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Ringo Starr, Lonnie Donegan et Carl Perkins : des racines du rock aux retrouvailles

Le retour vers les musiques de Liverpool : les disques de skiffle, la country américaine et la grande réunion rockabilly de 1985.

Ringo Starr, le rockabilly et le skiffle : un retour aux musiques de sa jeunesse

La présence de Ringo Starr dans des projets country, rockabilly et skiffle après les Beatles pourrait sembler n’être qu’une parenthèse nostalgique. Elle constitue pourtant une continuité importante dans son parcours. Bien avant les studios d’Abbey Road, Richard Starkey a grandi en écoutant les musiques américaines diffusées à Liverpool, et le rock’n’roll a nourri sa formation pratique. Lorsque le batteur participe à des enregistrements de Lonnie Donegan ou retrouve Carl Perkins en 1985, il ne découvre pas un répertoire étranger : il renoue avec plusieurs des sources de la musique des Beatles.

Ces rencontres doivent cependant être documentées avec précision. Un album de reprises de skiffle peut réunir une foule d’invités, sans que Ringo y joue sur chaque titre. Un concert hommage à Carl Perkins peut comporter plusieurs formations et plusieurs batteurs. Une chanson autrefois interprétée avec les Beatles peut être rejouée avec son auteur original, ce qui donne à la performance un intérêt historique évident, mais ne la transforme pas en un enregistrement des Beatles. Le dossier suit cette logique : retrouver le rôle exact de Ringo, les autres interprètes et la version diffusée au public.

Les racines américaines du Merseybeat

Les groupes de Liverpool des années 1950 et du début des années 1960 ont grandi dans un monde de disques importés, de radio, de clubs de danse et de formations de skiffle. Lonnie Donegan représente une passerelle décisive entre les chansons folk et blues américaines et les jeunes musiciens britanniques qui se mettent à fabriquer leurs propres instruments. Carl Perkins est l’une des figures essentielles du rockabilly, dont le répertoire inspire directement les Beatles et leurs contemporains. Ce sont deux traditions très différentes, mais elles se rejoignent dans la manière dont une chanson peut être réinterprétée par une nouvelle génération.

Ringo ne doit pas être décrit comme l’unique dépositaire de cet héritage. Les Beatles ont enregistré des chansons de Carl Perkins, tandis que de nombreuses autres formations britanniques reprenaient elles aussi les rythmes du rockabilly ou les standards du skiffle. Ce qui distingue son itinéraire ultérieur est le passage du statut de jeune admirateur à celui de collaborateur invité par des artistes qui ont été parmi ses modèles.

Le détour essentiel par Beaucoups of Blues

En juin 1970, Ringo Starr se rend à Nashville pour enregistrer Beaucoups of Blues sous la direction de Pete Drake. Cet album n’appartient pas directement à la sessionographie des participations comme invité, puisqu’il est publié sous le nom de Ringo. Il est toutefois impossible de raconter son rapport aux musiques américaines sans mentionner ce séjour. Le disque témoigne d’une volonté d’entrer dans le vocabulaire de la country et de travailler avec les musiciens de studio associés à cette scène.

Cette période se croise avec les sessions de George Harrison pour All Things Must Pass. Les archives Harrison signalent l’absence de Ringo lors de travaux londoniens à la fin juin, précisément parce qu’il enregistre à Nashville. Pour notre encyclopédie, ce déplacement joue donc un double rôle : il constitue un chapitre de la discographie solo et une information chronologique permettant de ne pas attribuer hâtivement sa batterie à des séances londoniennes auxquelles il n’a pas participé.

Lonnie Donegan : le skiffle retrouve ses anciens admirateurs

Le retour discographique de Lonnie Donegan dans la seconde moitié des années 1970 aboutit à l’album Puttin’ on the Style, dont la diffusion s’étend selon les territoires et les éditions autour de 1977 et 1978. Produit par Adam Faith, il rassemble un nombre impressionnant de musiciens britanniques et américains : Elton John, Ronnie Wood, Brian May, Rory Gallagher, Nicky Hopkins, Albert Lee, Klaus Voormann, Ray Cooper et Ringo Starr figurent parmi les artistes recensés. L’ambition est de revisiter un répertoire de skiffle devenu historique avec une équipe formée en grande partie de musiciens influencés par Donegan.

Le danger documentaire est évident : les noms célèbres servent de présentation générale de l’album, mais les crédits individuels varient d’une chanson à l’autre. Les inventaires de Ringo associent sa batterie aux titres « Have a Drink on Me » et « Ham ‘n’ Eggs ». Ces attributions doivent être croisées avec le livret de l’édition complète, et les différentes dates de pressage ne doivent pas être mélangées avec les sessions originales.

