entretiennent un rapport évident, mais l’ordre des décisions artistiques ne saurait être imaginé.
  17. 6 février 1975 · Letting Go, Venus and Mars (Reprise), Medicine Jar · Enregistrement. Plusieurs morceaux provenant de phases différentes sont retravaillés. Cela montre que le disque se construit par couches et reprises successives plutôt que sous la forme de journées consacrées à une seule œuvre.
  18. 12 février 1975 · My Carnival · Enregistrement. Cette excursion dans l’univers festif de La Nouvelle-Orléans restera en dehors du programme original. Le morceau doit être relié au contexte des séances de l’album sans être ajouté à sa liste de titres de 1975.
  19. 13 février 1975 · Baby Face · Enregistrement. Le répertoire exploré inclut une chanson au caractère ancien et ludique. La conservation de sa bande dans les archives rend perceptible une dimension de jeu qui disparaît du LP publié.
  20. 14 février 1975 · Magneto and Titanium Man · Travaux de studio. Le morceau inspiré des héros de comics est repris en studio. Les arrangements successifs peuvent être comparés aux versions de scène, sans présumer qu’une performance live témoigne du même état de la bande.
  21. 17 février 1975 · Magneto and Titanium Man · Travaux complémentaires. Une nouvelle date de séance est associée au morceau. La précision du journal aide à comprendre qu’une pièce à l’apparence directe peut avoir nécessité plusieurs étapes de fabrication.
  22. 18 février 1975 · Spirits of Ancient Egypt · Travaux complémentaires. L’enregistrement est poursuivi. Une notice de studio idéale distinguerait les instrumentistes sur les prises, les éventuels overdubs et les choix de mixage, sans inventer la contribution d’un musicien absent.
  23. 20 février 1975 · Spirits of Ancient Egypt et Listen to What the Man Said · Travaux de studio. Deux chansons destinées à des usages différents, l’une album et spectacle, l’autre grand single, font l’objet d’un nouveau passage en studio. Les interventions de musiciens invités exigent une documentation propre.
  24. 26 février 1975 · Venus and Mars et Rock Show · Overdubs. Les compléments sonores concernent l’ouverture du LP. La version condensée du futur 45 tours relève d’une étape éditoriale différente des pistes réunies sur le disque.
  25. 27 février 1975 · Love in Song · Overdubs. La ballade préparée en novembre 1974 fait l’objet de nouveaux travaux. Cette date témoigne du maintien d’un projet enregistré sur plusieurs mois et sur plusieurs lieux.
  26. 2 mars 1975 · Medicine Jar · Overdubs. Des interventions supplémentaires sont répertoriées. L’identification exacte des instruments doit être réservée aux documents qui l’attestent ; le calendrier, à lui seul, ne prouve pas le type d’overdub.
  27. 3–6 mars 1975 · Listen to What the Man Said · Overdubs. Le futur single se poursuit pendant plusieurs journées. La prise originale doit être distinguée des ajouts et de la version mise en circulation, dont les caractéristiques sont propres à chaque édition.
  28. 6 mars 1975 · Rock Show et You Gave Me the Answer · Overdubs. Ces deux chansons de registres presque opposés sont travaillées dans la même période de finition. Le disque réunit ainsi des sons qui ne réclament ni la même instrumentation ni la même intention dramatique.
  29. 7 mars 1975 · Rock Show · Overdubs. Une nouvelle séance est associée au titre électrique. L’interprétation du futur concert ne doit pas être utilisée pour remplir artificiellement les crédits des séances de studio.
  30. 10 mars 1975 · Arrangements de cordes · Overdubs. Une séance de cordes est signalée dans le cycle Venus and Mars. Une recherche complémentaire devra établir précisément les pistes concernées ; on ne saurait attribuer cet ensemble orchestral à tous les morceaux.
  31. 10 mars 1975 · Call Me Back Again · Overdubs. La chanson de soul reçoit de nouveaux travaux. Son développement repose particulièrement sur la performance vocale de McCartney, mais celle-ci doit être replacée parmi les choix d’arrangement collectif.
