Yellow-Sub.net · Paul et Linda McCartney · 1973
Six O’Clock : Paul et Linda McCartney, Ringo et la version de 5 min 26
La composition McCartney, les séances londoniennes, la coda supprimée et les pressages Apple rares.
Une chanson écrite par Paul et Linda McCartney
« Six O’Clock », huitième chanson de l’album « Ringo » paru en 1973, porte la signature conjointe de Paul et Linda McCartney. L’originalité de cette collaboration ne tient pas seulement à la proximité entre anciens Beatles. Paul intervient également comme pianiste, joueur de synthétiseur, choriste et arrangeur de cordes et de flûtes. Linda ajoute ses voix d’accompagnement. Ringo est l’interprète principal et le batteur. Dans la fiche d’œuvre, Paul et Linda sont les auteurs ; dans la fiche de l’enregistrement, ils deviennent aussi des interprètes et, pour Paul, un arrangeur. La production globale reste sous la responsabilité de Richard Perry.
Un projet à deux continents
Le LP est essentiellement construit à Los Angeles au cours des séances de mars 1973. « Six O’Clock » fait exception : le travail avec Paul et Linda s’inscrit dans les studios londoniens au printemps. Cette géographie est importante car elle interdit de décrire tous les titres de l’album comme ayant été enregistrés à Sunset Sound. La partie principale est associée aux studios Apple de Savile Row, tandis que des compléments sont signalés à Abbey Road en avril. Des équipes et des matériels différents interviennent ainsi dans la constitution du disque. La chanson relie le monde des studios de Ringo à celui de l’activité contemporaine de Paul et Linda avec Wings.
Les dates débattues : 28 mars, 2 avril ou 16 avril 1973 ?
Plusieurs chronologies publiées ne désignent pas le même jour comme date de la session londonienne : The Beatles Bible consacre une entrée au 28 mars 1973 ; The Paul McCartney Project rapproche également une intervention du 2 avril ; une synthèse de l’histoire de l’album évoque le 16 avril. Ces indications peuvent correspondre à des étapes distinctes ou à des divergences de datation, mais rien ne permet ici de les fusionner définitivement. Le dossier privilégie donc une formulation prudente : travail avec les McCartney au printemps 1973 à Londres, plusieurs prises au studio Apple et compléments à Abbey Road en avril. Les feuilles de bande originales restent nécessaires pour résoudre ce calendrier.
Les quinze prises de l’enregistrement initial
Le récit de la séance attribue à l’équipe quinze prises de la chanson au cours d’une longue nuit d’enregistrement. La session se serait terminée vers six heures du matin. Le chiffre ne représente pas quinze masters différents, mais des essais et des tentatives destinées à fixer la performance. Il serait tout aussi incorrect de compter quinze collaborations distinctes entre Ringo et Paul que de supposer quinze publications. Une base de données archivistique pourrait créer des enregistrements de travail pour les bandes identifiées, mais elle doit conserver une œuvre unique et un master commercial principal. Le déroulement précis des overdubs de cordes, flûtes et synthétiseur demande encore le contrôle des feuilles de prise.
La contribution instrumentale de Paul
Les crédits de « Six O’Clock » donnent Paul McCartney au piano et au synthétiseur, ainsi qu’aux chœurs et aux arrangements de cordes et de flûtes. Il s’agit donc d’une contribution qui touche à la fois la composition et la couleur orchestrale. L’instrumentation du titre diffère de la soul américaine de « Oh My My » ou du rock de Marc Bolan. Paul ne joue pas sur tout l’album « Ringo », et ses activités de studio ne doivent pas être extrapolées au-delà des chansons pour lesquelles une présence est attestée. Cette limitation rend la collaboration d’autant plus intéressante : elle est spécifiquement conçue pour un morceau destiné au chant de Starr.
Linda McCartney, compositrice et choriste
Linda n’est pas simplement présente dans l’entourage personnel de Paul. Elle est expressément créditée comme coauteure et choriste de « Six O’Clock ». L’attribution doit donc reconnaître deux personnes, deux auteurs et une voix ajoutée à la performance principale de Ringo. Le développement de Wings à cette période rend leur collaboration créative déjà familière, mais le support final est ici un disque d’un autre artiste. La chanson offre un exemple très net d’une œuvre écrite à deux et confiée à un interprète tiers, ce qui se distingue des reprises de standards enregistrées ailleurs dans le même album.
