ENCYCLOPÉDIE DISCOGRAPHIQUE · ALBUMS INÉDITS
Cold Cuts et Hot Hitz/Kold Kutz : l’album inédit des Wings, de 1974 à 1987
Histoire critique de l’album de raretés jamais publié : Nashville, les sélections de 1978, les overdubs de 1981, les mixages de 1987, les chansons écartées et les pièges qui attendent les collectionneurs.
Statut : projet non publié officiellement sous ce titre ; plusieurs configurations historiques et documents de circulation non autorisés. Périmètre : enregistrements de Paul McCartney, des Wings et de leur entourage.
1. Pourquoi Cold Cuts n’est pas un album ordinaire
Cold Cuts ne désigne pas un disque officiellement publié dans la discographie des Wings. Le nom recouvre plusieurs projets de compilation de morceaux écartés, de faces B, de chansons achevées et de versions remaniées, élaborés à plusieurs moments de la carrière de Paul McCartney. Parler de « l’album Cold Cuts » sans préciser la période est donc trompeur : les séquences, la conception et même les pistes envisagées ont varié.
Le problème est aussi historiographique. Une prise peut avoir été enregistrée pendant les séances de Ram puis retravaillée avec les Wings ; une chanson signée par Paul peut être chantée par Denny Laine ; une pièce préparée pour un album non publié peut réapparaître comme face B bien des années plus tard. L’histoire de cette œuvre inexistante commercialement est celle d’un laboratoire éditorial plus que celle d’un disque figé.
2. 1974–1975 : Nashville et la première idée
L’une des racines du projet apparaît dans le contexte des enregistrements de Nashville de 1974. Les Wings s’y installent après le succès de Band on the Run pour travailler sur de nouvelles chansons et reprendre des bandes antérieures. Hey Diddle, Wide Prairie et Send Me the Heart sont associés à ce faisceau de séances et de remaniements. Une compilation de morceaux rares ou inédits est alors envisagée, parfois présentée comme une sortie à prix modéré autour de 1975.
Il faut éviter d’attribuer à cette première époque le programme d’une cassette pirate publiée dix ou quinze ans plus tard. Les éléments disponibles ne permettent pas de reconstruire un ordre de pistes définitif et authentifié pour le projet envisagé en 1975. Le dossier distingue par conséquent les chansons travaillées pour cette idée et une véritable configuration de disque dont la preuve serait plus exigeante.
3. 1978 : le double Hot Hitz / Kold Kutz
En 1978, alors que London Town vient de paraître et que les Wings disposent d’un important catalogue de singles, McCartney envisage un double projet : réunir sur un disque les succès commerciaux et sur l’autre des titres moins accessibles. Le titre Hot Hitz / Kold Kutz joue sur l’opposition entre chansons « chaudes », devenues des tubes, et chutes de studio « froides ». Le second album offrirait un contre-récit à l’histoire officielle des hits.
La maison de disques privilégie finalement une compilation classique, Wings Greatest, publiée en novembre 1978. Le disque des raretés ne paraît pas. La conséquence durable est un décalage entre la mémoire du public, focalisée sur les gros succès, et celle des collectionneurs, attentifs aux matériaux que McCartney voulait lui-même sortir de ses archives.
4. 1979–1981 : nouvelles configurations et overdubs
À la fin de 1979, le projet réapparaît sous le titre raccourci Cold Cuts. La période coïncide avec la dernière formation de Wings, mais les chansons ne proviennent pas exclusivement des séances de Back to the Egg. Des pièces comme Waterspout, Cage ou Robber’s Ball représentent d’autres degrés d’achèvement et d’autres conceptions musicales. Le programme envisagé change, les instrumentaux et certaines prestations de Denny ou de Linda pouvant céder la place à des chansons plus directement attribuables à Paul.
En janvier 1981, alors que le groupe n’a plus d’activité scénique, plusieurs titres sont de nouveau travaillés : A Love for You, Waterspout, My Carnival et Same Time Next Year figurent parmi les morceaux associés à ces retouches. La présence d’un overdub tardif ne transforme pas rétroactivement l’enregistrement d’origine en « chanson enregistrée en 1981 » : les deux dates doivent être conservées.
5. 1986–1987 : réorchestrations et dernière tentative
À partir de 1986, McCartney réexamine une nouvelle fois les chansons, avec notamment Richard Niles pour certains arrangements. Le projet n’est alors plus exactement un album de Wings : les archives solo entrent aussi dans le champ de la compilation, tandis que Blue Sway reçoit une nouvelle approche orchestrale. Ce déplacement de périmètre est essentiel pour comprendre les versions circulant ensuite sous un titre pourtant inchangé.
En août 1987, Chris Thomas et Bill Price participent à de nouveaux travaux de mixage ou d’édition. Mama’s Little Girl et Same Time Next Year font partie des chansons citées dans ce contexte. Mais, une fois encore, le disque n’aboutit pas. Le succès commercial jugé plus prioritaire d’une compilation de tubes contribue à l’abandon de Cold Cuts, tandis que la circulation non autorisée des bandes brouille définitivement le statut du projet.
6. Hey Diddle, Wide Prairie, Send Me the Heart : le noyau Nashville
Hey Diddle est intéressant parce qu’il prend naissance avant même la période des Wings ; ses versions successives permettent d’observer le passage d’une maquette familiale à une réalisation complétée plus tard. Wide Prairie rejoint l’histoire personnelle et musicale de Linda McCartney. Send Me the Heart, chantée par Denny Laine et associée à l’écriture de McCartney, montre que les archives potentielles débordaient largement le seul rôle de Paul comme chanteur.
