WINGS · 1980–1981 · FIN DU GROUPE ET ARCHIVES
Les dernières séances des Wings : Pugin Hall, Cold Cuts, Montserrat et séparation (1980–1981)
Enquête historique sur la lente disparition des Wings, depuis les dernières répétitions de 1980 jusqu’au départ de Denny Laine le 27 avril 1981. Dix-huit chapitres, quatorze repères datés et des liens vers les archives du dossier.
Quatorze jalons pour comprendre la fin des Wings
Les dates exactes proviennent des chronologies de séances identifiables ; les fourchettes sont indiquées sans inventer un jour précis.
- 29 décembre 1979 · Concert
Ultime concert des Wings au Hammersmith Odeon, événement distinct de la séparation publique du groupe.
- 16–17 janvier 1980 · Tournée annulée
Arrestation de Paul McCartney au Japon puis annulation des onze dates projetées ; aucune représentation n’est jouée.
- 2–25 octobre 1980 · Répétitions
Séances de Wings à Pugin Hall, Tenterden : phase de préparation, et non nouvel album publié.
- 8–9 décembre 1980 · Studio et événement personnel
Travail autour de Rainclouds et assassinat de John Lennon à New York ; la nouvelle bouleverse la reprise des séances.
- 12–23 janvier 1981 · Archives de studio
Overdubs et mixages associés au projet inédit Cold Cuts, avec des participations du dernier quintette.
- 21 janvier 1981 · Séance attribuée
Tug of War est associé à une séance à Parkgate ; la datation de la bande de base reste discutée.
- 2 février – 3 mars 1981 · Enregistrement
Séances à AIR Montserrat : Denny Laine et des invités participent au projet solo produit par George Martin.
- 4 février 1981 · Enregistrement
Travail sur Dress Me Up as a Robber, The Pound Is Sinking et Average Person ; autres prises et overdubs suivront.
- 9 février 1981 · Enregistrement
Travail associé à Somebody Who Cares et au changement des instrumentistes de studio.
- 16–18 février 1981 · Enregistrement
Séances consacrées notamment à Take It Away et Average Person, avec un effectif adapté à chaque chanson.
- 24 février 1981 · Enregistrement
Travail sur Get It, future collaboration discographique avec Carl Perkins.
- 28 février 1981 · Enregistrement
Travail sur Ebony and Ivory, en collaboration avec Stevie Wonder ; sa sortie interviendra en 1982.
- 11 mars 1981 · Reprise londonienne
Début de la nouvelle phase des sessions aux studios AIR de Londres, hors du cadre du quintette Wings.
- 27 avril 1981 · Départ annoncé
Denny Laine annonce publiquement son départ, jalon décisif dans la dissolution du groupe.
1. 1981 n’est pas un simple épilogue
Les dix dernières années de la vie de Paul McCartney ne peuvent être résumées à une dissolution annoncée un matin. Entre octobre 1980 et avril 1981, le modèle même du groupe est repensé. Wings existe encore comme nom, souvenir des tournées et réservoir d’enregistrements, mais l’organisation pratique du studio se transforme. Les décisions concernant le producteur, le répertoire et les instrumentistes modifient progressivement la place de chaque membre. Cette lente transition explique qu’il soit trompeur d’attribuer une date unique à la « dernière chanson » ou à la « dernière séance » des Wings sans préciser ce que l’on entend par une séance de groupe. La fin de l’entité scénique précède celle de ses ultimes interventions en studio.
2. Le point de départ : Hammersmith, décembre 1979
Le dernier concert effectif des Wings est celui du 29 décembre 1979, organisé au Hammersmith Odeon dans le contexte des Concerts for the People of Kampuchea. Cette date ne doit pas être déplacée à 1981 sous prétexte que la dissolution est annoncée plus tard. Les cinq membres officiels du dernier quintette sont Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Laurence Juber et Steve Holley. Les quatre musiciens supplémentaires de la section de cuivres appartiennent aux effectifs de scène, mais ne deviennent pas automatiquement des membres permanents du groupe. Cette précision permet de préserver le lien entre les archives filmées de 1979 et le sort des interprètes dans les mois qui suivent.
3. Janvier 1980 : l’interruption japonaise
L’arrestation de Paul McCartney à Narita le 16 janvier 1980 provoque l’annulation de la tournée japonaise. Les onze spectacles prévus n’ont pas été joués. Cet événement affaiblit considérablement le projet de relancer les concerts internationaux et change les perspectives financières et professionnelles du groupe. Il ne constitue pas pour autant la déclaration de dissolution des Wings. Les quatre autres membres ne choisissent pas, ce jour-là, de mettre fin au groupe dans une démarche collective documentée. Dans une chronologie rigoureuse, il faut donc séparer l’annulation des dates, le silence scénique qui suit et les décisions artistiques de la fin de 1980.