  32. 12 mars 1975 · Treat Her Gently / Lonely Old People · Overdubs. La pièce se précise lors d’une nouvelle séance de finition. Les repères datés permettent de comprendre que les titres intimistes reçoivent autant d’attention de studio que certains morceaux destinés à la scène.
  33. 14 mars 1975 · Venus and Mars (Reprise) et Treat Her Gently · Overdubs. La reprise thématique et le final sentimental se trouvent dans la même phase de travail. La cohérence de la séquence publiée repose également sur la façon dont ces plages sont équilibrées au mixage.
  34. 17 mars 1975 · Spirits of Ancient Egypt · Overdubs. Les travaux de la chanson se poursuivent ; un mixage de Lunch Box / Odd Sox est également répertorié dans cette période. Il faut distinguer les bandes destinées au LP des enregistrements conservés hors programme.
  35. 18 mars 1975 · Treat Her Gently / Lonely Old People · Overdubs. Nouvelle étape pour la pièce finale. Les reprises successives sont significatives d’une production plus ambitieuse que ne le laisserait penser la seule réputation de spontanéité des Wings.
  36. 19 mars 1975 · Love in Song · Mixage. La chanson passe à la préparation de son équilibre définitif. Sa généalogie commence en 1974 et s’achève dans les travaux de finition du LP de 1975.
  37. 20 mars 1975 · Rock Show · Mixage. Le morceau est travaillé à la console. Pour étudier le 45 tours, il faudra comparer la configuration longue de l’album et le montage destiné à la diffusion en single.
  38. 21 mars 1975 · You Gave Me the Answer · Mixage. L’arrangement rétro fait l’objet de décisions finales de son. Le mixage est une séance en soi, distincte de la composition ou de la captation initiale.
  39. 22 mars 1975 · Medicine Jar · Mixage. La chanson associée à Jimmy McCulloch est préparée pour l’album. La responsabilité de composition et la performance vocale ne doivent pas être effacées par le crédit de production général.
  40. 24 mars 1975 · Venus and Mars (Reprise) · Mixage. La reprise thématique entre dans les opérations de mixage alors que l’album approche de sa finition. Le disque final doit être lu comme une suite organisée, non comme une archive chronologique de prises.
  41. 25 mars 1975 · Spirits of Ancient Egypt · Mixage. Le titre passe au stade de finition. Sa mise en place sur l’album offre un repère pour reconstruire l’ordre des décisions de production.
  42. 26 mars 1975 · Call Me Back Again et Listen to What the Man Said · Mixage. Deux titres marqués par des influences soul atteignent une étape de finition. Le fait d’être mixés à la même date ne signifie pas qu’ils mobilisent exactement les mêmes musiciens ou les mêmes instruments.
  43. 27 mars 1975 · Treat Her Gently / Lonely Old People et Crossroads · Mixage. Le travail sur deux pièces très différentes clôt une partie essentielle de la préparation du programme publié. La présence de Crossroads sur le LP montre combien Wings assume les citations musicales et les contrastes.
  44. 16 mai 1975 · Listen to What the Man Said / Love in Song · Sortie du 45 tours. Le single britannique précède l’album. Les deux faces appartiennent au même cycle, mais les matériaux et les destinées commerciales de ces chansons diffèrent.
  45. 30 mai 1975 · Venus and Mars · Sortie de l’album. La date de publication retenue est celle de la discographie officielle de Paul McCartney. Le programme original réunit treize plages avec des contributions de musiciens et invités selon les morceaux ; les rééditions d’archives doivent être décrites séparément.
  46. 28 novembre 1975 · Venus and Mars / Rock Show / Magneto and Titanium Man · Sortie du single britannique. La configuration regroupe un montage de l’ouverture de l’album et un titre complémentaire. L’édition britannique doit être distinguée de la publication américaine, qui possède son propre calendrier de commercialisation.

