Bannière du dossier sur les collaborations musicales de Ringo Starr

← Concerts exceptionnels de Ringo Starr

Yellow-Sub.net · George Harrison · Jim Keltner · 1er août 1971

Ringo Starr et Jim Keltner au Concert for Bangladesh : batterie, chant et tambourin (1971)

Deux concerts le même jour, deux batteries, une interprétation de « It Don’t Come Easy » et des chansons de Bob Dylan : reconstitution des fonctions de Ringo à New York, des bandes originales aux éditions vidéo.

Le concert humanitaire qui transforme la batterie de Ringo en acte de solidarité

Le 1er août 1971, deux concerts sont organisés au Madison Square Garden de New York pour soutenir les populations déplacées par la guerre de libération du Bangladesh et la crise humanitaire affectant le Pakistan oriental. L’idée naît de l’inquiétude de Ravi Shankar et de son dialogue avec George Harrison. Celui-ci mobilise ses amis musiciens, monte une formation exceptionnelle et fait enregistrer les deux spectacles. Ringo Starr répond à l’appel alors même qu’il a commencé à construire une carrière distincte de celle des Beatles. Il apparaît donc ici à la fois comme le fidèle partenaire de Harrison, un batteur de groupe et un chanteur capable de prendre brièvement le premier plan.

La question n’est pas seulement de retrouver son nom sur l’affiche. Il faut distinguer trois contributions : les parties de batterie assurées au sein de la formation rock, son interprétation vocale de « It Don’t Come Easy » et le tambourin qui accompagne le passage de Bob Dylan. Ces rôles ne sont pas interchangeables. Une même personne peut être créditée à l’échelle de l’album comme batteur, percussionniste et chanteur sans avoir tenu les trois fonctions à chaque seconde de chaque chanson.

L’album officiel The Concert for Bangladesh paraît en décembre 1971 chez Apple ; un film est distribué en 1972, avant diverses rééditions. La discographie de Ringo doit donc conserver comme date de la performance le 1er août 1971, même lorsqu’elle renvoie à un CD ou à un DVD diffusé plus de trente ans plus tard.

Deux représentations le même jour : ne pas confondre l’après-midi et le soir

Les deux concerts ont lieu au Madison Square Garden le 1er août 1971, l’un à midi et l’autre en soirée, avec de légères différences de programme. Ils réunissent George Harrison, Ravi Shankar et ses partenaires de musique classique indienne, mais aussi Billy Preston, Leon Russell, Eric Clapton, Bob Dylan, Ringo Starr, Jim Keltner, Klaus Voormann, plusieurs membres de Badfinger et d’autres invités. Le programme officiel publié ensuite représente une sélection éditée et mixée ; il ne peut être considéré comme la liste complète et continue de tout ce qui s’est joué dans les deux spectacles.

Le même intitulé, par exemple « It Don’t Come Easy », peut désigner la performance de l’après-midi, celle du soir, un mixage de l’album original ou un remaster ultérieur. Les deux concerts ne constituent pas deux jours de studio, et le mixage de 2005 n’est pas une nouvelle prestation. L’ouvrage de référence exige une fiche de séance datée et, pour chaque support, une identification de la prise exploitée.

La documentation discographique situe l’interprétation retenue de « It Don’t Come Easy » pour l’album et le film du côté de la représentation du soir. La version de l’après-midi, connue pour un incident de paroles oublié par Ringo, doit rester distincte ; nous ne lui attribuons pas automatiquement le même montage, la même durée ou la même parution.

La batterie à deux : pourquoi Ringo réclame Jim Keltner

La rencontre entre Ringo et Jim Keltner est l’un des aspects les plus riches de cette soirée. Les crédits du concert indiquent les deux musiciens à la batterie. Leurs instruments ne sont pas disposés pour une démonstration de virtuosité compétitive : il leur faut intégrer une immense formation où jouent également cuivres, chœurs, guitares, bassistes et claviers. Dans un tel effectif, la moindre superposition incontrôlée peut brouiller le rythme.

Dans un entretien retranscrit par Best Classic Bands en 2025, Keltner rappelle que Ringo aurait accepté l’invitation de Harrison à condition que lui-même soit présent. Le témoignage est formulé comme un souvenir personnel : il permet de raconter l’organisation de la collaboration, non de déduire un contrat ou une exigence formellement conservée dans une archive. Keltner explique surtout avoir cherché à ne pas écraser le jeu de son partenaire, dont il admirait déjà le toucher.