4. Octobre 1980 : Pugin Hall et l’incertitude du futur
En octobre 1980, Wings se réunit pour des répétitions à Pugin Hall, à Tenterden dans le Kent. Les séances du 2 au 25 octobre sont un repère essentiel : elles attestent qu’après le Japon, la dernière formation essaie encore de développer un répertoire. Les traces de ces répétitions n’équivalent pas à un album commercial achevé, encore moins à une nouvelle tournée. Des titres explorés pendant ces semaines deviendront des pièces de la période Tug of War ou Pipes of Peace, mais leur présence au stade de répétition ne garantit pas l’identité des prises définitives. C’est aussi dans cette phase que la possibilité de recourir à George Martin se précise et que le principe d’un effectif musical variable commence à prévaloir.
5. George Martin et le passage à une production par chanson
La reprise du travail avec George Martin modifie la logique de fabrication d’un disque. Au lieu de faire jouer automatiquement tous les morceaux par le même quintette, le producteur et McCartney envisagent de recruter l’instrumentiste le plus adapté à chaque pièce. Cette évolution n’efface pas les capacités de Laurence Juber ou de Steve Holley : elle remet en question la fonction du groupe comme ensemble fixe chargé de tout interpréter. En pratique, elle rapproche McCartney du modèle des séances avec invités et musiciens spécialisés. Il devient essentiel de ne pas créditer un album intitulé Tug of War aux Wings sous prétexte que des ex-membres du groupe figurent sur certaines bandes.
6. Décembre 1980 : Rainclouds et la mort de John Lennon
Au début de décembre 1980, Paul travaille avec Denny Laine et George Martin sur Rainclouds, titre qui paraîtra plus tard en face B. L’assassinat de John Lennon, le 8 décembre à New York, est appris en Angleterre le 9 et bouleverse profondément les séances. Il faut éviter deux erreurs : présenter Rainclouds comme une sortie des Wings de décembre 1980, et supposer que toute activité de studio s’interrompt définitivement ce jour-là. L’événement modifie l’atmosphère de travail et le rapport de McCartney au passé des Beatles, mais la chronologie de production reprend durant l’hiver et au printemps. Cette juxtaposition entre émotion personnelle, travail musical et reconstruction professionnelle fait de la période un moment particulièrement sensible.
7. Du 12 au 23 janvier 1981 : le retour du projet Cold Cuts
La dernière collaboration du quintette concerne notamment les travaux de janvier 1981 autour de Cold Cuts, album de chansons inédites constitué de bandes issues de plusieurs périodes. L’inventaire mentionne la séquence du 12 au 23 janvier, avec des interventions sur A Love for You, Waterspout, My Carnival et Same Time Next Year. Laurence Juber a décrit son jeu de slide guitar sur A Love for You ainsi que les interventions vocales de McCartney et les mixages entrepris à cette occasion. Il ne s’agit donc pas d’un disque neuf entièrement enregistré par les cinq Wings en 1981, mais d’une entreprise de révision d’archives où se superposent prises anciennes et ajouts tardifs. Le projet ne sortira pas à cette époque.
8. Les bandes de Cold Cuts : un piège pour les collectionneurs
Les copies de Cold Cuts qui ont circulé chez les collectionneurs ne forment pas un album officiel unique et immuable. Plusieurs sélections, montages et états de mixage se sont succédé avant même que des bandes non autorisées soient diffusées. Les morceaux retenus en 1981 peuvent avoir été commencés pendant Ram, Red Rose Speedway, Venus and Mars ou London Town. La présence d’un musicien sur une nouvelle couche sonore ne prouve pas sa participation à l’enregistrement d’origine. Une discographie de référence doit distinguer composition, bande de base, overdub, mixage, édition annoncée, copie de travail et première publication commerciale. Cette distinction explique pourquoi Cold Cuts figure à l’intérieur du dossier Wings tout en débordant les frontières chronologiques du groupe.
9. 21 janvier : Tug of War et les problèmes de datation
Le titre Tug of War est associé à une séance du 21 janvier 1981 aux studios Parkgate dans le Sussex, mais les chronologies de la bande de base ne sont pas totalement homogènes, certaines récapitulations mentionnant le 2 janvier ou un état antérieur. Il faut enregistrer cette incertitude plutôt que de lui substituer une date faussement certaine. L’importance historique du morceau est claire : il fournit le titre d’un futur album solo produit par George Martin, projet dont la conception rejoint encore l’environnement de travail des derniers Wings. Le statut de la bande ne change cependant pas celui de la publication définitive : l’album sera signé Paul McCartney.