Klaus Voormann et Vini Poncia dans la session
Les crédits du master identifient Klaus Voormann à la basse et Vini Poncia aux guitares et aux percussions. Ces contributions préservent le lien avec la section rythmique du projet Ringo, même dans le cadre d’une séance où Paul ajoute une orchestration plus ambitieuse. Voormann est un partenaire régulier des anciens Beatles, mais sa présence sur cette chanson ne suffit pas à y faire jouer John Lennon ou George Harrison. Poncia devient ensuite l’un des collaborateurs d’écriture importants de Starr. En 1973, sa prestation sur « Six O’Clock » est principalement instrumentale, tandis que ses coécritures avec Ringo apparaissent ailleurs sur le LP.
La version courte du microsillon ordinaire
Le programme habituel du LP contient un montage de « Six O’Clock » d’environ quatre minutes et cinq ou six secondes. Cette version s’achève plus tôt que l’état complet conservé sur certaines éditions. Les références du 33 tours américain SWAL-3413 et du britannique PCTC 252 concernent le disque dans son ensemble ; un exemplaire doit être contrôlé matériellement avant qu’une version sonore particulière lui soit attribuée. La durée nominale publiée dans un catalogue n’indique pas toujours le contenu d’un exemplaire précis. Le travail de collectionneur commence donc par identifier le pays, l’étiquette, le programme réel et, si possible, les matrices.
La coda complète de cinq minutes vingt-six
La version étendue conserve une coda qui porte la durée totale à environ cinq minutes vingt-six. Elle apparaît sur certaines copies promotionnelles et sur plusieurs éditions cassette et cartouche 8 pistes des débuts. Il ne s’agit pas nécessairement d’une seconde performance enregistrée, mais d’un autre état du montage. Il serait abusif de comptabiliser deux prestations de batterie de Starr uniquement parce que le fondu intervient à deux endroits différents. Pour prouver des prises distinctes, il faudrait des bandes ou des variations instrumentales documentées, et non un écart de durée dû à la longueur d’une coda.
Une erreur de durée sur des étiquettes américaines
Des étiquettes du LP américain donnent le minutage de cinq minutes vingt-six, alors que le disque commercial correspondant contient le montage plus court. C’est une erreur matérielle de présentation potentiellement trompeuse : un collectionneur peut croire détenir une édition rare s’il s’en tient à l’étiquette. Les informations de pochette et les métadonnées doivent donc être confrontées à la réalité du sillon. Ce phénomène illustre la différence entre une variante typographique, une variante de pressage et une variante d’enregistrement. Chacune intéresse l’histoire du disque, mais à des titres différents.
1992 : le retour de la version longue sur Goodnight Vienna
La version complète de « Six O’Clock » est ajoutée à la réédition CD de « Goodnight Vienna » publiée en 1992. Sa présence dans le programme d’un album qui avait été initialement commercialisé en 1974 peut créer une erreur de chronologie : il ne s’agit pas d’une séance originale de « Goodnight Vienna », mais de la version longue d’une chanson de 1973. La fiche doit indiquer le support sur lequel cette version apparaît, sans modifier l’origine du master. Cette distinction est indispensable pour les discographies qui croisent les éditions d’albums et les collaborations par année.
Le lien avec le solo vocal de You’re Sixteen
Au cours de la même période de travail avec Ringo, Paul McCartney apporte aussi une intervention vocale supplémentaire à « You’re Sixteen ». Le son ressemble à un kazoo ou à un saxophone ; les témoignages de Paul et de Richard Perry décrivent en réalité un solo imité avec la voix et traité électroniquement. « Six O’Clock » et « You’re Sixteen » forment donc un couple de collaborations McCartney sur l’album, mais les fonctions exercées ne sont pas identiques : écriture et arrangement orchestral pour la première, ajout d’une voix instrumentalisée sur une chanson des frères Sherman pour la seconde.
Sources et pièces d’archives
Apple Records, « Ringo », LP SWAL-3413 et PCTC 252, crédits originaux ; The Beatles Bible, notice « Six O’Clock » et chronologie du 28 mars 1973 ; The Paul McCartney Project, album « Ringo » et fiche de la session avec Paul et Linda ; MusicBrainz, crédits de composition McCartney–McCartney ; EMI, CD « Goodnight Vienna » publié en 1992 et son bonus « Six O’Clock » version longue ; témoignage de Richard Perry dans « The Record Producers ». Le désaccord sur les dates exactes de Londres est conservé comme point documentaire à résoudre.












