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Anthology 3 des Beatles a 30 ans : l’histoire complète de l’ultime volume, des maquettes d’Esher à l’accord final

Par Clive Helday
Anthology 3 des Beatles (1996) : histoire, titres et secrets

Le lundi 28 octobre 1996, il y a trente ans jour pour jour, les disquaires britanniques mettaient en rayon le dernier tome d’une autobiographie sonore sans équivalent dans l’histoire du rock. Anthology 3, double album de cinquante titres, refermait la trilogie ouverte un an plus tôt par Free as a Bird. Cette fois, pas de chanson nouvelle, pas de single, pas de John Lennon ressuscité par la technique. Seulement des maquettes enregistrées dans un bungalow du Surrey au retour de l’Inde, des prises de travail de l’Album blanc, des répétitions dans le sous-sol d’Apple, des ébauches d’Abbey Road et, pour finir, l’accord de piano qui clôt A Day in the Life. Un disque d’atelier plutôt qu’un disque de vitrine, qui raconte la fin des Beatles non pas par les disputes, mais par les chansons. Trente ans plus tard, après la réédition de 2025 et l’arrivée d’un quatrième volume, il était temps de rouvrir le dossier, titre par titre, bande par bande.

En bref

  • L’album : Anthology 3, compilation double des Beatles publiée par Apple le 28 octobre 1996 au Royaume-Uni et le 29 octobre aux États-Unis. Cinquante titres, 2 heures 25 minutes, produits par George Martin.
  • La période couverte : de fin mai 1968 (maquettes de Kinfauns, à Esher) au 3 janvier 1970 (I Me Mine), avec un emprunt au 22 février 1967 pour l’accord final.
  • Le contenu : sept maquettes d’Esher, des prises alternatives de l’Album blanc, des répétitions des séances Get Back à Savile Row, un extrait du concert sur le toit, les maquettes de George Harrison du 25 février 1969 et des ébauches d’Abbey Road.
  • L’absence : contrairement aux deux premiers volumes, aucune nouvelle chanson à partir d’une maquette de Lennon. Now and Then, travaillée en 1995, a été abandonnée. Elle ne sortira qu’en 2023.
  • Les classements : numéro un du Billboard 200 aux États-Unis, quatrième au Royaume-Uni, neuvième en France. Triple disque de platine aux États-Unis.
  • La suite : en novembre 2025, Anthology 1 à 3 sont remasterisés par Giles Martin dans le coffret Anthology Collection, complété par un nouvel Anthology 4.
  • Six correctifs factuels rectifient des erreurs qui circulent encore sur ce disque, de son prétendu numéro un britannique à la dernière séance des Beatles.

Avant le troisième volume : l’Anthology, une autobiographie en trois actes

Vingt-cinq ans de gestation

Pour comprendre Anthology 3, il faut remonter très loin en amont, à une époque où les Beatles existaient encore sur le papier. Dès 1970, Neil Aspinall, l’ami de Liverpool devenu chauffeur, road manager puis patron d’Apple Corps, commence à rassembler des images d’archives pour un documentaire provisoirement intitulé The Long and Winding Road. Le projet est mis en sommeil presque aussitôt. La séparation, les procès entre les quatre anciens associés, puis la longue guerre judiciaire d’Apple contre EMI et Capitol au sujet des redevances rendent toute entreprise commune impossible pendant près de deux décennies.

L’histoire a laissé une trace de cette impasse : au milieu des années 1980, EMI prépare de son côté un album de chutes de studio, intitulé Sessions, compilé à Abbey Road par l’ingénieur Geoff Emerick. Plusieurs titres qui figureront plus tard sur Anthology 3, parmi lesquels Not Guilty et What’s the New Mary Jane, y sont déjà prévus. Les Beatles opposent leur veto et le disque ne paraît pas, sinon sous forme de copies pirates. La leçon est claire : aucune archive ne sortira sans l’accord des quatre ayants droit, et le projet, s’il voit le jour, sera le leur.

Le règlement global des litiges entre Apple et EMI, à la fin des années 1980, débloque la situation. Au début des années 1990, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, avec Yoko Ono pour la succession de John Lennon, donnent leur feu vert à un projet en trois volets : une série documentaire télévisée, une collection d’albums d’archives et, plus tard, un livre. L’idée directrice tient en une formule : l’histoire des Beatles racontée par les Beatles eux-mêmes. Nous avons retracé le rôle discret mais décisif d’Apple Corps dans la gestion de cet héritage dans notre article sur le siège de Knightsbridge où la société a géré l’Anthology.

Anthology 1 : des Quarrymen à Beatles for Sale

Le premier volume paraît le 20 novembre 1995 au Royaume-Uni et le lendemain aux États-Unis. Il couvre la préhistoire et l’explosion du groupe : l’enregistrement des Quarrymen de 1958, That’ll Be the Day et In Spite of All the Danger, des répétitions domestiques de 1960, les séances hambourgeoises avec Tony Sheridan, l’audition Decca du 1er janvier 1962, la première séance chez EMI avec Pete Best, des extraits de concerts à Stockholm et à la télévision britannique, puis des prises de travail jusqu’à Beatles for Sale. Nous avons consacré un article complet à l’audition Decca, chanson par chanson, et raconté dans notre guide des disques les plus rares comment l’acétate des Quarrymen est devenu l’objet le plus convoité des collectionneurs.

Le disque s’ouvre sur une nouveauté absolue : Free as a Bird, première chanson inédite des Beatles depuis 1970. Le succès commercial est vertigineux. Aux États-Unis, environ 450 000 exemplaires s’écoulent le premier jour, et la société de mesure SoundScan comptabilise 855 473 ventes la première semaine, un record pour un double album à l’époque. Anthology 1 se classe premier du Billboard 200. Au Royaume-Uni, il doit se contenter de la deuxième place.

Free as a Bird, le retour impossible

L’histoire de Free as a Bird commence en janvier 1994, lorsque Paul McCartney se rend à New York pour introniser John Lennon, à titre posthume, au Rock and Roll Hall of Fame. Yoko Ono lui remet quelques cassettes de maquettes enregistrées par son mari au Dakota dans la seconde moitié des années 1970. En février et mars 1994, dans le studio installé par McCartney dans un moulin du Sussex, les trois survivants complètent l’une de ces ébauches sous la direction de Jeff Lynne, le producteur d’Electric Light Orchestra et ancien compagnon de Harrison au sein des Traveling Wilburys. George Martin, que ses problèmes d’audition éloignent de la console, supervise en revanche l’ensemble du projet discographique.

Le single sort en décembre 1995 avec un clip réalisé par Joe Pytka, tourné du point de vue d’un oiseau en vol et truffé d’allusions aux chansons du groupe. Il se classe deuxième au Royaume-Uni et sixième aux États-Unis. Nous avons raconté en détail, dans notre enquête sur le duel McCartney-Harrison autour du pont de Free as a Bird, la manière dont les deux hommes se sont disputé l’écriture des passages que Lennon n’avait jamais terminés, et dans notre visite de Hog Hill Mill l’histoire du moulin-studio où ces séances ont eu lieu.

Anthology 2 : de Help! à Lady Madonna

Le deuxième volume paraît le 18 mars 1996. Il commence en février 1965, avec les séances de Help!, et s’arrête au début de 1968, à la veille du départ pour l’Inde, avec Lady Madonna et Across the Universe. C’est le disque de la grande mutation : les prises successives de Strawberry Fields Forever, le premier état de Tomorrow Never Knows, les cordes seules d’Eleanor Rigby, un extrait du concert de Tokyo de 1966, une version composite d’A Day in the Life. Il s’ouvre sur Real Love, seconde maquette de Lennon complétée par les trois autres en février 1995.

Le single Real Love connaît une carrière plus modeste que son prédécesseur, quatrième au Royaume-Uni, onzième aux États-Unis, et déclenche une polémique lorsque BBC Radio 1 refuse de l’inscrire à sa liste de diffusion, jugeant les Beatles trop éloignés de son public. L’album, lui, se classe premier des deux côtés de l’Atlantique : aux États-Unis, 442 000 exemplaires la première semaine. Nous avons évoqué la première vie de cette maquette, déjà publiée en 1988, dans notre article sur la bande originale d’Imagine: John Lennon.

La série télévisée et le livre

La série documentaire, réalisée par Geoff Wonfor et Bob Smeaton, est diffusée à partir de novembre 1995 sur ITV au Royaume-Uni et en trois soirées sur ABC aux États-Unis. Les trois Beatles survivants, filmés séparément puis ensemble, y racontent leur histoire ; les propos de Lennon sont tirés d’entretiens d’archives. Une version longue, en huit épisodes, sort en vidéo en 1996. Le livre The Beatles Anthology, qui rassemble les témoignages des quatre et plus de mille trois cents images, attendra octobre 2000.

Ce dispositif à trois étages est la clé de lecture des albums. Les disques ne sont pas pensés comme des compilations de raretés pour collectionneurs, mais comme la bande-son d’un récit. Chaque volume accompagne une partie de la série : Anthology 1 les années de formation et de conquête, Anthology 2 la métamorphose en studio, Anthology 3 la fin. Le faux documentaire All You Need Is Cash, d’Eric Idle et Neil Innes, avait dès 1978 raconté une histoire semblable sous forme de farce ; nous avons relaté dans notre histoire complète des Rutles comment ce faux groupe avait devancé l’Anthology de près de vingt ans, au point que George Harrison lui-même s’en amusait.

Le triptyque de Klaus Voormann

Les trois pochettes sont l’œuvre de Klaus Voormann, l’ami de Hambourg, auteur du dessin de Revolver en 1966 et bassiste de nombreux disques solos des anciens Beatles. Il a conçu une seule grande image, découpée en trois panneaux : un mur d’affiches et de pochettes arrachées, superposées comme sur une palissade londonienne, où chaque époque du groupe affleure sous la suivante. Mis côte à côte, les trois albums reconstituent la fresque. Voormann s’y est glissé lui-même, vieilli, dans un fragment de la pochette de Revolver qu’il avait dessinée trente ans plus tôt. L’image de Ringo Starr dans ce triptyque, et la collaboration de Voormann avec le peintre Alfons Kiefer, sont analysées sur notre page consacrée aux pochettes de l’Anthology, et le parcours de l’artiste dans notre article où Voormann raconte George Harrison.

