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Ringo Starr sur les scènes historiques : Bangladesh, The Last Waltz et Concert for George

Trois générations de concerts collectifs, de 1971 à 2002 : la contribution du batteur, les chansons, les enregistrements et leurs sources.

Ringo Starr, le musicien des rencontres exceptionnelles

La carrière scénique de Ringo Starr après les Beatles ne se résume pas au All-Starr Band, fondé en 1989. Avant et parallèlement à ses tournées personnelles, il apparaît sur des scènes collectives dont l’importance historique dépasse la prestation d’un seul artiste. Trois événements offrent un panorama particulièrement révélateur : les concerts pour le Bangladesh à New York en 1971, le spectacle d’adieu de The Band à San Francisco en 1976 et le concert donné à Londres en mémoire de George Harrison en 2002. Tous ont été enregistrés et documentés, mais ils n’ont ni la même fonction, ni le même personnel, ni le même mode de diffusion.

L’enquête doit ici distinguer trois choses : une performance réellement interprétée devant le public, sa présence ou non dans le montage d’un film et sa publication sur disque. Une chanson jouée sur scène peut avoir été omise de l’album ; une répétition peut apparaître seulement dans un coffret anniversaire ; une édition nouvelle peut faire découvrir une prise sans changer la date de la prestation. C’est cette archéologie des concerts que nous entreprenons, avec Ringo comme fil conducteur et non comme vedette artificielle de tous les événements.

1er août 1971 : deux concerts pour le Bangladesh au Madison Square Garden

Le 1er août 1971, George Harrison et Ravi Shankar organisent deux représentations au Madison Square Garden de New York pour attirer l’attention sur la crise humanitaire provoquée par la guerre et l’exode des réfugiés du Pakistan oriental, futur Bangladesh. L’initiative naît d’une demande de Ravi Shankar, profondément préoccupé par la situation, à laquelle George répond en mobilisant son cercle de musiciens. Le programme mêle une première partie consacrée à la musique classique indienne et des performances de rock, de gospel et de chansons américaines.

L’importance de cette organisation ne réside pas uniquement dans l’affiche. Les concerts constituent un modèle influent de mobilisation du monde de la musique pour une cause humanitaire internationale. Le site officiel de George Harrison et celui des Beatles soulignent leur rôle dans la sensibilisation du public et dans le développement d’activités de soutien de l’UNICEF. Ringo n’en est pas l’organisateur principal : il répond à l’invitation de son ami et participe à la formation réunie pour l’occasion.

Ringo Starr et Jim Keltner : une section rythmique à deux batteries

La formation de ces concerts compte deux batteurs, Ringo Starr et Jim Keltner. Ce détail est important, car il explique pourquoi il serait trompeur de présenter la batterie de l’enregistrement comme un instrument tenu par un seul musicien. Ringo vient des Beatles ; Keltner est déjà un instrumentiste de studio demandé pour son sens du placement rythmique. Sur scène, ils doivent partager la pulsation sans transformer les morceaux en compétition technique.

Dans un entretien consacré à l’événement, Keltner raconte avoir cherché à ne pas gêner Ringo et à limiter certaines frappes de charleston pour éviter une superposition trop lourde des accents. Selon ce témoignage rétrospectif, Ringo souhaitait précisément avoir Keltner à ses côtés. Cette source est précieuse pour comprendre la manière dont deux batteurs peuvent coordonner leurs gestes, mais elle doit rester identifiée comme un souvenir rapporté plusieurs années après la performance, non comme une feuille de session contemporaine.

La présence de Klaus Voormann à la basse, de Billy Preston à l’orgue, de Leon Russell au piano, d’Eric Clapton et de Jesse Ed Davis aux guitares, ainsi que de membres de Badfinger, de cuivres et de choristes, aboutit à une formation particulièrement vaste. Il ne s’agit plus d’un petit groupe fixe comme sur les premiers enregistrements de Lennon. Les arrangements et les interventions de chaque musicien se trouvent absorbés dans une performance collective au service des différentes voix du spectacle.

« Wah-Wah », « My Sweet Lord » et « Awaiting on You All »

Le programme rock commence notamment par « Wah-Wah », avant « My Sweet Lord » et « Awaiting on You All ». Ces trois chansons permettent à Harrison d’ouvrir son concert avec des œuvres issues de son univers solo. Ringo joue au sein de la section rythmique, aux côtés de Keltner, sans retrouver le rôle exclusif qu’il occupait derrière les Beatles. La présence simultanée de deux batteries, de plusieurs guitares et d’un ensemble de choristes produit une densité particulière, difficile à attribuer à l’oreille à un seul exécutant.