Histoire des enregistrements : huit dossiers thématiques

Les séances de Londres : la généalogie commence avant le départ pour l’Amérique

Il est tentant de raconter Venus and Mars comme un album entièrement inventé à La Nouvelle-Orléans. Ce récit séduit par son décor, mais il simplifie la chronologie. Dès novembre 1974, Wings enregistre des morceaux qui resteront présents dans le programme définitif : Letting Go, Love in Song et Medicine Jar. Le journal fait apparaître plusieurs journées pour certaines chansons et l’implication de formations successives.

Ce caractère étalé est fondamental pour la distribution des crédits. Les parties enregistrées avec Geoff Britton ne peuvent pas être attribuées automatiquement à Joe English sous prétexte que celui-ci deviendra le batteur de la tournée puis du groupe stabilisé. Le disque est un objet issu d’une transition de personnel. Toute prétention encyclopédique suppose de dater chaque contribution plutôt que de projeter sur les séances le portrait de la formation la plus connue.

Sea-Saint Studios : une géographie réelle, pas un décor publicitaire

Les séances de janvier et février 1975 se déroulent au contact de l’environnement musical de La Nouvelle-Orléans. Ce voisinage a nourri la mythologie de l’album, mais les titres ne sont pas pour autant des pastiches du rhythm and blues local. Le groupe s’appuie sur une écriture préalable et organise en studio des œuvres contrastées, du medley d’ouverture aux pastiches de music-hall.

Il faut examiner les interventions extérieures indépendamment du climat général : Allen Toussaint, Tom Scott, Dave Mason ou d’autres collaborateurs n’ont pas nécessairement participé à la même chanson ni à la même phase de production. Les crédits des rééditions et des premiers pressages, comparés aux documents de sessions, permettent d’éviter ces attributions abusives.

Les chansons qui ont demandé plusieurs journées

Rock Show, Magneto and Titanium Man, Spirits of Ancient Egypt et Medicine Jar réapparaissent à plusieurs reprises dans le calendrier. Ce constat fournit une leçon de méthode. Une séance mentionnée le 5 février peut correspondre à des prises supplémentaires, une modification de structure ou une intervention précise ; la date seule ne permet pas d’en préciser la nature.

Le journal de cette étude utilise donc des formulations distinctes : prise, travaux supplémentaires, overdubs, mixage. Cette précision rend possible une enquête ultérieure sur les bandes multipistes sans présenter une reconstruction plausible comme un fait établi. Elle évite aussi de confondre une version entendue sur scène avec une prise authentifiée en studio.

Deux vies pour l’ouverture : l’album et le single

Venus and Mars et Rock Show construisent un geste d’ouverture : le spectateur attend le début d’un concert, puis la musique se déploie. Sur le vinyle, cette transition participe à l’unité de l’album. Le single publié plusieurs mois plus tard sélectionne et resserre cette matière, laquelle ne doit pas être confondue avec les versions longues des pistes originales.

La face complémentaire Magneto and Titanium Man ajoute une autre dimension. Le collectionneur doit donc documenter le pays, la référence, la durée mesurée, la forme du montage, les éventuels crédits modifiés et la présence ou l’absence d’un visuel propre. Les noms des chansons ne suffisent pas à identifier l’objet physique.

Du studio au concert : un disque écrit pour être joué

L’un des aspects les plus remarquables de Venus and Mars est son aptitude à devenir un répertoire de spectacle. Les ouvertures Venus and Mars et Rock Show remplissent une fonction scénique évidente, tandis que Letting Go, Spirits of Ancient Egypt, Medicine Jar, Call Me Back Again ou Listen to What the Man Said apportent différentes couleurs au programme.

Pourtant, la setlist d’une soirée de 1976 ne renseigne pas automatiquement la session de 1975. Les arrangements évoluent avec la présence des musiciens, la technique de sonorisation et la durée du show. Les deux documentations doivent être croisées sans se confondre : journal des prises d’un côté, fiche individuelle du concert de l’autre.

Le rôle des voix : McCartney, Laine et McCulloch

Le crédit général « Wings » cache des personnalités différentes. Denny Laine chante Spirits of Ancient Egypt ; Jimmy McCulloch occupe le premier plan de Medicine Jar ; McCartney assure d’autres interprétations principales. L’encyclopédie doit séparer composition, chant, production et instruments, quatre réalités qui peuvent appartenir à plusieurs musiciens.

La présence de Linda McCartney dans les harmonies et aux claviers, ainsi que ses contributions au travail du groupe, ne saurait être traitée comme une simple extension de la carrière de son mari. Il faut documenter chaque intervention et reconnaître les éventuelles limites des traces disponibles plutôt que de distribuer des crédits par habitude.