En reliant les trois titres, on comprend mieux le projet originel : publier des pièces auxquelles leur destination commerciale avait été refusée sans que leur valeur musicale soit forcément moindre. C’est précisément ce statut intermédiaire qui oblige le chercheur à séparer œuvre, interprétation, enregistrement et édition.
7. Waterspout, Cage, Robber’s Ball : autres Wings possibles
Waterspout, liée aux séances de London Town, représente une forme de pop inventive dont l’absence de la discographie de l’époque est devenue un sujet de curiosité. Cage, connue également sous des formes proches du titre Emotional Moments, provient du champ de Back to the Egg et de ses chansons non retenues. Robber’s Ball appartient aussi à l’univers des enregistrements tardifs, mais il serait abusif d’affirmer que ces trois pièces formaient un bloc définitif sur un master d’album unique.
L’analyse de ces titres permet d’interroger les choix esthétiques des disques publiés. Ce qui a été écarté n’est pas nécessairement ce qui était jugé « mauvais » : question de durée du LP, d’unité stylistique, de place des voix et de contraintes contractuelles. C’est tout un art du montage discographique qui apparaît à travers Cold Cuts.
8. A Love for You, My Carnival, Same Time Next Year : les trajectoires différées
A Love for You possède une histoire plus ancienne que les dernières années des Wings : le titre remonte à la période de Ram. Ses reprises et remaniements successifs montrent combien une chanson pouvait survivre à plusieurs plans d’albums. My Carnival, fruit des séances de La Nouvelle-Orléans de 1975, finira par faire une apparition officielle comme face B en 1985. Same Time Next Year poursuivra quant à elle sa carrière jusqu’à une publication bien postérieure aux premiers projets de Cold Cuts.
Ces trajectoires obligent à ne pas présenter le projet comme une archive totalement inédite aujourd’hui : certains morceaux ont été publiés depuis, parfois dans des versions différentes. Pour chaque titre, la bonne question est de savoir de quel mixage, de quel montage et de quelle année provient exactement la bande consultée.
9. Discographie matérielle : copies privées, bootlegs, éditions officielles
Un collectionneur doit d’abord identifier le statut de l’objet. Une compilation officielle peut contenir un titre historiquement destiné à Cold Cuts ; cela ne fait pas de cette compilation une édition officielle de Cold Cuts. Une cassette de circulation privée peut conserver une séquence de travail ; elle n’est ni nécessairement le master final ni la preuve d’une décision de parution. Enfin, un vinyle pirate portant une belle pochette et une numérotation convaincante reste une publication non autorisée.
Les mentions Club Sandwich, exclusive file, une étiquette de label inventée, une couleur de vinyle ou une liste de pistes ne doivent pas être confondues avec des références EMI/Capitol authentifiées. Dans une fiche de collection, il faut relever le support, les inscriptions de matrice, la provenance, le mixage réellement audible, la chronologie de circulation et les divergences de durée entre exemplaires.
10. Le programme perdu et la difficulté du tracklisting
Il est méthodologiquement incorrect de proposer « la » liste définitive des chansons de Cold Cuts comme s’il s’agissait d’un LP paru et stabilisé. Plusieurs programmes circulent en 1978, au début des années 1980 et dans la dernière tentative de 1987 ; ils n’emploient pas forcément les mêmes mixages. Une liste citée par un collectionneur peut correspondre à un assemblage de bande préparatoire ou à une reproduction pirate ultérieure.
C’est pourquoi cette encyclopédie privilégie une approche par état du projet : première idée dans les années 1974–1975, double compilation non réalisée en 1978, diverses sélections au tournant 1979–1981, arrangements complémentaires vers 1986 et derniers mixages en 1987. Chaque état doit être décrit pour lui-même.
11. La postérité : un album fantôme qui éclaire les Wings
Le véritable intérêt de Cold Cuts est de rendre visible l’immense production située hors des sept albums studio des Wings. Les bandes écartées révèlent des essais, des arrangements abandonnés et des performances de membres moins exposés médiatiquement. Elles replacent le groupe dans un processus créatif continu, plutôt que dans une succession de produits finis.
Il faut aussi accepter qu’une archive conserve des zones d’incertitude. Le refus d’inventer une date précise, un pressage officiel ou une attribution instrumentale participe de la qualité encyclopédique. Le chercheur saura parfois nommer un enregistrement et sa séance sans pouvoir reconstruire tous les changements de bande intervenus avant un éventuel mixage destiné au public.
Chansons à examiner : notices et enregistrements associés
Cette sélection identifie des œuvres souvent rapprochées du projet, sans prétendre constituer un programme de disque figé.
- Hey Diddle — dossier musical, état de publication et variantes à distinguer.
- Wide Prairie — dossier musical, état de publication et variantes à distinguer.
- Send Me the Heart — dossier musical, état de publication et variantes à distinguer.
- Waterspout — dossier musical, état de publication et variantes à distinguer.
- Cage — dossier musical, état de publication et variantes à distinguer.
- My Carnival — dossier musical, état de publication et variantes à distinguer.
- A Love for You — dossier musical, état de publication et variantes à distinguer.
- Same Time Next Year — dossier musical, état de publication et variantes à distinguer.
- Best Friend — dossier musical, état de publication et variantes à distinguer.
- Lunch Box / Odd Sox — dossier musical, état de publication et variantes à distinguer.
- Did We Meet Somewhere Before? — dossier musical, état de publication et variantes à distinguer.
- Mama’s Little Girl — dossier musical, état de publication et variantes à distinguer.
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