Ringo Starr : encyclopédie des collaborations artistiques et musicales sur Yellow-Sub.net

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Yellow-Sub.net · Dossier transversal · 1973 · Apple Records

Ringo (1973) : encyclopédie des invités, des séances et des versions

Lennon, Harrison, McCartney, Marc Bolan, Billy Preston, Harry Nilsson et Jim Keltner : le véritable personnel des dix chansons, les dates de studio et les pressages.

1973 : l’année où le studio de Ringo devient un carrefour transatlantique

Enregistré à partir du 5 mars 1973 et publié en novembre, Ringo est bien davantage qu’un album solo agrémenté de quelques célébrités. Son producteur Richard Perry constitue, autour du chanteur-batteur, un réseau de musiciens américains et britanniques dont les parcours couvrent le rock, la soul, le rhythm and blues et l’arrangement orchestral. Plusieurs anciens Beatles contribuent à l’œuvre sans se retrouver tous quatre sur une même bande : John Lennon joue sur « I’m the Greatest », George Harrison participe à plusieurs titres et Paul McCartney apporte une composition et des overdubs. La vraie valeur encyclopédique est de détailler ces relations par master et par journée, car le générique global du LP ne représente pas un orchestre permanent.

Les dix plages : un album-concert imaginaire

La première face enchaîne « I’m the Greatest », « Have You Seen My Baby », « Photograph », « Sunshine Life for Me (Sail Away Raymond) » et « You’re Sixteen ». La deuxième comprend « Oh My My », « Step Lightly », « Six O’Clock », « Devil Woman » et « You and Me (Babe) ». Cette séquence tient de la revue : passages comiques, honky-tonk, chanson pop, soul et finale dans laquelle Ringo remercie oralement les invités. Le générique spectaculaire de « You and Me (Babe) » est une clé de lecture artistique de l’album, mais ne doit pas devenir le seul instrument de recherche : les noms salués en fin de disque n’ont pas joué sur toutes les chansons, et certaines prestations particulières restent cachées derrière des crédits de groupe.

5–9 mars 1973 : les bases rythmiques de Los Angeles

Le 5 mars, à Sunset Sound Recorders, Richard Perry et l’ingénieur Bill Schnee commencent les séances avec « Have You Seen My Baby » et « You’re Sixteen ». Les enregistrements de « Oh My My » se déroulent à partir du 6 mars ; « Devil Woman » prend forme le 8 mars ; « Photograph » et « Step Lightly » sont associés au 9 mars. Plusieurs bandes sont modifiées en mai, juin et juillet. Un agenda sérieux distingue la première prise de la dernière intervention en studio. Une date unique d’enregistrement imprimée à côté d’une chanson peut masquer des étapes successives, parfois dans plusieurs bâtiments et pays. Les pages liées à ce chapitre conservent systématiquement les deux états.

13 et 14 mars : Lennon, Harrison et le retour musical d’un trio

Le 13 mars 1973, Lennon se joint à Ringo et à George Harrison pour enregistrer « I’m the Greatest ». Klaus Voormann tient la basse, Lennon le piano et Harrison la guitare électrique. Richard Perry supervise, Bill Schnee enregistre. Des overdubs du 14 mars comprennent l’orgue de Billy Preston et les parties vocales qui transforment la première bande en disque achevé. La scène est souvent présentée sous l’étiquette d’une « réunion des Beatles », mais Paul McCartney n’est pas à cette séance. Il faut lui donner sa véritable importance, historique sans être mythique : l’album de Ringo accueille trois anciens membres du groupe ensemble sur un titre, non le quatuor reformé.

Les séances de Paul et Linda McCartney : Londres, mars-avril

« Six O’Clock », écrite par Paul et Linda McCartney, apporte une autre architecture de collaboration. Paul intervient au piano, au synthétiseur, aux chœurs et dans les arrangements de cordes et de flûtes ; Linda participe aux chœurs. Les chronologies secondaires ne s’accordent pas parfaitement sur la datation d’une séance londonienne de base : certaines indiquent le 28 mars, d’autres le 2 ou le 16 avril. La séquence vérifiable est celle d’un travail londonien au printemps 1973 et d’interventions à Abbey Road en avril. Lors de cette période, Paul enregistre aussi une imitation vocale de saxophone pour « You’re Sixteen », créditée de manière simplifiée comme « kazoo » sur certaines pochettes. La variante complète de « Six O’Clock » fait partie des énigmes de pressages les plus intéressantes de l’album.