« Have a Drink on Me » : un titre à vérifier jusqu’à la prise

Le titre « Have a Drink on Me » appartient au répertoire de Donegan et à une tradition de chansons collectives et rythmées. Les listes de contributions de Ringo le signalent parmi les pistes où il tient la batterie. Une fiche définitive devra préciser les autres instrumentistes et la source exacte du crédit, plutôt que d’attribuer par voisinage à ce morceau toutes les personnalités de la pochette. Les noms d’Albert Lee, de Rory Gallagher ou de Brian May, par exemple, peuvent être présents sur le disque sans avoir partagé cette prise précise avec Ringo.

Le travail musical de Donegan mérite également d’être replacé dans sa propre histoire. Un morceau de skiffle n’est pas simplement une chanson de rock jouée sur un tempo plus léger : il renvoie aux adaptations britanniques de blues et de folk américains, à des formations plus simples et à une pratique fondée sur l’énergie collective. C’est cette esthétique que les invités reviennent explorer, parfois avec des arrangements très produits pour les standards des années 1970.

« Ham ‘n’ Eggs » : la persistance d’un vocabulaire populaire

« Ham ‘n’ Eggs » est également associé au crédit de Ringo dans les inventaires discographiques. Le titre illustre le goût de Donegan pour les chansons immédiatement communicatives, où le chant et le rythme entraînent l’ensemble des musiciens. Il faudra néanmoins vérifier la date et les intervenants de la prise à partir des documents de la réédition enrichie avant de prétendre décrire le détail du jeu de Ringo. Une mention globale « Ringo : drums » sur un album avec de nombreux batteurs est insuffisante.

Notre analyse cherchera plutôt à comprendre ce qu’un batteur formé dans la culture du Merseybeat peut apporter à un répertoire qu’il a entendu dès sa jeunesse. L’enjeu n’est pas de célébrer une prétendue supériorité du rock sur le skiffle, mais de suivre la transmission d’un langage musical d’une génération à l’autre.

Des dates de sortie qui exigent une prudence particulière

L’album de Donegan apparaît daté de 1977 dans certains catalogues et de 1978 dans d’autres, selon le pays et l’édition. Il serait imprudent de choisir arbitrairement une seule année comme celle de toutes les versions. La future fiche indiquera les éditions identifiées, les numéros de référence et les dates de parution lorsque celles-ci auront été vérifiées. Les remasters de 2007 constituent encore une autre strate éditoriale, distincte de l’enregistrement original.

Pour le lecteur, ces précisions seront utiles parce qu’il est fréquent de trouver le même album chez les disquaires avec des dates apparemment contradictoires. La réponse doit venir de l’histoire du disque et de sa distribution, non d’un classement mécanique fondé sur le premier résultat d’un moteur de recherche.

1985 : Carl Perkins réunit ses héritiers musicaux à Londres

Le 21 octobre 1985, Carl Perkins enregistre à Londres un concert destiné à la télévision et au disque, Blue Suede Shoes: A Rockabilly Session. La formation réunit notamment Ringo Starr, George Harrison, Eric Clapton, Dave Edmunds et Rosanne Cash autour du chanteur et guitariste américain. Les prises sont réalisées aux studios Limehouse. Le programme est diffusé à partir de la fin de 1985 et en 1986 selon les supports, avant de connaître plusieurs éditions vidéo et audio.

Cette réunion possède une charge symbolique évidente pour les admirateurs des Beatles. George et Ringo retrouvent un artiste dont ils ont enregistré les chansons plus de vingt ans auparavant. Le concert n’est pourtant pas une célébration des Beatles : il met Carl Perkins au centre de son propre répertoire. Les invités viennent interpréter les morceaux qu’il a popularisés et rappeler la place qu’il occupe dans la naissance du rock’n’roll.

« Honey Don’t » : Ringo chante devant l’auteur

Ringo avait interprété « Honey Don’t » sur Beatles for Sale en 1964, dans une version du groupe des Beatles. Au concert de 1985, il reprend le morceau en présence de Carl Perkins. Les éditions discographiques de A Rockabilly Session indiquent explicitement « Honey Don’t » comme titre chanté par Ringo. Ce rapprochement permet d’entendre non pas une chanson écrite pour lui, mais une œuvre de Perkins dont Ringo s’est approprié l’interprétation au cours de sa carrière.

Il serait tentant de présenter l’événement comme la « véritable » version d’une chanson autrefois reprise. Ce serait nier l’intérêt des deux enregistrements. Celui de 1964 appartient au son des Beatles en studio ; celui de 1985 à un hommage scénique au rockabilly. Le rôle des musiciens, les conditions de prise de son et les attentes du public sont différents. La fiche devra comparer ces deux contextes sans prétendre qu’ils se remplacent l’un l’autre.

