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Yellow-Sub.net · Session mars-avril 1973 · Apple Records

You’re Sixteen : Paul McCartney, Harry Nilsson et le solo qui n’était pas du kazoo

Les musiciens du single, les chœurs, l’overdub londonien de Paul, les disques Apple et la critique des crédits.

Une reprise du rock américain dans l’album des retrouvailles

« You’re Sixteen » est composée par les frères Robert B. Sherman et Richard M. Sherman. Popularisée par Johnny Burnette au début des années 1960, elle rejoint en 1973 le répertoire de Ringo Starr, qui en fait un de ses grands succès. Elle ne doit pas être attribuée comme œuvre à Paul McCartney sous prétexte qu’il prend part à l’enregistrement. L’ancien Beatle intervient à un autre niveau : il apporte un solo vocal singulier lors des compléments londoniens. La session associe également Harry Nilsson, Linda McCartney et plusieurs musiciens du cercle de Richard Perry.

5 et 6 mars 1973 : la base californienne

Le premier travail est réalisé le 5 mars 1973, jour d’ouverture des séances de l’album, à Sunset Sound Recorders à Los Angeles. D’autres overdubs suivent le 6 mars. Richard Perry produit, Bill Schnee prend le son. La chanson est enregistrée parallèlement à « Have You Seen My Baby », ce qui ne signifie pas que les deux titres possèdent les mêmes instrumentistes : la première réunit Harry Nilsson au chant d’accompagnement, la seconde Marc Bolan à la guitare et James Booker au piano. Le rapprochement chronologique ne remplace jamais les crédits piste par piste.

Ringo à la batterie et au chant principal

La pochette crédite Starr comme chanteur principal et batteur. Sa voix chaude, parfois légèrement amusée, déplace l’image du morceau original vers le registre du rock nostalgique. Le public peut croire entendre un artiste des années 1960 reproduisant simplement un succès de jeunesse ; les détails de l’arrangement montrent au contraire une production très organisée. Une section de studio, des harmonies doo-wop et un solo à effet vocal donnent à la chanson son identité de 1973. Ringo reste le titulaire du master et l’interprète central malgré le nombre d’invités.

Harry Nilsson et le doo-wop

Harry Nilsson prête ses chœurs à la nouvelle version. Cette contribution est importante parce qu’elle inverse la relation habituelle de leurs collaborations : Starr est souvent batteur sur des disques de Nilsson, mais cette fois Nilsson intervient au service d’un disque de Ringo. Son chant renforce les harmonies inspirées du doo-wop. Les notices biographiques qui l’énumèrent simplement parmi les invités du LP perdent cette information essentielle. La fiche doit l’attribuer précisément à « You’re Sixteen », sans lui donner automatiquement un rôle sur toutes les autres chansons de l’album.

Le personnel des guitares, du piano et de la basse

Klaus Voormann tient la basse, Nicky Hopkins le piano, Vini Poncia et Jimmy Calvert les guitares. Les parties de Hopkins, dont certaines notes se distinguent lors de la sortie du morceau, assurent un arrière-plan harmonique élégant à un arrangement volontairement rétro. Le caractère cosmopolite de l’équipe apparaît pleinement : Voormann et Ringo incarnent un cercle issu de la scène Beatles, Hopkins le métier des séances britanniques et Poncia ou Calvert la fabrication américaine de l’album. Le disque se nourrit de ces trajets croisés plutôt que d’une reformation d’un groupe unique.

Linda McCartney est une choriste identifiable

Linda McCartney ajoute des chœurs pendant la période où elle et Paul participent aussi à « Six O’Clock ». Sa voix forme une couche distincte des interventions de Nilsson. Les données d’interprètes doivent donc comporter deux crédits de chœurs séparés. Linda est également coauteure de « Six O’Clock », mais elle ne devient pas, par ce seul voisinage dans l’album, coauteure de « You’re Sixteen ». Cette distinction entre contribution vocale et écriture est une exigence élémentaire de la sessionographie, particulièrement lorsque les mêmes artistes travaillent sur plusieurs chansons dans un délai resserré.