10. 2 février–3 mars : Montserrat et le groupe à effectif variable
Aux studios AIR de Montserrat, les séances de février et du début mars donnent une forme concrète à la nouvelle méthode. Denny Laine participe encore à certaines prises, mais les partenaires se succèdent selon les chansons : Dave Mattacks, Steve Gadd, Stanley Clarke, Carl Perkins, Ringo Starr ou Stevie Wonder appartiennent aux rencontres de cette période. La présence de ces noms ne signifie pas qu’ils forment une nouvelle version des Wings. Il s’agit d’un projet McCartney produit par George Martin avec un casting adapté aux morceaux. Les crédits doivent être établis piste par piste, et non copiés depuis une liste générale de musiciens ayant visité Montserrat.
11. 4–11 février : nouvelles chansons et continuité des archives
Le début février est marqué par des séances consacrées à Dress Me Up as a Robber, The Pound Is Sinking, Average Person, Somebody Who Cares et Keep Under Cover, avec des dates de prise ou de travail qui peuvent différer selon les chansons. L’enregistrement de ces œuvres n’implique pas leur publication immédiate. Certaines seront retenues pour Tug of War, d’autres pour Pipes of Peace, dont la parution n’aura lieu qu’en 1983. Ce décalage entre le calendrier de studio et celui des disques illustre la nécessité de classer séparément chaque étape. Il constitue aussi un indicateur du changement d’échelle artistique : McCartney ne travaille plus en fonction du programme d’un groupe de scène devant promouvoir un nouvel album sur la route.
12. Février : Steve Gadd, Ringo Starr et Carl Perkins
Montserrat réunit des musiciens aux parcours très différents : la batterie de Steve Gadd apporte une précision nouvelle ; Ringo Starr retrouve McCartney dans un contexte de travail redevenu libre des anciens équilibres des Beatles ; Carl Perkins introduit une filiation directe avec la tradition rockabilly que Paul affectionne depuis Liverpool. Denny Laine se trouve à la croisée des deux mondes, encore présent dans une partie de ces enregistrements mais déjà éloigné du statut de partenaire permanent sur chaque chanson. Ces rencontres sont importantes parce qu’elles donnent au producteur une palette plus large ; elles ne constituent ni un concert public ni une réunion officielle des anciens Beatles.
13. 28 février : Ebony and Ivory avec Stevie Wonder
La collaboration de Paul McCartney avec Stevie Wonder sur Ebony and Ivory se rattache aux séances de Montserrat à la fin de février 1981. L’enregistrement deviendra un grand succès de l’année suivante. Il démontre aussi pourquoi la seule identité artistique du futur album est désormais celle de McCartney : l’écriture et la production évoluent autour d’invités précis, au lieu de l’interprétation systématique par Wings. La date du travail studio ne doit pas être confondue avec celle de la sortie du single en 1982. C’est un exemple particulièrement instructif de la différence entre la chronologie de la création et celle de la réception publique.
14. 11 mars : retour aux studios AIR de Londres
À partir du 11 mars, le travail autour de Tug of War se poursuit aux studios AIR de Londres. La documentation des sessions ne permet plus de parler sans nuance de réunions du quintette Wings. Denny Laine n’y joue pas le même rôle qu’à Montserrat et de nouveaux collaborateurs interviennent. Cette nouvelle configuration représente un point de rupture pratique : la dissolution n’est pas encore annoncée, mais le mode de fonctionnement d’un groupe stable est largement abandonné. Pour éviter les attributions abusives, il faut comparer les crédits d’interprétation de chaque titre, les prises documentées et les interventions ultérieures de mixage ou de doublage.
15. 27 avril : le départ public de Denny Laine
Le 27 avril 1981, Denny Laine annonce son départ des Wings. Sa décision officialise une rupture dont les manifestations musicales et professionnelles remontent à plusieurs mois. Laine est l’unique partenaire de Paul et Linda à avoir traversé toute l’histoire du groupe depuis 1971 ; son départ retire au nom Wings un élément essentiel de continuité. Les articles rétrospectifs utilisent parfois « la dissolution des Wings » comme synonyme strict de ce communiqué. Il est plus rigoureux de distinguer l’annonce du musicien, l’arrêt antérieur des tournées et la reconnaissance publique ultérieure de la fin du groupe par McCartney. Ce ne sont pas trois événements exactement superposables.
16. Laurence Juber et Steve Holley après Wings
Pour Laurence Juber et Steve Holley, l’effacement du projet de nouvel album collectif et l’abandon de perspectives de tournée sont des faits professionnels décisifs. L’un et l’autre ne peuvent être décrits uniquement comme des remplaçants temporaires dans la dernière formation : ils ont contribué à Back to the Egg, aux concerts de 1979 et aux ultimes essais de répétition. Leurs travaux de janvier 1981 sur les archives confirment que la fin du groupe n’a pas été instantanée après le dernier concert. Dans les biographies individuelles, il faut distinguer la date de leur dernier concert, celle de leur dernière présence documentée en séance et celle à laquelle la fin de Wings leur est effectivement communiquée.