Pour qui veut reconstituer la trilogie originale, les trois doubles CD de 1995-1996 restent disponibles : Anthology 1, Anthology 2 et Anthology 3.

La fabrication d’Anthology 3 : George Martin, Geoff Emerick et les bandes d’Abbey Road

Un producteur de soixante-dix ans et un ingénieur revenu de loin

La sélection des trois volumes est confiée à George Martin, alors âgé de soixante-dix ans. L’homme qui a produit presque tous les disques des Beatles depuis 1962 souffre d’une perte d’audition qui l’a conduit à décliner la production de Free as a Bird, mais il reste le seul à pouvoir arbitrer entre des centaines d’heures de bandes en connaissant intimement le contexte de chaque séance. À ses côtés, à Abbey Road, travaille Geoff Emerick, l’ingénieur du son de Revolver, de Sgt. Pepper et d’Abbey Road.

Le choix d’Emerick donne à Anthology 3 une profondeur particulière. Le 16 juillet 1968, en pleine séance de Cry Baby Cry, épuisé par les tensions et les querelles du groupe, il a quitté le studio et refusé de travailler davantage sur l’Album blanc. Il ne reviendra auprès des Beatles qu’au printemps 1969, pour Abbey Road. Vingt-huit ans plus tard, c’est lui qui réécoute les bandes de l’été 1968 dont il s’était éloigné, et qui en tire, entre autres, la première prise de Cry Baby Cry, enregistrée le jour même de son départ. Nous avons raconté ce départ, et la valse des ingénieurs pendant ces cinq mois de séances, dans notre histoire de l’enregistrement du White Album. Le rôle des techniciens de l’ombre de cette période, comme Phil McDonald, est détaillé dans notre hommage à l’ingénieur d’Abbey Road.

Une méthode : raconter plutôt que collectionner

Le travail consiste à choisir, dans la masse des archives d’EMI et des bandes des séances de janvier 1969, des documents qui racontent une histoire. Mark Lewisohn, qui a passé des mois à écouter l’ensemble des bandes de studio pour son livre de 1988, The Complete Beatles Recording Sessions, est associé au projet et signe les textes des livrets. Le critère n’est pas la rareté pour elle-même, mais la valeur de témoignage : montrer une chanson à un stade antérieur, révéler un arrangement abandonné, faire entendre une idée qui ne survivra pas.

Ce parti pris explique certains choix qui déconcerteront une partie du public. Plusieurs titres sont des montages de plusieurs prises, d’autres sont des versions raccourcies, d’autres encore sont mixés pour l’occasion de manière à isoler un élément, comme les seules voix de Because. Anthology 3 n’est pas une édition intégrale des bandes : c’est une lecture, celle de George Martin, de la dernière période du groupe.

Trois dates de sortie pour un seul disque

La sortie elle-même a connu plusieurs reports. EMI avait d’abord annoncé le 7 octobre 1996 ; le coffret vidéo de la série télévisée sort bien à cette date au Royaume-Uni, mais l’album est repoussé au 21 octobre, puis d’une semaine encore. Il paraît finalement le lundi 28 octobre 1996 au Royaume-Uni, le 29 aux États-Unis. En Allemagne, il est mis en vente dès le vendredi 25 octobre. Sept mois seulement séparent Anthology 2 et Anthology 3.

Correctif factuel : Anthology 3 n’est pas sorti en novembre 1996

Plusieurs sources francophones, dont l’article de l’encyclopédie en ligne consacré au disque, situent la sortie d’Anthology 3 en novembre 1996. C’est inexact. L’album est publié le 28 octobre 1996 au Royaume-Uni, le 29 octobre aux États-Unis et dès le 25 octobre en Allemagne. La confusion vient sans doute de son classement : c’est en novembre qu’il atteint la première place du Billboard 200, dans le classement daté du 16 novembre 1996. La date du 28 octobre est celle qu’utilise le site officiel des Beatles.

La chanson qui manque : Now and Then, l’ombre portée du troisième volume

La cassette du Dakota

Les deux premiers volumes s’ouvraient chacun sur une chanson nouvelle des Beatles. Le troisième devait suivre le même modèle. Sur les cassettes remises par Yoko Ono en janvier 1994 figuraient au moins trois chansons susceptibles d’être complétées : Free as a Bird, Real Love et une ballade au piano intitulée Now and Then, enregistrée par Lennon au Dakota vers 1977. Une quatrième, Grow Old with Me, avait été écartée d’emblée parce qu’elle avait déjà été publiée en 1984 sur l’album posthume Milk and Honey. Elle connaîtra plus tard deux autres vies, avec un arrangement de George Martin en 1998 pour le coffret John Lennon Anthology, puis une version de Ringo Starr en 2019, avec McCartney à la basse, que nous racontons sur notre page consacrée à Grow Old With Me.

1995 : un après-midi, puis l’abandon

Au début de 1995, dans le sillage de Real Love, les trois survivants et Jeff Lynne s’attaquent à Now and Then. Le travail tourne court. Lynne a raconté qu’il s’agissait en tout et pour tout d’une journée, en réalité d’un après-midi, à essayer une piste rythmique sommaire. La chanson possédait un refrain mais presque pas de couplets, et la cassette souffrait d’un bourdonnement électrique, probablement dû au secteur de l’appartement, que la technologie de 1995 ne permettait pas d’éliminer sans abîmer la voix de Lennon, mêlée au piano sur la même piste.

George Harrison ne voulait pas continuer. Paul McCartney l’a rapporté au magazine Q en 1997, en expliquant en substance que George n’aimait pas la chanson et que, les Beatles étant une démocratie, ils ne l’avaient pas faite. Plus tard, il a précisé que Harrison avait qualifié la maquette, en termes beaucoup plus crus, de bonne à jeter. McCartney a toujours regretté cet abandon, évoquant un beau couplet et la voix de John, et reconnaissant que la chanson aurait demandé à être retravaillée.

Selon Peter Doggett, dans son livre sur les années qui ont suivi la séparation, d’autres pistes sont envisagées pour remplacer cette troisième chanson : une collaboration entre McCartney et Harrison, intitulée All for Love, qui meurt dans l’œuf, et une nouvelle lecture de Let It Be, à laquelle l’un des trois oppose son veto. Anthology 3 sera donc le seul volume sans chanson nouvelle.

Correctif factuel : la date des séances de Now and Then n’est pas établie avec certitude

On lit souvent que Now and Then a été travaillée en février 1995, en même temps que Real Love. Les journaux de séances compilés par la Beatles Bible situent plutôt le travail les 20 et 21 mars 1995, et parlent d’une séance interrompue le second jour. Les crédits établis lors de la publication de 2023 datent pour leur part du 2 février 1995 les guitares acoustique et électrique enregistrées par George Harrison. Les deux versions ne sont pas forcément incompatibles, une base ayant pu être posée en février et reprise en mars, mais aucune feuille de séance publiée ne permet de trancher. Une chose est sûre : les guitares de Harrison enregistrées en 1995 ont été réutilisées en 2023, ce qui fait de Now and Then une chanson à laquelle les quatre Beatles ont réellement participé.

2023 : la chanson rattrapée par la technique

Vingt-huit ans plus tard, la technologie de séparation des sources mise au point par l’équipe de Peter Jackson pour le documentaire Get Back permet d’extraire proprement la voix de Lennon de la cassette. McCartney et Starr complètent la chanson en 2022, avec les guitares de Harrison de 1995, des chœurs empruntés à Eleanor Rigby, à Here, There and Everywhere et à Because, et un arrangement de cordes. Now and Then paraît le 2 novembre 2023, en double face A avec Love Me Do, et devient le dix-huitième numéro un des Beatles au Royaume-Uni. Le clip réalisé par Peter Jackson, qui mêle images d’archives et séances récentes, est analysé sur notre page sur les archives du dernier clip des Beatles, et la place de ces maquettes dans la vie de Lennon au Dakota dans notre article sur le rapport de John Lennon à la musique.

Ce dénouement tardif change rétrospectivement la nature d’Anthology 3. En 1996, le disque pouvait passer pour un volume incomplet, privé de sa pièce maîtresse. Depuis 2023, il apparaît comme le dernier état d’un projet suspendu, dont la conclusion a été différée de près de trente ans.

A Beginning, une ouverture de substitution

À la place de la chanson manquante, George Martin ouvre l’album par une courte pièce orchestrale de cinquante secondes, enregistrée le 22 juillet 1968 et restée inédite. Elle avait été écrite pour servir d’introduction à Don’t Pass Me By, la première chanson de Ringo Starr, et enregistrée lors de la même séance que l’orchestre de Good Night. Le titre, A Beginning, lui est donné en 1996. Le choix est habile : après deux volumes ouverts par une voix de Lennon venue d’outre-tombe, le troisième commence par un lever de rideau symphonique, comme une ouverture d’opéra annonçant les actes qui suivent. Il est aussi, d’une certaine manière, un hommage du producteur à lui-même : la seule plage de toute la trilogie où ne joue aucun Beatle.

Disque 1 : l’Album blanc mis à nu (mai-octobre 1968)

Kinfauns, fin mai 1968 : sept maquettes dans un bungalow

Le premier disque d’Anthology 3 s’ouvre, après A Beginning, sur une séquence qui a longtemps fait rêver les amateurs : les maquettes enregistrées à la fin du mois de mai 1968 à Kinfauns, le bungalow de George Harrison à Esher, dans le Surrey. Les Beatles reviennent de Rishikesh, où ils ont passé plusieurs semaines auprès du Maharishi Mahesh Yogi et écrit une quantité inhabituelle de chansons, la plupart à la guitare acoustique, faute d’autres instruments. Nous avons raconté ce séjour dans notre anatomie des huit semaines de Rishikesh.