Son souvenir va jusqu’à un détail technique rare. Au moment des essais de son, il demande à pouvoir observer la main de charleston de Ringo. Il réduit ensuite ses propres frappes sur cet instrument et adapte sa gestuelle en s’inspirant de Levon Helm, batteur de The Band. L’objectif est de ne pas doubler systématiquement les accents de contretemps, en particulier sur les deuxième et quatrième temps. Ce choix vise une complémentarité sonore : jouer ensemble ne signifie pas reproduire à l’identique la même partie.

Le témoignage raconte aussi l’effet inattendu de cette gestuelle sur le montage du film : un membre de l’équipe aurait eu du mal à interpréter les mouvements de la main de Keltner à l’image. Cette anecdote éclaire les rapports entre musique et cinéma. Il convient cependant de ne pas convertir ce souvenir en preuve de l’enregistrement de chaque coup de batterie ; seules les bandes multipistes permettraient une attribution acoustique exhaustive.

Ringo devant le micro : « It Don’t Come Easy »

Paru en single au printemps 1971, « It Don’t Come Easy » avait confirmé Ringo comme artiste solo. Le concert humanitaire lui offre l’occasion de l’interpréter devant une foule considérable, accompagné de George Harrison et d’un groupe élargi. Ce n’est plus le même objet musical que le 45-tours enregistré et complété en studio entre 1970 et 1971. L’interprétation du concert mérite une fiche autonome.

La discographie officielle de George Harrison situe le titre en septième position sur le premier CD des éditions modernes de The Concert for Bangladesh. MusicBrainz attribue à Ringo Starr le chant sur l’enregistrement daté du 1er août 1971. Cette attribution est solide : il ne s’agit pas d’un chœur anonyme ni d’une présence à l’arrière-plan, mais bien de la chanson personnelle de Ringo, présentée au public de New York.

Il faut rester précis sur les crédits de batterie de ce morceau. Les données de personnel de l’album désignent Ringo parmi les batteurs du concert, mais la chanteuse ou le chanteur principal d’une plage n’en joue pas automatiquement l’instrument rythmique. Pour ce titre précis, un relevé MusicBrainz de l’édition de 2024 mentionne également un instrument à membrane associé à Ringo, ce qui justifie d’examiner la performance, sans pour autant attribuer tous les éléments de batterie à lui seul. Jim Keltner fait partie des batteurs de la formation générale.

Certaines chroniques rappellent que Ringo oublie une partie du texte pendant la représentation de l’après-midi. Cette anecdote contribue à l’histoire du spectacle, mais ne doit pas être présentée comme un événement survenu sur le master publié : plusieurs sources distinguent cet épisode et la prise de la soirée. Une base documentaire doit séparer le souvenir de scène, la prise originale et la piste de l’album.

Le studio de 1970–1971 ne doit pas se confondre avec la version du Madison Square Garden

L’enregistrement original de « It Don’t Come Easy » est réalisé lors de sessions successives. La fiche MusicBrainz du single identifie Ringo à la batterie en mars 1970, George Harrison et Stephen Stills aux guitares, Klaus Voormann à la basse, puis divers compléments comprenant Gary Wright au piano, des cuivres, les voix de membres de Badfinger et des maracas de Jim Keltner en février 1971. Harrison assure la production.

L’existence de ce master explique les crédits courants de « It Don’t Come Easy », mais les musiciens du disque ne doivent pas être transposés automatiquement à la version du concert. Au Madison Square Garden, Harrison, Voormann, Keltner et Badfinger figurent bien dans la formation, mais un orchestre, des cuivres et des choristes supplémentaires sont mobilisés. Le lieu, la date, la durée et les fonctions scéniques diffèrent.

Autre subtilité : le crédit de composition apparaît dans plusieurs catalogues au nom de George Harrison et Richard Starkey, alors que les présentations populaires associent spontanément le morceau à Ringo. Dans une encyclopédie sérieuse, le crédit d’édition musicale doit être relevé comme tel, sans prétendre reconstituer grâce à ce seul renseignement la répartition exacte de l’écriture ou des interventions en studio.

Tambourin plutôt que batterie : la participation auprès de Bob Dylan

Le concert accueille aussi Bob Dylan, venu interpréter un ensemble de chansons en formation acoustique. George Harrison l’accompagne à la guitare, Leon Russell est à la basse et Ringo prend un rôle plus léger à la percussion. Les relevés historiques de ce passage et une chronique de Record World parue deux semaines après le concert le montrent ou le décrivent au tambourin. Cela constitue une collaboration très différente de la double batterie entendue sur la partie rock.