Le faux kazoo de Paul McCartney

Le livret du LP mentionne Paul McCartney sur un « kazoo », instrument dont le timbre est proche d’une voix vibrante. Les témoignages de McCartney et de Richard Perry éclairent ce crédit : Paul a en réalité imité un saxophone avec sa bouche, puis la voix a été traitée pour prendre la couleur d’un instrument. Le crédit de pochette et l’instrument réellement décrit par les participants ne sont donc pas identiques. Une étude savante conserve les deux formulations en les hiérarchisant : « kazoo » est le libellé imprimé ; « imitation vocale de saxophone traitée » est l’explication du producteur et de l’interprète.

La fin du mois de mars et les interventions londoniennes

La documentation situe le complément de McCartney pendant la période de réalisation de « Six O’Clock », entre la fin mars et avril 1973. Les chronologies donnent des journées légèrement différentes selon la manière de distinguer prise principale et overdub, notamment le 28 mars et le 2 avril. Le point assuré est un ajout à Londres, postérieur aux prises de base californiennes. Cette précision est préférable à l’affirmation selon laquelle Paul aurait joué du kazoo à Sunset Sound le 5 mars. La construction finale de l’enregistrement résulte de séances et de lieux distincts.

Réécriture de l’arrangement sans changement d’auteurs

La nouvelle version ne reproduit pas exactement le traitement rythmique et harmonique de Johnny Burnette. Les nuances du pont et l’organisation des chœurs produisent une nouvelle interprétation. Les crédits d’auteur demeurent ceux des frères Sherman. La présence de Ringo, de Nilsson et des McCartney contribue au succès du master, pas à la propriété littéraire ou musicale d’une composition créée auparavant. L’encyclopédie distingue ainsi une œuvre préexistante, sa reprise arrangée en 1973 et les autres interprétations de la chanson publiées avant ou après.

Un 45 tours aux calendriers américain et britannique différents

Le single Apple « You’re Sixteen », couplé à « Devil Woman », est publié aux États-Unis le 3 décembre 1973 puis au Royaume-Uni le 8 février 1974. Il atteint le numéro un du Billboard Hot 100 en janvier 1974. La face B possède un tout autre personnel : la double batterie Starr–Jim Keltner et des cuivres, dans un morceau signé Starr et Vini Poncia. On ne doit pas réunir artificiellement les crédits des deux faces sous une seule liste de studio. Les dates de sortie commerciales ne sont pas celles de la séance initiale enregistrée le 5 mars.

Compilations et relectures en concert

Le succès du single explique sa présence sur « Blast from Your Past » et plusieurs compilations ultérieures. Ces inclusions ne créent pas une seconde présence de Nilsson ou de Paul McCartney en studio. Les réinterprétations de Starr avec le All-Starr Band font intervenir d’autres musiciens, à leurs propres dates et lieux. Une discographie relationnelle doit distinguer les exemplaires du master de 1973 et les performances scéniques, qui peuvent parfois être éditées sur des albums live ou des vidéos. Le fait qu’une même chanson traverse plusieurs décennies ne permet pas de recopier automatiquement son personnel originel.

Sources principales et témoignages

Apple Records, LP « Ringo » (1973), notes d’instruments et single « You’re Sixteen / Devil Woman » ; The Beatles Bible, chronologie du 5 mars 1973 et documentation sur les overdubs McCartney ; The Paul McCartney Project, fiche de « You’re Sixteen » ; Richard Perry, témoignage publié dans « The Record Producers » ; Paul McCartney, souvenirs recueillis par Paul Gambaccini ; MusicBrainz, œuvre Sherman–Sherman et prises de Ringo. Les éditions nationales et le détail du faux kazoo doivent être conservés distinctement.