Chez Harrison, sur un magnétophone quatre pistes, ils enregistrent vingt-sept chansons dans des versions dépouillées, avec guitares acoustiques, percussions improvisées, voix doublées et chœurs approximatifs. Le document est extraordinaire parce qu’il saisit les chansons au moment exact où elles quittent leur auteur pour entrer dans le groupe. Anthology 3 en retient sept : Happiness Is a Warm Gun, Mean Mr. Mustard, Polythene Pam, Glass Onion, Junk, Piggies et Honey Pie. Les vingt-sept ne seront publiées ensemble qu’en 2018, dans l’édition du cinquantième anniversaire de l’Album blanc.

Happiness Is a Warm Gun, en mono, montre Lennon assemblant déjà ses fragments disparates, mais dans un ordre et sous une forme encore flottants : la chanson à tiroirs n’a pas trouvé son équilibre, et ses ruptures de mesure ne sont qu’esquissées. Mean Mr. Mustard et Polythene Pam sont deux chansons de Lennon écrites en Inde qui ne trouveront leur place sur aucun album de 1968 : il faudra attendre plus d’un an pour qu’elles s’intègrent au grand pot-pourri de la seconde face d’Abbey Road. Dans la maquette, la sœur de Mr. Mustard ne s’appelle pas encore Pam ; le changement de prénom, destiné à relier les deux chansons, n’interviendra qu’en 1969. Le détail montre à quel point le célèbre enchaînement d’Abbey Road est une construction tardive, et non une suite pensée dès l’origine.

Glass Onion, dans sa version d’Esher, n’a pas encore l’agressivité qu’elle prendra en studio. Junk, ballade de McCartney écrite en Inde, ne sera jamais enregistrée par les Beatles ; elle trouvera refuge en 1970 sur le premier album solo de son auteur, McCartney, en version chantée et en version instrumentale. Piggies, en mono, fait entendre Harrison seul, avant le clavecin de Chris Thomas et les grognements de cochons de l’album. Honey Pie, enfin, offre l’esquisse du pastiche de music-hall des années 1920 que McCartney développera avec un orchestre de cuivres et de bois.

Juin 1968 : Don’t Pass Me By et Blackbird

Les séances de l’Album blanc commencent le 30 mai 1968 à Abbey Road. Anthology 3 retient de juin deux documents qui disent les deux extrêmes de l’album. Le premier est Don’t Pass Me By, première chanson écrite par Ringo Starr à être enregistrée par les Beatles, en chantier depuis des années sous des titres de travail comme Ringo’s Tune ou This Is Some Friendly. La version d’Anthology 3, montage des prises 3 et 5 des 5 et 6 juin, est plus lente et plus brute que la version publiée, sans le violon country qui en fera la couleur. Sur notre page consacrée à Don’t Pass Me By, nous avons suivi la chanson jusqu’à ses interprétations scéniques récentes.

Le second est Blackbird, prise 4 du 11 juin, McCartney seul avec sa guitare acoustique. Il y manque encore le chant d’oiseau ajouté au montage, et la prise s’interrompt sur une hésitation. On y entend surtout la précision de la technique de main droite que McCartney a tirée d’une pièce de Bach. Nous avons consacré un article complet à la séance de Blackbird et à ses trente-deux prises.

Juillet 1968 : la fabrique sous tension

Juillet 1968 est le mois le plus orageux des séances. Ob-La-Di, Ob-La-Da, prise 5 de la première version enregistrée entre le 3 et le 5 juillet, fait entendre la chanson dans un arrangement rejeté ensuite par McCartney lui-même, qui la fera refaire plusieurs fois au point d’exaspérer ses partenaires et l’équipe technique. On y entend une introduction de guitare acoustique et un tempo plus léger que la version définitive, martelée au piano. Nous avons raconté cette guerre d’usure dans notre enquête sur la granny music, et l’histoire de l’expression elle-même dans notre article sur la controverse d’Ob-La-Di, Ob-La-Da.

Good Night, berceuse écrite par Lennon pour son fils Julian et chantée par Ringo, est présentée dans un montage qui commence par une répétition détendue, Ringo plaisantant avant de chanter, et se poursuit sur la prise orchestrale du 22 juillet, sans le chœur de la version définitive. La chanson et ses interprétations ultérieures sont détaillées sur notre page consacrée à Good Night.

Cry Baby Cry, prise 1 du 16 juillet, est le document du jour où Geoff Emerick a quitté les Beatles. La chanson de Lennon, inspirée d’une comptine et d’une publicité, y est encore légère, presque folk. Lennon dira plus tard le peu de cas qu’il en faisait, au point de la qualifier de bêtise ; nous avons rassemblé ses jugements les plus durs dans notre inventaire de ce que Lennon reprochait aux albums des Beatles.

Helter Skelter, prise 2 du 18 juillet, est sans doute le titre le plus surprenant du disque. Avant de devenir le déchaînement saturé que l’on connaît, la chanson de McCartney a d’abord été jouée comme un blues lent et lourd, presque hypnotique. Ce jour-là, les Beatles en enregistrent trois longues versions ; la deuxième durait plus de douze minutes, et Anthology 3 la ramène à quatre minutes trente-sept. La version définitive sera enregistrée en septembre, dans un tout autre tempo. Nous avons placé la chanson au sommet de notre classement des chansons les plus rock des Beatles, et raconté le rôle de Lennon à la basse six cordes sur la version de septembre dans notre article sur la Fender Bass VI.

Sexy Sadie, prise 6 du 19 juillet, appartient à la première tentative de la chanson, abandonnée et refaite ensuite. Le titre de Lennon, réponse amère à sa déception envers le Maharishi, y est plus lent et plus diffus, porté par un piano et un jeu de batterie encore hésitant.

Correctif factuel : la version de vingt-sept minutes de Helter Skelter n’est pas sur Anthology 3

On lit parfois que la fameuse version marathon de Helter Skelter, longue de vingt-sept minutes, figure sur Anthology 3. Ce n’est pas le cas. Le disque propose la prise 2 du 18 juillet 1968, ramenée à quatre minutes trente-sept par un montage. La prise 3 de ce jour-là, celle qui dépasse les vingt-sept minutes, n’a jamais été publiée officiellement, ni en 1996, ni dans l’édition anniversaire de 2018, qui proposait d’autres prises de la chanson, ni dans Anthology 4 en 2025, où son absence a d’ailleurs été l’un des reproches les plus fréquents des amateurs. La prise 17, enregistrée en septembre 1968 dans le style déchaîné de la version définitive, est celle qu’a retenue Anthology 4.

25 juillet 1968 : While My Guitar Gently Weeps, la prise solitaire

C’est peut-être le sommet d’Anthology 3, et l’un des enregistrements les plus aimés de toute la trilogie. Le 25 juillet 1968, George Harrison s’installe seul dans le Studio Two avec une guitare acoustique et enregistre une première version de While My Guitar Gently Weeps. La chanson est complète, dans une forme dépouillée qui révèle la beauté de sa ligne mélodique et de ses descentes chromatiques. Elle comporte une strophe supplémentaire, qui sera abandonnée dans la version définitive.

Ce document éclaire le destin de la chanson. Pendant des semaines, Harrison aura le sentiment que ses partenaires ne la prennent pas au sérieux. Il faudra l’arrivée d’Eric Clapton, invité le 6 septembre 1968 à jouer le solo, pour que les Beatles se mettent en quatre. La prise d’Anthology 3 prouve que la chanson n’avait besoin de personne pour être forte. Le parcours de Harrison au sein du groupe, de la tolérance au respect, est au cœur de notre étude sur la naissance d’un auteur en 1969.

29 juillet 1968 : Hey Jude avant Trident

Hey Jude, prise 2 du 29 juillet, a été enregistrée à Abbey Road, deux jours avant que les Beatles ne se transportent aux studios Trident, à Soho, pour profiter de leur magnétophone huit pistes et graver la version définitive avec un orchestre de trente-six musiciens. On entend ici la chanson en cours de rodage : McCartney au piano et au chant, le groupe qui cherche encore son équilibre, une coda déjà interminable. C’est au cours de ces journées, filmées le 30 juillet pour un documentaire, que McCartney aurait demandé à Harrison de ne pas répondre à chaque phrase chantée par un motif de guitare, un épisode souvent cité comme un signe des tensions de l’époque. Nous avons enquêté sur les destinataires possibles de la chanson dans notre article sur Hey Jude, la chanson que Lennon croyait écrite pour lui.

Août 1968 : Not Guilty, Mother Nature’s Son, Rocky Raccoon et What’s the New Mary Jane

Not Guilty détient un record dont personne ne se vante : les Beatles l’ont jouée plus d’une centaine de fois les 8 et 9 août 1968 avant d’y renoncer. La prise 102 d’Anthology 3 est en réalité une réduction réalisée à partir de la meilleure prise de base, à laquelle Harrison a ajouté le 12 août des parties de guitare et de chant. La chanson, qui raconte précisément les tensions entre Harrison et ses partenaires, sera écartée de l’album, puis réenregistrée par son auteur en 1979 pour son album George Harrison. Sa présence sur Anthology 3 a valeur de réhabilitation. Nous lui avons consacré un article complet sur les cent et une prises de Not Guilty.

Mother Nature’s Son, prise 2 du 9 août, fait entendre McCartney seul, une fois les autres partis, dans une version acoustique sans les cuivres ajoutés plus tard. Rocky Raccoon, prise 8 du 15 août, est un moment de studio savoureux : McCartney y improvise, cherche ses mots, s’amuse de son propre texte, et la prise se termine dans les rires.

What’s the New Mary Jane est la grande curiosité du disque. Enregistrée le 14 août 1968 par Lennon, Harrison, Yoko Ono et l’assistant Mal Evans, sans McCartney ni Starr, cette pièce absurde de plus de six minutes alterne une chansonnette de music-hall et un chaos de bruits, de cris et de percussions. Lennon la tenait suffisamment pour la remixer le 26 novembre 1969 et tenter de la publier en single sous le nom du Plastic Ono Band, couplée avec You Know My Name (Look Up the Number). Le disque, annoncé pour le début de décembre 1969, n’est jamais sorti. Anthology 3 en livre la première publication officielle, vingt-sept ans plus tard.