Notre sessionographie conservera donc une mention collective pour les morceaux où la documentation crédite les deux batteurs, sans attribuer un roulement ou une relance à l’un d’eux uniquement parce que le style paraît reconnaissable. L’analyse d’écoute pourra décrire le résultat, et les sources filmées pourront aider à identifier une partie du jeu, mais l’ensemble des mouvements instrumentaux ne peut être déduit d’un seul mixage stéréo.

« It Don’t Come Easy » : Ringo prend le micro

Le moment le plus directement lié à la carrière personnelle de Ringo survient lorsqu’il interprète « It Don’t Come Easy », son single de 1971. La chanson, produite par George Harrison, a fait l’objet de plusieurs séances d’enregistrement entre 1970 et 1971. Mais la version du Bangladesh est une performance distincte de son master de studio. Le disque live et le film permettent d’entendre Ringo en chanteur accompagné par l’ensemble des musiciens réunis par Harrison.

Cette distinction mérite d’être maintenue avec soin. La fiche consacrée au single appartient à la discographie de Ringo ; la performance du 1er août 1971 relève d’une sessionographie live. La même œuvre possède deux interprétations situées dans deux contextes radicalement différents : le travail de construction d’un disque solo et sa présentation au public au cours d’une soirée de solidarité internationale.

Plusieurs récits de l’événement rapportent que Ringo a oublié une partie des paroles durant le concert. L’anecdote est devenue célèbre, mais elle ne suffit pas à expliquer la prestation. Plus intéressant est le fait qu’il choisit de chanter l’une de ses premières chansons solo au milieu d’un programme dominé par George, Ravi Shankar, Billy Preston, Leon Russell et Bob Dylan. Ringo y apparaît simultanément comme batteur invité et comme artiste possédant son propre répertoire.

Une double soirée, des publications différentes

Deux représentations sont données le 1er août. L’album The Concert for Bangladesh est initialement commercialisé aux États-Unis en décembre 1971, puis au Royaume-Uni en janvier 1972. Le film connaît sa propre histoire de diffusion et plusieurs rééditions. Les publications modernes comportent des documents supplémentaires, dont des répétitions, des essais sonores et des performances absentes des premiers supports.

Il faudra établir avec précision de quelle représentation provient chacun des titres retenus sur les éditions originales et ultérieures. Une mention « enregistré le 1er août 1971 » est exacte à l’échelle de l’événement, mais elle n’indique pas si l’exécution provient du concert de l’après-midi ou de celui du soir. C’est une donnée qu’on ne doit pas inventer lorsque le livret consulté ne la précise pas.

25 novembre 1976 : The Last Waltz au Winterland Ballroom

Cinq ans plus tard, Ringo participe au spectacle d’adieu donné par The Band au Winterland Ballroom de San Francisco, le 25 novembre 1976. L’événement, devenu The Last Waltz, est mis en images par Martin Scorsese et publié sur album et au cinéma en 1978. Il rassemble des artistes dont les parcours sont associés au folk, au blues, à la soul et au rock américain, notamment Bob Dylan, Eric Clapton, Van Morrison, Joni Mitchell, Neil Young, Muddy Waters et Dr. John.

Pour comprendre la place de Ringo dans ce concert, il faut rappeler que The Band existe en tant que formation ayant sa propre histoire, ses compositions et son lien avec Dylan. Les invités n’en sont pas les membres permanents et n’interviennent pas sur chaque chanson. Leur présence sur scène donne plutôt à la soirée un caractère de retrouvailles collectives autour d’un répertoire et d’une culture musicale partagés.

« I Shall Be Released » : une fiche précise, pas un concert entier

La performance finale de « I Shall Be Released » réunit un grand nombre d’invités. Le relevé MusicBrainz du disque identifie Ringo Starr à la batterie lors de cette interprétation du 25 novembre 1976, tandis que Bob Dylan et Richard Manuel figurent aux voix principales. La chanson est associée au répertoire de Dylan et de The Band ; la prestation appartient donc à un ensemble dans lequel Ringo intervient comme invité parmi de nombreux musiciens.

Ce crédit offre une base solide pour une fiche individuelle. Il faut l’enregistrer comme une performance live de 1976, distincte de sa première diffusion commerciale en 1978. Les différentes éditions de The Last Waltz pourront être reliées à cette même prestation, avec un contrôle des montages et des mixages. La présence de Ringo au final ne doit pas être étendue aux morceaux joués plus tôt durant la soirée sans preuve supplémentaire.

Le rôle du film dans la mémoire d’un concert

Le documentaire de Scorsese a joué un rôle déterminant dans la réception de The Last Waltz. Or un film de concert n’est pas une transcription intégrale et neutre de la représentation : il choisit des angles, une progression dramatique et des séquences. La bande sonore peut également faire l’objet d’une postproduction distincte des prises de vue. L’historien doit donc éviter de traiter l’ordre du film comme la chronologie exhaustive de la soirée.