Marc Bolan, un guitariste de T. Rex dans une chanson de Randy Newman

« Have You Seen My Baby » est une composition de Randy Newman, reprise par Ringo après des interprétations antérieures du répertoire américain. Marc Bolan apporte la guitare électrique, James Booker le piano, Klaus Voormann la basse et Jim Keltner une seconde batterie aux côtés de celle de Ringo. Les bandes concernent mars, mai et juillet. L’association de Bolan et de Starr prolonge leur proximité depuis le film Born to Boogie de 1972, mais elle constitue une contribution instrumentale distincte. La mention erronée « Hold On » sur certaines premières pochettes demande également une note discographique : il s’agit d’un problème d’intitulé, pas d’un autre master.

Soul américaine, deux batteries et coécritures Starkey–Poncia

Sur « Oh My My » et « Devil Woman », Ringo travaille avec Vini Poncia, coauteur de ces deux chansons. Le producteur Richard Perry organise une formation où figurent les deux batteries de Starr et Jim Keltner, la basse de Voormann et différents claviers et cuivres. « Oh My My » réunit notamment Billy Preston, Martha Reeves et Merry Clayton ; « Devil Woman » ajoute Tom Hensley, Tom Scott, Chuck Findley et Milt Holland dans une orchestration plus tendue. Ici, l’intérêt n’est pas de compter des invités, mais de comprendre comment un ancien Beatle adopte le langage rythmique de musiciens de studio de Los Angeles et de chanteuses venues de la soul américaine.

Harry Nilsson et le mystérieux instrument de You’re Sixteen

La reprise du classique des frères Sherman, « You’re Sixteen », associe les chœurs doo-wop de Harry Nilsson aux chœurs de Linda McCartney et au fameux solo de Paul. Le disque mentionne un kazoo ; le témoignage du producteur et les explications de Paul décrivent en réalité une imitation vocale de saxophone passée dans un traitement électronique. L’album relie ainsi trois collaborations simultanées, mais sans intervention de John Lennon ou George Harrison sur ce master. Le morceau fait partie des grands succès commerciaux de Ringo et permet de comparer les génériques originaux, les témoignages rétrospectifs et les crédits normalisés actuels, parfois moins précis que le récit des séances.

Nicky Hopkins, Steve Cropper et les pieds du batteur

« Step Lightly » illustre l’humour du projet. La chanson est de Ringo seul ; son personnel comprend les guitares de Steve Cropper et Jimmy Calvert, le piano électrique de Nicky Hopkins, les clarinettes arrangées par Tom Scott et la basse de Klaus Voormann. Surtout, Starr enregistre ses chaussures de claquettes. Ce crédit spectaculaire ne doit pas être traité comme une simple anecdote : il appartient au programme audio et aux mentions de pochette. La chanson sera réenregistrée pour Ringo 2012, avec une formation et un master différents. Cette seconde version doit conserver sa propre entrée sans être confondue avec le montage de 1973.

Le disque physique, ses pressages et sa pochette

Le LP américain paraît sur Apple SWAL-3413 et le LP britannique sur Apple PCTC 252. Les catalogues de collectionneurs mentionnent notamment le pressage français 2 C 068-05492, un pressage allemand 1C 064-05 492 et le premier LP japonais EAP-9037X, sous réserve du contrôle des étiquettes et matrices de variantes. L’album est accompagné d’une pochette dépliante et d’un livret illustré. Les grandes illustrations sont attribuées à Tim Bruckner, et le travail graphique intérieur à Klaus Voormann, qui est aussi bassiste sur plusieurs titres. Le fait qu’un artiste dessine et joue ne dispense pas de séparer sa contribution iconographique de ses crédits d’instrumentiste.

Six O’Clock : une version longue qui n’est pas un nouvel enregistrement

La version la plus courante de « Six O’Clock » dure environ 4 min 05–4 min 06. Une version d’environ 5 min 26, conservant une coda supplémentaire, a circulé sur certaines copies promotionnelles et des formats cassette ou cartouche 8 pistes. Quelques étiquettes du LP commercial portent la durée du montage long alors que le disque contient la version courte. La version longue a retrouvé une diffusion en CD sur la réédition de Goodnight Vienna en 1992. Cette histoire est plus complexe qu’une « rareté inédite » : elle concerne l’édition et le montage d’une même chanson, et exige une comparaison de minutages, de fades, de matrices et d’originaux de bande.

Des singles qui prolongent l’album en 1974 et 1976

« Photograph » sort en 45 tours avant l’album, accompagné de « Down and Out ». « You’re Sixteen », avec « Devil Woman » au verso, paraît ensuite entre fin 1973 et début 1974 selon les territoires. « Oh My My », couplé à « Step Lightly » aux États-Unis, devient un autre succès américain en 1974, puis fait l’objet d’une édition britannique en 1976 avec une autre face B. Les différents 45 tours ne changent pas nécessairement la composition du master original ; ils changent le contexte commercial, le support, les pressages et parfois le mix. Pour une encyclopédie qui suit les collaborateurs de Ringo, il faut distinguer le titre d’album, les singles et les réutilisations sur les compilations comme Blast from Your Past.