Septembre-octobre 1968 : six chansons pour finir l’Album blanc

Glass Onion revient sur le premier disque dans un état très différent de la maquette d’Esher : le mixage mono établi à la fin de septembre 1968, dans lequel Lennon avait habillé la fin de la chanson d’effets sonores, sonnerie de téléphone, bris de verre, note d’orgue tenue et commentaire sportif de la télévision. George Martin remplacera ces effets par un arrangement de cordes enregistré le 10 octobre. Anthology 3 permet ainsi d’entendre l’idée d’origine de Lennon, plus proche de l’esprit de collage de Revolution 9 que de la version publiée.

Step Inside Love / Los Paranoias est un instant de détente capté le 16 septembre 1968, pendant la séance d’I Will. McCartney entonne Step Inside Love, la chanson qu’il avait écrite pour l’émission de télévision de Cilla Black, puis le groupe dérive vers une improvisation latino baptisée Los Paranoias. Curiosité de crédit : la seconde partie est signée des quatre Beatles, alors que George Harrison, selon les registres de séance, n’était pas présent ce jour-là. Nous avons raconté l’histoire de la chanson donnée à Cilla Black dans notre histoire de l’écurie d’artistes de Brian Epstein.

I Will, prise 1 du même jour, montre la ballade de McCartney dans sa toute première forme. Il en faudra soixante-sept pour aboutir à la version publiée. I’m So Tired, montage des prises 3, 6 et 9 du 8 octobre, fait entendre la chanson d’insomnie de Lennon, écrite à Rishikesh, avec des variantes de texte et de phrasé.

Why Don’t We Do It in the Road?, prise 4 du 9 octobre, en mono, est McCartney seul à la guitare acoustique, dans une version plus douce que le blues hurlé de l’album. Lennon dira en 1980 qu’il avait été blessé d’être tenu à l’écart de l’enregistrement de ce titre ; nous avons évoqué ce ressentiment dans notre article sur les comptes de Tittenhurst.

Julia, enfin, prise 2 du 13 octobre 1968, referme le premier disque. C’est la seule chanson des Beatles interprétée par Lennon entièrement seul, écrite pour sa mère morte en 1958, avec une allusion à Yoko Ono. Dans cette prise, on l’entend s’interrompre pour échanger quelques mots avec la cabine. Placée à la fin du disque, elle en fait une conclusion intime, presque murmurée, après cinq mois de séances orageuses. Pour une vue d’ensemble de ce double album, notre article Album blanc, dix faits méconnus complète cette écoute.

Disque 2 : de Savile Row à Abbey Road (janvier 1969 – janvier 1970)

Janvier 1969 : le sous-sol d’Apple

Le second disque s’ouvre sur le projet Get Back, ce retour aux sources voulu par McCartney : enregistrer un album en direct, sans artifices de studio, et le filmer. Après deux semaines de répétitions glaciales aux studios de cinéma de Twickenham et le départ provisoire de George Harrison le 10 janvier, les Beatles s’installent à partir du 21 janvier dans le studio aménagé au sous-sol d’Apple, au 3 Savile Row. Le 22, Harrison fait venir le claviériste Billy Preston, dont la présence détend aussitôt l’atmosphère. Nous avons raconté son rôle dans notre article sur les Beatles, James Brown et le groove de la soul.

Les cinq premières plages du disque viennent de ces journées : I’ve Got a Feeling (23 janvier), She Came In Through the Bathroom Window et Dig a Pony (22 janvier), Two of Us (24 janvier) et For You Blue (prise 1, 25 janvier). L’intérêt de ces versions tient à leur fraîcheur. She Came In Through the Bathroom Window, qui ne sera enregistrée pour de bon qu’en juillet pour Abbey Road, n’est encore qu’une répétition, plus lente, avec un texte en partie différent. I’ve Got a Feeling et Dig a Pony font entendre le groupe en train de trouver l’énergie qu’il libérera sur le toit le 30 janvier. For You Blue, la chanson légère de Harrison, laisse entendre Lennon à la guitare lap steel. Les images de ces journées ont été rendues au public par le documentaire de Peter Jackson ; nous en avons proposé une lecture sur notre page consacrée à Get Back et aux archives filmées de 1969.

Teddy Boy : un montage de 1996

Teddy Boy est une chanson de McCartney écrite en Inde, répétée à plusieurs reprises pendant les séances de janvier mais jamais retenue par le groupe. McCartney la réenregistrera chez lui pour son premier album solo, en 1970. La version d’Anthology 3 est un montage de deux interprétations, des 24 et 28 janvier, au cours desquelles Lennon, visiblement peu convaincu, se met à imiter un meneur de danse country et à lancer des instructions de quadrille par-dessus la chanson.

Correctif factuel : le montage de Teddy Boy n’est pas l’œuvre de Phil Spector

On attribue parfois à Phil Spector, producteur de l’album Let It Be en 1970, un collage des moqueries de Lennon sur Teddy Boy. C’est une confusion. Teddy Boy ne figure sur aucune des compilations successives préparées en 1969 et 1970 : Glyn Johns l’avait retirée de ses projets d’album Get Back, et Spector ne l’a pas utilisée. Le montage des deux interprétations des 24 et 28 janvier 1969, avec les interventions de Lennon en meneur de quadrille, a été réalisé pour Anthology 3, en 1996, sous la direction de George Martin. C’est donc un objet des années 1990, et non une manipulation d’époque.

Les reprises : rock’n’roll et Buddy Holly

Les séances de janvier 1969 sont aussi un immense juke-box. Entre deux chansons nouvelles, les Beatles retournent sans cesse aux standards de leur jeunesse, ceux qu’ils jouaient à Hambourg et à la Cavern. Anthology 3 en garde deux traces. Le medley Rip It Up / Shake, Rattle and Roll / Blue Suede Shoes, enregistré le 26 janvier, enchaîne Little Richard, Big Joe Turner et Carl Perkins avec une énergie de bœuf entre amis. Mailman, Bring Me No More Blues, capté le 29 janvier, est une chanson enregistrée par Buddy Holly en 1957, interprétée par Lennon avec une tendresse inattendue. Le rôle fondateur de Holly pour Lennon et McCartney est retracé dans notre biographie de Buddy Holly et de son héritage beatlesien, et la bibliothèque des modèles du tandem dans notre enquête sur les auteurs qui ont fabriqué Lennon-McCartney.

The Long and Winding Road sans Phil Spector

The Long and Winding Road, enregistrée le 26 janvier 1969, est l’un des titres les plus importants du second disque, pour une raison qui tient à l’histoire de la chanson plus qu’à la prise elle-même. En avril 1970, Phil Spector, chargé par Lennon, Harrison et Starr de finaliser l’album Let It Be, a recouvert cette prise d’un orchestre et d’un chœur féminin, sans consulter McCartney. Celui-ci en concevra une colère durable, au point de citer ce traitement parmi ses griefs dans la procédure judiciaire qui mettra fin à l’association des Beatles.

La version d’Anthology 3 est cette même prise du 26 janvier, débarrassée des ajouts de Spector. On y entend McCartney au piano, Lennon à la basse six cordes, avec ses quelques approximations, et le groupe dans sa nudité d’origine. Pour la première fois, en 1996, le public pouvait juger sur pièce ce que la chanson était avant l’intervention du producteur américain.

Correctif factuel : Let It Be… Naked n’a pas été la première version de The Long and Winding Road sans Spector

On présente souvent l’album Let It Be… Naked, publié en novembre 2003, comme la première occasion d’entendre officiellement The Long and Winding Road débarrassée de l’orchestre et des chœurs de Phil Spector. C’est oublier Anthology 3, qui publiait dès 1996 la prise du 26 janvier 1969 dans son état d’origine, sept ans avant Naked. Les deux disques ne proposent d’ailleurs pas la même interprétation : Let It Be… Naked repose sur une prise enregistrée le 31 janvier 1969, celle que McCartney jugeait meilleure, tandis qu’Anthology 3 donne à entendre la base même que Spector avait habillée.

Oh! Darling et l’annonce de John

Oh! Darling, captée le 27 janvier 1969, est une chanson que McCartney ne gravera vraiment que pendant l’été, pour Abbey Road, en chantant une prise par jour pour obtenir le grain rauque qu’il recherchait. Dans la version d’Anthology 3, il la chante encore sur un mode plus détendu, avec Lennon en soutien. Le moment le plus célèbre arrive à la fin : Lennon interrompt la chanson pour annoncer, ravi, qu’il vient d’apprendre que le divorce de Yoko Ono est prononcé, et laisse éclater sa joie. Ce bref échange, capté par les magnétophones, est l’un de ces instants de vie que seul un disque d’archives pouvait préserver.

Get Back, sur le toit

Get Back est la seule plage d’Anthology 3 enregistrée en concert. Elle provient du célèbre concert donné sur le toit de l’immeuble d’Apple le 30 janvier 1969, dernière prestation publique des Beatles. Il s’agit de la troisième et dernière interprétation de la chanson ce jour-là, celle que perturbe l’arrivée de la police appelée par des voisins excédés, et pendant laquelle McCartney improvise quelques paroles sur les ennuis qui guettent les musiciens jouant sur les toits. Nous avons raconté cette journée et sa portée symbolique dans notre récit des dix événements clés de l’histoire des Beatles.

25 février 1969 : les trois maquettes d’un anniversaire

Le 25 février 1969, jour de ses vingt-six ans, George Harrison se rend seul aux studios EMI d’Abbey Road et enregistre, avec l’ingénieur Ken Scott, des maquettes de trois chansons : Old Brown Shoe, All Things Must Pass et Something. Anthology 3 les publie toutes les trois, ce qui fait de ce disque un document majeur sur l’émergence de Harrison comme auteur.