Pour Ringo, la distinction est particulièrement utile. Une apparition brève peut acquérir une forte visibilité dans un documentaire connu de plusieurs générations. Mais l’importance de cette image ne permet pas d’augmenter artificiellement le nombre de morceaux auxquels il contribue. Le relevé de « I Shall Be Released » restera la première entrée documentée, tandis que d’autres performances éventuelles seront examinées à partir des sources de concert.

21 octobre 1985 : Carl Perkins, un hommage aux racines du rockabilly

La rencontre enregistrée autour de Carl Perkins aux studios Limehouse de Londres constitue une étape intermédiaire. Elle réunit notamment Ringo, George Harrison, Eric Clapton, Dave Edmunds et Rosanne Cash dans un programme consacré à l’auteur de « Blue Suede Shoes ». Ce spectacle est déjà détaillé dans le chapitre « Country et rockabilly » de notre encyclopédie ; il ne s’agit donc pas d’en dupliquer toutes les chansons ici.

Il appartient pourtant à la même famille de prestations exceptionnelles. Ringo intervient notamment au chant sur « Honey Don’t » et « Matchbox », deux titres qu’il avait interprétés avec les Beatles. La séance possède une date, un lieu et des éditions filmées identifiables. Elle forme une passerelle entre la logique des grands hommages musicaux et l’histoire personnelle du batteur, qui retrouve l’un des auteurs ayant nourri les débuts du groupe de Liverpool.

29 novembre 2002 : un concert pour George Harrison au Royal Albert Hall

Le 29 novembre 2002, un an jour pour jour après la mort de George Harrison, un groupe de proches et de collaborateurs se rassemble au Royal Albert Hall de Londres. Le Concert for George, organisé par Eric Clapton et les proches de Harrison, donne à entendre une grande partie de son répertoire, des années Beatles à sa carrière solo. La soirée comprend également des œuvres de musique indienne, des interventions de l’entourage artistique de George et la présence de ses anciens partenaires Ringo Starr et Paul McCartney.

Le concert devient un film et un album publiés à partir de 2003, avec les bénéfices reversés à la Material World Charitable Foundation. Le site officiel de George Harrison distingue les différentes éditions du spectacle et fournit un programme détaillé. Ce document est plus précis que la simple photographie des invités : il permet d’identifier les artistes qui prennent la direction de chaque chanson.

« Photograph » : Ringo chante une chanson née avec George

« Photograph » possède une portée particulière lors de cette soirée. La chanson avait été écrite par Ringo Starr et George Harrison et publiée comme single de Ringo en 1973. Au Concert for George, Ringo en assure le chant. Il ne s’agit donc ni d’une reprise étrangère au défunt ni d’une chanson solo de George réinterprétée par un invité : c’est une œuvre issue de leur histoire commune, remise en scène devant les amis et la famille du guitariste.

Il est nécessaire de distinguer le contexte de 1973 de celui de 2002. L’enregistrement original appartient à une période de carrière et de production précise ; la prestation hommage prend un sens nouveau parce qu’elle est interprétée après la disparition de l’un de ses auteurs. Cette différence relève de la réception et du contexte historique ; elle ne modifie ni les crédits d’écriture ni la date de création de la chanson.

« Honey Don’t » : un retour aux musiques partagées

Ringo chante également « Honey Don’t », composition de Carl Perkins qu’il avait déjà interprétée avec les Beatles. Son apparition dans le programme du Concert for George rappelle la culture musicale commune aux deux anciens membres du groupe : avant les expériences indiennes et les recherches du studio, il y a eu la passion du rockabilly et du rock’n’roll américain. La chanson n’a pas besoin d’avoir été écrite par George pour trouver sa place dans un hommage à ses goûts et à ses amitiés.

Cette interprétation est publiée dans le programme officiel et la filmographie du concert. Elle devra recevoir une fiche séparée de la version des Beatles et de celle du spectacle Carl Perkins de 1985. Un titre identique peut exister dans trois performances très différentes, sans qu’aucune doive être confondue avec les autres.

Paul McCartney et les autres musiciens : une scène collective

La présence de Paul McCartney renforce naturellement la portée symbolique de la soirée. Il intervient notamment sur « For You Blue », « Something » et « All Things Must Pass », tandis qu’Eric Clapton, Jeff Lynne, Dhani Harrison, Billy Preston, Tom Petty et d’autres interprètes prennent en charge de nombreuses chansons. La scène n’est pourtant pas un concert de retrouvailles des Beatles : elle appartient à la mémoire de George Harrison et à l’ensemble de son parcours musical.