Les mixages de mars : l’album devient un objet

La succession des dates de mixage entre le 19 et le 27 mars montre la transformation de dizaines d’heures de travail en un album commercial. Chaque opération implique une sélection, un équilibre et parfois un montage. Le producteur ne se contente pas de photographier un groupe qui joue : il choisit la version que le public entendra.

La comparaison des éditions anglaises, françaises, allemandes, japonaises et américaines exige ensuite une autre enquête. Une matrice différente n’est pas automatiquement un nouveau mixage, et une pochette distincte ne signifie pas que la piste audio a été réenregistrée. Le guide des pressages doit fournir les preuves matérielles avant toute affirmation de rareté.

Ce que changent les éditions d’archives

Les éditions rétrospectives ajoutent des titres ou des versions absents du programme original, notamment des morceaux du cycle de Nashville, des performances filmées et des enregistrements de La Nouvelle-Orléans. Ces compléments élargissent notre compréhension de la période, mais ne doivent pas être remontés artificiellement dans la liste du LP vendu au printemps 1975.

La discographie scientifique distingue au moins quatre dates : création ou première prise, montage ou mixage, première publication commerciale et réédition patrimoniale. Le journal des séances donne l’ossature des deux premières ; les notices de collection et les fiches des singles documentent les deux autres.

Geoff Britton et Joe English : une transition, pas un remplacement de bande sur tout l’album

La sessionographie de Venus and Mars doit séparer les enregistrements commencés en novembre 1974 avec Geoff Britton des titres et interventions réalisés après l’arrivée de Joe English. Les sessions de Letting Go, Love in Song et Medicine Jar montrent qu’une chanson peut être enregistrée avant un changement d’effectif puis retravaillée après lui. Le musicien qui joue sur le master original n’est donc pas nécessairement celui que l’on voit dans les clips ou photographies promotionnelles de la parution. Cette distinction concerne aussi les versions live, où l’ensemble est élargi à neuf instrumentistes.

Les invités de La Nouvelle-Orléans ne sont pas des membres officiels

Tom Scott contribue au saxophone de Listen to What the Man Said, alors qu’Allen Toussaint et plusieurs instrumentistes du monde de la Nouvelle-Orléans interviennent dans l’environnement des séances. Le nom d’un musicien figurant dans les crédits généraux ne permet pas de le reporter sur toutes les pistes du disque. La même règle s’applique aux arrangements orchestraux réalisés au cours des finitions à Los Angeles : un pupitre enregistré pour une chanson ne fait pas partie des prises initiales des autres titres de l’album.

Un album qui transforme sa première plage en ouverture scénique

Le couple Venus and Mars / Rock Show relie directement le séquençage du LP de 1975 aux premiers numéros des concerts. Cette transformation permet d’étudier la manière dont une introduction discographique devient une entrée en scène, grâce aux lumières et à la formation renforcée. Pour la sessionographie, le master de studio et l’adaptation en concert doivent conserver leur provenance et leur personnel propre ; pour la concertographie, la succession musicale peut être analysée comme une unité de spectacle.

Quarante-six rendez-vous, mais plusieurs opérations pour une même chanson

Le journal de Venus and Mars réunit des prises rythmiques, des interventions vocales, des changements de personnel, des overdubs, des essais d’arrangement et des mixages. Il ne faut pas présenter ses quarante-six repères comme quarante-six compositions différentes, ni supposer qu’une séance numérotée aboutit obligatoirement à une piste commercialisée. Une chanson peut connaître une première mise en place, des retouches plusieurs semaines plus tard et un mixage final dans un autre pays. Inversement, une seule journée peut réunir plusieurs œuvres. La fonction du catalogue est d’identifier les activités, les musiciens qui y participent et la bande concernée.

31 janvier 1975 : trois œuvres, mais pas trois masters achevés

À Sea-Saint Recording Studio, à La Nouvelle-Orléans, les Wings travaillent le 31 janvier 1975 sur Listen to What the Man Said, les premières formes de My Carnival et le thème Crossroads. Les notes de séance attribuent à Paul McCartney le piano électrique de la prise de base de Listen to What the Man Said, à Jimmy McCulloch la guitare, à Denny Laine les bongos et à Joe English la batterie ; Paul ajoute ensuite une basse. Cette répartition est une photographie d’une étape de production et non de tous les instruments finalement audibles sur le single. Le morceau recevra des interventions supplémentaires, notamment de Dave Mason et de Tom Scott, avant la commercialisation. Une session de janvier n’efface donc pas les contributions de février et de mars.