Old Brown Shoe est la plus élaborée des trois : Harrison y superpose voix, piano et guitares, dont une partie grave qui préfigure la ligne de basse que McCartney développera sur l’enregistrement du groupe, en avril. All Things Must Pass, méditation sur l’impermanence influencée par The Band, avait été répétée en janvier sans jamais être enregistrée par les Beatles ; elle deviendra la chanson-titre du triple album solo de Harrison en 1970. Something, enfin, est saisie dans un état encore inachevé, en mono, avec un texte en partie provisoire, mais la mélodie, la ligne descendante et le pont sont déjà là. Elle deviendra, huit mois plus tard, la première face A de Harrison sur un single des Beatles.

Nous avons consacré une étude complète à ces trois chansons et à l’année 1969 de Harrison dans George Harrison en 1969, la naissance d’un auteur, et à Something dans notre article sur les chansons d’amour de George Harrison. Les paroles traduites d’Old Brown Shoe figurent sur notre page consacrée à la chanson.

Printemps et été 1969 : Octopus’s Garden, Maxwell’s Silver Hammer, Come Together

Octopus’s Garden, montage des prises 2 et 8 du 26 avril 1969, présente la deuxième chanson de Ringo Starr, écrite en Sardaigne l’été précédent, au moment où il avait quitté le groupe pendant quelques jours. On y entend le batteur guider ses partenaires dans une version plus brute que celle d’Abbey Road. Sa carrière d’auteur, qui commence avec Don’t Pass Me By et Octopus’s Garden, se prolonge dans notre sélection de quinze chansons de la carrière solo de Ringo Starr, et notre plaidoyer pour le batteur se lit dans notre réhabilitation de Ringo Starr.

Maxwell’s Silver Hammer, prise 5 du 9 juillet 1969, est datée d’une journée particulière : celle du retour de Lennon au studio après l’accident de voiture survenu en Écosse au début du mois. Lennon ne participe pas à l’enregistrement de cette chanson de McCartney, qu’il détestait, et qui deviendra l’emblème des chansons que ses partenaires jugeaient interminables. Yoko Ono, blessée dans l’accident, suit les séances depuis un lit installé dans le studio.

Come Together, prise 1 du 21 juillet 1969, est l’un des documents les plus parlants du disque. Lennon y chante sans guitare, et sa voix laisse clairement entendre, à chaque reprise du motif, les mots que le mixage final rendra presque inaudibles. La chanson a déjà pris le tempo lent et marécageux voulu par McCartney, mais l’arrangement reste dépouillé. Née d’un slogan de campagne écrit pour Timothy Leary, la chanson est aujourd’hui l’un des titres les plus écoutés de son auteur, comme le montre notre palmarès des chansons de John Lennon les plus écoutées sur Spotify.

24 juillet 1969 : Come and Get It et Ain’t She Sweet

Le 24 juillet 1969, McCartney arrive en avance au studio et enregistre seul, en une heure environ, la maquette de Come and Get It, chanson destinée au groupe Badfinger pour la bande originale du film The Magic Christian, dans lequel joue Ringo Starr. Il y chante et joue tous les instruments, piano, batterie, maracas et basse. Il demandera ensuite à Badfinger de copier fidèlement cet arrangement, et le single du groupe se classera quatrième au Royaume-Uni et septième aux États-Unis. La maquette d’Anthology 3 a été mixée pour l’occasion ; le mixage stéréo réalisé le jour même, en 1969, ne sera publié qu’en 2019, dans le coffret du cinquantième anniversaire d’Abbey Road. La séance est détaillée dans notre portrait de l’ingénieur Phil McDonald.

Le même jour, entre deux prises de Sun King, Lennon se lance dans un bœuf sur Ain’t She Sweet, standard de 1927. Le choix d’Anthology 3 est loin d’être anodin : les Beatles avaient enregistré cette chanson à Hambourg en juin 1961, lors des séances avec Tony Sheridan, et cette version de 1961, chantée par Lennon, figure sur Anthology 1. Huit ans plus tard, le même Lennon la reprend sur un tempo lent, presque las. Entre les deux volumes, toute l’histoire du groupe tient dans l’écart entre ces deux interprétations.

Because, a cappella

Because, dans la version d’Anthology 3, est un pur exercice de mixage : George Martin et Geoff Emerick ont isolé les seules voix enregistrées les 1er et 4 août 1969 par Lennon, McCartney et Harrison, qui avaient chanté trois fois leurs trois parties pour obtenir un chœur de neuf voix. Privé du clavecin électrique, de la guitare et du synthétiseur Moog, le chœur apparaît dans toute sa précision. C’est l’un des titres les plus marquants de la trilogie, et l’un des rares à proposer une version qui n’a jamais existé telle quelle en 1969.

L’histoire a donné à ces voix une seconde vie : en 2023, des chœurs empruntés à Because ont été intégrés à Now and Then, la chanson même qui manquait à Anthology 3. Nous avons retracé l’histoire du chant à trois voix des Beatles, des Everly Brothers à Because, dans notre article sur les harmonies vocales des Beatles.

Let It Be à Savile Row

Let It Be, enregistrée le 25 janvier 1969, est placée à la fin du disque, hors de l’ordre chronologique. La version d’Anthology 3 est une interprétation du groupe à Savile Row, sans les ajouts ultérieurs de cuivres, de violoncelles et de guitare qui caractérisent les versions publiées en 1970. On y entend la chanson de McCartney sous la forme la plus simple, avec un solo de guitare différent. Le choix de la placer avant I Me Mine et The End est éditorial : George Martin fait du titre une sorte de conclusion morale, avant les deux dernières plages.

3 janvier 1970 : I Me Mine, la dernière chanson nouvelle

I Me Mine, prise 16 du 3 janvier 1970, est enregistrée par trois Beatles seulement. Lennon, en vacances au Danemark avec Yoko Ono, n’est pas là. La séance dure de quatorze heures trente à minuit et quart, et le trio enregistre seize prises de la valse rock que Harrison avait écrite un an plus tôt, pendant les répétitions de Twickenham, après avoir vu à la télévision un orchestre militaire jouer une valse.

Avant la prise, Harrison lance une petite déclaration parodique, à la manière d’un communiqué de presse : faisant allusion au départ récent du chanteur du groupe Dave Dee, Dozy, Beaky, Mick & Tich, il annonce que les trois membres restants vont poursuivre leur bonne œuvre. La plaisanterie, conservée sur Anthology 3, résonne étrangement un an avant la plainte de McCartney contre ses associés. La version publiée sur l’album Let It Be dure deux minutes vingt-cinq parce que Phil Spector a répété une partie de la chanson ; celle d’Anthology 3 est la prise d’origine, plus courte.

Correctif factuel : I Me Mine n’est pas la dernière séance des Beatles

Anthology 3 se clôt chronologiquement sur I Me Mine, et l’on en déduit souvent que le 3 janvier 1970 marque la dernière séance d’enregistrement des Beatles. C’est la dernière fois que le groupe enregistre une chanson nouvelle, mais pas sa dernière séance. Dès le lendemain, le 4 janvier, McCartney, Harrison et Starr ajoutent des parties à Let It Be. Le 8 janvier, Harrison retouche sa voix sur For You Blue. Le 1er avril 1970, enfin, Ringo Starr joue de la batterie avec l’orchestre de Phil Spector sur The Long and Winding Road, Across the Universe et I Me Mine : c’est la dernière séance à laquelle participe un membre des Beatles pour un disque du groupe. La dernière réunion des quatre en studio, elle, remonte au 20 août 1969, pendant la finition d’Abbey Road.

The End : l’accord final

Anthology 3 se termine sur The End, dans un remixage qui met en avant le solo de batterie de Ringo Starr et l’échange de solos de guitare entre McCartney, Harrison et Lennon, enregistré le 5 août 1969. Mais au lieu de s’arrêter, le titre se prolonge sur l’accord de piano final d’A Day in the Life, enregistré le 22 février 1967 : trois pianos et un harmonium frappés simultanément, dont la résonance s’éteint lentement.

C’est la signature de George Martin. Le dernier volume de l’Anthology ne se termine pas sur une chanson, mais sur une vibration qui s’efface. L’accord le plus célèbre du rock, emprunté à Sgt. Pepper, devient le point final de toute la trilogie. Pour qui a écouté les trois volumes dans l’ordre, le voyage commencé avec la voix d’adolescents de 1958 s’achève sur ce silence. Nous avons analysé le travail de George Martin comme architecte des chansons du groupe dans notre article sur ce que George Martin disait de She’s Leaving Home, et sa place parmi les prétendants au titre de cinquième Beatle dans notre anatomie du mythe des cinquièmes Beatles.

Les 50 titres d’Anthology 3 : le tableau complet

Le tableau ci-dessous récapitule les cinquante plages de l’album, avec la nature de chaque document, sa date d’enregistrement et son lieu. Les dates sont celles qu’indiquent les notes de l’album et les travaux de Mark Lewisohn ; pour les maquettes d’Esher, la date précise reste discutée et nous indiquons la fin du mois de mai 1968.