La question du batteur qui chante

Le personnel global du concert crédite Ringo au chant, à la batterie et au tambourin, mais ce relevé ne signifie pas qu’il joue simultanément tous ces instruments sur « Honey Don’t ». Sur une performance filmée, il faut regarder précisément la formation en place pour distinguer les intervenants. L’existence de Dave Charles et de Slim Jim Phantom parmi les batteurs du spectacle montre pourquoi une attribution globale est insuffisante.

La vidéo constitue ici une source documentaire d’un grand intérêt, à condition de consulter le bon montage et de garder la distinction entre la bande sonore, la prise filmée et les crédits de l’édition. La future fiche s’appuiera sur les supports publiés pour préciser ce que Ringo fait à chaque instant, plutôt que de lui attribuer automatiquement la batterie d’une chanson qu’il chante.

« Matchbox » : Ringo, Eric Clapton et Carl Perkins

« Matchbox » constitue l’autre grande rencontre personnelle de Ringo avec Perkins au cours de l’émission. La chanson figurait déjà sur un EP des Beatles en 1964, chantée par Ringo. En 1985, les éditions de A Rockabilly Session présentent le titre avec Carl Perkins, Ringo Starr et Eric Clapton. L’association rassemble l’auteur historique, un ancien Beatle qui l’a interprété dans les années 1960 et un guitariste britannique profondément marqué par le blues.

La comparaison doit replacer la chanson dans son histoire plus ancienne : la tradition de « Matchbox » existait sous d’autres formes avant le single de Perkins. Le titre relève d’une circulation du répertoire dont les Beatles ne constituent qu’une étape. Une étude détaillée pourra confronter la lecture de Perkins, celle du groupe en 1964 et la prestation du concert de 1985, en distinguant les arrangements, le tempo et les rôles des intervenants.

Une place particulière pour Ringo

La participation de Ringo prend ici un sens musical et historique à la fois. Sur le disque des Beatles, sa voix avait apporté une personnalité différente de celles de Lennon et McCartney ; sur scène en 1985, il retrouve le morceau avec celui qui l’avait enregistré pendant les premières années du rock’n’roll. La rencontre est parfaitement documentée par les listes de titres et les supports audiovisuels. Il n’est pas nécessaire de lui attribuer des paroles émouvantes jamais prononcées pour en comprendre la portée.

Les rééditions modernes incluent des documents de répétition, notamment une version de « Matchbox » avec Ringo et Clapton. Elles devront être distinguées de la performance diffusée à l’origine. Une répétition et une prise de concert possèdent des statuts différents dans la sessionographie, même si les musiciens sont les mêmes.

Photographie d’ambiance de la photothèque Yellow-Sub.

George Harrison, Rosanne Cash et Dave Edmunds : les autres voix du spectacle

Le concert comporte également « Everybody’s Trying to Be My Baby » et « Your True Love », interprétés avec George Harrison, des duos avec Rosanne Cash et des interventions d’Eric Clapton ou de Dave Edmunds. Ce programme replace Ringo au sein d’une communauté d’interprètes plutôt que dans un face-à-face permanent avec Perkins. L’intérêt musical tient au fait que chaque invité apporte une partie de son propre rapport au répertoire.

La relation avec George Harrison mérite un renvoi vers son chapitre spécifique, mais sans dédoubler la fiche du concert. Une même prestation peut apparaître dans les parcours de Perkins, de Ringo et de George, tout en conservant une seule notice d’enregistrement. Cette organisation évitera que trois biographies reproduisent les mêmes crédits avec des détails contradictoires.

« Blue Suede Shoes » et les finales collectifs

La chanson emblématique « Blue Suede Shoes » joue naturellement un rôle central. Plusieurs éditions documentent une version finale, un rappel et parfois un extrait de sortie. Les listes d’interprètes divergent selon que l’on suit le programme filmé, le CD ou une édition anniversaire. Il faut donc indiquer à quelle version correspond chaque distribution et ne pas attribuer Ringo à toutes les plages simplement parce qu’il figure sur la photographie collective.

La nouvelle édition anniversaire proposée en 2026 ajoute un intérêt documentaire : elle rassemble des versions et des compléments, dont des répétitions, entretiens et montages de caméra alternatifs. Ces bonus ne sont pas de nouvelles rencontres de 2026 ; ils révèlent des documents enregistrés autour du projet de 1985. Pour les collectionneurs, la distinction entre année de performance et année de publication doit rester explicite.