La place des titres déjà documentés ailleurs dans le dossier

Le présent atlas n’efface aucune étude précédente. Les pages sur « Photograph » et « You and Me (Babe) » sont déjà liées au chapitre George Harrison, et la collaboration avec The Band sur « Sunshine Life for Me » y possède sa propre histoire de bandes et de rééditions. Les nouvelles études consacrées à Lennon, McCartney, Marc Bolan, Harry Nilsson et aux deux batteries de la soul viennent compléter l’ensemble. Un maillage croisé doit permettre à un lecteur de partir d’un musicien, d’une chanson, d’une date ou d’un pressage pour atteindre les mêmes documents, sans multiplier les notices portant exactement la même information.

Oh My My et Devil Woman : le premier atelier d’écriture Starkey–Poncia

L’album Ringo de 1973 est connu pour la présence exceptionnelle des trois autres Beatles sur différentes chansons, mais le rôle de Vini Poncia mérite d’être mis au premier plan pour comprendre la transformation de Ringo Starr en auteur de son répertoire. Richard Perry présente Poncia au chanteur afin de travailler sur des compositions nouvelles. Dans ses souvenirs, Ringo décrit les deux hommes réunis autour d’un piano, à partir de phrases ordinaires susceptibles de devenir un titre ou une idée de texte. Cette méthode d’écriture ne ressemble pas nécessairement au schéma d’un compositeur présentant une chanson finie à un interprète : l’œuvre se construit au fil d’une conversation et de propositions musicales successives.

« Oh My My » et « Devil Woman » constituent les deux compositions Starkey–Poncia du programme. Les formations de studio sont différentes, ce qui rappelle qu’un crédit d’auteur ne détermine pas l’instrumentation définitive. « Oh My My » réunit deux batteries, celles de Ringo et Jim Keltner, ainsi que les claviers de Billy Preston, les cuivres et le saxophone de Tom Scott et des voix d’accompagnement parmi lesquelles celles de Poncia, Martha Reeves et Merry Clayton. Poncia est donc présent à la fois dans la genèse de l’œuvre et parmi les voix du master, mais il ne faut pas lui attribuer pour autant les arrangements de cuivres d’autres professionnels.

Le rôle de Richard Perry demeure central dans l’organisation de l’ensemble. Il réunit des instrumentistes ayant des carrières indépendantes, coordonne les séances et cherche à donner une cohérence à des chansons écrites par des personnes différentes. La présence de Poncia dans ce réseau ne signifie pas qu’il produit l’album à la place de Perry. Son évolution ultérieure vers la production principale de Bad Boy en 1978 ne doit pas non plus être projetée rétroactivement sur 1973.

Cette nuance est fondamentale pour une discographie savante : une première coécriture peut devenir l’origine d’une relation très productive sans constituer immédiatement un partenariat exclusif de studio. Ringo continuera à recevoir des chansons de Lennon, Harrison, McCartney et d’autres auteurs, tout en développant sa propre écriture avec Poncia. La monographie consacrée à Vini Poncia suit cet itinéraire jusqu’en 2012 ; la présente page reste l’atlas de l’album Ringo et de ses prises originales.

Bibliographie de référence et hiérarchie des preuves

Sources de travail : pochette et livret d’origine du LP Ringo, Apple SWAL-3413 / PCTC 252 ; Ringo Starr Official Store, notice historique du LP ; The Beatles Bible, dossiers et chronologies individuels des dix chansons, notamment les séances des 5, 13 et 28 mars 1973 ; The Paul McCartney Project, notices d’album et « Six O’Clock » ; MusicBrainz, crédits piste par piste des masters ; Official Charts Company, historique du LP PCTC 252 ; tableaux de pressages de JPGR et Music Sammler. En cas de conflit entre les dates de séances citées dans des chronologies secondaires, la notice le signale ; la date d’un master n’est pas automatiquement une date de publication.

Le cas Jim Horn : un crédit d’arrangement, pas un solo

Dans l’atlas du disque Ringo, l’arrangement des cuivres de « Oh My My » doit être attribué conjointement à Jim Horn et Tom Scott, tandis que le solo de saxophone appartient à Scott. Cette précision empêche de construire une discographie fictive de Jim Horn à partir des solos des titres voisins. Le saxophone ténor de « Photograph », pour sa part, est attribué à Bobby Keys et s’inscrit dans une fabrication orchestrale où intervient également Jack Nitzsche. Les deux nouvelles études individuelles distinguent ces rôles, tandis que la présente page conserve sa fonction d’inventaire général des séances et des éditions.

Lire aussi : Jim Horn et « Oh My My » · Bobby Keys, de « Photograph » à Goodnight Vienna.