Disque 1

N° Titre Document Date et lieu
1 A Beginning Pièce orchestrale de George Martin 22 juillet 1968, EMI
2 Happiness Is a Warm Gun Maquette, mono Fin mai 1968, Kinfauns, Esher
3 Helter Skelter Prise 2 montée, mono 18 juillet 1968, EMI
4 Mean Mr. Mustard Maquette Fin mai 1968, Kinfauns
5 Polythene Pam Maquette Fin mai 1968, Kinfauns
6 Glass Onion Maquette Fin mai 1968, Kinfauns
7 Junk Maquette (McCartney) Fin mai 1968, Kinfauns
8 Piggies Maquette, mono (Harrison) Fin mai 1968, Kinfauns
9 Honey Pie Maquette Fin mai 1968, Kinfauns
10 Don’t Pass Me By Prises 3 et 5 (Starkey) 5 et 6 juin 1968, EMI
11 Ob-La-Di, Ob-La-Da Prise 5, première version 3 au 5 juillet 1968, EMI
12 Good Night Répétition et prise 34 28 juin et 22 juillet 1968, EMI
13 Cry Baby Cry Prise 1 16 juillet 1968, EMI
14 Blackbird Prise 4 11 juin 1968, EMI
15 Sexy Sadie Prise 6 19 juillet 1968, EMI
16 While My Guitar Gently Weeps Version acoustique, prise 1 (Harrison) 25 juillet 1968, EMI
17 Hey Jude Prise 2 29 juillet 1968, EMI
18 Not Guilty Prise 102 (Harrison) 8, 9 et 12 août 1968, EMI
19 Mother Nature’s Son Prise 2 9 août 1968, EMI
20 Glass Onion Mixage mono d’origine, avec effets Septembre 1968, EMI
21 Rocky Raccoon Prise 8 15 août 1968, EMI
22 What’s the New Mary Jane Prise 4, inédit 14 août 1968 et 26 novembre 1969, EMI
23 Step Inside Love / Los Paranoias Improvisation, inédit 16 septembre 1968, EMI
24 I’m So Tired Prises 3, 6 et 9 8 octobre 1968, EMI
25 I Will Prise 1 16 septembre 1968, EMI
26 Why Don’t We Do It in the Road? Prise 4, mono 9 octobre 1968, EMI
27 Julia Prise 2 13 octobre 1968, EMI

Disque 2

N° Titre Document Date et lieu
1 I’ve Got a Feeling Séances de Savile Row 23 janvier 1969, Apple
2 She Came In Through the Bathroom Window Répétition 22 janvier 1969, Apple
3 Dig a Pony Séances de Savile Row 22 janvier 1969, Apple
4 Two of Us Séances de Savile Row 24 janvier 1969, Apple
5 For You Blue Prise 1 (Harrison) 25 janvier 1969, Apple
6 Teddy Boy Montage de deux interprétations, inédit (McCartney) 24 et 28 janvier 1969, Apple
7 Rip It Up / Shake, Rattle and Roll / Blue Suede Shoes Medley de reprises, inédit 26 janvier 1969, Apple
8 The Long and Winding Road Prise de base, sans les ajouts de Spector 26 janvier 1969, Apple
9 Oh! Darling Séances de Savile Row 27 janvier 1969, Apple
10 All Things Must Pass Maquette, inédit (Harrison) 25 février 1969, EMI
11 Mailman, Bring Me No More Blues Reprise, inédit 29 janvier 1969, Apple
12 Get Back Concert sur le toit, troisième interprétation 30 janvier 1969, toit d’Apple
13 Old Brown Shoe Maquette (Harrison) 25 février 1969, EMI
14 Octopus’s Garden Prises 2 et 8 (Starkey) 26 avril 1969, EMI
15 Maxwell’s Silver Hammer Prise 5 9 juillet 1969, EMI
16 Something Maquette, mono (Harrison) 25 février 1969, EMI
17 Come Together Prise 1 21 juillet 1969, EMI
18 Come and Get It Maquette de McCartney seul, inédit 24 juillet 1969, EMI
19 Ain’t She Sweet Bœuf en studio 24 juillet 1969, EMI
20 Because Voix seules 1er et 4 août 1969, EMI
21 Let It Be Séances de Savile Row 25 janvier 1969, Apple
22 I Me Mine Prise 16 (Harrison) 3 janvier 1970, EMI
23 The End Remixage avec l’accord final d’A Day in the Life 22 février 1967, juillet et août 1969, EMI

Quelques chiffres se dégagent de cet inventaire. Le premier disque dure soixante-quatorze minutes, le second un peu plus de soixante et onze. Sur les cinquante titres, huit sont signés George Harrison, soit davantage que sur n’importe quel album studio du groupe : Piggies, While My Guitar Gently Weeps, Not Guilty, For You Blue, All Things Must Pass, Old Brown Shoe, Something et I Me Mine. Ringo Starr en signe deux, Don’t Pass Me By et Octopus’s Garden, et chante Good Night. Une dizaine de plages sont des chansons que les Beatles n’ont jamais publiées sous leur nom avant 1996. Pour remettre ces chiffres en perspective, notre article Des Beatles et des chiffres raconte l’histoire du groupe par les nombres, et notre tour d’horizon des 212 chansons replace chaque titre dans l’ensemble du catalogue.

Sortie, classements et réception

Le 28 octobre 1996

Anthology 3 paraît en double CD, en triple disque vinyle et en double cassette. Au Royaume-Uni, le CD porte la référence Apple CDPCSP 729, le vinyle PCSP 729 ; aux États-Unis, il sort chez Apple et Capitol. Le livret, illustré de photographies et de documents de studio, reprend le principe des deux volumes précédents : chaque titre est daté, situé et commenté.

Le contexte commercial est porteur. Le succès des deux premiers volumes a relancé l’ensemble du catalogue des Beatles. Une dépêche de novembre 1996, reprise par le Tampa Bay Times, estimait qu’entre les ventes de disques, les droits de diffusion télévisée et les vidéos, l’opération rapporterait cette année-là environ 780 millions de dollars, pour l’essentiel à EMI. La même dépêche relevait que les ventes 1996 d’Oasis, alors au sommet de sa gloire, n’atteignaient pas la moitié de celles des Beatles, un clin d’œil que nous avons prolongé dans notre histoire croisée des Beatles et d’Oasis.

Paul McCartney, interrogé par le magazine Q en octobre 1996, résumait l’humeur du moment avec sa franchise habituelle : l’Anthology avait été bonne pour eux, trente ans plus tard les Beatles avaient plus de succès que jamais, et il pouvait enfin retourner en studio sans pression. Il travaillait alors à l’album Flaming Pie, dont il dira qu’il avait été nourri par la réécoute des bandes du groupe, et venait de retrouver Ringo Starr pour quelques séances de batterie. Ces collaborations d’après la séparation sont recensées dans notre anatomie du réseau des ex-Beatles.

Numéro un aux États-Unis, quatrième au Royaume-Uni

Aux États-Unis, Anthology 3 entre directement à la première place du Billboard 200, dans le classement daté du 16 novembre 1996, où il succède au Best of Volume I de Van Halen avant de céder la place, la semaine suivante, à l’album posthume de Tupac Shakur publié sous le nom de Makaveli. C’est le dix-huitième album des Beatles à atteindre la première place aux États-Unis, et le troisième double album consécutif du groupe à y parvenir en moins d’un an, ce qui égale un record établi par Donna Summer dans les années 1970.

Au Royaume-Uni, la carrière est plus modeste : Anthology 3 entre dans le classement officiel le 9 novembre 1996 et culmine à la quatrième place, pour treize semaines de présence. Il se classe troisième en Australie et au Canada, cinquième au Japon et en Suède, neuvième en Allemagne et en France, onzième en Wallonie.

Correctif factuel : Anthology 3 n’a pas été numéro un au Royaume-Uni

Une affirmation circule régulièrement sur les réseaux sociaux et dans certaines éphémérides : le 16 novembre 1996, Anthology 3 aurait atteint la première place du classement britannique des albums. C’est faux. D’après l’Official Charts Company, le disque a culminé à la quatrième place au Royaume-Uni, avec treize semaines de présence entre le 9 novembre 1996 et le 1er février 1997. La date du 16 novembre correspond en réalité à sa première place aux États-Unis, dans le Billboard 200. La confusion entre les deux classements explique l’erreur. Des trois volumes, seul Anthology 2 a été numéro un au Royaume-Uni ; Anthology 1 s’était arrêté à la deuxième place.

Ventes et certifications

Pays Certification Unités correspondantes
États-Unis (RIAA) Triple platine 1 500 000 exemplaires (double album)
Royaume-Uni (BPI) Platine 300 000
Canada Double platine 200 000
Japon (RIAJ) Or 181 000
Australie (ARIA) Or 35 000

Correctif factuel : triple platine ne signifie pas trois millions d’albums

On lit souvent qu’Anthology 3 s’est vendu à trois millions d’exemplaires aux États-Unis, en déduction de son triple disque de platine. Pour un album double, la RIAA compte chaque disque séparément : un double album certifié triple platine correspond donc à 1,5 million d’exemplaires, et non à trois millions. Le chiffre reste considérable pour une collection de prises de travail, mais il marque un net recul par rapport à Anthology 1, dont les ventes américaines dépassaient 3,6 millions d’exemplaires en 2001. L’enthousiasme décroissant d’un volume à l’autre est l’une des données de l’histoire de la trilogie.

Ce qu’en a dit la critique

La critique de 1996 accueille le disque avec respect, mais sans l’emballement suscité par le premier volume. Le guide AllMusic et le magazine Q lui accordent de bonnes notes, Entertainment Weekly un B, et Robert Christgau, qui ne prise guère l’exercice de l’archive, n’en retient qu’un titre. Deux reproches reviennent. Le premier vise le format : deux disques, c’est beaucoup pour des maquettes et des prises inachevées, et certains auditeurs estiment, aujourd’hui encore, que l’album aurait gagné à tenir sur un seul CD. Le second vise l’absence d’une chanson nouvelle, qui prive le troisième volume de l’événement qui avait porté les deux autres.

D’autres voix saluent au contraire la qualité exceptionnelle de la matière. Pour beaucoup, Anthology 3 est le plus révélateur des trois volumes, parce qu’il saisit le groupe à un moment où il produit encore des idées de premier ordre alors même qu’il se défait. Les maquettes d’Esher, la prise solitaire de While My Guitar Gently Weeps, le Because a cappella et les maquettes de Harrison comptent parmi les enregistrements d’archives les plus admirés de la discographie des Beatles.

Le paradoxe du dernier volume

Anthology 3 est le seul des trois volumes à n’avoir accompagné aucun single. Il n’a pas de locomotive, pas de clip, pas de chanson à défendre à la radio. Il ne vit que de sa matière. C’est sa faiblesse commerciale et sa force historique : débarrassé de l’événement, il oblige l’auditeur à écouter ce que les Beatles faisaient vraiment en studio pendant leurs deux dernières années, c’est-à-dire travailler, recommencer, plaisanter, se disputer et trouver.

