On répète depuis cinquante ans que le premier album des Wings a été bâclé en trois jours. Les relevés de séance disent autre chose : du 24 juillet au 16 octobre 1971, orchestration comprise. Enquête complète sur la méthode empruntée à Dylan, le pseudonyme « Sam Browne », la naissance de Stella qui a donné son nom au groupe, « Dear Friend » adressée à Lennon — et sept idées reçues corrigées, à commencer par les classements, systématiquement inversés.
Il existe une accusation qui poursuit Paul McCartney depuis un demi-siècle, et il a eu l’élégance de la transformer en numéro un mondial : celle d’écrire des chansons d’amour idiotes. L’accusation est fausse pour une raison très simple, que ce classement voudrait démontrer pas à pas — non pas parce que les chansons seraient plus profondes qu’on ne le dit, mais parce qu’elles sont techniquement plus difficiles qu’on ne le croit. Écrire « Yesterday » est un accident biographique. Écrire, à trente ans de distance, « Things We Said Today », « Maybe I’m Amazed », « Calico Skies » et « My Valentine » relève d’un métier — un métier dont on peut décrire les outils, dater les acquisitions et mesurer les échecs.
Le 11 août 1969, les Beatles achèvent « I Want You (She’s So Heavy) ». Ce jour-là, John Lennon enregistre sa dernière note pour un disque du groupe.
Le 8 mai 1970, quand Let It Be arrive enfin dans les bacs britanniques, les Beatles ne sont déjà plus vraiment les Beatles. Paul McCartney a publiquement acté la séparation, John Lennon a quitté le navire en silence depuis des mois, George Harrison rêve d’un espace où ses chansons ne seraient plus traitées comme des notes de bas de page, et Ringo Starr, fidèle à lui-même, semble encore essayer de maintenir un peu de chaleur au milieu des décombres. Pourtant, ce disque que l’on a longtemps décrit comme un album mineur, mal ficelé, mal produit, mal aimé, n’a rien d’un simple appendice posthume. C’est au contraire l’un des objets les plus fascinants de toute la discographie beatlesienne : un album commencé comme un retour aux sources, filmé comme une séance de psychanalyse collective, abandonné à Glyn Johns, repris par Phil Spector, contesté par McCartney, réécrit en 2003, restauré par Peter Jackson et remixé en 2021. Un disque qui existe en plusieurs versions, aucune tout à fait définitive, chacune révélant une autre vérité. Let It Be n’est peut-être pas le grand testament artistique des Beatles — Abbey Road garde ce privilège —, mais il demeure leur testament humain : celui d’un groupe épuisé, fissuré, parfois cruel, mais encore capable, entre deux silences embarrassés, d’arracher au chaos quelques chansons immortelles.
Il y a des disques dont l’anniversaire ressemble moins à une célébration qu’à une autopsie amoureuse. Red Rose Speedway, publié le 30 avril 1973 aux États-Unis, appartient à cette famille-là : un album qu’on a longtemps rangé trop vite du côté des œuvres mineures de Paul McCartney, alors qu’il raconte en creux l’un des moments les plus passionnants, les plus fragiles et les plus contradictoires de l’histoire de Wings. Car derrière le LP simple que le public a découvert en 1973 se cache un autre disque, plus vaste, plus rugueux, plus collectif : un double album fantôme, documenté par les acétates de Denny Seiwell et ressuscité en partie par l’Archive Collection de 2018. C’est là que Red Rose Speedway devient vraiment fascinant. Non pas parce qu’il serait un chef-d’œuvre dissimulé, intact et incompris, mais parce qu’il porte partout les traces de ce qu’il aurait pu être : un vrai disque de groupe, traversé par les tensions entre McCartney le bâtisseur mélodique et ses musiciens qui voulaient mordre davantage. À 53 ans, il faut donc le réécouter autrement : en entendant le solo de Henry McCullough sur My Love, l’étrangeté de Loup, la grâce de Little Lamb Dragonfly, mais aussi tous les morceaux absents qui dessinent, autour de l’album publié, la silhouette d’une œuvre blessée.
En décembre 1971, Paul McCartney lance Wings avec l’album Wild Life, capté en quelques jours aux studios EMI. Ce disque brut, spontané et délibérément dépouillé marque une rupture avec la pop léchée des Beatles. Refusant le formatage commercial, McCartney mise sur la liberté, l’intimité et un esprit de groupe naissant. Malgré une réception mitigée à sa sortie, Wild Life est aujourd’hui perçu comme un manifeste sincère, point de départ d’une nouvelle ère musicale pour Paul et Linda, au croisement de la vie privée et de la création.
Dans l’album Red Rose Speedway, Paul McCartney et Wings explorent de nouveaux horizons musicaux à travers un medley audacieux. « Hands Of Love », morceau clé de cette fresque sonore, illustre l’ingéniosité de McCartney et l’influence des Beatles sur sa création. Grâce au talent d’Alan Parsons à Abbey Road, ce titre bénéficie d’un montage subtil qui enrichit son atmosphère intimiste. Jamais joué en live, il reste un témoignage intemporel de l’expérimentation musicale des années 1970.
En 1975, Paul McCartney surprend en choisissant « Letting Go » comme deuxième single de Venus and Mars. Moins radiophonique que son prédécesseur, le morceau dévoile une facette plus sombre et soul de Wings, avec des arrangements cuivrés influencés par la Nouvelle-Orléans. S’il connaît un succès modéré dans les classements, il s’impose sur scène comme un moment fort des concerts, notamment pendant la tournée Wings Over the World. Réhabilité dans les années 2010, il demeure une pièce essentielle de l’univers McCartney.
En matière de stage pour créer de la pop progressive et avant-gardiste, il est difficile de trouver mieux que de se retrouver dans les coulisses d’Abbey Road Studios à la fin des années 1960. Être une petite souris dans la pièce pendant que certains des plus grands morceaux de pop de la décennie prennent vie. Avoir un aperçu unique des processus créatifs de groupes comme Pink Floyd, The Hollies, et… un petit groupe nommé The Beatles.
Le groupe prévoit de ressortir un beau coffret de 11 vinyles qui reprendra tous les albums : de Tales Of Mystery And Imagination (1976) à The Sicilian Defence en 2014, tous ces disques seront remasterisés pour l’occasion. Le box est prévu pour le 18 novembre et sera limité à 1500 exemplaires, dans un premier temps. Il s’agit en fait de la version vinyle du coffret CD sorti en 2014. The Sicilian Defence n’était par ailleurs jamais sorti en vinyle auparavant.
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