Un concert télévisé n’est pas une session de studio ordinaire

La présence de caméras, la mise en scène, les répétitions et les contraintes de diffusion changent le statut du document. Sur une chanson, il peut exister une répétition générale, une prise diffusée et un montage conservé dans les archives vidéo. Ces différentes sources permettent une étude musicale précise, mais elles ne doivent pas être réunies comme s’il s’agissait d’un seul enregistrement en studio.

Notre dossier inclura le spectacle de Perkins dans la catégorie « rencontre musicale exceptionnelle », avec des liens vers les fiches consacrées aux reprises des Beatles. Les chapitres de la filmographie pourront développer l’histoire audiovisuelle de l’émission. La sessionographie précisera les titres où Ringo chante ou joue, leurs durées et les éditions qui les rendent accessibles.

Pourquoi ces rencontres ne sont pas de simples hommages

Le mot « hommage » peut donner l’impression d’une musique figée dans la célébration du passé. Or les interprétations de 1985 existent comme des performances à part entière. Le même répertoire change d’énergie selon les musiciens présents. La réunion de Perkins avec Clapton, Ringo, Harrison, Rosanne Cash et Edmunds crée une conversation entre des générations qui ont entretenu des rapports différents avec le rockabilly. Ce n’est ni un disque de jeunesse reconstitué, ni un concert des Beatles, mais un événement collectif doté de sa propre identité.

Le cas de Lonnie Donegan relève d’une logique comparable, même si le genre musical diffère : un artiste que la génération du rock britannique a admiré retrouve ces musiciens lorsqu’ils sont eux-mêmes célèbres. Dans les deux cas, la sessionographie éclaire une relation de transmission et de reconnaissance, sans réduire le travail musical à la seule nostalgie.

Le rôle de Ringo dans ces projets : batterie, chant, mémoire

Les participations au skiffle et au rockabilly montrent différentes dimensions de Ringo. Chez Lonnie Donegan, les crédits recensent le batteur parmi les instrumentistes ; chez Carl Perkins, il intervient également comme chanteur sur des morceaux associés depuis longtemps à son répertoire. Dans la musique solo country de Beaucoups of Blues, il est l’artiste principal et non le musicien invité. Ce sont trois fonctions distinctes, reliées par les racines américaines du rock britannique.

Une étude sérieuse ne prétendra pas que tous ces projets ont eu le même succès public ou la même portée historique. Ils documentent plutôt la persistance d’un goût musical et la place de Ringo dans des communautés d’artistes dont certains ont joué un rôle fondamental dans la formation des Beatles.

Les fiches à développer dans la sessionographie

Le chantier comprendra d’abord « Have a Drink on Me » et « Ham ‘n’ Eggs », sous réserve de confrontation des crédits de l’édition de Puttin’ on the Style. Viendront ensuite « Honey Don’t » et « Matchbox » dans le concert du 21 octobre 1985, ainsi que les passages où Ringo apparaît dans les finales collectifs selon les éditions. Les répétitions de « Matchbox » publiées dans les bonus devront faire l’objet d’une sous-fiche distincte.

Pour chaque titre, les champs essentiels seront le statut de la performance — studio, concert, répétition —, l’artiste principal, la fonction précise de Ringo, les musiciens attestés, la date d’enregistrement et les publications vérifiées. Cette méthode permettra de préserver les nuances que les listes généralistes effacent trop souvent.

Une boucle musicale commencée à Liverpool

Le Ringo des années 1980 n’est plus le jeune batteur qui découvre les disques de Carl Perkins et de Lonnie Donegan. Mais ses collaborations avec ces artistes montrent que l’histoire musicale ne progresse pas simplement en abandonnant ses sources. Elle revient aussi vers elles. En jouant ou en chantant avec les modèles de sa jeunesse, Ringo participe à une transmission qui relie le skiffle, le rockabilly, le Merseybeat et les formations de rock plus tardives.

Le dossier ne doit pas transformer cette continuité en légende sentimentale. Sa valeur tient aux documents : des crédits de disques, des dates de concerts, des listes d’interprètes et des bandes filmées. C’est à travers eux que l’on peut raconter, avec la précision nécessaire, l’un des aspects les plus attachants et les plus instructifs de la carrière de Ringo Starr.

Sources et documentation

Les dates de publication, de séance et de réédition sont distinguées. Les prestations vocales ne sont pas automatiquement assimilées à des performances de batterie.

  1. Lonnie Donegan, Putting on the Style : catalogue et critique AllMusic.
  2. Puttin’ on the Style : édition et musiciens.
  3. Carl Perkins, Blue Suede Shoes — A Rockabilly Session : notes de réédition.
  4. Blue Suede Shoes: A Rockabilly Session, édition anniversaire 2026.
  5. Discographie du spectacle de Carl Perkins, programme et personnel.
  6. George Harrison, notes archivistiques de All Things Must Pass.