ENCYCLOPÉDIE WINGS · 1975 · SÉANCES, VERSIONS, ÉDITIONS
My Carnival (1975) : New Orleans, Professor Longhair et la face B de 1985
Enregistrée par les Wings dans l’effervescence musicale de La Nouvelle-Orléans, « My Carnival » n’est commercialisée qu’en 1985. L’histoire relie la culture du Mardi gras aux sessions de Venus and Mars et aux singles solo de McCartney.
La Nouvelle-Orléans comme laboratoire musical
En janvier et février 1975, Wings choisit les studios Sea-Saint de La Nouvelle-Orléans pour une part essentielle de l’enregistrement de Venus and Mars. La ville possède une culture musicale dont les rythmes, les fanfares et les traditions de carnaval exercent une influence directe sur les visiteurs. « My Carnival » est l’un des témoignages les plus explicites de cette rencontre entre le groupe britannique et son environnement américain.
L’enregistrement n’est pourtant pas retenu sur le LP Venus and Mars de mai 1975. Il demeure dans les archives jusqu’à sa première publication officielle dix ans plus tard, comme face B d’un single de Paul McCartney. La chronologie d’une œuvre doit donc faire cohabiter 1975, date de la séance, et 1985, année de commercialisation.
12 février 1975 : une séance au cœur de la ville
La prise est enregistrée le 12 février 1975 à Sea-Saint. La formation comprend Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Jimmy McCulloch et Joe English. Elle accueille aussi plusieurs musiciens locaux ; George Porter Jr., associé à la grande tradition funk de La Nouvelle-Orléans, intervient notamment au cowbell, tandis que Benny Spellman ajoute une contribution vocale grave. Le personnel crée une identité collective bien différente d’un morceau construit uniquement en overdubs par McCartney.
Cette séance intervient à proximité du carnaval et s’inscrit dans un moment où les Wings découvrent les traditions locales de l’intérieur. Le studio fonctionne comme lieu de rencontre, plutôt que comme une boîte isolée du monde extérieur. La chanson devient ainsi l’une des rares traces sonores où l’environnement culturel du séjour se manifeste de manière frontale.
La pulsation du Mardi gras et l’importance du chœur
« My Carnival » fonctionne sur une idée répétée et un appel collectif. Les voix s’y mêlent dans une atmosphère de fête, sur une rythmique qui privilégie le mouvement plus que la sophistication harmonique. Le caractère répétitif correspond à une logique de participation : on peut rejoindre le refrain sans connaître une succession compliquée de couplets et de ponts.
Le morceau peut être rapproché de l’univers de Professor Longhair et de traditions rythmiques locales, mais il faut distinguer influence culturelle et participation effective d’un musicien. Les crédits du master doivent servir à identifier ceux qui ont joué ou chanté sur la bande. Évoquer une atmosphère inspirée du carnaval ne justifie pas d’attribuer l’enregistrement à un orchestre local entier sans vérification.
Pourquoi la chanson ne figure-t-elle pas sur Venus and Mars ?
Venus and Mars rassemble des chansons aux caractères parfois opposés, depuis le hard rock de « Rock Show » jusqu’à la douceur de « Love in Song ». « My Carnival » aurait accentué la couleur néo-orléanaise mais aurait aussi modifié la construction générale du disque. Le choix de l’écarter démontre que le lieu d’enregistrement ne détermine pas mécaniquement les morceaux de la sélection finale.
Il n’existe pas de raison de transformer ce choix en jugement définitif sur la qualité de la chanson. Les décisions de programme relèvent aussi de la durée disponible sur le LP, de l’équilibre des faces et du désir de mettre certaines compositions en avant. Le statut de morceau écarté n’est pas synonyme de prise abandonnée pour défaut musical.
Le passage dans les projets d’archives Cold Cuts
Au cours des années suivantes, McCartney envisage plusieurs projets destinés à rassembler ses chansons inédites ou mises de côté. « My Carnival » circule parmi ces enregistrements réexaminés. Les programmes successifs de Cold Cuts montrent que le catalogue n’était pas immobile : des bandes de périodes très différentes étaient susceptibles de partager un même disque.
Ces projets non aboutis ne doivent pas être intégrés à la discographie commerciale au même titre qu’un LP effectivement sorti. Un montage de travail, un projet de pochette et une liste provisoire constituent des sources d’histoire de l’édition, pas la preuve d’une publication.
18 novembre 1985 : l’autre face de Spies Like Us
Le morceau est finalement publié en 1985 sur la face B du single « Spies Like Us », chanson liée au film du même nom. L’association produit un contraste chronologique saisissant : la face principale appartient aux activités de McCartney au milieu des années 1980, tandis que l’autre remonte au groupe de 1975.
Un collectionneur doit vérifier si son exemplaire porte la version courte ou une autre présentation commerciale selon le format et le territoire. Pour éviter tout anachronisme, la légende discographique sera formulée ainsi : « My Carnival », enregistré par Wings en 1975, publié officiellement sur disque en 1985. Il ne faut pas le faire passer pour une nouvelle séance des Wings de l’époque Spies Like Us.
2014 et les rééditions : redonner sa place à l’enregistrement
L’Archive Collection de Venus and Mars publiée en 2014 réintègre « My Carnival » au parcours du disque et propose également « Going to New Orleans (My Carnival) ». Les deux titres doivent être examinés séparément : leur proximité de nom n’autorise pas à les ranger comme une seule prise strictement identique. Le coffret de singles de 2022 rétablit par ailleurs l’importance de l’édition de 1985 dans le catalogue des 45 tours.
L’archiviste a intérêt à noter pour chaque apparition le support, le mixage, la durée réelle et le contexte d’édition. Cette approche permet de comparer les versions plutôt que de confondre le disque original et les programmes bonus quarante ans plus tard.
Un témoignage irremplaçable sur la sociabilité des Wings
« My Carnival » se situe à l’opposé des chansons des Wings qui reposent sur une histoire détaillée ou une virtuosité d’écriture. Sa valeur est précisément de faire entendre un groupe au contact d’une autre culture musicale. On y perçoit une envie de jouer ensemble, de partager une pulsation et d’enregistrer un moment dont le plaisir demeure lisible.
Cette dimension explique pourquoi la chanson compte dans une encyclopédie des Wings. Elle documente le séjour à La Nouvelle-Orléans, le personnel des studios Sea-Saint, l’évolution des projets d’archives et une réapparition commerciale dix ans après l’enregistrement. Voir Venus and Mars et l’inventaire des archives.