Ce qu’Anthology 3 a changé

L’atelier plutôt que la légende

La fin des Beatles a longtemps été racontée comme une tragédie en quatre actes : la mort de Brian Epstein, l’arrivée de Yoko Ono, la guerre d’Allen Klein contre les Eastman, la plainte de McCartney. Le film Let It Be de 1970, avec ses images de disputes à Twickenham, avait fixé dans les mémoires l’image d’un groupe épuisé. Anthology 3 propose un autre récit, plus nuancé : celui d’un groupe qui, au cœur même de la crise, continue d’écrire et d’enregistrer des chansons remarquables, de rire et d’inventer.

Ce rééquilibrage préfigure celui qu’opérera, vingt-cinq ans plus tard, le documentaire Get Back de Peter Jackson. Les rires de Rocky Raccoon, l’annonce joyeuse de Lennon à la fin d’Oh! Darling, le bœuf d’Ain’t She Sweet, la plaisanterie de Harrison avant I Me Mine racontent des Beatles qui s’amusaient encore. Nous avons retracé le destin du film de 1970 et sa restauration sur notre page consacrée à Let It Be, de 1970 à 2024.

Le volume de George Harrison

Anthology 3 est aussi, à bien des égards, le disque de George Harrison. Huit de ses chansons y figurent, dont quatre dans des versions où il est seul : While My Guitar Gently Weeps et les trois maquettes du 25 février 1969. Deux sont des inédits du répertoire des Beatles, Not Guilty et All Things Must Pass. Pour le public de 1996, qui connaissait surtout Harrison comme le guitariste discret du groupe, ces enregistrements révèlent un auteur à part entière, dont la frustration des dernières années devient audible. Le disque anticipe, de ce point de vue, la réévaluation de Harrison qui suivra sa mort en 2001.

La préhistoire des carrières solos

Plusieurs titres d’Anthology 3 sont des chansons que leurs auteurs ont emportées avec eux après la séparation. Junk et Teddy Boy apparaissent sur McCartney, en 1970. All Things Must Pass donne son titre au triple album de Harrison, la même année, et Not Guilty ressurgit sur son album de 1979. Come and Get It devient un succès pour Badfinger. Mean Mr. Mustard et Polythene Pam, écrites en Inde, attendent Abbey Road. Écouter Anthology 3, c’est voir se dessiner, en filigrane, les quatre carrières qui vont suivre.

Le modèle des éditions anniversaires

Enfin, Anthology 3 a ouvert la voie à une nouvelle manière de publier les Beatles. Les éditions anniversaires dirigées par Giles Martin, fils de George Martin, à partir de 2017, reprennent son principe en l’élargissant : Sgt. Pepper en 2017, l’Album blanc en 2018 avec l’intégralité des vingt-sept maquettes d’Esher, Abbey Road en 2019, Let It Be en 2021, Revolver en 2022, puis Rubber Soul en octobre 2026. Chacune de ces éditions reprend, prolonge ou complète ce que l’Anthology avait révélé. Giles Martin a raconté son rapport à l’héritage de son père dans notre compte rendu de son entretien sur le nouveau Rubber Soul.

Conclusion : de 1996 à 2025, la réédition qui rouvre le dossier

Anthology 2025 : un retour sur trois fronts

Pendant près de trente ans, Anthology 3 est resté le dernier mot de la série. Le 21 août 2025, Apple Corps a rouvert le dossier en annonçant un retour de l’Anthology sur les trois fronts de 1995 : la musique, l’image et le livre. Le livre The Beatles Anthology ressort le 14 octobre 2025 dans une édition du vingt-cinquième anniversaire, disponible chez nous en anglais sous le titre The Beatles Anthology (25th Anniversary Edition). La série télévisée, restaurée et augmentée, arrive sur Disney+. Et la collection musicale s’enrichit d’un quatrième volume.

Le coffret Anthology Collection

Le 21 novembre 2025 paraît le coffret Anthology Collection, en huit CD ou en douze disques vinyles de 180 grammes, ainsi qu’en version numérique. Il rassemble les trois volumes d’origine, remasterisés par Giles Martin, et le nouvel Anthology 4, soit cent quatre-vingt-onze titres au total, de l’enregistrement des Quarrymen de 1958 à Now and Then. Chaque volume est présenté dans une pochette ouvrante, accompagné d’un livret qui reprend les illustrations d’origine, des notes de Mark Lewisohn et des photographies restaurées. Le fourreau du coffret reproduit le triptyque de Klaus Voormann.

Pour Anthology 3, la remasterisation ne modifie pas la liste des titres : les cinquante plages de 1996 sont conservées dans le même ordre. Le gain est surtout sonore, avec une définition plus nette des maquettes d’Esher et des voix de Because. À la sortie du coffret, les trois volumes remasterisés n’étaient pas proposés séparément en CD, mais seulement à l’intérieur de la collection et en numérique. Le coffret existe en édition 8 CD et en édition 12 vinyles.

Anthology 4, le volume de la controverse

Anthology 4, conçu par Giles Martin, réunit trente-six titres : des prises de studio enregistrées entre 1963 et 1969 puis, en fin de parcours, les trois chansons reconstruites à partir des maquettes de Lennon. Treize titres sont présentés comme inédits : onze prises de studio, parmi lesquelles des versions de Tell Me Why, If I Fell, Every Little Thing, I Need You, I’ve Just Seen a Face, Baby, You’re a Rich Man ou une répétition d’All You Need Is Love pour la retransmission mondiale de 1967, et les deux nouveaux mixages de Free as a Bird et Real Love. Les autres proviennent pour l’essentiel des éditions anniversaires publiées depuis 2017. Le second disque, qui couvre la période d’Anthology 3, propose notamment la prise 27 de While My Guitar Gently Weeps, la prise 17 de Helter Skelter, deux répétitions de Julia et la prise 8 de Get Back.

L’annonce déclenche une vague de critiques. Les amateurs reprochent au volume de recycler surtout des enregistrements déjà publiés, de ne pas offrir les raretés les plus attendues, comme la longue version de Helter Skelter, la prise 20 de Revolution ou la pièce expérimentale Carnival of Light, et de n’être d’abord disponible qu’à l’intérieur du coffret, vendu à un prix élevé. Mi-septembre 2025, Apple fait machine arrière et annonce une édition séparée en double CD et en triple vinyle.

La réception critique reste partagée. Le site agrégateur Metacritic affiche une moyenne de 86 sur 100, Rolling Stone salue un trésor, tandis que le Daily Telegraph et Classic Rock jugent sévèrement ce qu’ils considèrent comme une opération de fond de tiroir. Le disque se classe neuvième au Royaume-Uni et en Allemagne, huitième aux Pays-Bas, quarante-huitième aux États-Unis et cinquante-sixième en France, des scores sans commune mesure avec ceux de 1996.

Free as a Bird et Real Love remixés

L’apport le plus commenté d’Anthology 4 concerne les deux chansons de 1995 et 1996. Jeff Lynne les a remixées en utilisant la technologie de séparation des sources qui avait permis de terminer Now and Then. La voix de Lennon, extraite proprement des cassettes, y gagne une netteté qu’elle n’avait jamais eue. Le nouveau mixage de Free as a Bird, publié en single numérique dès le 21 août 2025, est plutôt bien accueilli, même si certains regrettent le charme voilé de l’original. Celui de Real Love est plus discuté : la chanson passe de trois minutes cinquante-quatre à trois minutes trente-quatre, et certaines phrases de guitare de Harrison disparaissent des refrains. Un 45 tours réunissant les deux nouveaux mixages paraît le 28 novembre 2025.

Avec Now and Then en dernière plage, Anthology 4 accomplit enfin ce qu’Anthology 3 n’avait pas pu faire en 1996 : clore la série sur une chanson nouvelle des Beatles.

La série restaurée et son neuvième épisode

Sur Disney+, la série documentaire revient les 26, 27 et 28 novembre 2025, à raison de trois épisodes par jour. Restaurée par Park Road Post, la société de post-production de Peter Jackson, avec de nouveaux mixages sonores de Giles Martin, elle passe de huit à neuf épisodes. Le neuvième, réalisé par Oliver Murray, est composé d’images inédites de McCartney, Harrison et Starr au travail entre 1994 et 1995, pendant la fabrication de l’Anthology. Pour la première fois, on voit les trois survivants autour des maquettes de Lennon, dans les mois mêmes où se décidait le sort de la chanson qui manquerait à Anthology 3.

Ce que la réédition fait à Anthology 3

La réédition de 2025 change le statut d’Anthology 3 sans en altérer la matière. Le disque n’est plus le dernier volume de la série, mais le dernier volume de la trilogie d’origine, celle qu’avait conçue George Martin. Il reste la seule anthologie sans chanson nouvelle, et ce manque, autrefois perçu comme une faiblesse, est devenu sa singularité : celle d’un disque arrêté au seuil de la fin, sur l’accord final d’A Day in the Life, au moment où les Beatles eux-mêmes renonçaient à aller plus loin.

Trente ans après sa sortie, Anthology 3 reste ce qu’il était en 1996 : le meilleur document sonore sur la manière dont les Beatles travaillaient pendant leurs deux dernières années. Aucune édition anniversaire, aucun remixage n’a remplacé l’émotion de la prise solitaire de While My Guitar Gently Weeps, du chœur nu de Because ou des maquettes d’Esher enregistrées au retour de l’Inde. C’est un disque qui ne raconte pas la séparation des Beatles. Il raconte ce qu’ils faisaient pendant qu’elle se préparait : de la musique.

Que choisir aujourd’hui ?

Pour l’auditeur qui veut découvrir Anthology 3, le double CD d’origine, publié en 1996 et toujours disponible, reste la porte d’entrée la plus simple et la moins chère : Anthology 3 en double CD. Pour le son remasterisé de 2025, il faut passer par le coffret Anthology Collection en 8 CD, ou par les plateformes numériques. Le collectionneur de vinyles se tournera vers le coffret de douze disques, ou vers les pressages triples de 1996, devenus recherchés. Enfin, pour accompagner l’écoute, rien ne remplace le livre de Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions, qui détaille chacune des séances évoquées ici.