Ringo doit y être décrit avec la même précision. Les performances où il apparaît comme chanteur sont identifiées par la liste officielle. Pour la distribution instrumentale des morceaux collectifs, nous travaillerons à partir des crédits détaillés du film et des éditions audio, sans lui attribuer automatiquement la batterie de chaque chanson de la soirée. Il s’agit d’un principe d’exactitude, non d’une réserve sur son importance humaine dans l’événement.

Le piège des coffrets anniversaires et des versions intégrales

Les éditions de The Concert for Bangladesh, The Last Waltz et du Concert for George ont été enrichies, restaurées ou réorganisées au fil des décennies. Le lecteur peut trouver plusieurs durées et ordres de chansons pour un événement unique. Dans notre base, une première page décrira le concert historique avec sa date et son lieu ; les enregistrements individuels recevront les détails de prises ; les albums, films et éditions modernes formeront les manifestations commerciales de ces sources.

Cette architecture a une conséquence pratique : une sortie vidéo en haute définition ne constitue pas une nouvelle performance de Ringo. De même, une répétition nouvellement publiée doit être rattachée à la date où elle a été enregistrée, même si elle apparaît dans un coffret des années plus tard. Les lecteurs spécialisés pourront ainsi retrouver toutes les variantes sans voir le nombre de collaborations artificiellement gonflé.

Des concerts de solidarité aux réunions de mémoire

Ces trois grands événements racontent des intentions différentes. En 1971, George Harrison et Ravi Shankar cherchent à mobiliser le public autour d’une crise internationale. En 1976, The Band célèbre la fin d’une période de son histoire avec un vaste cercle d’invités. En 2002, les amis de George Harrison honorent sa mémoire à travers les chansons qu’il a laissées. Ringo participe chaque fois à un récit collectif dont il n’est pas nécessairement le personnage central.

Ce qui relie ces performances est une manière de travailler en communauté, avec des formations conçues pour une occasion et un répertoire donnés. L’existence de disques et de films permet de comparer les interprétations, mais la documentation doit tenir compte des différents niveaux de montage. Le batteur, le chanteur et l’ami apparaissent tour à tour, et parfois simultanément, sans se confondre.

Les prochaines fiches de concert à publier

La première série sera consacrée au Concert for Bangladesh, en distinguant les deux représentations du 1er août 1971 lorsque les sources le permettent, avec une fiche dédiée à « It Don’t Come Easy » en version live. Une deuxième série examinera le final « I Shall Be Released » de The Last Waltz, sa bande originale et son montage cinématographique. Une troisième traitera « Photograph » et « Honey Don’t » au Concert for George, avec les différents supports officiels publiés depuis 2003.

La sessionographie indiquera l’événement, le lieu, l’année de la prestation, la fonction de Ringo, les autres musiciens attestés, la première publication et les éditions d’archives pertinentes. Les concerts du All-Starr Band resteront sous la responsabilité de leur propre dossier, tandis que les films seront reliés à la filmographie de Ringo. Ce système évitera les doublons tout en donnant aux amateurs de musique une histoire lisible et complète des rencontres exceptionnelles.

Une autre manière de raconter la carrière de Ringo Starr

Il n’est pas nécessaire d’accumuler les faits héroïques pour mesurer la place de Ringo dans l’histoire de ces événements. Être présent derrière Harrison et Keltner en 1971, rejoindre l’adieu de The Band en 1976, chanter avec Carl Perkins en 1985 ou interpréter « Photograph » en hommage à George en 2002 constitue déjà une trajectoire riche. Le point commun n’est pas une volonté de se mettre en avant, mais la possibilité de participer à des projets définis par la rencontre et la mémoire musicale.

Pour le lecteur de Yellow-Sub, ces prestations ouvrent un accès à des œuvres et à des artistes que les récits exclusivement centrés sur les Beatles laissent parfois au second plan. C’est ce que notre encyclopédie souhaite mettre en lumière : le batteur des Beatles est aussi un musicien qui a travaillé dans des ensembles où les traditions, les générations et les objectifs se croisent, et dont la contribution peut être retracée, chanson après chanson.

Ringo Starr, photographie d'ambiance illustrant ses rencontres musicales et ses concerts exceptionnels

Sources et vérification historique

Les concerts, les enregistrements publiés et leurs rééditions sont distingués. Un crédit général à la batterie ne prouve pas une intervention sur chaque titre du spectacle.

  1. George Harrison, The Concert for Bangladesh : catalogue et programme officiels.
  2. The Beatles, The Concert for Bangladesh : historique officiel.
  3. The Beatles Bible, le disque du Concert for Bangladesh et les crédits.
  4. TeachRock, témoignages sur le duo de batteries Starr–Keltner.
  5. MusicBrainz, The Last Waltz : crédit du final du 25 novembre 1976.
  6. George Harrison, Concert for George : programme officiel.
  7. George Harrison, Concert for George : programme audiovisuel.