21 février : Dave Mason et la fin des travaux de La Nouvelle-Orléans

Le 21 février, le guitariste Dave Mason, invité après un concert local auquel des membres du groupe ont assisté, rejoint une séance consacrée à Listen to What the Man Said. Son intervention illustre la différence entre un invité ponctuel et un membre officiel des Wings. La session marque également la fin de cette étape de travail à Sea-Saint, avant les opérations californiennes. Une notice qui se contente de créditer Mason sur l’album entier laisserait croire qu’il joue sur plusieurs pistes sans preuve. L’index des participants doit au contraire le relier à la chanson, à l’opération précise et à la période de sa présence.

Geoff Britton, Joe English et les versions de la période de transition

Le passage de Geoff Britton à Joe English n’est pas une frontière simple entre deux disques : plusieurs chansons en cours de création traversent la transition. Le nom figurant sur une photographie de groupe de 1975 ne remplace donc pas les crédits propres aux prises antérieures. Dans l’étude d’une chanson, il convient d’indiquer quel batteur joue sur la piste de base, s’il existe une partie refaite ultérieurement et quelle version le mixage final utilise. Lorsque les documents ne permettent pas de trancher sur une intervention donnée, la bonne pratique consiste à noter une attribution non entièrement déterminée plutôt que de choisir le personnel de la tournée par commodité.

De New Orleans à Los Angeles : un calendrier de production transatlantique

Les finitions de l’album se poursuivent après le séjour louisianais, notamment en Californie. L’instrumentation de Listen to What the Man Said, les arrangements de Crossroads et les décisions de séquencement demandent des dates distinctes. Les publications de 1975 sont encore une autre étape : le 45 tours britannique de Listen to What the Man Said et le LP Venus and Mars sont des objets éditoriaux dérivés des sessions, non des dates de prise. Cette distinction rend l’encyclopédie utile aux spécialistes qui veulent comprendre quel musicien, quel lieu et quel traitement technique sont liés à une version particulière.

Les jours de janvier : de l’essai de Spirits of Ancient Egypt à la nouvelle base

Le cas de Spirits of Ancient Egypt montre comment un changement de batteur rend une sessionographie particulièrement délicate. Une version du 21 janvier est associée à Geoff Britton, tandis qu’une nouvelle étape du 23 accompagne la transition vers Joe English. Le travail doit établir si les ajouts de février et mars se rapportent à une seule de ces bandes ou à des éléments retravaillés. Il serait inexact de noter les deux noms dans une liste unique de batterie sans expliquer leur relation avec le master. Le chanteur principal Denny Laine relève encore d’un autre crédit, distinct de la signature de composition.

Les sorties de 1975 : les supports n’ont pas tous le même son

Le mixage de Letting Go utilisé pour le single présente des différences réelles avec celui de l’album. De même, un couplage de 45 tours réunissant deux chansons ne prouve pas une séance d’enregistrement commune. Le catalogue doit donc distinguer la chanson comme œuvre, la prise de studio, son mixage et les éditions commerciales qui le reproduisent. L’analyse des pressages internationaux viendra ensuite préciser les pays, les labels et les éventuelles variantes de master, sans transformer automatiquement tout changement d’étiquette en inédit sonore.

La place de One Hand Clapping dans le contexte, mais hors des sessions du LP

Les travaux filmés d’août et octobre 1974 pour One Hand Clapping appartiennent à la même période de reconstruction des Wings, mais ils ne doivent pas être additionnés sans précaution aux séances ayant créé Venus and Mars. Une chanson filmée à Abbey Road en 1974 peut être reprise, réenregistrée ou remaniée pour l’album suivant. La proximité de personnel ne prouve pas l’identité d’une bande. Le journal chronologique doit pouvoir établir des renvois entre les deux projets tout en conservant leur autonomie artistique et technique.

Pour naviguer dans l’encyclopédie

Monographie de Venus and Mars · Chronologie 1974 · Chronologie 1975 · Toutes les chansons.