17. Les publications postérieures ne constituent pas une reprise du groupe
Après avril 1981, les bandes et films des Wings continuent d’être publiés, montrés et réédités. Rockshow, les compilations, les archives de Cold Cuts ou les futures rééditions des albums alimentent la mémoire de la formation. Une première londonienne, une diffusion télévisée ou une sortie en vidéo peuvent avoir une date postérieure au départ de Laine sans attester le moindre nouvel enregistrement collectif. La chronologie du groupe doit conserver ces événements, mais sous une catégorie explicite : publication d’archives, exploitation du catalogue ou histoire de la réception. Cette solution permet d’intégrer les objets de collection sans prolonger artificiellement l’existence active des Wings.
18. Comment écrire la dernière page d’une encyclopédie Wings
Le bilan de 1981 repose sur quatre séries de documents : les agendas de studio, les crédits des disques, les déclarations des membres et la chronologie des parutions. Toute attribution doit préciser si elle concerne les cinq Wings, un duo, un ancien membre invité ou McCartney agissant en soliste. Les témoignages tardifs sont précieux mais peuvent résumer des semaines de changements en une seule anecdote ; les dates de séances, elles, ne suffisent pas toujours à établir qui était présent. La séparation des Wings doit donc être racontée comme un processus documentable plutôt que comme une rupture théâtrale. Cette méthode ouvre naturellement sur l’étude de Tug of War, sans le ranger parmi les sept albums studio du groupe.
1980 : l’arrêt des concerts précède l’arrêt de toute activité musicale
La dernière représentation publique des Wings a lieu le 29 décembre 1979 à Hammersmith, dans le cadre des concerts de solidarité pour le Kampuchéa. La crise de la tournée japonaise de janvier 1980 empêche la reprise prévue, mais elle ne suffit pas à dater la séparation artistique définitive du groupe. Les musiciens poursuivent des activités personnelles ou de studio, et plusieurs projets de bandes restent discutés. Il faut donc distinguer l’arrêt du calendrier scénique, l’interruption de la formation comme ensemble actif et l’annonce du départ de Denny Laine en 1981. Ces événements appartiennent à des moments différents : les réunir sous une date unique ferait disparaître la lente dissolution de l’entreprise musicale.
Cold Cuts et les archives : un projet non commercialisé n’est pas un album studio supplémentaire
Les projets autour de Cold Cuts montrent que des bandes enregistrées à diverses périodes peuvent être reprises, montées, complétées ou proposées pour publication longtemps après leur création. L’existence de programmes provisoires ne permet pas de considérer qu’un album définitif a été publié au nom de Wings en 1980 ou en 1981. Pour chaque chanson, la chronologie doit distinguer première prise, overdubs ultérieurs, mixage de travail, programme de compilation envisagé et première édition effectivement commercialisée. Une bande présentant Laurence Juber et Steve Holley n’est pas nécessairement contemporaine du master d’une chanson commencé avec une formation précédente. Les crédits doivent être établis à l’échelle de chaque version.
Les séances de Montserrat et les relations entre anciens Wings
Au début de 1981, McCartney travaille aux studios AIR de Montserrat dans un contexte qui n’est plus celui d’un groupe engagé dans une nouvelle tournée. La présence d’invités comme Ringo Starr ou de collaborateurs issus du cercle des Wings appartient à une nouvelle étape de sa carrière. Même lorsqu’un ancien membre participe à une session, l’œuvre enregistrée ne devient pas automatiquement un master de Wings. Les musiciens peuvent continuer à travailler ensemble après la disparition d’une entité commerciale ou artistique. La bonne méthode consiste donc à cataloguer l’artiste crédité, la formation présente et le projet de disque concerné, en renvoyant vers les biographies des participants plutôt qu’en créant une fausse continuité discographique.
1981 : une séparation historique dont les droits et les archives demeurent
Le départ public de Denny Laine, en avril 1981, marque l’achèvement de la trajectoire collective des Wings. Il ne clôt pourtant ni l’exploitation de leurs chansons ni la circulation des bandes et films. Les disques originaux continuent d’être distribués, des archives sont rééditées et des chansons sont reprises par McCartney dans ses tournées solo. Une histoire encyclopédique doit donc séparer la fin de la formation de la postérité des œuvres. Elle peut prolonger le récit au-delà de 1981, mais sans prétendre que toute nouvelle publication d’une ancienne prise ou toute réunion occasionnelle de musiciens constitue un retour officiel des Wings.
Prolonger l’enquête
Chronologie des Wings en 1981 · Chronologie des Wings en 1980 · Cold Cuts : les versions de l’album inédit · La succession des sept formations · 29 décembre 1979 : le dernier concert.