La chronique contemporaine, consacrée à la représentation du soir, souligne la présence de Ringo au tambourin en retrait de l’avant-scène tandis que Dylan chante. Cette observation donne une valeur particulière à l’attribution : elle ne provient pas seulement d’une base d’enregistrements reconstituée des décennies après coup, mais aussi d’un témoignage publié immédiatement après le spectacle.

Il reste possible de distinguer plusieurs chansons du mini-set de Dylan — « A Hard Rain’s A-Gonna Fall », « It Takes a Lot to Laugh, It Takes a Train to Cry », « Blowin’ in the Wind », « Mr. Tambourine Man » et « Just Like a Woman » figurent dans le programme de la soirée. Mais un crédit de tambourin au niveau de cette séquence ne suffit pas à prouver que Ringo en joue sur chaque mesure de chaque titre. L’inventaire retiendra donc la fonction pour le passage de Dylan, et précisera les morceaux un à un seulement lorsque les sources de prise le permettent.

La prudence est d’autant plus nécessaire que le programme change entre midi et la soirée : certaines chansons de Dylan ne sont pas communes aux deux passages ou paraissent seulement en bonus ultérieur. On ne doit donc pas additionner une liste des deux concerts en la présentant comme un unique set continu.

Les répétitions, les balances et l’archive « Come on in My Kitchen »

Le travail des musiciens ne se réduit pas aux deux concerts publics. Les équipes ont enregistré des répétitions et une balance qui ont conservé d’autres moments de musique commune. L’édition vidéo officielle de 2005 propose parmi ses suppléments une interprétation de « Come on in My Kitchen », classique de Robert Johnson repris dans le contexte du concert.

La documentation filmographique secondaire attribue cette prestation de balance à Leon Russell au chant et au piano, avec George Harrison et Eric Clapton aux guitares, Billy Preston à l’orgue, Carl Radle à la basse et les deux batteurs Ringo Starr et Jim Keltner. Il convient de présenter cette attribution comme un relevé documentaire à confronter aux crédits de l’édition DVD, pas comme une feuille de séance originale que l’on aurait pu consulter.

Cette performance n’a pas la même provenance que le numéro de « It Don’t Come Easy » du concert du soir. Son éventuelle intégration à la sessionographie mérite une notice de balance/répétition, avec une date à vérifier, et non une nouvelle entrée artificiellement datée du spectacle public. Cette nuance donne tout son sens à un dossier qui documente les sessions en plus des chansons publiées.

Du triple LP Apple au remaster : une même performance sur plusieurs supports

L’album The Concert for Bangladesh paraît en décembre 1971 chez Apple sous la forme d’un triple vinyle. La chanson « It Don’t Come Easy » ouvre la troisième face de ce programme original, immédiatement avant « Beware of Darkness ». La publication de 1971 transforme une performance d’août en œuvre discographique destinée à prolonger l’effort humanitaire.

En 2005, le catalogue de George Harrison propose une nouvelle édition audio remasterisée et une édition vidéo enrichie de documents de répétition, de balances et d’une rétrospective. Le site officiel du musicien publie le programme des suppléments, parmi lesquels « If Not For You », « Come On In My Kitchen » et « Love Minus Zero/No Limit ». Ces bonus documentent des moments distincts et ne doivent pas être automatiquement incorporés au master de « It Don’t Come Easy ».

L’édition numérique distribuée aujourd’hui peut afficher vingt ou vingt et une plages selon les bonus, et la durée de « It Don’t Come Easy » varie légèrement entre les relevés des éditions. MusicBrainz documente un original et un remixage de 2005 pour cette performance. Cette coexistence de durées et de mixages ne constitue pas une preuve de plusieurs concerts enregistrés à des dates différentes : l’archive sonore et sa publication sont deux dimensions à distinguer.

La bande originale a bénéficié de publications ultérieures. Pour chaque réédition, la base doit conserver la maison de disques, le numéro de catalogue et, si possible, les informations de mixage ; ces paramètres sont plus fiables qu’une date numérique affichée sans explication par une plateforme.

Pourquoi cette collaboration dépasse le simple retour de deux Beatles sur scène

La proximité entre George Harrison et Ringo Starr est évidente : le premier organise, le second répond présent. Mais l’événement ne se comprend pleinement qu’en restituant le rôle central de Ravi Shankar et la situation humanitaire au Bangladesh. La scène n’est pas construite pour célébrer une réunion des Beatles. Elle rassemble un réseau international de musiciens pour donner de la visibilité à une crise et susciter des moyens de secours.