Chronologie d’Anthology 3

Date Événement
22 février 1967 Enregistrement de l’accord final d’A Day in the Life, réutilisé à la fin de The End.
Fin mai 1968 Maquettes de vingt-sept chansons à Kinfauns, chez George Harrison, à Esher.
30 mai 1968 Début des séances de l’Album blanc à Abbey Road.
16 juillet 1968 Cry Baby Cry, prise 1 ; Geoff Emerick quitte les séances.
22 juillet 1968 Enregistrement de la pièce orchestrale qui deviendra A Beginning.
25 juillet 1968 Prise solitaire de While My Guitar Gently Weeps.
8 au 12 août 1968 Plus d’une centaine de prises de Not Guilty.
14 août 1968 Enregistrement de What’s the New Mary Jane.
13 octobre 1968 Julia, dernière chanson enregistrée pour l’Album blanc.
22-29 janvier 1969 Séances du projet Get Back dans le studio d’Apple, au 3 Savile Row.
30 janvier 1969 Concert sur le toit d’Apple.
25 février 1969 Maquettes de Harrison : Old Brown Shoe, All Things Must Pass, Something.
24 juillet 1969 Maquette de Come and Get It ; bœuf sur Ain’t She Sweet.
1er et 4 août 1969 Enregistrement des voix de Because.
26 novembre 1969 Lennon remixe What’s the New Mary Jane pour un single jamais publié.
3 janvier 1970 I Me Mine, dernière chanson nouvelle enregistrée par les Beatles, sans Lennon.
Milieu des années 1980 Projet Sessions d’EMI, bloqué par les Beatles.
Janvier 1994 Yoko Ono remet à Paul McCartney les cassettes de Lennon.
1995 Travail sur Now and Then, abandonné.
20 novembre 1995 Sortie d’Anthology 1.
18 mars 1996 Sortie d’Anthology 2.
7 octobre 1996 Date initialement prévue ; sortie du coffret vidéo de la série au Royaume-Uni.
28 octobre 1996 Sortie d’Anthology 3 au Royaume-Uni (29 octobre aux États-Unis).
16 novembre 1996 Numéro un du Billboard 200 aux États-Unis.
14 juin 2011 Les trois Anthology arrivent en téléchargement sur iTunes.
9 novembre 2018 Édition anniversaire de l’Album blanc avec les vingt-sept maquettes d’Esher.
2 novembre 2023 Sortie de Now and Then.
21 août 2025 Annonce de l’Anthology 2025 et nouveau mixage de Free as a Bird.
21 novembre 2025 Sortie du coffret Anthology Collection et d’Anthology 4.
26-28 novembre 2025 La série restaurée en neuf épisodes sur Disney+.
28 octobre 2026 Trentième anniversaire d’Anthology 3.

Questions fréquentes sur Anthology 3

Quand Anthology 3 est-il sorti ?

Anthology 3 est sorti le 28 octobre 1996 au Royaume-Uni et le 29 octobre 1996 aux États-Unis, chez Apple Records. En Allemagne, il a été mis en vente dès le 25 octobre.

Que contient Anthology 3 ?

Cinquante titres répartis sur deux CD : des maquettes enregistrées à Esher en mai 1968, des prises alternatives de l’Album blanc, des répétitions des séances Get Back de janvier 1969, Get Back joué sur le toit d’Apple, les maquettes de George Harrison du 25 février 1969 et des prises de travail d’Abbey Road. L’album couvre la période de mai 1968 à janvier 1970.

Pourquoi n’y a-t-il pas de nouvelle chanson sur Anthology 3 ?

Les Beatles survivants ont travaillé en 1995 sur une troisième maquette de John Lennon, Now and Then, mais George Harrison a refusé de poursuivre, jugeant l’enregistrement trop médiocre. La cassette souffrait d’un bourdonnement impossible à éliminer avec les moyens de l’époque, et la chanson demandait à être réécrite. Elle n’a été achevée qu’en 2023.

Qu’est-ce que A Beginning ?

C’est une courte pièce orchestrale de George Martin, enregistrée le 22 juillet 1968 et prévue à l’origine comme introduction de Don’t Pass Me By. Restée inédite, elle ouvre Anthology 3 à la place de la chanson nouvelle qui manquait.

Qui a compilé Anthology 3 ?

George Martin, producteur historique des Beatles, avec l’ingénieur du son Geoff Emerick, aux studios d’Abbey Road. Mark Lewisohn a contribué aux textes des livrets.

Anthology 3 a-t-il été numéro un ?

Oui aux États-Unis, où il a atteint la première place du Billboard 200 en novembre 1996. Non au Royaume-Uni, où il s’est classé quatrième. En France, il a atteint la neuvième place.

Combien d’exemplaires d’Anthology 3 ont été vendus ?

Aux États-Unis, l’album est certifié triple platine, ce qui correspond à 1,5 million d’exemplaires pour un double album. Il est certifié platine au Royaume-Uni (300 000 unités) et double platine au Canada.

Quelles chansons de George Harrison figurent sur Anthology 3 ?

Huit : Piggies, While My Guitar Gently Weeps, Not Guilty, For You Blue, All Things Must Pass, Old Brown Shoe, Something et I Me Mine. C’est la plus forte proportion de chansons de Harrison sur un disque des Beatles.

Quelles sont les chansons inédites d’Anthology 3 ?

Plusieurs titres n’avaient jamais été publiés par les Beatles : A Beginning, Junk, Not Guilty, What’s the New Mary Jane, Step Inside Love / Los Paranoias, Teddy Boy, le medley Rip It Up / Shake, Rattle and Roll / Blue Suede Shoes, All Things Must Pass, Mailman, Bring Me No More Blues et Come and Get It.

Les maquettes d’Esher sont-elles toutes sur Anthology 3 ?

Non. Seules sept des vingt-sept maquettes enregistrées chez George Harrison figurent sur Anthology 3. L’ensemble a été publié en 2018 dans l’édition du cinquantième anniversaire de l’Album blanc.

Anthology 3 a-t-il été réédité ?

Oui. Les trois volumes ont été remasterisés par Giles Martin et réédités le 21 novembre 2025 dans le coffret Anthology Collection, en 8 CD ou 12 vinyles, avec un nouvel Anthology 4. La liste des titres d’Anthology 3 est inchangée.

Quelle est la différence entre Anthology 3 et Anthology 4 ?

Anthology 3, compilé par George Martin en 1996, couvre la période 1968-1970 et ne contient aucune chanson nouvelle. Anthology 4, conçu par Giles Martin en 2025, couvre toute la carrière de 1963 à 1969, reprend surtout des titres déjà parus dans les éditions anniversaires, ajoute treize inédits et se termine sur les nouveaux mixages de Free as a Bird et Real Love, puis sur Now and Then.

Glossaire

  • Anthology : projet multimédia des Beatles lancé en 1995, composé d’une série documentaire, de trois puis quatre albums d’archives et d’un livre.
  • Maquette : enregistrement préparatoire d’une chanson, destiné à la faire connaître ou à la faire apprendre aux autres musiciens.
  • Maquettes d’Esher : les vingt-sept enregistrements réalisés fin mai 1968 à Kinfauns, la maison de George Harrison à Esher, avant les séances de l’Album blanc.
  • Prise : chacune des tentatives successives d’enregistrement d’une chanson, numérotées dans les registres de studio.
  • Réduction : report de plusieurs pistes sur une seule pour libérer de la place sur la bande, pratique courante à l’époque des magnétophones quatre et huit pistes.
  • Montage : assemblage de fragments de plusieurs prises pour constituer une version unique.
  • Séances de Savile Row : enregistrements de janvier 1969 réalisés dans le studio aménagé au sous-sol de l’immeuble d’Apple, au 3 Savile Row, à Londres.
  • Bœuf : improvisation collective sur un morceau connu, en dehors de tout projet d’enregistrement.
  • A cappella : chant sans accompagnement instrumental.
  • Remasterisation : nouveau traitement sonore d’enregistrements existants, sans modifier leur mixage.
  • Remixage : nouvel équilibre des pistes séparées d’un enregistrement, qui peut modifier profondément le son d’une chanson.
  • Séparation des sources : technique d’apprentissage automatique qui permet d’isoler une voix ou un instrument enregistrés ensemble sur une même piste, utilisée pour Now and Then et les mixages de 2025.

Sources et bibliographie

Ouvrages : Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions (1988) et The Complete Beatles Chronicle (1992) ; The Beatles, The Beatles Anthology (2000, réédition 2025) ; Ian MacDonald, Revolution in the Head ; Peter Doggett, You Never Give Me Your Money: The Beatles After the Breakup (2010) ; Walter Everett, The Beatles as Musicians: Revolver through the Anthology (1999) ; Kenneth Womack, Solid State: The Story of Abbey Road and the End of the Beatles (2019) ; Geoff Emerick, Here, There and Everywhere (2006).

Disques : livrets d’Anthology 1, 2 et 3 (1995-1996) ; The Beatles, édition du cinquantième anniversaire (2018) ; Abbey Road, édition du cinquantième anniversaire (2019) ; Anthology Collection et Anthology 4 (2025).

Presse et documents : Q Magazine (octobre 1996, 1997 et novembre 2006) ; Billboard, classements de novembre 1996 ; Official Charts Company ; RIAA, BPI ; Tampa Bay Times, archives de novembre 1996 ; Variety et The Guardian, 21 août 2025 ; Rolling Stone, Daily Telegraph, Classic Rock, novembre 2025 ; The Beatles Bible ; The Paul McCartney Project ; site officiel thebeatles.com ; dossiers de presse de Disney+.

Pour aller plus loin sur yellow-sub.net : le duel McCartney-Harrison au cœur de Free as a Bird ; l’enregistrement du White Album, séance par séance ; George Harrison en 1969, la naissance d’un auteur ; Not Guilty, la chanson aux cent et une prises ; les harmonies vocales des Beatles, jusqu’à Because ; les pochettes de l’Anthology par Klaus Voormann ; Now and Then et les archives du dernier clip.

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