La participation de Ringo prend alors trois sens distincts. Elle marque sa loyauté envers un ancien partenaire, l’affirme comme chanteur solo d’un titre déjà populaire et rappelle qu’il conserve le plaisir de jouer au sein d’une formation collective. La batterie à deux avec Keltner est une expérimentation sonore pratique plus qu’une démonstration spectaculaire ; le tambourin auprès de Dylan montre l’aptitude inverse, celle de s’effacer derrière la chanson d’un autre.

La documentation officielle de George Harrison rappelle qu’à travers l’héritage de ces concerts s’est développé un engagement durable avec l’UNICEF. Cet héritage ne dispense pas l’historien de distinguer le montant des recettes, les sommes distribuées et les questions administratives qui ont suivi ; ces informations exigent leurs propres archives. Pour comprendre Ringo en 1971, la structure musicale du concert fournit déjà une preuve remarquable de ses multiples fonctions.

Fiche sessionographique critique et état des preuves

Événement : les deux Concerts for Bangladesh, Madison Square Garden, New York, 1er août 1971, représentations de midi et du soir. Initiative : Ravi Shankar et George Harrison. Formation rock : Harrison, Ringo Starr, Jim Keltner, Leon Russell, Klaus Voormann, Billy Preston, Eric Clapton, plusieurs membres de Badfinger, des cuivres et choristes, parmi d’autres.

Participation n° 1 : batterie au sein de la formation, avec Jim Keltner. Sources : listes du personnel de l’album et témoignages directs de Keltner. La distribution individuelle de chaque prise de batterie reste à vérifier séparément.

Participation n° 2 : chant principal sur « It Don’t Come Easy », performance du 1er août 1971, édition originale décembre 1971 et remixage ultérieur. Sources : programme officiel de l’album, MusicBrainz et étude de The Beatles Bible. Ringo est crédité au chant ; la présence exacte de ses parties instrumentales sur le master diffusé demande le contrôle des crédits propres à cette version.

Participation n° 3 : tambourin dans le segment de Bob Dylan, avec Harrison à la guitare et Russell à la basse. Sources : chronique contemporaine de Record World (août 1971) et relevés de concerts. L’attribution détaillée à chaque chanson est à documenter par les bandes et les crédits par piste.

Archive complémentaire : « Come On In My Kitchen », performance de balance publiée en supplément vidéo en 2005. Source : programme officiel de George Harrison pour l’existence du bonus ; personnel rapporté par les relevés filmographiques. La date exacte et les crédits imprimés sont à approfondir avant de l’ériger en notice définitive.

Éditions à ne pas confondre : triple album Apple de 1971, film de 1972, remaster audio et édition vidéo de 2005, distributions numériques ultérieures. Aucun de ces supports ne doit être compté comme une nouvelle séance enregistrée de Ringo Starr.

Bibliographie, sources primaires et travaux de référence

George Harrison, site officiel, The Concert for Bangladesh, notice album : contexte historique et programme des disques ; notice film The Concert for Bangladesh : bonus de l’édition vidéo 2005.

Jim Keltner, entretien reproduit dans Best Classic Bands, « Jim Keltner on George Harrison and the ‘Bangla Desh’ Concert », 24 février 2025 : récit personnel des deux batteries et de la technique de charleston.

Record World, numéro du 14 août 1971, chronique contemporaine « Harrison Band Perfection » : description de la représentation du soir et de Ringo au tambourin derrière Bob Dylan.

MusicBrainz, The Concert for Bangladesh, différentes éditions, fiches des enregistrements de « It Don’t Come Easy » et crédits globaux de l’album ; MusicBrainz, single It Don’t Come Easy / Early 1970 pour la prise originale de studio.

The Beatles Bible, « It Don’t Come Easy » et « The Concert for Bangladesh », sessions originales, personnel et distinction des éditions.

Where’s Eric!, archive du concert du 1er août 1971 : musiciens et instruments ; The Daily Star (Bangladesh), « How It Unfolded » (2013), deux représentations et variations de programme.

Un prochain niveau de recherche nécessitera les livrets des pressages Apple, les listes de bobines du Madison Square Garden et le relevé précis des séquences du film. Les crédits agrégés à l’échelle d’un album ne sont jamais utilisés ici pour attribuer arbitrairement une partie instrumentale à une plage spécifique.